jeudi 16 juillet 2020

Le plus grand coup d'État économique de l'Histoire

Ce soir, on fait peur au monde...
Ce n'était qu'une blague...

LE PLUS GRAND COUP D'ÉTAT ÉCONOMIQUE DE L'HISTOIRE

Il est courant de voir des hommes politiques se vanter qu'une de leur mesure marquera l'Histoire à jamais. De fait, c'est bien rare qu'on s'en souvienne passer deux semaines. Pourtant, ce qui s'est passé en mars 2020 dépasse de loin les derniers événements tenus pour historiques, y compris les attentats du 11 septembre 2001.

Jamais n'a-t-on vu, par le passé, les milieux d'affaires, les entrepreneurs, les commerçants, les industriels, les travailleurs se soumettre conjointement aux dirigeants politiques en vue de saboter l'économie nationale, pour ne pas dire l'économie planétaire. Comme si la fameuse globalisation néo-libérale, si difficile à obtenir ne serait-ce qu'à l'intérieur des archipels économiques mêmes, l'avait été suite à une panique causée par la diffusion d'un virus, et sûrement pas dans le sens où l'attendaient les apôtres du libre-échangisme.

LE PRÉTEXTE

Le coronavirus et la COVID-19 qui en découle sont des réalités incontestables. Travailler à les nier est non seulement superflue, mais entraîne un discrédit lorsqu'il s'agit de critiquer la situation actuelle. Apparu dans une région chinoise particulièrement peuplée, le Wuhan, la première mention du coronavirus est en date du 17 novembre 2019.

La COVID-19 n'est pas le premier coronavirus rencontré au cours des dernières décennies. Le SRAS, autre coronavirus, est apparu en Chine en 2002, et sa transmission s'est faite assez lentement. Il n'aurait affecté, en définitive, que 8 000 personnes. Comme l'actuelle COVID, le SRAS serait né dans ces wet markets de Chine, des marchés en plein air, constamment vaporisés d'eau puisqu'ils ne disposent pas de système de réfrigération. On y trouve des volailles, des fruits et des légumes, des animaux exotiques que les clients, dans une atmosphère de promiscuité, transigent et amènent chez eux. Des égouts où s'entassent les matières fécales et la fermentation causée par la haute température servent d'incubateurs à la production puis à la diffusion des virus. Toutefois, comparée au SRAS, la COVID-19 entraîne des grippes fortement plus sévères. Le SRAS aurait fait au moins 774 morts alors qu'en date d'aujourd'hui (16 juillet 2020) 584 556 personnes, réparties sur la planète entière, serait morte de la COVID. La grippe A H1N1 de 2009-2010, qui n'était pas un coronavirus, mais dont la gravité fut plus grande que celle du SRAS, aurait entraîné, pour sa part, 17 171 décès. On comprend qu'il soit pris si au sérieux par les organismes de santé publique.

Ceci dit, si la COVID tue beaucoup de gens, l'organisme humain en bonne condition parvient à la surmonter comme n'importe quelle autre grippe. Toujours en date d'aujourd'hui, 15 575 040 d'individus ont été diagnostiqué atteints de la COVID-19 dont 7 596 551 sont déclarés guéris. Pour, rappelons-le, 584 000 décès. Sur une échelle planétaire de près de 8 000 000 000 d'habitants, ce nombre reste relativement insignifiant. Bien sûr, «chaque vie compte», comme on tient à nous le rappeler bêtement...

UN FANTÔME COMMODE

Lorsqu'en mars 2020 l'Organisation Mondiale de la Santé, sous un coup de panique qui a suivi la propagation rapide du virus en Italie, s'est mise à comparer la COVID à la grippe espagnole de 1918-1920, le président Macron de France s'est mis, assez ironiquement, a présenté la lutte à la COVID comme un véritable état de guerre. Cette référence historique n'apportait aucune indication pertinente que ce soit. La grippe espagnole n'était pas un coronavirus mais un virus du groupe H1N1. Elle aurait fait entre 20 et 50 millions de morts selon l'Institut Pasteur, et peut-être jusqu'à 100 millions selon certaines réévaluations récentes, soit 2,5% à 5% de la population mondiale de l'époque qui chiffrait à 1,811,000,000.

Longtemps on a situé l'origine de la grippe espagnole, qui était une grippe aviaire transmise également aux chauve-souris, en Chine, en Mandchourie. Depuis l'étude de John M. Barry, The Great Influenza, (2004), c'est du Kansas, aux États-Unis, que la grippe serait apparu et diffusée de là au reste du monde entier. En 1918, le monde était en guerre. Les conditions dans les armées, épuisées par près de cinq années de guerre, offraient des conditions idéales de diffusion. Pourtant, c'est en Inde et en Chine encore que le nombre de morts fut de loin le plus élevé. C'est de la grippe espagnole également qu'est née l'idée qu'une deuxième vague de COVID-19 devait frapper. Rien, présentement, ne suppose qu'une deuxième vague de COVID devrait faire son apparition. Les virologues, dont le docteur Arruda, de la Santé publique du Québec, semble souhaiter son apparition tellement il en parle avec certitude, sont victimes de projections historiques et sont de bons candidats à l'Éternel retour. Sans doute, si l'état des sociétés actuelles était celui de 1918, la Covid pourrait avoir une seconde vague. Mais ce n'est pas le cas. Le fait d'avoir pris la grippe espagnole comme modèle ne relève donc pas de la science, mais d'une maladie aussi pire que la Covid : la paranoïa.

