lundi 26 décembre 2016

Timeless (pour faire suite à The Time Tunnel revisited)


 


TIMELESS
(Pour faire suite à The Time Tunnel revisited) 

Au milieu de l'été 2016, les revues à potins d'Hollywood annonçaient, pour la rentrée de septembre, une nouvelle série sur le réseau NBC dont le thème central serait un voyage dans l'histoire des États-Unis. L'article y présentait la rencontre avec les deux réalisateurs de série, Eric Kripke et Shawn Ryan.

Timeless de NBC adopte une vision plutôt négative de l'histoire.

Comme la plupart des autres séries de voyage dans le temps, le prochain drame de Shawn Ryan (
The Shield) et Eric Kripke (Supernatural) enverra ses personnages (joués par Abigail Spencer, Malcolm Barrett et Matt Lanter) à diverses périodes du temps afin de désordonner le cours de l'histoire. Mais l'élément-clé qui distingue la série de la surabondance de spectacles historiques, c'est qu'elle va critiquer ces différentes époques, plutôt que de les célébrer.


"C'est une attaque viscérale et à fond de train contre l'histoire et nous ne la recouvrons pas de sucre", a déclaré Kripke mardi lors de la tournée d'été de la Television Critics Association, soulignant spécifiquement comment le principal personnage Noir de la série, Rufus, sera confronté aux racismes des différentes époques : "La réalité est qu'il va faire face à toutes sortes de racisme dans les périodes où il se retrouvera, et qui seront spécifiques à ces périodes particulières."

Kripke a ensuite expliqué qu'en critiquant l'histoire, il y avait une intention volontaire des scénaristes. «Une chose que nous nous sommes dits quand nous avons eu idée de la série, est que l'histoire que nous savons est celle racontée par les Blancs riches et bien en place - et pourtant il y a une histoire non dite vue d'une perspective minoritaire et d'une perspective féminine». Puis, ajoutant : "C'était une décision très intentionnelle et consciente que de nos trois voyageurs de temps, un soit afro-américain et une autre une femme, parce que nous cherchions vraiment une voie afin de pénétrer à l'intérieur de ce non-dit, et non seulement répéter l'histoire emblématique connue de tout le monde. Nous voulions un récit vraiment passionnant; une histoire fraîche qui ne soit pas poussiéreuse ni une leçon d'école ... à partir de laquelle pouvoir franchement commenter sur ce qui se produit, réellement, aujourd'hui.

Timeless retournera à plusieurs moments emblématiques de l'histoire. Parmi eux : l'assassinat du président Abraham Lincoln, 1962 à Las Vegas, l'Alamo, Watergate, l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale et la course spatiale au 20e siècle. Qu'est-ce que les téléspectateurs ne devraient pas voir? Les débuts des pyramides, la Grèce antique, les châteaux médiévaux ou le Colisée, les producteurs le confirment.

Pour sa part, Ryan a discuté du format «histoire de la semaine» de la série, révélant que ce sera environ 80 pour cent du contenu de l'épisode. "Chaque épisode, nous allons revenir à une époque emblématique de temps et de les envoyer sur une aventure épique. Au début et à la fin des épisodes, nous allons avoir des intrigues en cours, mais il est important ... que ce ne soit pas le genre de série qui tombe dans un trou de lapin sérialisé et que le spectateur s'y perde», a-t-il ajouté. Les concepteurs de la série veulent beaucoup plus la réaliser à la manière des films Back to the Future et Quantum Leap plutôt que le film 12 Monkeys. «Le voyage dans le temps est quelque chose que nous utilisons comme un dispositif pour raconter cette charmante aventure épique, historique - et, oui, nous allons avoir des choses personnelles importantes ... [mais] espérons qu'ils ne viendront pas empêcher les gens qui manqueraient un épisode de profiter du suivant. 

L'histoire de la série est elle-même remplie de rebondissements. Le projet débute en fin août 2015 et le 21 janvier suivant, le réseau commande l'épisode pilote. Celui-ci est assez bien accepté puisque le 13 mai, le réseau Fox annonce l'acceptation du projet sous son titre actuel avec une commande de 13 épisodes qui seront diffusés durant la saison 2016/2017. Tout va bien jusqu'à une semaine de la diffusion du premier épisode, lorsque le 27 septembre, le producteur de la série espagnole El Ministerio del Tiempo, poursuit Sony et impose une injonction sur la diffusion de la série pour similarités. En fait, une version américaine de cette série espagnole était en préparation, mais les négociations avaient pris fin en août 2015, à l'annonce du projet de Timeless. Le 1er novembre 2016, devant le succès remporté par la série, NBC commande 3 épisodes supplémentaires pour un total de 16. 

Le titre de la série est Timeless Intemporel -, titre qui peut être interprété de différentes façons. Dans la mesure où, comme les deux concepteurs le disent plus haut, il s'agit exclusivement de l'histoire américaine : donc, pas de pyramides d'Égypte, pas de cheval de Troie, pas de conquérants mongols, le monde non-américain serait-il le seul à se voir prisonnier du temps?

Si nous avions à faire un parallèle avec une autre série dans le genre, ce ne serait ni avec Back to the future, ni avec Quantum Leak; mais bien avec Time Tunnel, la série produite par Irwin Allen au milieu des années 1960. La facture de Timeless rejoint beaucoup celle de Time Tunnel, nonobstant le perfectionnement acquis par la production télévisuelle depuis un demi-siècle. Déjà que le coût d'un épisode de Time Tunnel pouvait être assez coûteux, on s'imagine à peine celui d'un épisode de Timeless. Il suffit de comparer deux épisodes sur thème identique (l'assassinat de Lincoln ou l'Alamo) pour le constater. La grande différence, et elle est majeure, dans Time Tunnel, les deux voyageurs dans le temps se perdaient et une équipe tentait de les faire revenir, passant ainsi d'épisode en épisode, d'une époque l'autre, d'un endroit au suivant. Les deux voyageurs pouvaient se retrouver aussi bien à Troie au moment de la chute de la ville que dans l'Asie centrale à l'époque de Marco Polo que durant la Guerre de Sécession ou à Pearl Harbor. Ainsi le côté exotique de l'aventure l'emportait-il sur ce qui viendra par prédominer au fur et à mesure que Timeless se développe : un récit conspirationniste qui mobiliserait toute l'histoire américaine. Dans Timeless, c'est l'histoire des États-Unis seule qui est considérée comme lieu de déplacement dans le temps (Au cours de la première année, ils ne divergeront que deux fois, une pour aller en France en 1927 et l'autre en Allemagne en 1945, mais dans les deux cas pour cibler des événements propre à l'histoire nationale). Déplacement donc qui n'est pas une errance des voyageurs du temps, ceux-ci revenant à leur base à la fin de chaque épisode, mais une chasse à l'homme dont l'ambiguïté morale reste en suspend tout au long de la série. Timeless, c'est le complot d'un groupe autour d'une dynastie qui se révèle progressivement, celle des Rittenberg et dont on apprendra progressivement l'objectif vicieux qu'il poursuit.

Time Tunnel avait l'avantage de s'en tenir à une intrigue principale même si chaque épisode imposait une intrigue secondaire. À la fin de chaque épisode, on en arrivait toujours au même point et on a jamais su comment les voyageurs du temps étaient revenus chez eux, la série n'ayant fait qu'une saison. C'est un risque qui n'échappera pas non plus à Timeless considérant les ruptures brutales de contrats dans le monde de la production télévisuelle où le diktat est celui des cotes d'écoute. Pour Timeless, c'est dans l'histoire des États-Unis que le temps est aboli. Il ne l'est pas par une errance des voyageurs du temps, ceux-ci revenant à leur base à la fin de chaque épisode. Timeless, c'est le complot d'une dynastie qui se révèle à la fin du dixième épisode, celle des Rittenhouse, qu'on apprend à découvrir progressivement d'une escale à l'autre mais sans avoir une idée générale des buts poursuivis par cette dynastie.

L'intrigue commence à la manière d'un vieux films d'espionnage au temps de la Guerre Froide. Il était un soir où des terroristes attaquant un laboratoire secret, s'emparaient d'une machine à voyager dans le temps. À l'arrivée des services de sécurité, les terroristes s'étaient enfuis à bord de la navette, emmenant avec eux, au bout d'un pistolet, son ingénieur principal. 



Je ferai ici une première digression. La machine perfectionnée, tout comme son prototype qu'on verra plus tard, partagent la forme ovale. Le rappel du tunnel de la série des années 60 est assez évident. Le tunnel était une porte ouverte sur le temps; la machine EST cette porte. Une fois fermée, la Timemachine apporte le présent avec elle. Comme du tunnel du temps soufflaient les vents du passés (l'éruption du Krakatoa; la comète de Halley...), la machine disparaît en faisant voler tous les papiers qui peuvent encore se trouver sur les tableaux de bords du laboratoire. Timeless est bien un retour sur Time Tunnel, bien que les concepteurs ne l'avouent pas. L'Histoire qui y sera évoquée conserve cette dimension de l'œil, mais aussi du vagin, voire du nombril. Cette triade métaphorique tirée de l'anatomie féminine évoque bien sûr, le voyeurisme au travers de la serrure de la porte ouvrant sur le temps; le vagin dans la mesure que le passé accouche du présent, et le nombril comme voie de passage entre le passé de l'humanité tenu dans la conscience minimale au sein de l'utérus et la conscience de soi historique telle que représentée par les techniciens du laboratoire Masson, l'agent Christopher de la Sécurité nationale et le trio d'aventuriers remontant sans régresser vers le cours de l'Histoire.


Connor Mason, un afro-américain, à la tête de Mason Industries, est présenté comme le concepteur du programme mais on devine au premier épisode qu'il n'en est pas le maître. Le terroriste qui a enlevé l'ingénieur Anthony Bruhl et s'est enfui avec la machine à voyager dans le temps, Garcia Flynn (Goran Višnjić), est présenté comme un psychopathe qui a tué sa femme et sa fillette, ancien agent de la NSA. (National Security Agency), service adjoint au Département de la Défense et responsable du renseignement lié aux systèmes informatiques et au traitement des données par le gouvernement américain. Dans l'Imaginaire actuel, la N.S.A. a pris la place du fantasme paranoïaque que tenait la C.I.A. dans les années soixante-dix. Pour le rattraper ...et le liquider, l'agent Christopher de la sécurité nationale envoie une équipe composée d'une historienne (la professeur Lucy Preston), d'un ingénieur pilote (Rufus Carlin) élève de Bruhl et d'un sergent-chef des Delta Force, un corps d'élite de l'armée (Wyatt Logan). Obligés de prendre place dans le prototype de la Timemachine, d'épisode en épisode l'équipage réussira (plutôt imparfaitement, faut-il dire) à bloquer les tentatives de Flynn de modifier le cours de l'histoire des États-Unis.


Ici, nous devons nous permettre une seconde digression. Les deux séries, à cinquante ans de distance, prêtent au gouvernement seul la volonté de faire voyager des hommes dans le temps, et cela sans jamais savoir exactement dans quel but : dans le premier cas, sous sa volonté unique, dans le second appelé par la compagnie privée qui a mis le dispositif au point, mais c'est essentiellement l'agent Christopher qui tient à ce que Wyatt ramène mort ou vif Flynn. Dans Time Tunnel, nous n'avons jamais su les raisons pour lesquelles le gouvernement américain avait mis au point une timemachine; dans Timeless la conjuration Rittenhouse semble viser des buts qui confinerait à la déstabilisation de l'appareil gouvernemental américain. Time Tunnel semblait hériter de la curiosité scientifique du narrateur anonyme de la nouvelle de H. G. Wells, La machine à explorer le temps, qui en est le modèle littéraire, mais Wells envoyait son savant dans un futur lointain, découvrir l'évolution de la race humaine au bout de milliers d'années. Nous retrouvions un peu cet esprit chez les deux jeunes chercheurs de Time Tunnel, mais qu'en était-il des généraux qui commandaient l'entreprise? Dans Timeless, l'innocence des voyageurs contraste avec la duplicité des promoteurs, en premier lieu de Connor Mason, qui oblige Rufus à espionner ses coéquipiers. Plus que Time Tunnel, Timeless est infecté du virus de la paranoïa, du terrorisme et des forces occultes. Le soldat est un Texan, l'ingénieur est un Afro-américain, enfin, la connaissance historique (Clio) est personnifiée par une enseignante universitaire de l'histoire américaine. C'est en ce sens que les deux réalisateurs opposent l'histoire telle que racontée par les manuels officiels et la nouvelle histoire, portée sur les groupes négligés par ceux-là. Ce sera l'une des justifications morales de la série : redonner aux femmes, aux amérindiens, aux noirs, aux minorités bafouées par le passé, le soin d'émerger de l'histoire nationale. Malgré ce beau principe, la ségrégation demeure à l'intérieur de l'équipage : Wyatt, l'homme blanc, possède bien le pénis, l'arme avec laquelle il doit tuer Flynn, son alter-ego, mais il ne sait faire que ça : il ne peut pas piloter la Timemachine ni guider ses collègues dans le temps. Lucy, la femme blanche, possède le savoir, elle est universitaire et sa supériorité vient du fait que c'est elle qui guide les voyageurs une fois la Timemachine arrivée à destination. Enfin, Rufus, le Noir, apparaît comme un grand enfant, il pilote bien la Timemachine, mais sa culture s'arrête aux émissions de télévision, aux films cultes et aux vedettes des Grammy Awards. La division technique du travail est entièrement contenue dans le poste de pilotage : la culture savante, la culture populaire et l'absence de culture qui, au début de la série, crée un malaise chez Wyatt.

La féminisation de l'Histoire opère sur un plan symbolique. L'Histoire est hystérique, imprévisible, irrationnelle, illogique; bref, comme le lui reprochaient Descartes et Valéry, Elle échappe à tout ce qui fait l'esprit mâle : ordonné, prévisible, rationnel et logique. Mais, évidemment, la réalité est toute autre. Wyatt réagit plus souvent de manière féminine, spontanée et hystérique; Rufus est, comme je l'ai dit, un grand enfant, même s'il est le génie informatique de l'équipage, il se sent lui-même dépassé par l'ordonnance de la logique formelle, tandis que Lucy conserve un sang-froid que ne montraient pas les belles des westerns de jadis, toujours prêtes à s'emporter, à crier, à se débattre vainement dans les bras du méchant qui s'en prenait à elles. Lucy croit au destin fatal et chaque modification apportée à l'Histoire, dont elle se sent la gardienne, est perçue comme un manque à ses certitudes. De plus, il faut considérer les rôles importants donnés à la mère de Lucy, Carol à sa sœur Amy qui apparaît comme n'ayant jamais été enfantée et qui est là, présence absente tout comme Jessica, l'épouse assassinée de Wyatt, à l'agent Christopher - qui forme un couple lesbien -, à Jiya qui s'entraîne à devenir pilote de la Timemachine, enfin à Emma Whitmore. Plus que Time Tunnel où l'on ne retrouvait qu'un personnage féminin le Ann MacGregor (Lee Meriwether), Timeless est entièrement dominé par les femmes. La vie utérine de Lucy se trouve bouleversée lorsqu'elle s'attendait à obtenir une promotion dans le département où elle brille en tant qu'enseignante aimée de ses étudiants, promotion qui lui est refusée. C'est alors qu'intervient l'acte terroriste engagé par Flynn chez Connor Industries. 

Voilà pourquoi la féminisation de l'Histoire ne s'arrête pas à la division technique des tâches ou à la susceptibilité des personnages, c'est la figure de la Mère archaïque, le vagina dentata qui domine encore symboliquement, tout comme dans Time Tunnel. Lucy - nom donné dans les années 80 à la plus vieille représentante de l'humanité - vit sous l'emprise de Carol, sa mère, à la fois par sa filiation mais aussi parce qu'elle fut historienne et fondatrice du département d'histoire qui emploie Lucy. Lucy reste donc rattachée à l'utérus de sa mère par sa fonction universitaire. Au départ, cette présence archaïque est sur le point de mourir, veillée par sa cadette, Amy. Chaque soir, au retour, Lucy lui apporte une barre chocolatée que, bien sûr, elle n'ouvrira pas. Elle répète un rite inscrit depuis son enfance. Une fois revenue de son premier périple dans le passé, voici la mère, Carol, en pleine santé et qui tient à la fiancer à Noah, un jeune médecin qu'elle ne (re)connaît pas. Par contre, Carol avoue ne pas connaître Amy, qui a disparu puisqu'elle était le fruit d'un autre père biologique que celui de Lucy. L'incommunicabilité entre Lucy et Carol est une clé majeure de la série, comme l'incommunicabilité du passé avec l'historien, malgré ses méthodes de recherche affinées. De la première saison, Lucy ne verra pas le rôle clé joué par Carol dans sa guerre contre le groupe de Rittenhouse. De même l'importance de l'agent Christopher, qui prendra le rôle substitut de la mère en insufflant la mission de Lucy qui est de sauver l'Histoire, c'est-à-dire sauver l'ordre américain. Et comme il sera spécifié au second épisode, détruire l'histoire américaine, c'est aussi détruire l'histoire du monde. En ce sens, l'histoire américaine est donnée comme le couronnement de l'histoire mondiale. Ce trait impérialiste n'apparaissait pas de manière aussi brutale dans Time Tunnel où les voyageurs du temps ne parvenaient jamais à changer le cours des événements, dans l'histoire américaine comme dans l'histoire mondiale.


Le débat métaphysique qui oppose au départ Lucy et Wyatt brouille l'impression traditionnelle. Wyatt, le soldat de la Delta Force, tout en assumant la virilité de son personnage, est celui qui parie sur l'improvisation ("Chaque chose en son temps", ne cesse-t-il de répéter dans l'épisode Public Enemi no 1); en ce sens, il est vite porté par son instinct de traqueur, voire de tueur. Blessé par la mort tragique de sa femme et qui renvoie l'homme américain à sa nature refoulée, sa violence est aussi archaïque que celle de Flynn. Par elle, il peut faillir à sa mission, se sentir floué par ses coéquipiers, etc. Lucy, par contre, refoule sa féminité et pari sur le destin coulé dans le bronze. C'est elle qui se sent le plus visée par les actions déstabilisatrices de Flynn et les objectifs du complot Rittenhouse, voie possible et alternative à l'histoire américaine telle qu'elle l'enseigne dans ses classes. Mutiler l'Histoire, c'est la prendre en défaut et cette attitude est purement masculine. Le voyage dans le temps, et surtout la résurrection de sa mère et la disparition de sa sœur sèment en elle une déstabilisation majeure. Comme un diable, c'est à elle que Flynn s'adresse toujours, lui brandissant son journal, écrit de sa main, dans un avenir indéterminé semble-t-il. Le débat du second épisode autour de l'éventuelle possibilité d'empêcher l'assassinat de Lincoln tourne autour de la crise morale : Lincoln doit mourir parce que tel est son destin, et son destin garantit celui de l'Amérique. Or, Rufus tente de la persuader de sauver Lincoln qui permettrait une meilleure justice pour les Noirs après la guerre civile et Wyatt lui fait une scène quand elle applique la fatalité (qu'il refuse) à la mort de sa femme alors qu'elle est menée par le désir de récupérer sa sœur. Lucy représente ici la loi de l'Histoire dont l'agent Christopher l'a investie d'en conserver l'intégrité. Fin de la seconde digression.


Le pilote de la série commence par le cours que Lucy donne sur l'époque de la présidence de Johnson et de l'extension de la guerre au Vietnam; ce sera l'occasion de notre troisième digression. En étant féminine, l'Histoire ne peut être véritablement bien interprétée que par une femme. Si les hommes font l'histoire, seule les femmes peuvent l'interpréter correctement, et l'enseigner sans tabou. Ainsi Lucy parle-t-elle sans pudeur des vulgarités de LBJ (Lyndon Baines Johnson, le successeur de Kennedy), racontant l'une de ses vulgarités bien connues : «"A White House reporter asked LBJ, 'Why are we in Vietnam?' And the president whipped out his genitalia and said, 'This is why.' It's true. He called it Jumbo"». L'Histoire faite par les mâle est violente et vulgaire; l'histoire racontée par les femmes est compatissante et délicate. Bien sûr, cette dichotomie n'est pas plus vraie dans les faits que celle opposant la raison à l'hystérie. On ne peut sérieusement expliquer la guerre du Vietnam par l'obsession génitale de Johnson, mais on ne peut pas la comprendre non plus sans explorer tous les avenues qui conduisent à cette guerre, y compris le machisme de Johnson, et celui de Kennedy avant lui. En ce sens, nous obtenons une troisième histoire à ajouter aux deux premières : l'histoire telle qu'enseignée dans les manuels; l'histoire modifiée après l'expédition de la Timemachine, enfin cette Histoire qui n'apparaît pas dans la série, pour des raisons de dramaturgie, et qui permet de détecter toutes les erreurs dans la présentation des faits historiques dits connus. Bref, les producteurs et réalisateurs de Timeless ne connaissent pas le fond de l'histoire, ils l'ignorent. Ils ne travaillent que sur le mythistoire et c'est lui qui est mis en danger et doit être protégé.

Il s'agit donc bien de la modification du mythe dans l'histoire et non de l'Histoire, puisque celle-ci échappe à la reconstitution exacte, érudite, de l'événement. La volonté de donner aux femmes, aux autochtones, aux Noirs et autres forçats du passé une place plus visible dans l'Histoire, n'est qu'une modification du mythe par un autre mythe. C'est l'Histoire elle-même qui devient intemporel, hors du temps, puisque les mythistoires s'y succèdent. Lorsque Lucy éprouve une inquiétante étrangeté à son retour du premier voyage face à sa famille modifiée par son intervention dans le passé, c'est la même étrangeté que nous éprouvons lorsque nous découvrons que l'Histoire n'est pas le mythistoire que nous avons appris par la tradition, à l'école, dans les manuels ou au cinéma. Lorsqu'elle se révèle à nous, sous un angle ni mâle ni femelle, ni rationnelle ni hystérique, l'Histoire nous paraît une abstraction. Or, c'est cette abstraction qui saute aux yeux de Lucy lorsqu'elle avoue avoir essayée d'empêcher l'assassinat de Lincoln au dernier moment et qu'elle a échoué. Il est facile de juger le passé avec les yeux du présent comme il était difficile pour les personnages historiques de bien juger de leur époque. Donc, la leçon sur le paquet de LBJ et Jumbo, cette histoire qu'elle avait apprise à enseigner, comme sa mère l'enseignait, n'était pas l'Histoire. L'orthodoxie historique n'avait pour fonction qu'être un mythe consensuel. Or ce mythe est la frontière de la réalisation qui ne sera pas dépassée. Lucy ne pourra substituer qu'un autre mythe au mythe enseigné dans son enfance.

Comment expliquer l'action de Garcia Flynn (Goran Višnjić)? Bien sûr, il y a la vengeance. Flynn veut se venger de Rittenhouse, l'auteur de l'assassinat de sa femme et de sa fille. Il pourchassera donc l'organisation à travers le temps, quitte à modifier différents aspects, plus ou moins importants de l'histoire américaine. Le trio du prototype de la Timemachine aura toujours pour but d'entraver son action. Voilà donc l'intrigue principale qui couvre l'ensemble de la série et dont chaque épisode est une mise en place anecdotique différente. Seulement, il faut reconnaître qu'en 42 minutes, il est difficile à la fois de soutenir cette intrigue et de présenter une anecdote détaillée qui se fermerait sur elle-même. La durée d'un épisode de Time Tunnel était déjà plus longue et il fallait souvent au concepteur tourner les coins ronds pour parvenir à boucler l'intrigue. Or l'intrigue principale (comment ramener les voyageurs égarés) était pratiquement inexistante et seule l'intrigue secondaire emplissait l'épisode. Les épisodes de Timeless font le contraire. La surcharge dramatique du complot paranoïaque l'emporte toujours de plus en plus sur les reconstitutions historiques. On se demande ce que font la bande enregistrée par Nixon ou le sénateur MacCarthy tant ils apparaissent insignifiants à l'intrigue. Finalement, l'Histoire paie le prix de la fiction et l'ensemble de la réflexion critique proposée par Kripke et Ryan ne fait que remplacer un mythe par un autre. Fin de la troisième digression. 

Retournons donc à l'intrigue. Le chef des terroristes, Flynn, serait motivé à détruire l'histoire des États-Unis car, selon lui, une organisation secrète menée par un groupe, Rittenhouse, dirigerait dans le plus grand secret le sort de la nation depuis 1778. C'est à lui qu'il reproche l'assassinat de sa femme et de sa fille. Peu à peu se révèle le fait que Lucy Prestion aurait des liens, sans le savoir, avec Rittenhouse. Flynn détiendrait également le journal personnel de Lucy venant du futur, mais ses coéquipiers ne croient pas à cette mythomanie de Flynn, qu'ils jugent être un vulgaire assassin. Pourtant, Lucy reconnaît bien sa propre écriture lorsque Flynn le lui montre. De plus, ce journal dit qu'elle finira par se joindre à lui car ils sont tous les deux dans le même camp, mais qu'elle ne le sait pas encore. Peu à peu, l'intrigue visera à déstabiliser autant les spectateurs que les personnages.



PILOT

Le premier épisode s'intitule tout simplement Pilot. Autre clin d'œil à Time Tunnel, il est centré autour d'une catastrophe, non plus maritime (le Titanic), mais aérienne : l'explosion du zeppelin Hindenburg, à Lakehurst, au New Jersey, le 6 mai 1937. Au premier abord, il est difficile de savoir pourquoi Flynn voudrait détruire un ballon qui est déjà condamné par l'Histoire. L'explosion du dirigeable a été photographiée et filmée par une grande quantité de journalistes. Au début, Lucy, Wyatt et Rufus craignent que Flynn veuillent sauver le dirigeable, et, effectivement, Flynn parvient à faire atterrir le Hindenburg. Pour la première fois, l'équipe se rend compte que le temps n'est pas un matériau dur et qu'il peut être modifié par la volonté humaine, même si celle-ci provient de décennies ultérieures. Contrairement à Time Tunnel où le destin historique était inscrit dans le temps, matériau dur, Timeless nous dit que le destin historique peut être modelé par l'intervention humaine dans une dimension-temps malléable.

Mais le désastre n'est que partie remise. Lucy suppose, avec raison, que Flynn veut faire sauter le dirigeable une fois reparti. Elle rappelle que des artisans de la future ONU : Igor Sikosky, John Davidson Rockefeller Jr, et Omar Bradley des ingénieurs, militaires et diplomates qui joueront un grand rôle lors de la guerre de 1939-1945, des gens qui, probablement, appartiennent aussi au groupe Rittenhouse seront de ce voyage. Le désastre n'est donc que partie remise. Et il y a Kate Drummond, un personnage purement fictif inspiré de by Lady Grace Drummond Hay, journaliste de la chaîne de journaux Hearst venue assister à l'arrivée du dirigeable. Ainsi, Timeless brise le cercle clos du voyage dans le temps qui ne pourrait changer le cours des événements (Time Tunnel) et permet d'accéder ainsi à l'uchronie comme roman national.

La façon dont les concepteurs font intervenir l'uchronie dans la série est plutôt maline. D'abord, l'histoire que nous apprenons dans les manuels n'est plus la stricte vérité, ou plutôt, la vérité devient relativiste. Entre les erreurs de données et les purs mensonges, nous devenons Timeless (mais timeless est-il bien servi lorsqu'on le traduit par intemporel? Pour les spectateurs, l'uchronie les plonge dans la théorie de Schrödinger. Le temps se dédouble, devient schizophrénique : d'une part, le Hindenburg a explosé à son atterrissage (version officielle historique), mais il a aussi explosé après son décollage de Lakehurst (version officieuse uchronique). Les deux appartiennent pourtant à un même segment de temps. C'est-à-dire que de 1937 à 2016, la version historique l'emporte et nous vivons dans un temps unique; mais après 2016, la version uchronique renverse tout et nous nous retrouvons dans un temps dédoublé. Sur un temps qui apparaît linéaire (depuis 1937), un segment temporel se dédouble (en 2016) : le cours est modifié. Et nous apprenons, suivant en cela la théorie fumeuse du battement d'aile d'un papillon, qu'il suffit de modifier le plus petit élément du cours de l'Histoire pour que l'ensemble de celle-ci soit changée à jamais. Ce que confirmera à la fin la disparition d'Amy.

Le temps de l'uchronie (la fiction donnée pour réalité) abolit le temps de l'Histoire (la réalité rabaissée au niveau du mensonge et du secret d'État). Comme dans une fiction, lorsqu'un auteur décide de changer l'intrigue grâce à l'avancement technologique, il deviendrait possible à l'humain de transformer le cours du développement historique. L'explication «scientifique» de la courbe spatio-temporelle, illustrée par le repli d'une feuille de papier, coupe court aux spéculations techniques nécessaires pour se libérer de l'emprise de l'immédiat et se déplacer dans la durée. On ne mentionne même pas la physique quantique qui aurait pu fort bien servir à propos avec la théorie de Schrödinger.

Contrairement à Time Tunnel, où les voyageurs du temps n'avaient pas le contrôle de leur périple, Flynn oblige l'équipe à le suivre, ce qui lui donne une longueur d'avance dans le déplacement spatio-temporel. Au laboratoire de Connor's Industries, on ne peut savoir que la date et l'endroit où la navette principale se pose, d'où l'indispensable présence de Lucy pour déchiffrer le but du terroriste. D'autre part, les scénaristes s'amusent - d'ailleurs comme un malheureux running gag – à jouer sur les courbatures du temps. Dans une scène où le Noir, Rufus, est détenu en cellule au New Jersey, un État où sévissait le racisme à l'époque, afin de provoquer son geôlier, il lui lance à la figure qu'il y aura dans l'avenir des Noirs américains célèbres, des Prince, des Michaël Jackson, des Michaël Jordan, et même un Obama qui sera président des États-Unis, et il termine son monologue en l'informant que l'avenir n'est pas de son côté mais du sien... En se libérant de l'obstruction de l'unidirectionnalité du temps (du progrès ou de la décadence), Timeless débouche donc sur une relativité de temps parallèles appelés parfois à s'entrecroiser. Ce qui aura été vrai de 1937 à 2016, ne l'est plus après. Pour un bref moment, deux durées se sont croisées par l'intervention d'individus de 2016 projetés en 1937.

Si le trio échoue à empêcher Flynn d'intervenir dans l'histoire, il ne perd jamais l'espoir de limiter les dégâts. Dans un hangar, il découvre les mécanismes d'une bombe qui a été installée dans le Hindenburg au décollage et prêt à exploser avec les dignitaires américains et allemands. On assiste à la lutte épique à travers laquelle Lucy et Rufus obligent les officiers à faire atterrir le dirigeable et la lutte de Wyatt contre le poseur de bombe, aidé en cela par Kate Drummond. Finalement, une balle perdue ricoche dans la toile du dirigeable qui explose alors qu'il est déjà au sol et que les passagers ont été évacués. Dans la lutte opposant Wyatt et Flynn, Kate est tuée, ce qui ramène à l'esprit de Wyatt la mort violente de Jessica, son épouse.

À leur retour, l'Histoire a changé et, libérés, les trois voyageurs devront garder pour eux le secret de l'incident sous peine de trahison. C'est alors que Lucy découvre que son intervention a changé le cours de son roman familial. Lucy, qui a prise sur elle la mission confiée par l'agent Christopher de sauver l'histoire des États-Unis, se dote en même temps du roman familial modifié. Ainsi, Timeless brise le cercle clos du voyage dans le temps qui ne pourrait changer le cours des événements (Time Tunnel) et permet d'accéder ainsi à l'uchronie. Mais une uchronie somme toute mineure.


Pourquoi l'explosion du Hindenburg, événement plutôt anecdotique dans l'histoire américaine? La couleur locale (Walter Scott) propre au roman historique est rendue par quelques scènes extérieures : le car de voyageurs et les automobiles, les vêtements, la musique de l'époque, la slot machine et rien de plus. On peut dire que c'est là l'hommage que les réalisateurs rendent au passé, car on a pas trop le temps de se baigner dans cette couleur locale. Une seule véritable allusion aux nazis qui commandent la mission du Hindenburg et les svastikas sur fond rouge qui ornent les aillerons arrières du zeppelin. L'équipage ne porte pas non plus les brassards nazis de rigueur. La reconstitution de l'intérieur de la nacelle reste fidèle aux photographies que nous possédons du Hindenburg (celui-ci avait exécuté plusieurs traversées de l'Atlantique avant la catastrophe, il était une fierté de la nouvelle Allemagne hitlérienne). On constate que le film Titanic est passé par là.

Timeless s'abreuve à deux représentations sociales de notre époque. D'abord, Flynn, au lieu d'agir seulement dans l'espace par des complots, se déplace dans le temps et entend modifier le cours de l'Histoire afin de perturber le développement du pays. En tant que femme, l'Histoire reprend ici le fantasme où l'avait mené Time Tunnel; nous renouons avec le vagina dentata; la figure archaïque de la femme, plutôt de la mère et dont la longue manducation au cours des siècles, à travers les catastrophes et les guerres, de génération en génération, restera la fascination majeure, sinon la définition même de l'Histoire. Clio (cette fille publique dont parlait Valéry) a perdu tout le calme serein de sa statue antique, recueillant sur son parchemin la mémoire des actes héroïques des Grecs.

La seconde représentation sociale dans laquelle puise Timeless, est celle qui s'est développée à partir du 11 septembre 2001. Un terroriste doit frapper à travers des événements fortement médiatisés – les mythistoires, ce que les réalisateurs de la série appelaient, plus haut, les moments emblématiques -, tant il faut démoraliser la population civile, brouiller la conscience historique. L'écrasement catastrophique et spectaculaire du Hindenburg fut la première catastrophe filmée en directe. Comme l'effondrement des tours du World Trade Center, la radiophonie l'a retransmise en direct, des centaines de clichés, des mètres de pellicules filmiques, y compris en couleur et qui ont été utilisés pour la production de l'épisode, nous en laissent le témoignage vivant. L'uchronie sème un seul doute : cette catastrophe a-t-elle eu lieu avant son atterrissage ou après son décollage? On comprend un peu mieux toute la production de ces films ou vidéos retouchés qui font disparaître l'avion (ramené à l'état d'hologramme) entrant comme dans du beurre fondu dans la seconde tour pour donner l'impression que celle-ci a explosé de l'intérieur justifiant le sabotage d'une démolition contrôlée. La désinformation – les fake news de Kellyanne Conway -, n'est plus seulement journalistique; elle est devenue historique.



THE ASSASSINATION OF ABRAHAM LINCOLN

Pour des producteurs américains, il est impossible de diriger une série télé ayant pour intrigue le voyage dans le temps sans passer par l'assassinat de Lincoln. Time Tunnel avait également un épisode, mais de l'assassinat de 1865, l'anecdote s'était déplacée quatre ans plus tôt, lorsque des menaces d'assassinat fusaient contre Lincoln lorsqu'il devait se rendre à Washington occuper le fauteuil présidentiel. Lincoln voyageait incognito dans un train spécial, sous la garde d'Allan Pinkerton.

Comme dans l'épisode de Time Tunnel, l'épisode de Timeless commence par le dramatique assassinat, tel que nous le connaissons. À condition de ne pas y regarder de trop près les détails sur la manière dont Booth, l'acteur-assassin, saute de la loge, se brise la jambe et brandit son poignard devant la foule stupéfaite en criant Sic Semper Tyrannis! avant de s'enfuir par les coulisses en traînant la jambe. Ce mythistoire si «précieux» dans la mémoire américaine, si documenté, comment a-t-on pu le brosser aussi sommairement? 

La Timemachine de Flynn est repérée sur les lieux. L'équipe, ses membres vêtus de costumes d'époque, se rend à Washington pour le 14 avril 1865. Si la tendance complotiste se maintient toujours autour de l'assassinat de Kennedy, dans le cas de Lincoln, le complot était bien réel. Il apparaît donc évident que Flynn doit y participer. Lucy suppose que suivre Booth mènerait logiquement à Flynn. Pour ce faire, elle se rend au Ford Theater fouiller dans le courrier. Elle y croise Robert Todd, le fils d'Abraham Lincoln. Elle s'improvise le nom de Juliette Shakesman et commence un jeu de séduction entre les deux personnages. Sur l'entre fait intervient Booth que reconnaît Todd Lincoln, qu'il salut, et surtout son frère aîné, Edwin, qui lui aurait déjà sauvé la vie sur le quai d'une gare. Les scripteurs mettent alors une phrase ironique dans la bouche de Robert Todd Lincoln serrant la main à John Wilkes Booth : «Les Lincoln devront toujours une éternelle reconnaissance aux Booth». La scène nous permet en même temps de découvrir une jalousie fraternelle de John Wilkes Booth à l'égard de son frère aîné.

Outre Lincoln, c'était tout le pouvoir exécutif qui devait être décapité : le général des forces nordistes, Grant; le vice-président démocrate, Johnson et le Secrétaire d'État Seward étaient suivis par des assassins qui se fixaient le soir du vendredi 14 avril pour agir. Le secrétaire à la guerre, Stanton, figurait aussi sur la liste de Booth. Et le trio découvre rapidement que Flynn va intervenir de manière à ce que le complot réussisse complètement. Dans les faits, si Lincoln fut effectivement abattu au théâtre Ford, Grant avait pris le train dans le courant de cet après-midi, l'assassin désigné de Johnson vira de bord avant de commettre l'irréparable et seul le Secrétaire Seward, alité, fut blessé par son agresseur. Johnson succéda donc à Lincoln, mais il se trouva hérité du Secrétariat de son prédécesseur, ce qui le mit en difficulté pour le reste de son mandat. Lucy comprend donc que si Flynn est là, c'est précisément pour compléter les objectifs de la conjuration.


Le premier geste de Flynn consistera donc à forcer Grant à rester à Washington. Pour cela, ses hommes parviennent à saboter la locomotive de son convoi, ce qui oblige donc Grant à assister à la comédie durant la soirée. Lucy, qui s'est rendue sur le quai de la gare pour vérifier si Grant quittait bien Washington, arrive trop tard pour déjouer la manœuvre. Elle y retrouve toutefois Robert Todd Lincoln, sous les ordres de Grant,  qui l'invite à l'accompagner au théâtre. C'est ainsi que l'Histoire se transforme Le soir de l'assassinat, quatre sièges de la loge présidentielle étaient occupés au moment de la représentation de My American Cousin – Lincoln et sa femme, Mary et le major Rathbone et sa fiancée -, nous nous retrouvons maintenant avec six sièges occupés – le couple Lincoln, le couple Grant, Robert Todd Lincoln et Lucy -, c'est donc toute la scène du drame qui change. Ce surplus d'invités chassera donc le couple formé par le major Rathbone et sa fiancée.

Peu après, Lucy croise à nouveau Flynn. Ce dernier, non seulement la somme de ne plus intervenir dans ses projets, mais lui annonce que lorsqu'elle connaîtra mieux Rittenhouse, elle se joindra à lui. Entre-temps, Rufus doit extraire une balle qui s'est logée dans le flanc de Wyatt lors d'un affrontement au camp des conjurés. C'est dans ce contexte que se déroule la crise morale dont nous avons déjà fait mention. Rufus voudrait que Lucy sauve Lincoln afin de garantir un meilleur avenir pour les Noirs; Lucy voudrait bien, car Lincoln demeure son personnage historique favori, mais elle se sent tenue par sa promesse de sauver l'histoire et donc d'y sacrifier le président; Wyatt, d'accord avec Rufus, retourne l'argumentaire contre elle en disant que s'il lui était possible de sauver Jessica, elle s'y opposerait. Lucy part troublée, se fixant de sauver à tout prix le général Grant, le vice-président Johnson et le Secrétaire Seward.