LA PARANOÏA

De la Covid, ou on en meurt, ou on en guérit. Et on en guérit plus qu'on en meurt. Cela est déjà une certitude. En décembre 2019, lorsque la Chine était au prise avec l'éclosion du coronavirus, le monde entier s'émerveillait de ces hôpitaux construits en quelques jours et où étaient immédiatement conduits tous ceux déclarés positifs à la maladie. Au lieu de se préparer à établir des centres de dépistages dans les aéroports et aux douanes, les pays occidentaux regardaient faire, un sourire en coin. Les premiers messages sur les réseaux publics étaient encore pondérés. La grippe y était qualifiée de sévère et qu'il fallait prendre des mesures comparables de protection à toutes celles que l'on prenait chaque année contre l'influenza et tout autre grippes sévères. Le ton était à l'assurance.

Puis, l'Italie s'en est trouvée affectée dès février 2020. Venise vit une éclosion de la Covid et la ville fut fermée. Puis ce fut au tour de Milan, et de l'ensemble de la péninsule (alors que dans le Sud de l'Italie et en Sicile, les cas était quasi inexistants). L'Organisation Mondiale de la Santé prit alors panique et une nouvelle pandémie se superposa à la première, celle de la paranoïa. Le fait que des navires de croisières furent placés en quarantaine, portant des passagers atteints, montre assez que le tourisme international est sans doute le pire facteur de propagation du virus.

Il faut considérer la paranoïa sur deux plans. Il y a d'abord la paranoïa individuelle. L'article du American Heritage Stedman's Medical Dictionary la définit 1) un trouble psychotique caractérisé par des délires systématiques, majoritairement de persécution ou de supériorité, en l'absence d'autres troubles de la personnalité; 2) une forme extrême et irrationnelle de méfiance à l'égard des autres. C'est ce dernier aspect qui conduit directement à la paranoïa collective. Celle-ci est culturelle. Dans une société de masse où le confort et la consommation sont les valeurs dominantes, la sécurité personnelle est le point faible des individus. À la moindre inquiétude, transmise par les média, publiques ou sociaux, nous obtenons une contamination mentale de masse qui fonctionne comme un gigantesque amplificateur des comportements paranoïaques, ou même seulement de comportements compulsif obsessionnels. L'antenne parabolique de cette amplification, c'est le régime politique. (Cf. Luigi Zoja. Paranoïa La folie qui fait l'Histoire, Paris, Tallendier, Col. Texto, 2019).Au-delà de l'information objective, c'est le sentiment de terreur qui, associé à la menace, ébranle les individus. Le virus n'est pas la cause de la terreur. Il est la grippe, il est la santé ou la mort, mais il n'est pas l'angoisse des individus qui n'en sont pas atteints, ou même qui n'en ressentent pas les symptômes. La paranoïa collective est un état mental pathologique qui provient des névroses compulsives obsessives qui ont longtemps porté le nom de «fièvre obsidionale». Le groupe (et l'individu dans le groupe) ressent la présence d'un encerclement par une menace quelconque. Il se mure (mentalement mais souvent aussi pratiquement (pensons au fameux mur de Donald Trump). Dans la constituante occidentale, le groupe se sentira également trahi, infiltré par des agents de l'adversaire. Ce que l'on appelle la fameuse cinquième colonne. Obsessif-compulsif comme le sont les virologues, ces spécialistes tirent aussi bien le pire que du meilleur de leurs névroses. Dans un cas où une pandémie se répand à vitesse grand v comme le fait le coronavirus, il est donc normal que la névrose ait débordé la mesure. Par leurs fonctions auprès des États ou d'un organisme comme l'O.N.U., la contagion paranoïaque s'est transmise encore plus rapidement que celle du virus parmi les populations.