Flynn s'est lié à la conjuration et domine Booth, qui passe ici pour un être faible, vaniteux et sans caractère qui veut scénariser le crime comme une pièce de la tragédie shakespearienne : le meurtre de César, et tient absolument à le tuer avec son pistolet Derringer calibre 44 et un poignard, Flynn tente de le persuader de le tuer avec son arme, un semi-automatique propre à tuer Lincoln et Grant. Mais l'acteur s'en tient obstinément à son Derringer et Flynn parvient à immobiliser Booth; il va donc prendre sa place. Ainsi, c'est Flynn qui assassinera de deux balles (plutôt qu'une) Lincoln. Se laissant distraire par Lucy pendant que le fils Lincoln et Grant se jettent sur lui; il décide alotd de se précipiter sur la scène et, sans rien dire, s'enfuir. Au retour, l'équipe apprendra que Lincoln a été tué par un inconnu, un homme assez grand, dont on a jamais retracé la piste, abandonnant une arme de fabrication inconnue sur les lieux du crime (plus tôt, Flynn avait dit à Booth qu'il s'agissait d'une arme fabriquée par les Allemands). Booth n'échappera pas à son destin, ayant été dénoncé par Lucy. Par contre, on retiendra le nom de Juliette Shakesman, dont le nom a été donné à un collège de l'Ohio. Grant étant parvenu à échapper à l'attentat grâce à Lucy, Wyatt parvient à maîtriser Lewis Powell avant que Seward ne soit blessé. D'autre part, ayant fraternisé avec des soldats afro-américains de l'armée de l'Union, Rufus parvient à détourner George Atzerodt qui attendait l'arrivée du vice-président Andrew Johnson pour l'abattre.

Il faut reconnaître que Timeless est une série plus audacieuse que Time Tunnel. Chaque épisode pose des questions sur notre rapport au temps et à sa relativité. Time Tunnel présentait la durée, nous l'avons dit, comme non-modifiable, la fiction ne compromettant en rien le mythistoire. Timeless nous projette dans l'uchronie. Flynn réussit bien à tuer Lincoln, mais l'anecdote est complètement transformée. Ainsi, combien d'autres anecdotes faudra-t-il modifier pour reconnaître que l'Histoire s'est profondément transformée? Chaque anecdote modifiée, toutefois, finit par changer la perception des événements même si l'alternative entre la version historique et la version uchronique repose sur quelques détails. Booth ou Flynn, peu importe, Lincoln a bel et bien été assassiné dans sa loge au théâtre, le soir du 14 avril 1865, mais les événements n'en est pas bouleversés pour autant. C'est ce que Kripke et Ryan veulent dire quand ils affirment que cette histoire serait complètement différente de celle apprise à l'école. Plus que dans l'épisode Pilot, le dédoublement du temps et la courte séquence où se chevauchent, durant le voyage dans le temps, la version historique et la version uchronique de l'Histoire vont tendre à désaxer le mythistoire. Comme on dit si bien, le diable se cache dans les détails.

Comme avancé plus haut, ce second épisode entraîne l'équipe à se poser des questions morales découlant de la capacité même qu'a eue Flynn d'avoir pu modifier l'épisode du Hindenburg. Si le trio est parvenu à l'aube du 14 avril 1865, pourquoi n'essaierait-il pas d'empêcher l'assassinat de Lincoln? Pourquoi n'essaierait-il pas d'empêcher le meurtre de l'épouse de Wyatt? C'est la question qui tourmente Rufus et Wyatt, alors que Lucy, historienne admirative éperdue d'Abraham Lincoln, sur lequel elle a écrit un livre, semble si soudée au mythistoire qu'elle entend poursuivre le but qui est de sauver l'histoire. Elle n'ose envisager un tel geste. Lucy regarde Lincoln comme Marie, la sœur de Lazare, regardait le Christ. Ce refus de modifier le temps – puisqu'il est modifiable comme l'a démontré l'action de Flynn – apparaît comme une obstination plutôt qu'une fatalité. Au retour, complètement effondrée, elle avoue avoir averti en criant le nom du président, qu'elle a quand même voulu sauver Lincoln, car s'il est possible de changer l'Histoire pour le Mal, pourquoi ne pourrions-nous pas la changer pour le Bien? Le concept relativiste du temps lui donne une telle flexibilité qui contraste avec la structure déterministe, telle que la représentait la série Time Tunnel. Un dilemme cornélien se pose qui reviendra tout au long de la première saison de la série et qui finira par jouer de mauvais tours à la physique quantique : mais il n'y aura pas de Lincoln mort assassiné et de Lincoln échappant à son assassinat. Cette situation sera donnée plus tard, mais d'une façon inverse, à Benedict Arnold et à Eliot Ness.

Or de la fiction et de l'uchronie, on déduit assez vite l'hypothèque qui pèse derrière chaque réécriture de l'Histoire. Chaque nouvelle intrigue intervient pour modifier, comme l'avouait l'intention des réalisateurs, le récit consacré d'un événement. Bref, plus que l'Histoire qui est récit psychologique, sociologique, économique, politique et culturel, c'est le mythistoire qui est au cœur de l'entreprise et ce n'est pas là, contrairement aux prétentions de Kripke et Ryan, faire ressortir le côté sombre, le côté critique de l'Histoire. Nous sommes à cent lieux de l'Histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn. L'Hindenburg explose au décollage et non à l'atterrissage; Lincoln est tué par un inconnu usant d'une arme qui n'est pas le Derringer de Booth : c'est bien peu de choses comme modifications, et ce n'est pas l'Histoire en soi qui en est affectée, mais le mythistoire. En ce sens, comme les gens retiennent essentiellement les détails «croustillants» de l'Histoire, les modifications apportées au mythistoire sont énormes, au point de devenir méconnaissable. On pourrait facilement jouer à «Trouvez les anachronismes» si, au départ, il n'y avait pas tant d'inexactitudes dans le segment d'histoire proposé. Parce que le mythistoire n'étant pas toujours respecté, la liste des anachronismes pourrait être longue pour un nombre si rare de scènes historiques. Toutefois, si nous anticipons le développement de la série, on pourra se demander les raisons pour lesquelles Flynn tenait absolument à assassiner Lincoln, Johnson et Grant (qui furent tous trois présidents) sinon qu'ils appartenaient... au complot Rittenhouse? En tel cas, pourquoi ne pas être remonté en 1861, comme dans l'épisode de Time Tunnel et le tuer avant son entrée à la présidence? Si la logique de l'Histoire déraille, celle des réalisateurs de Timeless n'est pas plus solide.

À la différence des voyages dans l'espace où la conscience modifie ses repères de l'extérieur, le voyage dans le temps les modifie de l'intérieur. À la rigueur, l'Histoire se désagrège, se désintègre en morceaux et non d'un flash, à l'image dont la Timemachine aspiré à travers une bourrasque.



«ATOMIC CITY»

Le troisième épisode de Timeless est le premier d'un diptyque. Flynn se retrouve à Las Vegas, au Nevada en 1962, à la belle époque où Frank Sinatra faisait les beaux jours des casinos. S'y trouvent alors le président Kennedy et sa maîtresse d'alors, Judith Campbell, dont Lucy nous rappelle les traits. Elle fut l'une des entremetteuses les plus efficaces et on peut lui attribuer une part dans l'élection de Kennedy aux primaires des démocrates, puis à la présidence du pays, mais ce dont Lucy nous rappelle surtout c'est comment elle servait de lien entre Kennedy et le patron de la mafia de Chicago, Sam Giancana en vue d'une tentative d'assassinat contre Fidel Castro. Campbell partageait également la couche de Giancana. Elle avait été auparavant la maîtresse de Sinatra. Dans l'épisode, Flynn fait chanter Campbell avec des photos intimes d'elle et de Kennedy. Elle collabore donc avec Flynn dans le but de soutirer un trousseau de clefs à un général afin de dérober une charge de plutonium contenue dans une des bombes atomiques que l'Agence d'Énergie atomique expérimente dans le désert du Nevada. À la fin, Lucy nous révélera le triste sort de Judith, rappelant qu'elle n'accepta de révéler son rôle que vingt-huit ans plus tard, alors qu'elle se mourrait d'un cancer du sein.

La chasse part ici sur une fausse anticipation : croire que Flynn veut tuer Kennedy un an avant le 22 novembre 1963 et impliquer l'assassinat dans la crise cubaine. On y croise J.F.K de même que Samy Davis Jr et Marilyn Monroe (nous sommes à quelques semaines avant sa mort). Ce qui était impossible d'évoquer en 1966 dans Time Tunnel est devenu aujourd'hui abordable dans une fiction. Notre appréciation de Kennedy tient de plus en plus au rôle historique du président qu'au complot tordu qui mena à son assassinat. Contrairement à l'épisode précédent où le mythistoire de Lincoln tenait davantage à l'événement plus qu'aux trames du complot dans les détails (qui se souvient des rôles de Powell et d'Atzerodt?), le mythistoire Kennedy tient plutôt aux trames du complot, qui demeurent autant d'hypothèses discutées, qu'à la signification historique de l'assassinat. Lucy n'éprouve pas de fascination comparable pour Kennedy à celle qu'elle avait pour Lincoln.

Rufus rencontre le maître d'œuvre de la Timemachine, Anthony Bruhl, de la bouche duquel il apprend qu'il fait partie intégrante de l'équipe de Flynn et que Flynn est à la recherche de Christy Pit. Ce n'est qu'après un temps de confusion qu'il comprend qu'il s'agit du cœur de plutonium d'un réacteur nucléaire nommé d'après le physicien Robert Christy. Après une chasse effrénée, Wyatt, Lucy et Rufus s'aperçoivent qu'ils ont été doublés par Flynn. Lorsqu'ils parviennent à le rattraper, un combat furieux suit où Rufus croit déposséder Anthony du noyau de plutonium, Lucy, elle, parvient à tirer Judith des mains de Flynn occupé à un échange de tirs avec Wyatt. Un pneu crevé empêche le trio de poursuivre Flynn et Anthony et Rufus s'aperçoit qu'il a été doublé par Anthony.

Dans cet épisode, on constate que les coéquipiers dérogent et travaillent pour eux-mêmes. Ils partagent également la volonté d'intervenir pour empêcher le cours inexorable du temps de peser sur leur vie. Lucy se retrouve avec un prétendant on ne peut plus agréable, Noah, un jeune médecin qui lui est complètement étranger. Rufus s'est vu confié par Connor Mason un enregistreur des conversations à l'intérieur de la Timemachine. Plus pathétique est la tentative de Wyatt d'envoyer un télégramme, pour dans cinquante ans, à sa femme afin de la sauver de la mort. On y soupçonne que tout n'allait pas très bien dans le couple et qu'une certaine culpabilité habite le soldat. Revenant à la fin de l'épisode, il découvrira que sa tentative a échoué. On a beau manipuler le temps quasi à volonté, mais il y a des forces déterministes qui résistent.

Ce que l'épisode essaie ici de reconstituer, c'est l'atmosphère du début des années 1960 à Las Vegas, ville qui, avant de devenir la Sin City des casinos et des hôtels chics, était appelée Atomic City à cause de la proximité des essais nucléaires qui s'y tenaient. 1962 est d'ailleurs une année cruciale. C'est l'année de la grande menace de la crise des missiles que l'Union Soviétique avait installés à proximité de Washington, sur l'île de Cuba. Malgré tout, le monde bascula dans un dégel des tensions entre Soviétiques et Américains. Le décor du Las Vegas des casinos, des mafieux, d'une certaine légèreté de la vie offre une couleur locale qui montre l'insouciance d'une certaine classe de riches Américains. À la piscine, les vacanciers applaudissent lorsqu'ils voient le champignon atomique s'élever haut dans le ciel torride du Nevada, paroxysme de la joie qui contraste avec la dangerosité des essais d'armes de destruction massive Les effets dramatiques de cet épisode résident essentiellement dans les relations entre les membres du trio. On découvre le sentiment d'infériorité de Wyatt par rapport à Lucy lorsqu'il est fier de lui montrer qu'il connaît les expériences atomiques du Département d'énergie – deux explosions atomiques par semaine – dans le désert du Nevada, en 1962 : «Il n'y a pas que vous qui ayez des connaissances en histoire», lui lance-t-il ironiquement.

Comme dans les épisodes précédents, la fin s'achève sur une réflexion sur la capacité que nous avons de distinguer le Bien du Mal. Anthony, qui a été kidnappé par Flynn, a-t-il été complice volontaire ou est-il l'otage de Flynn? Au moment où Wyatt aurait pu le descendre, Rufus s'interpose au nom de l'amitié qui le lie à son mentor. Pouvons-nous juger sans savoir des intentions d'un individu prisonnier d'un dilemme dont nous ignorons les contradictions? Encore une fois, le dialogue oppose la vision déterministe de Lucy à la vision relativiste de Wyatt qui reprend espoir de sauver sa femme en usant de la Timemachine. Contre le soldat Wyatt, qui agit selon les ordres avec un automatisme conditionné de soldat du Delta Force, Lucy et Rufus sont constamment confrontés à la part d'humanité qui ne doit pas être abandonnée, même dans la lutte contre les forces du Mal. Wyatt, malgré son aspect héroïque, demeure un personnage emporté, ressassant son deuil, tandis que Rufus porte la ruse qu'il met à profit (comme lorsqu'il va chercher des uniformes de serveurs afin de pouvoir se promener en toute aisance entre les mondains parmi lesquels se trouve Kennedy et Flynn). Lucy, en tant qu'historienne, détient l'information qui permet à ses compagnons de se situer et de situer le téléspectateur devant son écran dans les dédales de l'espace et du temps.



PARTY AT CASTEL VARLAR

L'intrigue s'inscrit dans la continuité de l'épisode précédent. Flynn et ses hommes ont volé un noyau de plutonium. Ce noyau serait-il vendu aux nazis afin de changer le cours de la Seconde Guerre mondiale? On retrace Flynn à Castel Varlar situé en Westphalie, ancienne abbaye des cisterciens (1601) puis des bénédictins. Sécularisée depuis 1803, elle sert de lieu de réception au moment où les notables du IIIe Reich viennent assister à l'expérimentation d'une fusée V2. Ils sont reçus en grande pompe, le 9 décembre 1944 par Albert Speer.

Obligés de se rendre en Allemagne, les membres du trio s'interrogent sur la manière de passer inaperçu dans le milieu. À la question posée par Lucy de savoir  si l'un d'eux parle allemand, Wyatt lui répond oui, en ajoutant devant le regard étonné de Lucy «que l'armée ne forme pas seulement des analphabètes», ce qui ramène le complexe d'infériorité du soldat devant l'intellectuelle. Par contre, on sera étonné de la question posée par Wyatt à propos de von Braun : «Quel est ce type?», lui qui faisait la leçon dans l'épisode précédent sur les activités de l'Agence de l'Énergie atomique en 1962...

Lucy, Wyatt et Rufus pensent que cette fusée, destinée à bombarder la Belgique occupée par les troupes alliées, transportera le cœur de plutonium dérobé par Flynn au Nevada, permettant ainsi à l'Allemagne nazie de gagner la guerre. Dès que la porte de la Timemachine s'ouvre, les trois voyageurs se retrouvent face à un soldat allemand que Wyatt a vite fait d'abattre. Puis il en tue un autre de dos, ce qui ne va pas sans irriter Lucy. Dans une auberge où ils espèrent entrer en contact avec des résistants, ils tombent sur un espion britannique qui n'est autre que Ian Fleming, l'auteur de la série des romans d'espionnage, James Bond.

Évidemment, Fleming n'est pas encore un écrivain, il se dit espion, mais nous savons qu'il n'était qu'un planificateur d'opérations au sein de la Royal Navy; un agent de liaisons entre les différents services d'espionnage. Il ne fut donc jamais un agent de terrain, nous entrons ici dans cette troisième Histoire – la vraie – que les concepteurs ignorent ou feignent d'ignorer autant que Flynn modifie le mythistoire de Lucy. Fleming n'a de rôle ici qu'en tant que figure emblématique d'une culture; un mythistoire autre dont la fantaisie fait briller les yeux fascinés de Wyatt et de Rufus. Ce n'est pas Fleming qui est présent devant eux, mais James Bond.

Un fois arrivé dans la région de Castel Varlar, le quatuor repère la fusée V2 et vient la passer au compteur Geiger. Or il n'y a pas d'indice de radiations. Arrive alors Speer accompagné de Wernher von Braun et de Flynn. Il apparaît qu'elle a été financée par de l'argent que Flynn aurait versé au Reich. Wyatt, caché avec Fleming, Lucy et Rufus, s'apprête encore une fois à mettre Flynn en joue, mais von Braun vient se placer entre sa cible et lui; c'est Lucy qui s'interpose pour ne pas que Wyatt tire. Pour elle, tuer von Braun, c'est tuer l'artisan de la défense nucléaire américaine durant la Guerre Froide ainsi que le principal artisan de l'expédition lunaire. Il apparaît donc que le plan de Flynn n'était pas d'utiliser le Christie Pit au service de l'Allemagne nazie. C'est alors que commence une course contre la montre : qui enlèvera von Braun le premier? Le reste du scénario suit la trame des Bond movies. Prisonnier des nazis avec Lucy, Fleming usera d'un pistolet à deux coups caché dans sa manche. Lucy repèrera pour sa part le symbole catholique (le poisson) qui permettra à son équipe de se sauver par le trou du prêtre, le foyer de la chambre close où le quatuor s'était barricadé. Un trou du prêtre est un système labyrinthique qui permettait aux prêtres catholiques de fuir les persécutions luthériennes au temps de la Réforme. Wyatt rappelle avoir entendu l'expression à la fin de Skyfall, le dernier film de James Bond de l'époque. Fleming essaie de faire de Lucy sa Bondgirl, ce qui ne va pas sans irriter la jalousie de Wyatt qui, avec ses jumelles, observe à distance les manœuvres de séduction de Felming. En retour, Wyatt ne cessera d'épater Fleming en lui sortant des titres de ses futurs romans. Dernier clin d'œil, lorsque Lucy refuse les avances de Fleming, disant qu'elle doutait que Fleming et elle puissent se rencontre aux États-Unis après la guerre : Wyatt lui lance alors un Never say never again... À la toute fin, revenus à la base, on leur présentera le poster d'un film de 1964 présentant un film de Bond avec Sean Connery, reprenant l'épisode de Castel Valnar avec le prénom de Lucy comme celui de la Bondgirl.

Plus tard, dans un face à face dramatique, Wyatt et Fleming se demanderont pourquoi épargner von Braun considérant qu'il est le meilleur ingénieur de l'armée ennemie et qu'il n'a pas payé pour les crimes commis, en particulier les bombardements de Londres  par le régime nazi qui l'employait. Lucy rétorque que von Braun va contribuer à recruter près de 1 500 scientifiques allemands issus du complexe militaro-industriel nazi pour lutter contre l'URSS et récupérer les armes secrètes du Troisième Reich. Ces scientifiques effectueront également des recherches dans divers domaines, notamment les armes chimiques (Zyklon B), l'usage des psychotropes, la conquête spatiale, enfin les missiles balistiques et les armes à longue portée. Grâce à la récupération de von Braun à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Américains développeront leur système de défense durant la Guerre Froide ainsi que le programme Apollo qui conduira les Américains sur la lune en 1969. Mais Wyatt et Fleming demeurent inébranlables à travers leurs frustrations. Pour Lucy, le tuer serait évidemment une catastrophe pour la suite de l'histoire américaine.

La question qui se pose alors : que vient faire Flynn dans l'affaire? Or, lorsque celui-ci et Lucy se retrouvent, à nouveau, elle comprend que Flynn n'est pas là pour faire exploser une bombe nucléaire ou assassiner von Braun, mais l'enlever et le livrer à l'U.R.S.S.. Lorsque Wyatt et Rufus réussissent à faire exploser la fusée, créant une diversion, von Braun échappe à Flynn qui le menaçait de son arme. Capturé par le quatuor, von Braun, qu'une automobile doit ramener vers les forces alliées, les ressentiments refont surface. Fleming se montre prêt à descendre von Braun parce que son frère était mort sous les bombardements lors de la Bataille d'Angleterre. Wyatt est plutôt d'accord, puisqu'en le livrant aux alliés, jamais Von Braun ne serait jugé. Lucy maintient que si le trio a kidnappé von Braun, c'était bien pour l'empêcher qu'il tombe aux mains des Soviétiques, et non le tuer; tout cela se justifiant – ce que Flemming ne peut comprendre – par la supériorité militaire qu'il apportera à leur pays. Rufus, lui, va jusqu'à se porter devant l'ingénieur allemand qui le reçoit avec mépris raciste jusqu'à ce qu'il trace une formule mathématique dans son calepin. Il demande alors à von Braun s'il a conscience du mal que ses fusées peuvent causer en détruisant des villes entières et tuant des civils. Et von Braun de répondre que sa seule préoccupation est de faire élever des fusées et non de l'endroit où elles tombent, ce qui rappelle le vers de la fameuse Java de la bombe atomique de Boris Vian. Rufus lui réplique qu'il a également conçu une machine, et qu'elle a déjà entraîné la mort d'êtres humains et que cela le tourmentait tous les jours. Von Braun lui demande alors que s'il avait connu les résultats de son invention, aurait-il travaillé tout de même à sa conception? Sa question laisse Rufus coi. Von Braun contemple alors le ciel et rêve déjà à la fusée qui transportera les hommes vers la lune. Peu importe pour qui on travaille, l'important est de réaliser les possibilités qu'on se fixe. Une fois de plus est respectée la leçon augustinienne, qui veut que du Mal puisse naître le Bien.

Lucy affirme son rôle de «protectrice de l'Histoire» contre l'ignorance du soldat Wyatt et de l'ingénieur Rufus. Non seulement elle ne veut pas que l'Histoire soit soumise à des déformations comme elle en a connues lors des premiers épisodes. Mais dans l'épisode de Castel Varlar, ce qui apparaît, c'est non seulement que sans elle ses coéquipiers ne pourraient survivre à une seule intervention dans le temps, mais qu'elle a également charge d'âmes en protégeant l'intégrité morale de chacun d'entre eux. Ainsi, lorsque Wyatt ne peut comprendre pourquoi Lucy s'obstine à vouloir sauver von Braun :
Lucy : We should at least try to protect history.
Wyatt : Protect Nazis?
Lucy : No, I'm just saying, there is a bigger picture here.
Bref, l'Histoire est plus que la somme des faits qui la constituent. Cette dimension échappe à Mason Industries et encore, pour l'instant, à Wyatt. Fleming, qui est de l'avis de Wyatt demande de juger la cause :  Ce n'est que peu à peu que Wyatt et Rufus finissent par atteindre le niveau de conscience de Lucy : «Je ne suis pas d'accord, réplique Wyatt à Fleming, mais je lui fais confiance».

Nous apprenons plus des personnages centraux : ainsi, les peurs claustrophobiques de Lucy lorsqu'elle voyage dans la Timemachine, qui, étant jeune, fut victime d'un dérapage automobile qui l'entraîna dans une rivière, ce qui la stresse chaque fois qu'elle embarque dans la Timemachine. De Wyatt, nous apprenons qu'il a été élevé par un père violent et indigne et avoue que sa haine des nazis provient de la fierté qu'il a reporté sur un grand-père, héros de la Seconde Guerre mondiale. La destruction de la V2 se justifie pour lui parce qu'elle ferait des victimes dans le corps d'infanterie où se trouve précisément son grand-père. Il est vrai que la mort de ce dernier signifierait l'inexistence de Wyatt. De là viendrait sa motivation à devenir soldat et de poursuivre la fierté de la famille. À Castel Varlar, il a l'impression de combattre dans la même guerre que son grand-père, d'où son peu de flexibilité devant von Braun. De retour à la base, Lucy impose qu'on trouve un moyen pour lui permettre de récupérer sa sœur, sinon elle ne travaillera plus pour Mason Industries. Elle rappelle à l'agent Christopher qu'être soumise à des événements comme l'explosion de l'Hindenburg et l'assassinat de Lincoln l'ont fortement bouleversée. Enfin, Flynn, dans un face à face avec Lucy, lui rappelle le complot Rittenhouse, allant jusqu'à lui répéter, comme dans les épisodes précédents, qu'ils seront un jour tous les deux du même côté, car lui aussi est un patriote. Et, de fait, nous apprenons que le réacteur nucléaire volé par Flynn doit servir à alimenter, pour 300 ans, l'énergie de leur Timemachine.

La confiance des uns envers les autres sera fort ébranlée au cours des prochains épisodes. Dans une conversation entre Rufus et Fleming, à qui il demandait comment on devenait agent secret, comment on pouvait se permettre de mentir et de trahir la confiance des siens, Fleming s'était montré cynique en disant qu'il n'y avait nulle confiance à avoir, ni envers les alliés, ni envers les femmes. Pour cette raison, Rufus se rebiffe contre Connor Mason qui l'oblige à enregistrer leurs conversations durant leurs voyages et refuse de poursuivre l'espionnage exigée par Rittenhouse. Retournant chez lui dans son auto, celle-ci s'immobilise. C'est alors que, sortant de l'auto, Rufus est intimidé par un puissant personnage, Benjamin Cahill, un agent de Rittenhouse, qui ne s'embarrasse pas de menacer jusqu'à sa famille.



THE ALAMO

L'Alamo semble un de ces mythistoires américains incontournables. Time Tunnel posait également un regard sur cette bataille célèbre qui marque la naissance du Texas, non comme un État américain mais comme un État indépendant, le Texas restant une dizaine d'années (1836-1845) un «pays libre» coincé entre les États-Unis et le Mexique. L'épisode commence par le remplacement de Wyatt rappelé par son supérieur. Au même moment, on apprend que Flynn est au Texas au moment du siège du fort Alamo (23 février-6 mars 1836). À l'écoute de la date, Wyatt – qui est originaire du Texas – n'a pas besoin de la présence de Lucy pour savoir de quel événement il s'agit. Entre-temps, Lucy a une dispute avec sa mère afin de savoir qui est son père. Réponse qu'elle apprendra à la fin de l'épisode.

Que vient faire Flynn dans cette histoire. On ne le sait pas trop au juste, mais on découvre sur lui une dimension tenue cachée jusque-là. À première vue, il apporte de l'or au général Santa-Anna qui dirige l'armée mexicaine. Il y viendrait au nom de la reine Isabelle II d'Espagne. Son but serait d'empêcher le commandant du fortin, William Barrett Travis, de rédiger la dernière lettre, un appel solennel à la liberté et au combat jusqu'à la mort à la base du cri célèbre : Remember the Alamo! De fait, Flynn s'introduit dans l'Alamo et tue froidement Travis non sans lui avoir dit qu'il l'admirait et que, comme lui, il était un patriote. Profession de foi du traître qui revient d'épisode en épisode? Une fois Travis tué, le commandement passe à James Bowie qui, dans l'histoire, était alité depuis le début du siège, même s'il pouvait parfois encourager les troupes; il luttait encore de son grabat lorsque les soldats mexicains entrèrent dans l'église et l'abattirent. On y rencontre également Davy Crockett qui amuse les combattants avec ses exploits merveilleux. Dans un tête à tête avec Rufus, il lui avouera que son combat à mains nues avec un ours n'était qu'un pieux mensonge. Mais les combattants ont le courage joyeux qui anime les désespérés.


De ce que nous savons de l'Alamo, peu de choses correspondent à ce qui est développé dans l'épisode – et surtout l'assassinat de Travis. La fameuse lettre de Travis que Lucy s'acharne à réécrire en fonction de ses souvenirs et qui est rappelée au début de l'épisode a été donnée au jeune John W. Smith, le courrier, le soir du 3 mars et non au moment de l'invasion finale du fortin, le 6. Travis y établissait que ses motifs de résistance «allaient au-delà de la solidarité qui liait entre eux les membres de la garnison, au-delà de son orgueilleux désir de défendre les nouveaux foyers qui parsemaient la région. Au-delà de tous ces motifs, nombreux pourtant, il sentait ses compatriotes à l'unisson de son état d'esprit, leur conviction que la liberté, l'indépendance valaient que l'on combattît pour elles, et la croyance que les hommes devaient accepter n'importe quel sacrifice pour atteindre ces buts. En accord avec ces deux symboles, tout était possible; sans eux, rien n'était réalisable. Et une fois son point de vue exposé, il ne mâcha pas ses mots : “Que la Convention fasse une déclaration d'indépendance, alors nous comprendrons – et le monde avec nous – dans quel but nous combattons. Si l'indépendance n'est pas déclarée, je déposerai mes armes, et ceux placés sous mes ordres agiront de même. Mais sous cet étendard, nous sommes prêts à risquer nos vies plus de cent fois par jour...”» (W. Lord. Alamo, Paris, Robert Laffont, Col. Ce jour-là, 1963, p. 168). Il en va de même des femmes et des enfants qui ne furent pas exterminées par l'armée mexicaine, contrairement à la volonté ici présentée de Santa-Anna et à laquelle même Flynn se révolte. Là s'arrête son rôle. Son échec à susciter le sentiment humanitaire chez le général mexicain présenté, comme jadis, à l'image d'un dément, lui enlève toute action pour la suite de l'épisode. Ainsi donc, la scène où les femmes et les enfants fuient de l'Église de l'Alamo en passant par un tunnel servant jadis d'aqueduc relevant de l'intervention de Lucy et Rufus appartient à la fiction. Les femmes et les enfants furent capturés par l'armée mexicaine mais Santa-Anna refusa de tuer sinon que les hommes faits prisonniers.

Cet esprit de l'Alamo interfère avec le passé de Wyatt qui revient le hanter une fois qu'il se retrouve à l'intérieur de la garnison assiégée et condamnée. Ayant appris que c'est sa dernière mission, Wyatt Logan, d'origine texane, revêt la mission de ces hommes courageux dont il veut partager le destin. Régulièrement, des souvenirs de sa participation à la guerre au Proche-Orient en tant que membre de la très cotée Delta Force américaine viennent le troubler. Des hallucinations confondent les lieux et les soldats de l'Alamo avec les lieux et ses camarades de combats. Dans une conversation avec Bowie, surprise par Lucy, Wyatt raconte comment, dans une situation militaire en Afghanistan, il a été tiré au sort pour aller porter une dépêche de première importance, ce qui lui a permis d'être le seul survivant de son corps expéditionnaire. Wyatt souffre donc d'un sentiment de culpabilité du survivant qui le conduira à vouloir périr avec les résistants de l'Alamo. Au moment où le siège tire à sa fin et que les combattants seront tous massacrés, Wyatt veut rester sur place. Lucy le ramène à sa mission première, la guerre qu'ils livrent contre Flynn. Que si Bowie et Crockett sont solidaires de leur cause, lui doit l'être de la sienne. 

Au jeune courrier Smith qu'il aidera à faire échapper au carnage, il rappelle que «parfois la chose la plus dure est d'abandonner ceux qui reste, c'est horrifiant, mais c'est la seule chose qu'on doit faire» parce que ces choses doivent être faites. Telle est la résignation du combattant à son sort tragique. Smith portera alors la fameuse lettre que Flynn avait empêché Travis d'écrire, mais elle aura été entièrement réécrite par Lucy inspirée par le courage de Wyatt. Revenu à la base, au moment où Wyatt est rappelé en service, Lucy et Rufus font preuve de solidarité en refusant de continuer la mission si on leur enlève Wyatt. Comme Rufus est le seul ingénieur capable de piloter la navette, le supérieur militaire se résigne donc à laisser Logan à son poste. Ce dernier retrouve donc cet esprit décrit dans la lettre de Travis à travers la résistance de ses deux collaborateurs. Comme le sacrifice de l'Alamo a soudé ensemble les Texans et les Américains, l'épreuve du voyage dans l'Alamo soude ensemble Lucy, Rufus et Wyatt qui, depuis le début, semblait ne pas se sentir partie prenante avec ses deux savants collègues.

Il y a, chez Wyatt Logan, un certain désenchantement de la vie militaire. Si la solidarité et l'esprit de sacrifice sont toujours là, parmi les combattants de l'Irak, les raisons de cette solidarité et de ces sacrifices n'apparaissent plus aussi grisantes que la joie, la légèreté et la sérénité d'esprit des combattants de l'Alamo. Ceux-ci ont une cause qui dépasse leurs personnes, une cause livrée essentiellement dans le message de Travis que Flynn interrompt en tuant le colonel. En soustrayant le message patriotique de l'Alamo, Flynn enlève cet «esprit de sacrifice serein» du mythistoire. Cette sérénité, Logan la retrouve au dernier moment, lorsque Lucy et Rufus se lèvent pour marquer leur solidarité à l'endroit de leur compagnon. Vouloir «sauver l'Histoire», comme l'exprimait Lucy dans l'épisode précédent, devient une cause, quoique plus abstraite à saisir que l'indépendance ou la liberté, qui tisse sa propre valeur de l'engagement même de l'équipe de la Timemachine. Pour le moment, Flynn personnifie le Mal, la traîtrise, les valeurs honorables déviées. Comme un démon, il a souillé, il a profané la sacralité matricielle de l'histoire américaine et chacune de ses interventions dans le passé vise à démoraliser les Américains d'aujourd'hui, et là, sans doute, est-ce la mission que les concepteurs lui ont donnée : Flynn participe de la guerre psychologique. Cette démoralisation, qui ne cesse de se répéter depuis la défaite de la guerre du Vietnam, se retrouvera dans l'épisode suivant qui concerne... le scandale du Watergate! À la veille des tristes élections présidentielles de 2016, le message prend une certaine portée idéologique.



THE WATERGATE TAPE

On pourrait penser ici que l'anecdote historique compte peu. Qu'elle sert de prétexte à révéler les secrets des différents personnages : Flynn, Wyatt, Rufus, Lucy... Au bout du compte, la phrase de Lucy au début : «J'en viens à ne plus savoir ce qu'est la vérité», résume assez bien le malaise qui se développe au fur et à mesure de la suite des épisodes, tout comme elle confronte la simple logique devant l'uchronie. Pire, ces doutes en viennent à ronger l'essentiel de la confiance mutuelle qui s'est établie au sein du trio.

Quel mystère plane-t-il derrière le plus grand scandale politique (américain) du XXe siècle?  Le trio se rend à Washington D.C. où ils apparaissent, le 20 juin 1972, en représentants de la presse. Voilà trois jours qu'a éclaté le scandale du Watergate. Cette journée-là, aux enregistrements des conversations du bureau de Nixon, que le président avait commandés pour servir de documents à l'écriture de l'histoire de son mandat déposés devant le tribunal chargé des poursuites des agents compromis dans l'espionnage des bureaux du Parti Démocrate à l'hôtel du Watergate, il manquera 18 minutes et demie. Depuis, on ignore ce qu'il y avait sur cette séquence et on n'a cessé de spéculer sur ce matériel qui a été visiblement effacé. Aussi, le trio doit-il mettre la main sur cette bande avant Flynn. À peine arrivés à Washington, Wyatt, Lucy et Rufus sont pris au sein d'un affrontement entre contestataires et militaires, ce qui permet à Flynn de s'emparer d'eux. Attachés dans le repaire de Flynn – qui leur rappelle que c'est la même chambre où ils s'étaient réfugiés dans l'épisode de l'assassinat de Lincoln, il leur lance, non sans ironie : un siècle pour le monde, mais seulement quelques jours pour nous -, ils apprennent que Flynn possède déjà la bande et la leur fait écouter. On y entend Richard Nixon y révéler à son conseiller, Bob Haldeman que Rittenhouse lui demande de récupérer quelque chose désigné comme le «doc». Flynn donne à Lucy et Rufus cinq heures pour trouver ce doc qu'ils supposent être un document secret, sinon il tuera Wyatt. 

Pour la première fois, les trois voyageurs sont, ensemble, face à face avec Flynn qui commence par révéler à Wyatt et Rufus qu'il détient le journal que Lucy écrira plus tard. Pour le peu que nous en savions, Flynn ajoutera des éléments à sa biographie. Au commencement, il était présenté comme un ex-agent de la N.S.A. devenu terroriste psychopathe ayant tué sa femme et sa fille. Maintenant que Flynn dispose de Wyatt, il expose sa situation. Il jure que lorsqu'il travaillait pour la N.S.A., il avait découvert que l'argent qui finançait les Industries Mason servant à la mise au point d'un appareil à voyager dans le temps provenait de Rittenhouse. Quelques jours après avoir révélé à ses supérieurs toute l'affaire, sa maison fut attaquée de nuit, sa femme et sa fille tuées : “We call them silencers, but they’re not that silent,” ajoute-t-il, jurant qu'il a été doublé par Rittenhouse. Depuis, il voue son existence à se venger en éliminant Rittenhouse avant de revenir, espérant sauver ainsi sa femme et sa fille. Cette situation pose Flynn comme le doppelgänger de Wyatt. Nous apprenons également, par le journal de Lucy que détient Flynn, que le soir de la disparition de Jessica, l'épouse de Wyatt, celui-ci avait eu une dispute avec elle et l'avait abandonnée sur le bord de la route. C'est à cette occasion qu'elle a été étranglée (2012). Pendant que Lucy et Rufus sont à la recherche de « doc », s'engage un échange avec Wyatt, déjà abasourdi par le fait d'apprendre que Flynn disposait du journal de Lucy et qu'elle le savait. Ce journal, aurait-il été le chercher dans l'avenir? Il manque toutefois des informations dans le journal de Lucy (ce qui est assez curieux pour une historienne qui écrirait ses mémoires), et qui renvoie, symboliquement, aux 18 minutes manquantes de la bande de Nixon. Se sentant trahi, Wyatt écoute les propos de Flynn qui l'interpelle, lui demandant si lui-même n'irait pas sauver sa femme, assassinée? Cette pensée, on l'a vu, avait effleuré l'esprit de Wyatt dans un épisode antérieur. Quoi qu'il en soit, à travers ces échanges de confidences, Flynn et Wyatt (ne serait-ce que par la structure même de leur nom) apparaissent dans un reflet de miroir.

Pendant ce temps, Lucy et Rufus doivent retrouver le «document» dont parlait Nixon à Haldeman dans la partie manquante de l'enregistrement. Pour ce faire, Lucy décide de contacter Deep Throat, surnom de l'agent du F.B.I., William Felt, qui a révélé les dessous de l'affaire du Watergate aux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein. Ce dernier leur révèle que lors de l'invasion du Watergate, il y avait eu une descente à l'appartement au-dessus, et qu'il s'y cachait un inconnu qui aurait parti lié avec un groupe proche des Black Panthers et d'Eldrige Cleaver. C'est ici qu'il faut remonter à la première scène de l'épisode, lorsque Rufus est amené par Connor Mason et Ethan Cahill. Ce dernier leur apprend que Flynn est à Washington, le 20 juin 1972, et veut récuperer la bande originale de l'enregistrement de la conversation de Nixon et Haldeman. Rufus lui demande alors ce qui s'est passé cette journée-là, question qui amuse Cahill et fait référence à l'ignorance de la jeunesse d'aujourd'hui de son passé. Il lui remet un billet avec un numéro de téléphone qu'il devra contacter lorsqu'il sera rendu sur place. Lorsqu'il est conduit avec Lucy auprès du «doc» en question, il réalise qu'il ne s'agit pas d'un document, mais d'une jeune asiatique. Celle-ci est surnommée «doc» du fait qu'elle a un doctorat en histoire de la même université où ira plus tard Lucy, ce qui lui permet d'établir un lien de confiance avec la jeune femme. Lorsque Lucy lui demande pourquoi elle doit fuir Washington, elle lui apprend qu'elle travaillait pour Rittenhouse, un groupe occulte qui existe depuis 1778. Elle était en charge des données concernant le groupe, et sentant sa famille menacée, elle a décidé de quitter l'organisation. Son époux et sa fille se cachent à Hong Kong et les hommes de Cleaver doivent la conduire jusqu'à San Francisco où elle prendra un navire en partance pour les rejoindre. C'est d'elle que Lucy apprend à quel point Rittenhouse est une organisation extrêmement dangereuse et met la vie de ceux qu'elle manipule et de leur famille en danger.

Enfin, Lucy surprend Rufus à téléphoner au numéro donné par Cahill. C'est alors que Rufus révèle à Lucy qu'il espionnait ses deux comparses depuis la première mission et enregistrait tout sur une clef USB. S'ils livrent le «Doc» à Rittenhouse, Flynn tuera Wyatt; s'il la livre à Flynn, ils échouent dans leur mission et Cahill s'en prendra à la famille de Rufus. Pour résoudre l'aporie, Rufus téléphone à Rittenhouse lui révélant où se cache le «Doc», ce que Lucy fait également en téléphonant à Flynn. Lorsque les hommes de Rittenhouse arrivent à la cachette, Flynn les attend et les mitraille. Il comprend alors qu'il a été joué. Pendant ce temps, Lucy permet à Wyatt de se défaire de ses liens.

Au bout du compte, les trois voyageurs mettent en doute leur mutuelle confiance, celle qui avait parue sincère durant l'épisode de l'Alamo. Wyatt est frustré par les conversations secrètes entre Flynn et Lucy et les révélations sur sa vie que contient le journal de Lucy; Lucy et Wyatt sont écœurés par l'espionnage auquel s'est livré Rufus à leurs dépens. Ce n'est qu'à son retour que Rufus comprend que Cahill qu'il a en face de lui est le même qui, quarante ans plus tôt, était au bout de la ligne et lui ordonnait de tuer le «Doc».

L'effet moral sur l'Amérique causé par les révélations du Watergate au moment où s'amorçait la reddition des Américains devant le Vietnam communiste amena une crise de confiance de la nation face à ses gouvernants. Les tricheries présidentielles renvoient aux secrets et aux silences qui divisent le trio en fin d'épisode. C'est le même effet qui se fait sentir sur Wyatt par exemple, même s'il lui reste suffisamment de confiance pour demander à Rufus d'agir en agent double. L'esprit de complot alourdit l'intrigue principale qui appelle à sauver l'Histoire. Lorsque détenu par Flynn, Wyatt lui demande pourquoi il se sent obligé de détruire l'Histoire pour briser Rittenhouse, il lui répond que l'Histoire des États-Unis est si profondément intégré aux complots de Rittenhouse qu'il n'a pas d'autre choix que de procéder comme il le fait. Pour Wyatt, cette assertion ne fait que confirmer la psychopathie de Flynn, mais dans l'ensemble, Timeless ne considère-t-elle pas l'histoire américaine comme un immense complot paranoïaque tissé au cours des siècles?



STRANDED

Pour la première fois, l'épisode commence dans le temps, le 15 septembre 1754, aux débuts de la guerre que se livrent la France et l'Angleterre dans la région de l'Ohio, autour du Fort Duquesne. Lucy pense que Flynn entend menacer la vie du jeune George Washington dirigeant l'armée coloniale auprès des forces britanniques de Braddock. Capturés d'abord par les soldats français, Rufus, Lucy et Wyatt sont ligotés une première fois. Wyatt, qui connaît l'allemand mais non le français, demande à Lucy ce qu'on peut dire à un soldat français pour le choquer. Elle lui chuchotte à l'oreille : «Que Louis XV est un faible»; peu convaincu, Wyatt lui déclare : «J'ai couché avec ta mère!». Après un combat, ils parviennent à s'évader non sans tuer leur gardien qui est le fils du commandant de la troupe, Louis Coulon de Villiers (qui était venu pour venger la mort de son frère, Jumonville, tué par les hommes de Washington un peu plus tôt dans l'année). De retour à la Timemachine, ils y surprennent deux agents de Flynn en train d'opérer un sabotage avec des explosifs. Tel était le piège tendu par Flynn d'emprisonner Wyatt, Lucy et Rufus dans une région sauvage et les empêcher de revenir au XXIe siècle. Devant le trou qui perce la coque, Rufus évalue la gravité des dommages. Il pense pouvoir les réparer mais il lui manque des outils, une forge et des matériaux qu'ils iront chercher au fort français. Puis, il y a le protocole, qui est un message enfoui dans un tube enterré profondément dans la terre afin de permettre à l'équipe de Mason de le récupérer pour indiquer les dommages de l'appareil.

À la base, Jiya, qui appartient à l'équipe et a le béguin pour Rufus, rappelle le protocole et Mason retrace l'endroit où il entreprend de faire creuser afin de retrouver le tube contenant le message laissé par Rufus. En 1754, commence une poursuite à travers forêts et rivières afin de semer la troupe qui les poursuit, mais le trio est capturé par un parti d'Amérindiens et emmenés à leur camp où ils sont attachés à des poteaux. Attendant le sort qui leur adviendra, le trio qui est en froid depuis le début de l'épisode, froid hérité de l'épisode précédent, Wyatt, Lucy et Rufus renouent confiance. Par-delà l'espionnage de Rufus, le journal secret de Lucy et les frustrations de Wyatt, la solidarité revient devant le danger partagé. Renouant les liens affectifs, ils échangent à propos de leur passé, de leurs regrets, de leurs attentes.

Survient alors le chef indien, une femme de la tribu Shawnee qui se nomme Nonhelema que Lucy reconnaît avec admiration. Celle-ci condamne Wyatt et Lucy à mort mais libère Rufus croyant qu'il est leur esclave. Rufus, libéré, plaide pour ses amis à la chef qui accepte de les laisser partir. Le trio retourne au bord d'une rivière où ils ont découvert le corps d'un soldat français mort. Wyatt revêt son uniforme et le trio se rend au Fort Duquesne. Rufus récupère les objets dont il a besoin pour réparer la Timemachine et se rend à la forge. Wyatt, amené de force à une infirmerie rencontre le médecin qui veut le soigner par une saignée et un clystère à base de mercure. Cette scène moliéresque se termine par un coup de poing de Wyatt sur la tronche du médecin. Au moment de quitter le fort, la troupe du lieutenant Coulon de Villiers arrive et force la fermeture des portes. Le trio s'enfuit et parvient à sauter le mur et à se rendre à la navette. Le fait d'avoir découvert le tube contenant le message de Rufus permet à Jiya de coordonner le retour de la Timemachine à la base. Il était temps, car la troupe française arrivait sur eux. Croyant à une machinerie du diable, le lieutenant Coulon de Villiers ordonne de tirer sur la navette, mais celle-ci disparaît, laissant les soldats stupéfaits et le lieutenant qui se signe. La Timemachine parvient à revenir à la base avec son équipage intact et réconcilié. Pendant ce temps, la tension ne cesse de monter entre Cahill et Connor Mason; l'agent Christopher, discrète jusqu'alors, fait entreprendre une enquête sur Mason.


À la fin, autour d'une table de réconciliation, Wyatt et Lucy découvrent une illustration représentant la Timemachine remontant au XVIIIe siècle décrite comme un globe de métal entouré d'un anneau rotatif et qui est présenté comme la première représentation d'un OVNI. Enfin, ils entreprennent une conversation sur la valeur que prend le journal de Lucy qui est entre les mains de Flynn. Se poursuit alors une discussion amorcée lors des premiers épisodes. Lucy perçoit son journal, que détient Flynn, comme une marque de sa destinée car la destinée de l'histoire commence par la destinée qui nous emporte tous et chacun. Wyatt lui demande de prendre une gorgée de champagne. Elle s'exécute. Il lui fait alors remarquer qu'elle aurait pu tout aussi bien décider de ne pas boire. Que la décision dépend du libre-arbitre des individus et qu'il n'y a pas de destin qui l'oblige à rédiger ce journal. «À quoi bon remonter le temps si on ne peut pas réparer ses erreurs»? Lorsqu'il demande l'opinion de Rufus, celui-ci se cache derrière le fait qu'il s'occupe de physique et non de métaphysique. La liberté de changer l'Histoire renvoie ici à la liberté de changer le cours de sa propre existence. On ne peut que constater combien le contexte historique devient de plus en plus un décor davantage qu'une mise en situation d'un événement. Jamais, dans la série Time Tunnel, les voyageurs du temps n'avaient séjourné durant la période coloniale de l'Amérique, ni même durant la Révolution américaine. L'intérêt de Flynn de détruire le prototype en 1754 permettait d'éloigner définitivement le trio de s'interposer contre le groupe Rittenhouse qui n'apparaîtra qu'en 1778, comme leur avait appris le "doc" à l'épisode précédent.



SPACE RACE

Nous sommes le 20 juillet 1969, au moment où le module lunaire d'Apollo XI touche la lune avec ses deux astronautes, Edwin Aldrin et Neil Armstrong. L'un des techniciens, Wayne Ellis, de la salle de contrôle assure le succès de l'alunissage. Le soir, chez lui, la Timemachine pilotée par Flynn apparaît dans le jardin devant les yeux éblouis de l'ingénieur. Auparavant, Flynn avait été lui rendre visite, en 2016, alors qu'il est devenu vieux, afin qu'il lui raconte ce jour de gloire. Il lui demande également en quoi consistait les laisser-passer permettant d'accéder aux différents bureaux de la NASA. Fier de son passé, le vieux Ellis lui décrit la carte informatique que tous portaient sur eux.  Lui demandant si sa résidence est la sienne, ce dernier lui répond qu'il y est né, y a grandi et qu'il y mourrait. Aussi, quand 50 ans plus tôt, Flynn se présente devant lui, il le fait tuer par un de ses hommes de main pour lui voler sa carte d'accès. Avec Anthony Bruhl, il entend pénétrer à la NASA et saboter le système de communication entre la base et le module lunaire. Pour Flynn, il s'agit d'effacer cette page glorieuse de l'histoire américaine et faire perdre le fameux «pari à la lune» lancé en 1960 qui défiait l'Union soviétique. Le sabotage de la mission ne pouvant que risquer d'accentuer la Guerre Froide.

Lucy, Wyatt et Rufus se retrouvent donc à la NASA le 20 juillet 1969. En interrompant le système de communication, le centre de commandement perd toute interaction avec les deux astronautes sur la suite des opérations à mener; Armstrong et Aldrin se voient ainsi condamnés à mourir, suffoquer par manque d'oxygène. Comme le dit un commentateur à la télévision, en posant le pied sur la lune, il le mettait dans leur tombeau.

Rufus, l'ingénieur, se promène dans la salle de contrôle déguisé en concierge vidant les cendriers. Épaté, il désigne à Wyatt ceux qu'il considère comme ses héros; alors qu'il balaie la salle du regard; il reconnaît l'astronaute Charles Duke et le directeur de vol Gene Krantz, et lui dit : «C'est comme si tous mes héros se retrouvaient dans une seule et même pièce... Et chaque Noël, chaque 4 Juillet la même journée». Il donne ainsi une dimension personnelle à l'événement qu'il rappellera dans la scène finale, lorsqu'il sera appelé à confronter Anthony : «Ces astronautes vont revenir à la maison».

À peine Wyatt l'avait-il laissé dans la salle de contrôle, Rufus surprend Anthony Bruhl, son mentor, qui porte dans une serviette la bobine informatique capable de rétablir le contact entre la NASA et Apollo XI. Depuis qu'ils se sont rencontrés dans un épisode précédent, Rufus doute de l'honnêteté d'Anthony et lorsque celui-ci essaie de se défendre, Rufus lui rappelle qu'il l'a abandonné avec ses amis dans les forêts nord-américaines en 1754. Que lui-même, pourtant, avait mis sa vie en danger dans l'expérimentation de la Timemachine, comment pouvait-il penser laisser mourir les deux astronautes sur la lune? Cette fois-ci, il l'envoie tout simplement promener, prenant soin auparavant de lui arracher la mallette. Lorsqu'ils se retrouveront, à la toute fin, Rufus tenant Anthony au bout de son pistolet, ce dernier admettra qu'il fait seulement cela afin d'empêcher que la Timemachine ne tombe entre les mains de Rittenhouse dont les projets sont terrifiants. Il est toutefois difficile d'y croire considérant que les meurtres gratuits de Wayne Ellis pour lui voler sa carte d'identité et d'un plombier sont autres choses que des victimes collatérales...

Comme toujours, Flynn parviendra à fuir devant Wyatt tandis que Rufus et Lucy, aidés par la physicienne Katherine Johnson, parviennent à restaurer la bande informatique originale. Afro-américaine, Johnson (née le 26 août 1918), experte en physique, mathématique et ingénierie spatiale, est à l'origine du développement de l'usage des premiers ordinateurs modernes. C'est elle qui a calculé les trajectoires du programme Mercury ainsi que de la mission Apollo XI. Rufus, qui lui apparaît avec son uniforme de concierge, l'émerveille en dressant au tableau noir les formules qui la convaincront de ses capacités en informatique. Pour lui, les appareils informatiques utilisés par la NASA sont lourds et trop primitifs : «Je me sens comme un coureur automobile derrière les roues d'une Yugo (voiture serbe de mauvaise qualité, l'équivalent de la Lada russe). Il y a plus de pouvoir informatique dans mon grille-pain que dans toutes ces vieilleries». Si les années 60 se présentent peu ouvertes pour les Afro-américains, elles ne sont pas meilleures pour les femmes. Un ingénieur macho, offensant Lucy en lui commandant un café, se fait répondre : «Mon nom n'est pas poupée ou sweetheart ou rien d'autre qui ressemble à un bébé. Les femmes, ici, ont des vrais noms. Je suis sûr que vous pouvez apprendre leurs noms. Ce n'est pas difficile, comme faire du café par vous-mêmes. Vous êtes un ingénieur, après tout!»

Finalement, il y aura peu de dommages pour la suite de l'histoire dans cet épisode, sinon de voir Katherine Johnson élevée comme celle qui sauva la mission Apollo XI. Comme toujours, chaque épisode pose plus de questions intrigantes qu'il ne donne de réponses claires, ce qui est indispensable pour le maintien des cotes d'écoute. Toutefois, il y a un incident qui éveille la conscience du personnage de Rufus. Obligé de tuer un homme de Flynn afin de permettre à Katherine et Lucy d'assurer la communication avec Apollo XI, Lucy vient lui demander de ses nouvelles, croyant que son premier homicide lui cause des remords de conscience. Or, tel n'est pas le cas, et cela l'affecte bien autrement : «Lorsque je suis arrivé, j'étais comme un singe savant effrayé par son ombre et maintenant je suis capable de tuer pour défendre ceux qui me sont proches. C'est cela qui m'effraie», et de demander : «Lucy, qu'est-ce que je suis en train de devenir?»


Pour Wyatt, qui appartient au Delta Force, tuer peut passer pour une routine. Pour Lucy, la connaissance historique confine à des récits pleins de violences et de massacres, mais pour un ingénieur habitué à jouer dans les théorèmes et leurs applications pratiques, tuer un être humain est quelque chose de profondément étranger. Alors que son mentor, Anthony, n'hésitait pas à laisser mourir les deux astronautes sur la Lune, Rufus découvre que, désormais, lui aussi peut tuer sans remords. Comme s'il ne sentait plus rien. En cela, Rufus est sans doute le personnage qui évolue le plus rapidement dans la série. Après les avoir refusés, lui aussi doit se confronter aux problèmes métaphysiques. Après 8 épisodes, on suit ses transformations, alors que Lucy et Wyatt restent à peu près identiques à ce qu'ils étaient à leur début. 

L'ambiguïté du Bien et du Mal se pose également dans la chasse ouverte au controversé Flynn, en qui cohabite pourtant une violence non dénuée de tendresse qui s'exprime à travers sa rencontre avec Maria Tompkins, une jeune technicienne de la NASA qui étudie le soir pour se perfectionner en physique et qui doit s'occuper d'un bambin : cette femme sera sa mère. Alors que Wyatt est venu pour l'interroger, Flynn se précipite du balcon sur le bambin qui vient d'être piqué par une guêpe et lui sauve la vie avec un injecteur epipen. À la fin, le trio apprendra, en lisant le rapport secret donnant des informations personnelles sur Flynn obtenues par l'agent Christopher, qu'il a un frère aîné vivant à Paris. Flynn est parvenu à sauver la vie de son frère alors que l'agent Christopher n'a pas encore réussi à trouver un moyen pour ramener Amy, la sœur de Lucy.



LAST RIDE OF BONNIE & CLYDE

L'épisode commence en nous montrant la fin «officielle» des bandits et assassins Clyde Barrow et Bonnie Parker, le 23 mai 1934. Le piège tendu sur la route, l'arrêt des deux fugitifs, le cliquetis des armes à répétitions qui poivrent la Ford V8 beige tuant leurs passagers. L'arrière de la voiture est remplie d'armes à répétition. Parmi les Rangers : Flynn. Il est là pour trouver une clé que Bonnie porte à son cou comme pendentif. L'agent Christopher explique qu'il s'agit là de la clé Rittenhouse dont on ne sait à quoi elle sert au juste.

Wyatt, Lucy et Rufus se retrouvent donc en Arkansas sous la Grande Dépression, la veille de l'événement. Wyatt et Lucy vont dans une banque avec l'espoir d'y trouver la clé puisque c'est là qu'elle a été vue pour la dernière fois. Ils ignorent qu'elle est en possession du couple de gangsters. Pour distraire le gérant de la banque, Lucy demande d'ouvrir un compte, ce qui, pour une enseignante d'histoire est un peu étonnant. Oublierait-elle qu'en 1934, pour une telle demande, il fallait la permission de l'époux ou du père, comme le lui rappelle poliment le gérant?

C'est à ce moment que le couple mythique fait irruption, armé jusqu'aux dents. À l'extérieur, les Rangers de Frank Hamer se préparent à riposter. Rufus, qui est resté à l'extérieur, reconnaît Flynn parmi les hommes de Hamer. Bonnie & Clyde sortent de la banque suivis par Wyatt et Lucy qui ont reconnu la clef au cou de Bonnie. Commence alors la mitraillade. Rufus avertit de loin Wyatt que Flynn est parmi les Rangers. Wyatt se met donc à tirer lui aussi sur les policiers. Les deux couples finissent par se rejoindre et, délaissant la Ford V8 beige criblée de balles, Bonnie & Clyde embarquent dans l'auto de Wyatt et Lucy, laissant Rufus derrière eux. Déjà, on devine que les détails de l'anecdote vont se chambouler.

Bonnie & Clyde conduisent Wyatt et Lucy à la ferme où ils se terrent. Ces derniers justifient leur geste par l'admiration qu'ils portent aux premiers. Ils prétendent être les Bonnie & Clyde du Texas, ce qui amène Wyatt à étonner Clyde lorsqu'il lance quelques énormités telles que Lucy et lui auraient dépensé $ 25 000 sur de la gnole! Wyatt se rattrape en transposant sur Lucy le récit de sa demande en mariage à Jessica, sa femme décédée. Lucy se voit forcée de suivre le jeu et les deux finissent par s'embrasser passionnément. Plus tard, on les verra allongés l'un contre l'autre écoutant les poèmes de Bonnie Parker. En retour, Lucy demande à voir de plus près le pendentif de Bonnie. Elle y lit une énigme en latin qu'elle traduit : «The key to medieval time and the key to the end of time», ce qui permet à Wyatt de s'exclamer : «Oh, boy. That's not disturbing at all.»

Rufus, demeuré devant la banque, est soupçonné d'être complice de la bande. Il parvient à s'innocenter en montrant sa carte d'identité portant le nom de ...Wesley Snipes (genre de running gag qui revient périodiquement d'un épisode à l'autre). Flynn le reconnaît et demande à Hamer de lui remettre Rufus. Mais Hamer a un indicateur, Henry Melvin, qui avoue ne pas connaître Rufus tout en indiquant l'endroit où se cache le gang Barrow. Hamer laisse partir Rufus qui parvient ainsi à échapper à Flynn.

Durant la nuit, Wyatt et Lucy sont couchés côte à côte, maladroits parce que serrés dans un lit trop étroit. Lucy est fascinée par le lien passionnel qui unit Bonnie et Clyde. Elle avoue n'avoir jamais connu une passion semblable à celle de Wyatt et se demande si, même après avoir perdu sa femme, s'il est possible encore d'aimer. Non d'une manière fermée et auto-suffisante comme le couple maudit, mais de manière ouverte. Le temps presse et il faut profiter du moment où Bonnie et Clyde se sont endormis pour voler la clef. Wyatt est déjà sur Bonnie, prête à lui prendre la clef lorsque Melvin frappe à la porte. De l'extérieur, Rufus attire Wyatt et Lucy qui sont bientôt repérés et capturés par un Clyde déjà soupçonneux. Au moment de les abattre, Rufus fait entendre un enregistrement de l'entrevue de Melvin avec Hamer. Clyde l'abat froidement.

Aussitôt, les Rangers attaquent la ferme. C'est là, en voulant s'enfuir, que Clyde sera tué. Flynn saisira le pendentif au cou de Bonnie qui, rejoignant le corps de Clyde, prendra son arme visant les Rangers qui l'abattront. Wyatt, Lucy et Rufus parviennent à s'enfuir. Lorsqu'ils sont de retour à leur base, ayant échoué à récupérer la clé, Lucy et Wyatt échangent un regard lourd de sens. L'amourette qui manquait à la série fait son apparition, mais elle n'étonne personne. Le soir, Rufus est rejoint par l'agent Christopher qui mène une enquête sur les relations de Mason. Elle le fait suivre au moment où il rencontre Cahill. Rufus l'implore de ne pas mettre sa famille et ses amis en danger, mais doit avouer qu'il s'agit bien là de l'agent de Rittenhouse, le financier qui a relancé les entreprises Mason acculée à la faillite.

Dans l'ensemble, l'histoire de Bonnie & Clyde est vue et corrigée sous l'angle d'une réinterprétation américaine du mythe de Tristan et Iseut, les amants tragiques. L'épisode commence et se termine par des vers de la célèbre ballade écrite par Bonnie Parker racontant leurs exploits. Le fait également que Clyde Barrow ait volé la clef dans le coffre-fort de Henry Ford laisse supposer que le constructeur automobile, si antisémite et si favorable à Hitler, ferait partie de la conspiration multiséculaire Rittenhouse. Évidemment, l'épisode ne donnera aucune raison de cette «filiation» Rittenhouse-Ford sur laquelle reviendra un autre épisode de la série. Quoi qu'il en soit, la finale s'achève (peut-être) au National Treasure, lorsque Flynn introduit la clef Rittenhouse dans une horloge mécanique du XVIIIe siècle qui révèle un manuscrit cacheté dont on saura probablement le contenu dans l'épisode suivant.



THE CAPTURE OF BENEDICT ARNOLD

Le manuscrit dissimulé dans le mécanisme d'horlogerie se trouve être un document dans lequel il est question du fameux Rittenhouse, et la signature est celle de Benedict Arnold (1741-1801), cet officier de l'Armée continentale américaine qui participa à la tentative ratée de conquête du Canada, montra son héroïsme à la bataille de Saratoga, où il fut grièvement blessé à une jambe et qui finit sa carrière en se vendant et planifiant de livrer West Point à l'armée britannique.

Lucy est appelée avec ses deux collègues à retourner dans le passé, plus précisément en automne 1780, au moment où la guerre d'Indépendance est à un point tournant. Le général George Washington se rend chez Arnold, l'officier en charge de West Point et qui a pris la fuite. Il est reçu par l'épouse d'Arnold, Peggy Shippen, liée avec des membres de l'armée anglaise. Celle-ci ne supporte pas le poste subalterne de son époux et l'encourage à trahir la Révolution. Les temps sont difficiles. L'armée manque de tout. Arnold négocie la trahison de West Point pour une somme de 20 000 £ et un haut rang dans l'armée anglaise. Le major André sert d'intermédiaire, mais il est capturé et pendu. Dans l'une de ses bottes, on avait trouvé la correspondance d'Arnold et de Clinton. Nous arrivons à ce moment où Arnold doit fuir et rejoindre l'armée britannique à New York. Tout ce pan des origines de la trahison de Arnold est effacé de l'épisode. Ici, l'origine du geste posé par Arnold est présenté comme une frustration de ne pas avoir eu le haut poste qu'il attendait du Congrès Continental. De ce jour, il se serait uni avec un certain David Rittenhouse dans le but de créer un gouvernement secret. Washington apprend la nouvelle de la trahison de Arnold alors qu'il est de passage et que Peggy le retient pour laisser le temps à Arnold de se réfugier dans le camp anglais. Washington fait une colère en apprenant la trahison de celui qu'il considérait comme «un frère».

Lorsque Wyatt, Lucy et Rufus arrivent sur les lieux, Flynn a déjà pris contact avec Washington. en se faisant passer pour l'espion Austin Roe (qualifié à tort de prussien) qu'il a assassiné. Afin d'échapper à Wyatt qui le tient en joue, Flynn les menace de faire abattre Washington par ses hommes s'il le tue; en échange, il leur offre une trêve. Il leur montre la lettre trouvée dans l'épisode précédent et dissimulée dans une horloge mécanique et signée de la main de Arnold révélant qu'il travaille moins pour les Britanniques que pour David Rittenhouse. Flynn leur demande de l'aider à s'emparer de Arnold et remonter jusqu'à Rittenhouse, le tuer afin de mettre fin à la chasse dans le temps et révéler à Wyatt le nom de l'assassin de sa femme. Dans un rare moment de solidarité, ils parviennent à capturer Arnold – au prix de l'anachronisme du meurtre de sang froid par Flynn de Cornwallis et de la réplique cinglante adressée à Lucy qui s'insurge (Cornwallis devait signer la paix d'Amiens avec Napoléon) : «Ils en trouveront bien un autre. Il n'y a rien de plus facile à trouver qu'un uniforme pour en remplacer un autre». Autre anachronisme, Cornwallis n'était pas encore arrivé en Amérique au moment de la trahison de Arnold. C'est avec le général Clinton que Arnold négociait la trahison de West Point. Flynn, Wyatt, Lucy et Rufus décident de se faire conduire par Arnold auprès de Rittenhose. Pour le décider, Flynn lui dit que sa femme est détenue par Washington et qu'il allait la pendre pour trahison s'il ne collaborait pas.

Le but de Flynn est de tuer Rittenhouse. Dans une page arrachée au journal de Lucy, celle-ci apprend de sa propre main, que Rittenhouse est à l'origine des plus grands carnages de l'histoire américaine : la Trail of Tears (la piste des larmes, déplacement de plusieurs peuples amérindiens entre 1831 et 1838, le massacre de Jonestown, le siège de Waco...) Appelé à rencontrer Rittenhouse, le trio discute à savoir s'il faut tuer de sang-froid Rittenhouse. Rufus et Wyatt sont décidés mais Lucy hésite. Ils arrivent à la résidence de Rittenhouse. Ils rencontrent d'abord son jeune fils, John, passionné par les mécanismes d'horlogerie autant que son père est fasciné par le temps. Lucy qui l'interroge se fait donner une leçon de politique qui est celle du père transmise par la bouche du fils de 12 ans : Les paysans, comme les aiguilles d'une horloge, sont incapables de décider pour eux-mêmes; ils ont besoin de quelqu'un pour les guider sous les apparences d'une démocratie. La monarchie est devenue obsolète, aussi faut-il un gouvernement démocratique derrière lequel des sages dirigeront le véritable pouvoir de manière occulte. Les paysans n'ont pas à décider pour eux-mêmes et, de toutes façons, ne seraient pas capables de se gouverner. Pour Lucy, c'est là une «tyrannie déguisée en démocratie». Sur cette leçon, David Rittenhouse apparaît. Il devine tout de suite que les quatre visiteurs sont venus pour l'assassiner. Il avoue tout son mépris à Arnold et – second anachronisme sanglant – le tue. Émerveillé par l'arme futuriste de Flynn, il est sur le point de tuer Wyatt et Flynn et de violer Lucy, quand Rufus pénètre avec un fusil et change la donne. Un combat s'en suit entre Flynn et Wyatt contre les hommes de Rittenhouse. Flynn tue Rittenhouse et décide de partir à la poursuite du garçonnet qui s'est évadé. Tandis que Rufus et Wyatt le cherchent, Flynn le découvre, caché, mort de peur, l'implorant de ne pas le tuer.

Flynn ne parvient pas à trouver immédiatement le courage pour le tuer et quand, enfin, il s'y résout, Lucy s'interpose. S'engage alors une conversation sur la possibilité que le fils puisse dévier de la voie de son père; qu'il est possible à chacun de changer dans le cours d'une existence. Se produit alors un changement majeur dans la personnalité de Lucy, celle-ci qui, depuis le début contre Wyatt, défendait la fatalité du destin, avance à Flynn qu'il est possible à chacun de changer dans le cours d'une existence; qu'il pourrait très bien être un bon époux et un bon père s'il retrouvait sa famille malgré les crimes qu'il a commis. Flynn refuse de se laisser convaincre et quand il veut tuer John, il s'est de nouveau enfui. Flynn prend colère et s'empare de Lucy : “Je vous ai dit ce qui était en jeu” et la tire par le bras à l'intérieur de sa Timemachine. L'enlèvement de Benedict Arnold s'achève par l'enlèvement de Lucy.

Certes, la trahison d'Arnold est une anecdote dans l'ensemble de la guerre d'Indépendance américaine. Arnold se réfugia auprès de Cornwallis qui lui donna à commander quelques opérations mineures en Nouvelle-Angleterre, mais en fait, il faisait parti des bagages ramenés par l'armée lorsqu'il débarqua en Grande-Bretagne. Sa femme alla le rejoindre un peu plus tard, une fois la paix signée (1783). Il ne reçut pas les récompenses qu'il attendait, pas plus qu'il n'avait réussi à se faire promouvoir à un poste de général par le Congrès continental. En soi, l'assassinat de Cornwallis aurait eu des effets plus importants au niveau historique que celui de Arnold. Jamais l'intervention des voyageurs du temps n'a eu d'effets aussi dramatiques sur le mythistoire. Le Arnold de Timeless est encore plus pathétique, car pire qu'un traître, il est le fantoche d'un dément. Le mythistoire est accentué sur son pôle négatif.

Le dixième épisode est peut-être le plus politique de la série jusqu'à présent. D'une part, il montre le vide d'ordre que laisse une situation révolutionnaire et la possibilité qu'entre les belligérants se dresse une troisième force qui entend s'imposer à travers les aléas de la lutte en se maintenant dans une position en retrait. La résidence de Rittenhouse est littéralement un État fasciste. Les Noirs y sont plus maltraités que les esclaves des plantations. La mégalomanie de Rittenhouse, son narcissisme, son obsession nécrophile pour les mécanismes complexes en font un psychopathe sadique. Semblable au Kurtz d'Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, Rittenhouse entendrait profiter de la Révolution en vue d'ériger son propre royaume au cœur des colonies britanniques en rébellion. Son interprétation de la tyrannie sous le couvert de la démocratie fait écho tout en la contredisant à l'opinion que Tocqueville se faisait de la démocratie américaine, pour qui la tyrannie résidait dans la consensualité de ses membres et non dans un pouvoir fort et dictatorial. Cette perversion de l'interprétation libérale de Tocqueville faite par un proto-fasciste, Flynn la perçoit comme une sorte d'ADN maléfique inscrit dans le cours de l'histoire américaine et qui serait la cause de tous les malheurs de cette histoire. Voilà pourquoi Flynn se présente depuis toujours comme un «patriote» partageant les mêmes valeurs morales que Lucy. Il s'agit, pour lui, de lutter contre l'action dissolvante que les générations de Rittenhouse font peser sur le rêve américain. Évidemment, la fin de l'épisode sert la table pour la suite, mais, fait notable : pour la première fois l'équipe a travaillé de concert avec Flynn et nous voyons mal, à cette étape, en revenant sur le développement antérieur de l'intrigue principale, la logique de sa démarche (puisque c'est lui l'agent moteur de l'intrigue).


L'Histoire américaine est-elle un long complot qui bondit de siècle en siècle, dans le but de conduire la nation vers un destin apocalyptique? Cette vision offerte converge avec le succès des romans de Dan Brown dans lesquels défilent Illuminatis, Opus Dei, Templiers, Rose-Croix et Francs-Maçons; ou encore des jeux vidéos comme Assassins Creed qui ramènent, d'époque en époque, des croisades à la papauté des Borgia puis à la Terreur révolutionnaire, l'opposition éternelle entre Assassins et Templiers. Elle appartient aussi au temps où on se plaît à décortiquer les symboles maçonniques sur le dollar américain. L'humeur populaire projette ses fantasmes paranoïaques à l'intérieur d'intrigues du genre qui dit que tous, nous sommes gouvernés par des forces occultes maléfique. L'élection de Donald Trump, et ceci est plus sérieux, entachée de manœuvres secrètes russes, crée un précédent dans l'histoire américaine : l'intervention étrangère dans le processus électoral du chef suprême de l'État, ce qui n'était pensable que pour des pays instables et sous domination coloniale. Ou, tout simplement, la schizophrénie de l'histoire américaine ne se diviserait-elle pas entre une nation bonne et une nation mauvaise, à l'instar de la division des figures familiales archaïques telle que présentée par Melanie Klein? L'Amérique bonne et l'Amérique mauvaise; le bon Obama et le méchant Trump; l'Amérique saine et l'Amérique malade, le peuple qui prie et le peuple qui tue?



THE WORLD'S COLUMBIAN EXPOSITION

Toujours mené par sa haine de la dynastie des Rittenhouse, Flynn emmène Lucy à Chicago, en 1893, à l'occasion de l'exposition mondiale célébrant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Certains plans de la reconstitution de l'événement montre l'attraction essentielle du World's Fair, la première grande roue. Wyatt et Rufus, évidemment, se rendent à Chicago dans le but de récupérer Lucy. Rufus refuse de continuer plus longtemps à servir d'espion pour Rittenhouse au grand désarroi de Connor Mason. L'exposition, qui dura du 1er mai au 30 octobre, fut l'occasion de visiteurs spéciaux. Théodore Roosevelt y sera présent, ainsi que la féministe Susan B. Anthony et Helen Keller, la jeune sourde, aveugle et muette. Lorsque Wyatt et Rufus arrivent sur les lieux, ils pensent d'abord à surveiller les alentours de la loge présidentielle. Mais Flynn, comme toujours, poursuit un autre but.

Flynn veut se faire aider par Lucy à placer une bombe dans une chambre scellée où doivent se rencontrer trois principaux personnages appartenant à Rittenhouse : Thomas Edison, Henry Ford et J. P. Morgan. Pour entrer dans cette pièce fermée par plusieurs serrures, Flynn ne trouve rien de mieux que de kidnapper le magicien Harry Houdini, alors peu connu du public. Pour se débarrasser de Wyatt et de Rufus, Flynn les envoie se perdre dans un endroit sinistre, l'hôtel propriété d'un certain docteur Henry Howard Holmes à qui il a donné de l'argent pour faire disparaître les deux hommes. Cet hôtel, qualifié depuis de Château de l'horreur, comprend la pharmacie où travaille Holmes et une série de magasins, alors que les deux étages du dessus abritent le bureau de Holmes, ainsi que plus de cent chambres sans fenêtres, avec des portes s'ouvrant sur des murs de briques, des couloirs avec des angles étranges, des escaliers ne menant nulle part, des trappes, des portes s'ouvrant seulement de l'extérieur, des tuyaux d'arrivée de gaz, ainsi qu'une quantité de constructions étranges et labyrinthiques. Pour ériger cet édifice digne de l'esprit géométrique tortueux de Escher, Holmes change plusieurs fois de constructeurs afin d'être le seul à comprendre exactement la disposition de la maison. Wyatt et Rufus se retrouvent donc pris dans l'une de ces chambres sans issue avec l'architecte diplômée, Louise Blanchard Bethune - qui participe à un concours dans le cadre du World's Fair – et qui a fait le M.I.T. Lorsque Rufus lui dit qu'il a également fait le M.I.T., elle lui avoue qu'elle n'y connaissait qu'un membre afro-américain : Robert Robinson Taylor.

Pendant ce temps, Lucy entraîne Houdini dans un guet-apens mené par Flynn. Ce dernier se sert du magicien pour entrer dans la pièce où doivent se rencontrer Edison, Ford et Morgan. Il voudrait placer la bombe lorsque les trois célébrités entrent prématurément dans la pièce. Flynn s'aperçoit alors que Houdini lui a substitué son arme à feu et qu'il l'a enchaîné. Les trois hommes sont poussés dehors par les Pinkertons tandis que Houdini s'esquive pour débarrasser Lucy de l'homme placé pour la surveiller. Plus tard, Flynn parviendra à s'échapper en désarmant puis abattant froidement les deux policiers venus s'emparer de lui.

Comme Flynn a révélé à Lucy que ses amis se trouvaient prisonniers au Château de l'Horreur, elle s'y rend en compagnie de Houdini. La pièce fermée contient, outre Wyatt et Rufus, Mrs Bethune et un client de l'hôtel. La pièce se prive peu à peu d'oxygène et il ne semble y avoir aucun moyen de sortir de l'endroit. C'est en appelant à travers une brique neuve que la voix de Wyatt alerte Lucy qui, avec l'aide d'Houdini, libère les quatre prisonniers. Wyatt tient à capturer Holmes, qui se dissimule dans le Château. Laissée à elle-même, Lucy découvre en regardant un portrait au mur que Holmes est le prétendu client enfermé dans la pièce avec ses équipiers. Celui-ci arrive au bon moment pour l'enlever et la séquestrer au sous-sol. En «cuisinant» le gérant de l'hôtel, Wyatt et Rufus se portent à l'aide de Lucy.

Celle-ci est allongée sous une trappe du four crématoire et Holmes s'agite, se sentant trahi par Flynn. Plutôt que de prendre panique, Lucy se met à se répéter la phrase que lui avait conseillé Houdini : penser à s'évader. Elle mise sur l'esprit superstitieux de Holmes pour rappeller les détails de l'enfance de Holmes et le tient par la suggestion. Elle lui promet un grand avenir puisqu'elle sait son passé. Wyatt et Rufus parviennent à les retrouver et Wyatt menace Holmes de le tuer de sang froid s'il n'acceptait d'indiquer aux familles l'endroit où étaient ensevelis ses victimes. Il demande à Lucy si Holmes accomplira sa promesse devant le Tribunal. Après un instant d'hésitation, elle répond que Holmes en profitera seulement pour faire son théâtre, ce qui précipite un geste de Holmes et Wyatt l'étend, roide mort. Revenu au laboratoire de Mason, Rufus enregistre un message à livrer à Rittenhouse le sommant de cesser de le menacer, lui et sa famille. Connor Mason, qui tremble devant Rittenhouse, lui demande comment il pensait menacer Rittenhouse, Rufus lui répond : «Après ce que j'ai vu aujourd'hui, plus rien ne m'effraie».

Le onzième épisode de Timeless présente sans doute l'une des intrigues les mieux ficelées car il est vif, alerte et rempli de suspens. On insiste beaucoup sur l'anachronisme du concept de serial killers – concept qui n'existait pas à l'époque -, et de la personnalité trouble de Holmes. Mais Holmes n'était pas l'un de ces tueurs psychotiques et désintéressés. Comme Landru plus tard, Holmes tuait surtout des femmes dont il tirait les primes d'assurance-vie en usant de faux noms. Son hôtel était véritablement une construction de Barbe-Bleue. Ses victimes travaillaient d'abord à l'hôtel ou alors il leur servait de tuteur. Parfois, c'était l'une de ses épouses, car Holmes était polygame. Les victimes étaient enfermées dans des chambres insonorisées munies de lignes de gaz, ce qui permettait de les asphyxier lorsqu'il le voulait. D'autres victimes étaient enfermées dans un énorme coffre-fort insonorisé, près de son bureau, où elles étaient condamnées à suffoquer à mort. Le corps des victimes était directement jetés par une chute secrète vers le sous-sol où certains étaient méticuleusement disséqués, écorchés, puis transformés en modèles de squelettes pour ensuite être vendus à des écoles de médecine. Holmes pratiquait également la crémation – ce que découvre Rufus en ouvrant la porte de la fournaise -, il avait également, comme plus tard Jeffrey Dahmer, des bacs remplis d'acide, de bouteilles de différents poisons et un appareil de torture servant à étirer le corps.


En tuant Holmes l'année même où il inaugure son hôtel, en 1893, Wyatt modifie le cours de l'Histoire, Holmes n'étant arrêté, à Boston, qu'en novembre 1894. L'hôtel fut perquisitionné, ce qui permit de connaître comment Holmes enlevait ses victimes et les faisait disparaître. L'hôtel passa au feu, le 19 août 1895. On estime le nombre des victimes de Holmes entre vingt et cent, avec une possibilité de deux cents. L'écart entre les chiffres est attribué précisément à l'Exposition universelle de 1893 à laquelle un grand nombre de personnes assistèrent, mais dont certaines, ne revinrent jamais. Selon la police, le nombre exact serait de 27 victimes, bien que les corps retrouvés étaient dans un tel état de démembrement et de décomposition qu'il fut difficile d'évaluer avec exactitude le nombre exact. Parmi elles, on dénombre en majorité des femmes blondes, mais aussi des hommes et des enfants. Holmes avait tué également ailleurs qu'à Chicago : à Indianapolis et Toronto notamment. Les journaux de William Randolf Hearst payèrent Holmes pour le récit de ses mémoires, mais Holmes étant un menteur pathologique, il reste difficile de distinguer le vrai du faux. Quoi qu'il en soit, il fut pendu le 7 mai 1896 à la Prison de Moyamensing, en Pennsylvanie. Comme le cou ne se fractura pas au moment de la chute, il mit plus de 15 minutes à mourir.

Houdini et Holmes (dont le vrai nom était Herman Webster Mudgett) apparaissent ici comme un doppelgänger l'un de l'autre. Les deux sont fascinés par des pièces étroites, closes, où l'atmosphère se vide rapidement et dont il faut avoir l'adresse d'un singe pour s'en libérer. Holmes est la face obscure de Houdini, comme Flynn l'est de Wyatt. Seul Houdini peut ouvrir les portes du Château de Holmes. La sérénité de l'un est l'envers des obsessions morbides de l'autre. L'épisode a tout des recettes des vieux contes gothiques du XVIIIe siècle, tels Le château d'Otrante d'Horace Walpole ou du Moine de Lewis. Preuve que les meilleures recettes font toujours de bons succès. À la fin, Wyatt reçoit d'ailleurs un appel téléphonique de Flynn qui lui révèle le nom de l'assassin de sa femme, Wes Gilliam, et de l'endroit où il est détenu. Comme il avait divisé le groupe en enlevant Lucy, il le divise cette fois en focalisant l'esprit de Wyatt sur son obsession de ramener Jessica.



THE MURDER OF JESSE JAMES

Les voyages dans le temps, lorsqu'ils sont le produit de la télévision américaine, ne peuvent éviter de rencontrer les «méchants» du Far-West. Dans Time Tunnel, les voyageurs du temps se trouvaient confrontés à Billy the Kid; il devenait donc naturel que le trio de Timeless rencontre Jesse James.

On sait tous que Jesse James (1847-1882) et ses frères furent d'audacieux voleurs de banques. Anciens soldats des armées confédérées, démobilisés après la guerre; pendant quinze ans les membres du gang des frères James s'en prirent aux diligences, aux trains, aux banques, bref, partout où il y avait de l'argent à voler. Audacieux et gachette rapide, en 1881, Jesse, pinkertons et shériffs aux trousses, dut fuir à Saint-Joseph, au bord du Missouri, où il loua une maison pour lui et sa famille afin de mener une petite vie bien tranquille. Mais le gouverneur Thomas T. Crittenden avait offert une prime de $ 10 000 pour sa capture, mort ou vif. C'est alors qu'il fut trahi par des membres du gang, les frères Charles et Robert Ford, avides de renommée et de la récompense. Le 3 avril 1882, Robert Ford tua Jesse James par derrière d'une balle dans le dos alors qu'il redressait un portrait marqué Home sweet home!

L'intrigue commence ce 3 avril 1882, lorsque les frères Ford s'apprêtent à tirer Jesse James pendant qu'il passe le plumeau sur un tableau suspendu au mur. Ils sont très vite abattus par Flynn qui vient réquisitionner James pour l'aider à pénétrer en territoire indien et récupérer un trésor lié à sa «cause» dont il lui dit peu de choses. Jesse James est présenté ici comme un assassin psychopathe qui prend plaisir à tuer froidement. Attablés dans un saloon, Flynn et James discutent. James avoue qu'au début de sa carrière, il tuait sous l'uniforme de l'armée, puis, lorsque la guerre fut perdue, il continua à tuer. Que la mission dont il se justifiait servait uniquement à dissimuler le fait qu'il aimait tuer, et qu'il reconnaissait en Flynn ce même goût du sang. Flynn tire alors un gousset de pièces d'or qu'il remet à James. Satisfait, pragmatique mais crâneur, il se lève et abat deux marshalls venus l'arrêter. On le verra de même ayant abattu quelques Amérindiens dont lui et Flynn profanent le territoire. On est assez loin du personnage tant de fois repris au cinéma et à la télévision, qui présentait Jesse James plutôt comme une sorte de Robin Hood perdu dans les prairies de l'Ouest américain.

Évidemment, Rufus, Wyatt et Lucy arrivent trop tard chez Jesse James et découvrent les corps des frères Ford. Dès lors, ils savent que l'Histoire est en train de changer. Pour les aider à le pourchasser, ils quémandent l'aide d'un héros de fiction, le Lone Ranger. Ce personnage, totalement fictif, serait apparu dans un feuilleton radiophonique écrit par Fran Striker en 1933. Ancien Texas ranger masqué, il se bat, accompagné d'un métis appelé Tonto, rusé et laconique, repris dans l'épisode de Timeless, sous le nom de Grant Johnson qui s'indignera lorsque Rufus l'appellera Tonto, qui veut dire idiot ou crétin en espagnol. Les sources de cette fiction sont multiples mais les concepteurs de Timeless ont préféré s'en tenir au personnage de Bass Reeves (1838-1910), le premier marshal noir, campé en Oklahoma, ce qui fait l'heureuse surprise de Rufus. Même si Jesse James et Bass Reeves sont contemporains, il semblerait que leurs routes ne se soient jamais croisées. Flynn n'a donc point à intervenir pour donner des faits alternatifs à l'Histoire des États-Unis : nous savons que les concepteurs de Timeless l'ont fait avant lui.

Les états d'âme de nos trois voyageurs pèsent lourdement sur le déroulement de l'intrigue tant ils sont dévorés par leurs dilemmes personnels. Lucy est dévorée de culpabilité lorsqu'elle rêve que sa sœur lui reproche d'avoir oublié son anniversaire. Ayant rencontré l'assassin de sa femme en prison, Wyatt ne pense qu'à retourner dans le passé pour la sauver et faire disparaître son assassin qui a tué également deux autres femmes. Rufus se fait dire par Mason qu'il a choisi le camp de Rittenhouse, son pourvoyeur, et entraîne Jiya à piloter la navette pour le remplacer éventuellement. Durant la mission, Lucy semble absente à ce qui se passe autour d'elle; Wyatt projette sur Jesse James le goût qu'il a de tuer l'assassin de sa femme, ce que tente de contrôler Reeves. Ici, Rufus et Wyatt sont, comme dans l'épisode de Castel Varlar, fascinés par un personnage de fiction plus que par le personnage réel.

Rassemblés autour d'un feu de camp, les trois voyageurs ruminent leur passé récent. Rufus avoue le malaise qu'il ressent depuis le meurtre qu'il a commis à Houston. Il ne comprend pas l'insistance de Wyatt à vouloir tuer Jesse James comme étant nécessaire et moral. Lucy reste enfermée dans son mutisme. Wyatt veut convaincre qu'il faut absolument tuer Jesse James, Bass Reeves, au contraire, apparaît comme un shériff calme et froid, mené par son devoir de faire respecter la loi. S'il capture Jesse James, il le ramènera vivant pour le mettre en prison. Autant Wyatt considère son devoir de tuer James, même de sang-froid; autant Reeves considère le sien dans le fait de faire respecter la loi : «Who the hell ever said easy and right were the same thing?». Rufus demande à Bass Reeves pourquoi, après avoir été délivré de la plantation, s'est-il mis au service de la loi qui définissait sa condition marginale? Reeves lui répond que la loi n'est pas parfaite, mais qu'elle est mieux que rien, car sinon comment ferait-on pour vivre sans loi? Autant il est facile de tuer, autant cela demande d'efforts de civiliser.

Comme dans un western classique, il s'agit donc d'une poursuite dans la neige et les forêts. Arrivés à une log cabin où pend une corde et une carcasse, Flynn et James sont reçus à coups de fusil. Flynn parvient à modérer la femme qui ajuste l'arme et à entrer, seul, dans la cabane où se trouvent, dispersés, des ordinateurs et des appareils informatiques. La femme, qui tient seule la maison, est une ancienne pilote de la Timemachine, Emma Whitmore, qui, avec la complicité d'Anthony Bruhl, s'est faite passer pour morte afin d'échapper à l'emprise de Rittenhouse. C'est pour cette raison que Flynn est venue la recruter. Le trésor, c'est Emma, dont on apprend l'histoire à travers une clef USB subtilisée par Jiya. Flynn veut la convaincre de venir l'épauler dans sa lutte contre Rittenhouse. Emma le prévient qu'il ne sait encore rien de ce que Rittenhouse peut représenter comme menace, toutefois, elle l'accompagnera.

Au moment de se séparer de Jesse James, après lui avoir remis le second versement de la bourse, le bandit le menace en lui réclamant l'arme à répétition qu'il cache dans son étui. Flynn est obligé de lui donner mais l'informe que l'homme qui le suit est Bass Reeves, un shérif (noir, et ici il faut se souvenir que Jesse James était soldat pour la Confédération). Flynn et Emma prennent la direction de la Timemachine tandis que Jesse attendra près de la cabane l'arrivée des voyageurs. Lorsqu'ils arrivent à la cabane, ils découvrent les appareils dont Reeves et Grant ignorent à ce qu'ils peuvent servir. C'est alors que Jesse James poivre la cabane d'une rafale de mitraillette. Grant (Tonto) est tué, mais Wyatt parvient à contourner Jesse James et le blesse. Il le tient en joue pour le tuer lorsque surgit Reeves qui tient les deux hommes en joue. Jesse James se défait de son ceinturon pour se rendre, mais, reprenant là où l'histoire a été interrompue, il est abattu d'une balle dans le dos tirée ...par Lucy. Pour la première fois, elle sauve l'Histoire en commettant un meurtre. Jusqu'à présent, Wyatt et Rufus avaient été les seuls à être tourmentés par des meurtres. Cette fois, Lucy décide froidement d'abattre le bandit, tel est le prix à payer pour restaurer l'Histoire.

La fin passerait finalement pour ironique. Déroulant l'écran de sa tablette, Lucy se voit dans une photo d'époque la montrant bien en évidence près du cadavre de Jesse James. Lorsque Reeves lui remet le montant de la récompense, elle le refuse et voudrait le donner à la famille de Grant Johnson. Reeves, qui considère avoir failli à sa mission, lui tourne le dos. Sa rectitude légale est exemplaire lorsqu'on sait la facilité avec laquelle les shériffs de l'Ouest se laissaient corrompre! Attablés à un bar, Wyatt et Rufus discutent. Wyatt avoue que durant son enfance, il suivait les western, ses héros étant personnifiés par Gary Cooper et John Wayne. Il se demandait comment il était possible que des individus puissent incarner une telle force de caractère. L'expérience du combat l'a vite désenchanté et n'y croyait plus, jusqu'à la rencontre de Bass Reeves. De tels individus pouvaient exister, soupire-t-il : «“Maybe killing shouldn’t be an everyday thing,” Rufus tells Wyatt. “Maybe it should be harder for the good guys». Wyatt avait rencontré l'assassin de Jessica, Wes Gilliam, aussi demande-t-il l'aide de Rufus afin de subtiliser la navette et remonter le temps pour empêcher l'existence de Gilliam qui l'avait bien reconnu en disant : «Je sais exactement qui tu es, Wyatt Logan. Et je sais aussi qui est Jessica. Et si je pouvais changer les choses, je le voudrais que je ne le pourrais pas. Ni toi non plus», et Wyatt de murmurer : «Pas si je dispose d'une machine à remonter le temps». La fin de l'épisode met ainsi la table pour le prochain.



KARMA CHAMELEON

Wyatt met en scène l'enlèvement de Rufus et le vol de la navette pour se retrouver le 19 mars 1983 dans une halte routière afin d'empêcher la conception du tueur de sa femme. Timeless a toujours été avare des principes physiques qui permettent le voyage dans le temps, sinon la règle la plus importante, qui consiste à ne pouvoir revenir à un point dans le passé où les membres de l'équipe étaient déjà nés et pourraient se rencontrer. Cela signifie que Wyatt ne peut sauver directement Jessica, son épouse, tuée par Wes Gilliam, un tueur en série. Le mieux qu'il peut faire, c'est remonter en 1983 et empêcher les parents de concevoir Gilliam.

Lucy et Wyatt se sentent frustrés, Lucy de retrouver Amy effacée de l'histoire et Wyatt de sauver Jessica. Superpuissants face aux temps lointains, ils se sentent diminués d'avoir à leur disposition un engin qui pourrait sauver les leurs. Wyatt se sentirait-il grisé par le pouvoir que lui donne la Timemachine? Voilà pourquoi décide-t-il de prendre en main les opérations. Wyatt, contrairement à Lucy et Rufus, n'a pas de famille et semble ne pas avoir de vie non plus. Son obsession se porte à ramener Jessica, sa femme, dont il se sent coupable de la mort. Nouvel Orphée, après avoir effectué quelques recherches, Wyatt a-t-il appris que l'homme supposé être le tueur de sa femme serait le résultat d'un one night stand entre un barman d'une halte routière d'Ohio, Joel, et d'une hôtesse de l'air nommée Claire Gilliam. Étant leur seule rencontre, le meurtrier serait né neuf mois plus tard. Wyatt décide donc que la meilleure façon d'empêcher les meurtres serait d'éviter la conception du tueur. Il s'agit donc d'éloigner, par tous les moyens - sauf le meurtre que lui interdit formellement Rufus - Claire de Joel. La ruse est simple mais Wyatt aura à s'en mordre les doigts.

À l'origine, les concepteurs de la série Timeless n'avaient prévu que 13 épisodes et Karma Chameleon devait servir de final, aussi l'épisode se ressent-il de cette fin détournée. Karma Chameleon fut le grand succès de la music-pop de 1983, pourtant on n'en entendra pas une seule note comme musique de fond. Le titre de Boy George et du Culture Club n'est qu'une allusion à ce chassé-croisé dans un hôtel où des voyageurs sont prisonniers d'une tempête qui balaie la région. Outre les hôtesses de l'air et le barman, on y retrouve un passager insistant et un shériff légèrement blessé qui surgit de la tempête. Tous ces personnages, évidemment, viennent interférer dans le projet de Wyatt.

Lucy, qui est restée à San Francisco – c'est-à-dire  chez Mason Industries – a été informée du coup par Wyatt. Tant qu'à Flynn, il a logé le vaisseau principal à Oakland où Anthony et Emma l'accompagnent. De celle-ci, ils apprennent que les plans de Rittenhouse consistent à trafiquer l'histoire américaine afin de reconstruire le monde selon les principes des pires utopies de Huxley et de Orwell. Flynn veut continuer le combat et empêcher Rittenhouse de récupérer son vaisseau; Anthony suggère de le détruire, ce qui n'est pas du goût de Flynn qui tient à sauver sa famille.

La seule dimension historique de l'épisode est la couleur locale de la halte routière de l'Ohio. Dans ce huis clos, Joel et Claire se retrouvent avec Wyatt et Rufus, puis d'autres voyageurs bloqués par le mauvais temps. Pour Rufus, cela apparaissait un bon plan, sachant que Gilliam avait été conçu lors d'un one night stand, de prévenir à long terme le meurtre de Jessica et de deux autres femmes. Il suffisait de séparer le couple sans user d'aucune violence. Il pouvait même se sentir justifié d'aider Wyatt. Pour lui, finalement, comme il le dit en faisant référence au film célèbre de l'époque, ce ne serait qu'une version de Back to the future... Comme toujours, les seules références culturelles de Rufus restent la culture populaire américaine.

Rufus passera sa soirée accoudé au bar à retarder Joel en buvant un daiquiri banane, puis quelques Galaga; à regarder Manimal à la télé, courtisé par une fille qu'il écarte, justifiant à Joel qu'elle ressemble trop à Olivia Newton-John. En disant qu'il préférait rester à jaser au bar avec lui, un équivoque surgit à l'esprit de Joel. Le tout se termine avec une recette du barman : un Haley Joel Osment quip. Pendant ce temps, Wyatt essaie de séduire Claire pour qu'elle ne tombe pas dans le lit de Joel. Le plan est contrarié dès le départ. À plusieurs reprises Rufus devra intervenir pour sauver Wyatt du mauvais kharma qui lui tombe dessus. Chaque fois qu'il essaie de distraire Claire survient un impair : d'abord Joel, puis un passager insistant rencontré sur le vol, enfin les hôtesses de l'air à qui Wyatt avait demandé à l'aéroport où trouver Claire, qu'il disait connaître. Dès lors, le plan s'effondre. Agressé par le passager, Wyatt est arrêté et menotté par le shériff. À partir de ce moment, Joel et Claire sont en voie de passer à l'acte.

Rufus intervient, permettant à Wyatt d'immobiliser le shériff. Wyatt décide d'enlever Joel. Il se rend à la chambre de Claire, menace Joel de son arme et le sort de l'hôtel pour le retenir jusqu'au matin. Mais, sous l'ondée, dans le stationnement, après une tentative d'évasion, Joel tombe au sol et se fracture le crâne sur un dos d'âne et meurt. De retour à la navette, Wyatt se sent coupable de la mort de Joel – ce qui lui arrive rarement -, mais se console des mots de Rufus qui lui rappelle qu'il vient de sauver la vie de trois femmes, dont la sienne. Aussitôt revenu au laboratoire, les fédéraux arrêtent Wyatt qui implore Lucy de lui annoncer si son épouse, Jessica, est vivante. Or, rien n'a changé. Gilliam avait bien tué les deux premières femmes qui sont sauves, mais pas Jessica. Gilliam n'en était donc pas le meurtrier.

Entre-temps, la rencontre de Anthony et de Lucy se conclut par un aveu. Anthony lui révèle que Rittenhouse est un long complot qui, au cours du temps, à consister à lutter contre les politiciens les plus avancés de l'histoire américaine et que le groupe compte sur l'utilisation du vaisseau pour déstabiliser l'histoire en s'en prenant à des hommes comme J.-F. Kennedy et Martin Luther King. Voilà pourquoi il aurait voulu conclure un accord avec Rufus : il détruirait la navette tandis que Rufus détruirait le prototype. Comme Rufus est absent, c'est Lucy qui doit donner sa parole. Elle obtint l'aval de l'agent Christopher qui lui montre les photos prises de Connor avec un inconnu; Lucy y reconnaît Cahill, son père. Anthony annonce à Lucy l'heure où il fera sauter la navette.

À l'heure précise, il y a bien une explosion à Oakland, mais aucune trace de la navette. À la place, on y trouve le cadavre de Anthony, tué de deux balles à bout portant. Une fois le vaisseau revenu et Wyatt arrêté, Lucy se rend à la résidence de Cahill, ce père devient soudainement un être chaleureux de retrouver sa fille, lui annonçant qu'elle porte en elle le sang des Rittenhouse, ce dont elle n'a «rien à avoir honte».



THE LOST GENERATION

L'épisode commence par un affrontement entre Cahill et Lucy, interrompu à la fin de l'épisode précédent. De retour au laboratoire, Lucy révèle à l'agent Christopher qu'elle est la fille de Cahill et qu'en elle coule le sang des Rittenhouse. Lucy se demande s'il ne vaudrait pas mieux laisser Flynn mener à bout son projet, mais Rufus s'objecte en rappelant que Flynn est là pour tuer des gens et qu'il faut l'arrêter. Pendant ce temps, Wyatt est enfermé dans une cellule, c'est alors qu'on le remplace par David Baumgardner, son ami du Delta Force tenu en réserve depuis l'épisode de l'Alamo. Il faut se rendre cette fois en France – seconde fois que la Timemachine se retrouve hors des États-Unis -, pour le 21 mai 1927. Flynn et Emma y attendent l'arrivée du Spirit of Saint-Louis piloté par Charles Lindbergh, lors du premier vol transatlantique. Ils parviennent à tirer une roquette et abattre l'avion avant son arrivée au Bourget, à Paris. Ils y capturent Lindbergh, légèrement blessé, et l'emmènent avec eux.

À peine arrivés sur les lieux de l'écrasement du Spirit of Saint-Louis, le trio y rencontre un journaliste, le jeune Ernest Hemingway, qui travaille alors pour un journal de Toronto. Identifiant un bout de cigare de La Havane laissé sur les lieux, il se propose de guider les trois voyageurs dans Paris, à l'endroit le plus susceptible de retracer ceux qui figurent sur les photos de Flynn et Emma : le Dingo Bar. Il s'agit du Paris des Années folles, les Roaring Twenties comme on les appelle aussi; ce Paris où ces jeunes Américains qui avaient connu la Première Guerre mondiale, se définissaient comme la Génération perdue (the Lost Generation) parmi lesquels Hemingway et F. Scott Fitzgerald, fréquentaient le salon de Gertrude Stein où s'y rencontraient les célébrités de l'époque. Lucy en reconnaît quelques uns attablés : Picasso, Scott et Zelda Fitzgerald et la vedette de la soirée, Josephine Baker, the Black Venus, comme ses admirateurs l'appelaient. Ici nous revenons à la préoccupation, un temps délaissé, de la couleur locale du roman historique et le nouveau pilote, Dave Baumgardner, se révèle on ne peut plus ignare lorsqu'il demande à Lucy qui est Joséphine Baker! Celle-ci lui répond d'ailleurs : «She's the biggest entertainer in the country at the moment. Think Beyonce 1927». Il paiera de sa vie sa sottise, s'étant muni d'une arme à feu de l'époque, il tombe sous la rafale de mitrailleuse de l'émissaire de Flynn qui accompagne Emma venue acheter une bouteille de Bourbon. Pour la première fois, Lucy et Rufus se retrouvent seuls dans le passé, accompagné de cet alcoolique invétéré qu'est Hemingway.

Réfugiés dans l'appartement de Joséphine Baker, celle-ci devient le pivot temporaire des discussions entre les personnages. Lucy lui confie son désarroi lorsqu'elle se présente comme enseignante, s'étant toujours appuyée sur les faits qui lui apparaissaient si solides, si concrets, pour s'apercevoir finalement qu'ils sont comme des sables mouvants et que rien ne tient. À l'époque où Kellyanne Conway, la porte-parole du président Trump, travestit la vérité en «faits alternatifs» quand elle ne les invente pas tout simplement, le dialogue prend une saveur d'actualité. En retour, Joséphine explique que lorsque Ernest parle de la Génération perdue, «he doesn’t mean aimless, he means battered, broke down, but getting ready to stand back up. There’s a difference».

Lucy et Rufus se retrouvent, en compagnie de Hemingway au lieu supposé avoir été amené Lindbergh. Alors que Rufus conduit à l'extérieur Hemingway qui va vomir, Lucy est enlevée par l'homme de main de Flynn. Ce dernier lui explique que Lindbergh est un agent des Rittenhouse, et qu'après l'épisode du Spirit of Saint Louis, deviendra un habile promoteur du nazisme en Amérique. Lucy s'oppose à ce que Flynn abatte Lindbergh et l'implore de lui laisser une chance de le convaincre de se «retirer de l'histoire». Comme elle, le jeune Lindbergh lui avoue qu'il n'a découvert que récemment qu'il appartenait au clan Rittenhouse et lui demande comment il pourrait éviter de porter le fardeau que son pèse, sénateur, fait peser sur lui. Il lui avoue qu'il aimerait mieux posséder une ferme pour la cultiver avec sa femme et ses enfants. Lucy lui dit que puisqu'on le croit mort, il pourrait disparaître discrètement et se perdre dans la nature pour recommencer une nouvelle vie.

Pendant ce temps, Rufus est en panique lorsqu'il constate la disparition de Lucy. Après la mort de Dave et la disparition de celle-ci, Hemingway lui offre son flask, mais Rufus le rejette avec dédain; Hemingway lui lance alors : «You're not dead yet so drink and fight and screw for everyone who can't."», appuyant le sens que Joséphine donnait à Lucy de la Lost Generation. Il lui rappelle ainsi que des millions de soldats reposent sous leurs pieds, tués pendant la guerre, et qu'il faut jouir de la vie pour chacun d'entre eux et se redresser pour combattre. Rufus prend deux gorgées et ils retrouvent leur courage. Arpentant l'ossuaire, l'homme de main de Flynn s'apprête à tuer Rufus, mais Hemingway le jette à coups de poings mimant un match de boxe. Ceux-ci parviendront à libérer Lucy et Lindbergh pour s'enfuir. Lorsque Emma s'interpose, Rufus lui offre de les suivre ou de les laisser passer, lui rappelant comment Flynn traitait ses pilotes (faisant allusion au meurtre d'Anthony).

En 2017, le laboratoire est pris en charge par la National Security Agency, qui sont en fait des hommes de Rittenhouse, qui congédient l'agent Christopher. Celle-ci fournit un moyen à Wyatt de se délivrer de sa cellule. Lorsque la navette revient de 1927, Lucy et Rufus sont étonnés de voir le changement de personnel. Ils comprennent alors qu'il s'est passé un coup de force en leur absence et tout le complexe est passé entre les mains de Rittenhouse. Cahill avoue à Connor Mason qu'il est le père de Lucy. Finalement, l'agent Christopher donne rendez-vous à Rufus, Wyatt et Lucy en un lieu secret pour trouver un moyen de venir à bout de cette force maléfique qui détient maintenant le prototype de la Timemachine.

Peu avant, de retour chez elle, feuilletant les livres d'histoire, Lucy s'aperçoit que Lindbergh était revenu de son escapade malgré la promesse qu'il lui avait faite chez Joséphine Baker d'aller s'établir à Bordeaux. La mère de Lucy lui explique que le goût de la célébrité et de la gloire l'avait sûrement emporté sur sa première décision et qu'il était devenu, en effet, le porte-parole du nazisme aux États-Unis. Celle-ci lui remet alors un cadeau qui se trouve être le journal marqué de ses initiales. Le même que lui brandit sous le nez Flynn chaque fois qu'ils se rencontrent depuis le premier épisode. Cette fin annonce que la prédiction de Flynn au premier épisode est sur le point de se réaliser.



PUBLIC ENEMY NO. 1

La nouvelle équipe de la N.S.A. au service de Rittenhouse et commandé par l'agent Neville demande à Lucy et Rufus de conduire un tueur à gages le 3 mai 1962 à Houston, au Texas, afin de tuer Maria Tompkins, la future mère (âgée alors de 17 ans) de Garcia Flynn. Neville considère que le meilleur moyen de se débarrasser une fois pour toute de Flynn est d'assassiner sa mère avant sa naissance. Lucy et Rufus, indignés du stratagème, commencent par refuser mais les menaces de trahison les obligent à embarquer le tueur et se rendre à Houston. Toutefois, au moment de l'arrivée, Rufus décoche une flèche qui drogue le tueur et ramène la Timemachine en 2017, à un lieu de rendez-vous où les attendent Wyatt et l'agent Christopher. Wyatt promet qu'on se servira de la navette pour chercher la sœur de Lucy lorsque Rufus apprend que la navette principale de Flynn vient de se déplacer à Chicago en 1931. Wyatt parvient à convaincre son équipe de se lancer à sa poursuite.

Avant de partir, Rufus avait confié un smartphone à Jiya afin de rester en communication avec elle car il a injecté un virus qui paralyse le système central de communication de Mason Industries. Il lui demande de retarder Connor Mason le mieux qu'elle pourra, mais elle est vite découverte et enfermée dans une pièce close du complexe. Prenant les choses en main, le trio se retrouve à Chicago le 24 octobre 1931 au moment où, au lieu d'être condamné pour fraude fiscale, Al Capone, l'ennemi publique numéro 1, sort acquitté du tribunal. Lucy comprend tout de suite que quelque chose ne va pas. Elle trouve sa réponse lorsqu'elle voit Flynn accompagner le gangster. Flynn a en effet livré les documents incriminant Capone afin de confondre «l'honorable juge Wilkerson» : les livres comptables de Leslie Shumway qui devaient servir de preuve dans le procès du fisc américain contre le boottleger. En retour, il demande qu'on lui livre le maire corrompu de Chicago qui appartient au groupe de Rittenhouse.

Lucy, Rufus et Wyatt rejoignent alors Eliot Ness qui apparaît comme une brute lorsqu'il assène un coup de poing gratuit à un journaliste qui lui posait une question – ils se présentent sous les noms des vedettes du film The Untouchables : Wyatt sous le nom de Connery, Lucy de Costner et Rufus, leur chauffeur, sous le nom de Robert DeNiro. Les trois voyageurs se disent envoyés par William Randolph Hearst, le magnat de la presse, pour enquêter sur Flynn promu l'un des gangsters les plus notoires de San Francisco. Ils informent Ness que Flynn a sûrement donné des renseignements cachés à Capone. Ils décident donc de faire cause commune. Mais cette belle association dure peu car un tueur envoyé par Capone mitraille à mort Eliot Ness avant d'être abattu par Wyatt. Toute l'anecdote historique s'en trouve à nouveau bouleversée.

En dernier recours, Lucy amène ses coéquipiers rendre visite au frère aîné d'Al Capone, Vincenzo, qui a changé son nom pour Richard James Hart. L'ironie du sort est que Hart est policier fédéral. Les deux frères ne se sont pas vus depuis 20 ans. Après une supplique émotive, Lucy réussit à obtenir la participation de Hart à l'arrestation de Capone. Pendant ce temps, Flynn interroge le maire (qui devrait être le républicain William Hale Thompson, reconnu pour sa corruption) sur ses accointances avec Rittenhouse. Ce dernier révèle que tous les 25 ans, les Rittenhouse tiennent une rencontre à Washington et que la prochaine aura lieu en 1954. C'est tout ce que Flynn cherchait à savoir. Flynn est appelé par Capone à tuer le maire en dehors de son bureau; en retour, Flynn lui demande de tuer Rufus.

Peu après son départ, en effet, Hart, Lucy, Wyatt et Rufus se présentent chez Capone et sont introduits dans le bureau du gangster par Frank Gallucio, son garde du corps et exécuteur des basses œuvres. Hart vient l'arrêter afin d'assainir Chicago du crime organisé. Capone et Hart dégainent, se tiennent en joue avec leur arme, tandis que Gallucio menace Wyatt et Hart. Al tire sur Rufus et est tué par Wyatt tandis que Rufus est gravement blessé. Wyatt abat Gallucio. Le trio revient difficilement à la navette. Rufus, qui a perdu beaucoup de sang, perd connaissance au poste de pilotage. Au laboratoire, Jiya a réussi à saboter la salle de contrôle au grand dam de Neville et de Mason. Ce dernier passe une entente avec Cahill afin de récupérer des octets des bureaux de la NSA en Utah avec lequel il pourrait finir par contrôler non seulement les deux navettes qui lui ont échappé à travers le temps, mais aussi des informations sur l'ensemble des individus dans le monde.

Faire disparaître de manière violente Ness et Capone près de trente ans avant leur mort historique modifie le mythistoire qui relève davantage du fait divers que du cours de l'histoire américaine. Hommage aux films de gangsters - pensons à ce plan moyen où l'on voit le tueur canarder Ness à travers la porte et qui reprend une scène célèbre du Parrain -, on évoque Capone moins par ses meurtres - l'indispensable rappel du Massacre de la Saint-Valentin - que par des vignettes connues de tous, ainsi la batte de baseball avec laquelle il fendit le crâne de trois de ses adversaires dans un souper où se rencontraient les membres de la mafia de Chicago. Le prétexte de toute cette mise en scène est d'annoncer l'épisode final de la première saison.



THE RED SCARE

La navette revient au hangar, en 2017. Lucy et Wyatt réussissent à sortir Rufus, blessé. Jiya et l'agent Christopher les attendent. Pour soigner Rufus sans le mener à l'hôpital, d'où les agents de Rittenhouse les retrouveraient, Lucy fait venir Noah, son petit-ami hérité des lendemains de ses premiers voyages dans le temps. Comme les hommes de Rittenhouse arrivent au hangar où se cache la navette, Jiya embarque avec Rufus, Lucy et Wyatt. L'agent Christopher est arrêtée et détenue au laboratoire de Mason Industries. Flynn, lui, se rend en 1954 où il rencontre le sénateur Joseph McCarthy qui mène sa croisade contre le communisme. Il parvient à lui soutirer l'adresse où se tiendra le prochain rendez-vous Rittenhouse, assemblée qui se tient une fois à toute les générations. En échange il leur donne les photos de Wyatt et de Lucy en les désignant comme espions communistes. Ont-ils à peine mis les pieds sur la première marche qu'ils sont arrêtés. On ira pas vraiment plus loin dans le contexte de cette crise politique de la peur rouge qui hanta l'Amérique durant la décennie des années 50.





Flynn rencontre Lucy détenue dans une pièce et lui dit qu'il va faire sauter le lieu de rendez-vous Rittenhouse, quitte à tuer le grand-père de Lucy, Ethan Cahill, un fonctionnaire du gouvernement à Washington, celle-ci lui avoue comprendre le désarroi et la solitude qui le font agir. Mais Flynn ne reculera pas devant son plan. Dans l'autre pièce, Wyatt affrontent sans ménagement le sénateur McCarthy : «... You're a coward, you're arrogant and a loudmouth, and terrified people will find out you're a fraud. Just like every bully». Au moment où McCarthy commande à ses hommes de passer Wyatt à tabac, ce dernier parvient à les désarmer, récupère Lucy et fuir. Lucy et Wyatt décident de suivre Ethan Cahill espérant qu'il les conduira au manoir Rittenhouse. Mais ils se retrouvent dans un bar clandestin où se rencontrent les gays de la capitale. Ethan Cahill mène une double vie. Il pense que Lucy et Wyatt veulent le faire chanter, mais ne demande que son aide pour se rendre chez Rittenhouse. En cours de route, il se confesse de sa tendance alors que Lucy et Wyatt tentent de le réconforter en ramenant sa déviance à une normalité dont il ne doit pas se sentir coupable ni honteux.

Lucy et Wyatt surprennent Flynn alors qu'il bourre de dynamite la cave de la résidence Rittenhouse. Wyatt et Flynn sont prêts à s'affronter mais Lucy s'interpose et les convainc de déposer les armes. Leur lutte ne conduit nulle part et plutôt que de s'acharner à modifier le passé, mieux vaudrait résoudre le problème au présent. Le duo ramène Flynn et Ethan Cahill au hangar où s'est logée la Timemachine. Lucy veut montrer à Ethan, son grand-père, la technologie du futur et lui demande de dresser un fichier sur les activités Rittenhouse durant toute sa vie. Elle décide donc de partir avec Flynn tandis que Rufus, Jiya et Wyatt repartent avec la navette expérimentale.

Après l'ellipse, nous voyons Lucy et Wyatt rendant visite à Ethan, en 2017. Le vieillard a dissimulé une adresse dans une horloge. Celle-ci les envoie dans un bureau où sont classées toutes les archives de Rittenhouse depuis 30 ans. L'agent Christopher, qui a renoué avec Connor Mason qui se met au service du gouvernement, fait arrêter plus d'une centaine d'agents de Rittenhouse. Lucy donne rendez-vous à Flynn et lui remet sur une clef USB le nom des assassins de sa famille et de celui qui a ordonné le massacre. Elle convient qu'il retourne dans le temps prévenir le meurtre de sa famille et de détruire la navette une fois qu'il aura fait ce qu'il doit faire, mais les agents du gouvernement interviennent et arrêtent Flynn qui se sent trahi par Lucy qui ignorait qu'elle était suivie.

De retour au laboratoire Mason, l'agent Christopher autorise un dernier voyage pour permettre à Lucy de mettre en présence sa mère et le père de sa jeune sœur appelée à revenir. Elle et Wyatt pressentent le moment où ils se quitteront. Wyatt, contrairement à Flynn, est parvenu à faire le deuil de sa femme. Ensemble, ils conviennent qu'«au lieu de s'obstiner à vouloir réparer le passé, il serait mieux de penser au présent». Mais auparavant, Lucy se rend chez sa mère, Carol, pour l'informer qu'elle doit repartir pour ramener sa sœur et qu'elle veut lui dire qu'elle l'aime car dans l'avenir, elle sera trop malade pour le comprendre.

C'est alors que Carol avoue à sa fille que Rittenhouse ne laissera jamais faire en sorte qu'elle retourne dans le passé pour la faire mourir, même pour ramener sa sœur. Les hommes envoyés par l'agent Christopher afin de récupérer le vaisseau principal ont été tué par un agent de Rittenhouse qui n'est nul autre qu'Emma. Ensemble, promet-elle, elles vont changer l'Histoire : «Are you now or have you ever been Rittenhouse?» Il est étrange, en effet, que Lucy ait été la seule à ne pas s'apercevoir que si son père était Cahill et qu'elle portait l'héritage des Rittenhouse, que ça ne pouvait provenir que de sa mère? Celle-ci savait très bien, depuis le début, que la modification apportée depuis l'expédition de l'Hindenburg visait à la ramener à la vie active, d'où la raison pour laquelle Cahill surveillait l'ensemble des missions, l'intervention de Flynn venant déranger les plans du couple Rittenhouse-Cahill.

Évidemment, cette finale ouvre sur deux possibilités. Ou bien, le réseau NBC annonce en mai que la série ne sera pas renouvelée, ce qui ferait The Red Scare l'ultime épisode... tragique en soi. Ou bien, si la série est renouvelée, il faudra bien penser à voyager ailleurs... dans le futur peut-être? Un indice est donné lorsque Jiya, qui s'est mal remise de son voyage dans le temps, est hospitalisée à San Francisco. De sa fenêtre, on voit le Golden Gate. Prise d'une crise qui la secoue dans son lit alors que ses yeux se révulsent, on devine qu'une catastrophe est imminente.. Nous ne le saurons qu'au cours de l'année 2018.

Après une première saison de Timeless, on peut se demander ce qu'il reste du beau projet de Kripke et Ryan, celui de donner une plus grande visibilité aux femmes, aux Noirs, aux homosexuels et aux Amérindiens? Peu de choses. Il est vrai que les femmes dominent la série : Lucy, Carol et Amy; l'agent Christopher, Jiya enfin Emma mènent la donne aux laboratoires Mason; Connor Mason et Rufus occupent des postes importants de techniciens; Wyatt, le soldat stéréotypé est mené d'abord par le fantôme de Jessica, sa femme puis l'instruction de Lucy. Même si l'équipe de la Timemachine représente le souhait des producteurs - une femme blanche qui détient le secret de l'Histoire, un homme noir qui pilote et un homme blanc qui protège et défend ...en tuant -, l'ensemble de la production ne parvient pas à livrer la marchandise.

Ces groupes dits à tort minoritaires - et qui vont le rester - se faufilent dans le fond de l'écran. Elles apparaissent, incontestablement, mais très peu d'entre elles parviennent à prendre une signification interactive avec l'Histoire. Judith Campbell dans Atomic City; Katherine Johnson dans Space race; Bonnie Parker dans The Last ride of Bonnie & Clyde et, en étant généreux, Joséphine Baker dans The Lost Generation dépassent les rôles de figurantes. Il en va de même pour les Noirs qui n'apparaissent dans leur état de discrimination que par les protestations et les inquiétudes manifestées par Rufus. Du moins sont-ils un peu présent dans The Watergate Tape. Biensûr, il y a Katherine Johnson dans Space Race et Joséphine Baker dans The Lost Generation. Enfin, il y a Bass Reeves, The Lone Ranger, qui a un rôle principal de modèle de Noir sorti de l'esclavage pour devenir un héros solitaire (ou à demi-solitaire puisqu'il a Johnson et une famille) qui met les principes et la loi au-dessus de la vengeance et de l'arbitraire. Pour les Amérindiens, retenons Nonhelema dans Stranded qui n'occupe pas cinq minutes dans l'ensemble de l'épisode et dont le rôle historique paraît insignifiant - statuaire - et Grant Johnson, le Tonto de The Lone Ranger. Le seul gay de la série est le grand-père de Lucy, Ethan Cahill, qui n'est pas un personnage historique. Comme Timeless n'est pas un retour sur le passé social de l'Amérique mais sur l'essentiel de son mythistoire, il est difficile de ne pas reconnaître que les décideurs de l'histoire américaine ont toujours été des hommes blancs. Et le reste encore.

Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit sur l'image inconsciente du temps comme vagina dentata. Le dernier épisode est assez évocateur en ce genre. L'agent Christopher dévore Flynn qui se croit trahi par Lucy après lui avoir remis copie de son journal; les forces de l'ordre sont dévorées par Emma en donnant l'assaut au hangar où est stationnée la Timemachine; Lucy elle-même, la Clio qui rédige le journal de bord des expéditions dans le temps, est dévorée par sa mère qui représente Rittenhouse en chair et en os et conserve vivant l'esprit du fondateur de la dynastie, David. Alors que la civilisation hellénique concevait le temps qui dévore ses enfants sous la forme du père archaïque tenu par le dieu Chronos (Saturne), dans la culture américaine (en accord avec la civilisation occidentale, c'est moins sûr), c'est la mère archaïque qui semble prendre la place d'une déesse temps qui dévore le produit de ses entrailles. L'idée que l'histoire faite par les femmes serait différente de celle qui a été faite par les hommes devient alors dérisoire. Qu'elle ait été telle que les livres des historiens la raconte ou telle qu'elle aurait pu être si nous parvenions à modifier le passé, la hantise que l'Histoire fait peser sur nous comme étant le cours irrépressible du temps nous ramène à la leçon de Time tunnel. Au bout du compte, le savoir (historique ou autre) n'est utile que s'il est doublé de la force et de la technique. Telle est, me semble-t-il, la principale leçon qu'il est possible de tirer de Timeless


Montréal
18 décembre 2017

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