Cette image paranoïaque s'est imposée lorsque qu'après le four italien, l'O.M.S. a déclaré la Covid comme pandémie, c'est-à-dire épidémie diffusée au-delà des frontières d'un seul pays. La panique s'est précipitée au-devant de la pandémie. Des politiciens, comme Macron, associèrent le virus à un ennemi en temps de guerre, comparaison inappropriée puisque l'état de guerre suppose un ennemi opérant sur un mode rationnel identique qu'il est possible de reproduire. Le virus est un agent propagateur qui vit des ressources d'un être vivant. Si celui-ci est faible, le virus l'épuise jusqu'à la mort. Contrairement à la guerre, le but du virus n'est pas de tuer la personne qu'il affecte mais de vivre d'elle. Les anticorps finissent par l'éliminer des organismes sains, ou la personne au système immunitaire déficient succombe à l'effet viral. Dans les deux cas, le sort du virus est de périr. Mais cela, il ne le sait pas. Il n'a pas l'intelligence pour le savoir. Dans l'état de guerre, les combattants ont l'intelligence de mesurer jusqu'où peuvent conduire les affrontements, et ils disposent d'une troisième option : la négociation. Les guerres sont rarement totales et elle le furent seulement au XXe siècle.

Si l'on survit ou l'on meure de la Covid-19, il n'en va pas de même de la paranoïa. Une fois contaminée par elle, la paranoïa demeure. Lorsque la Covid sera disparue, la paranoïa va changer de vecteur. Les gouvernements et les virologues qui aujourd'hui entretiennent cette paranoïa s'en apercevront lorsque les mêmes gens qui aujourd'hui portent visière sur masque et se tiennent à 2 mètres de distance de tout humain, transporteront leur paranoïa sur le vaccin contre la Covid. Et d'autres, malgré la vaccination, maintiendront le même comportement suspicieux et inquiet. Le risque de la paranoïa collective est toujours de développer la psychose individuelle.

APRÈS DISTRICT 31,  COVID-19 : LE TÉLÉROMAN

Pour ceux dont l'esprit critique n'a pas été totalement absorbé par le contrôle de masse médiatique, ils reconnaîtront qu'il ne s'agit pas là d'un complot ésotérique. Je l'ai dit, la Covid existe; elle est une grippe sérieuse qui nécessite des précautions. Non pas le 2 mètres de distanciation, ni la capine en plexiglass, ni le masque, ni la cagoule sans trous ou tous les scaphandres du monde réunis comme garantie de la non contamination. Seulement la bonne éducation suffit qui fait que chacun respecte naturellement une distance envers son semblable; que les mesures de bienséance exigent de n'éternuer ni de cracher sur son voisin; que se laver les mains est un rite régulier. CELA EST SUFFISANT. Bien sûr, on peut faire comme durant la grippe espagnole et imposer des amendes à ceux qui crachent par terre. On peut porter un masque (ou un couvre-visage pour prendre le mot tiré de la langue de bois des gouvernements) si on veut se rassurer. À condition que ce soit fait librement. On évite de toucher à tout, comme le font tant de ménagères qui tripotent les légumes à l'étal du marché. On s'impose à soi une règle de vie plus sévère. Qu'à cela, les gouvernements, apprenant des expériences du siècle précédent, interdisent les lieux de rassemblement de masse, c'est une mesure légitime, pour autant qu'il s'agit de rassemblement de masse et non de la vie publique. Comment qualifier la réaction du gouvernement québécois après avoir déconfiné bars de nuit et clubs s'étonner de la reprise de la contamination? Comment imposer le port du masque à toute la population en même temps qu'on permet le cruising dans des lieux de fréquentation intime? Les bourdes s'accumulent sur un gouvernement qui ne fait qu'enchaîner les mauvaises décisions les unes aux autres et décroche le palmarès mondial pour la mort des âgés dans les foyers.

Faire appel à la raison, à l'intelligence des individus plutôt qu'en usant de terreur et de mesures qui conduisent à piller sur les droits individuels et les rapports sociaux fondamentaux pour l'équilibre sain de nos sociétés, voilà qui n'a pas été fait - et n'est pas toujours fait -, et dont les conséquences sont déjà mesurables. Combien de suicides depuis le début des mesures de confinement? Combien d'augmentation des problèmes mentaux, de violence familiale, de la croissance d'addictions à l'alcool et aux drogues dans l'isolement des individus sous les mesures de confinement et de port du masque? Il est clair que les gouvernements NE VEULENT PAS LE SAVOIR tant ils sont obsédés par la lutte à la Covid-19. Et c'est cette obsession au détriment des autres savoirs qui fait des campagnes actuelles non des campagnes de santé publique, mais bien l'inverse, une PANDÉMIE DE PARANOÏA qui atteint les gouvernements des différents États.

Cette paranoïa est amplifiée par les réseaux de communication. Avant même les délires qui se multiplient sur les réseaux sociaux, il y a les réseaux d'information publique. Au nom d'un apparent souci d'information continue, comme en 2001, la Covid-19 est devenu le sujet du plus long téléroman jamais diffusé en continu sur les réseaux publics. Les informations scientifiques y sont généraux mais agrémentés d'effets visuels numériques qui peignent le virus sur un jour démoniaque que les cris du Dr Arruda viennent amplifier. "C'est un maudit virus!'... "C'est un virus terrible, terrible, terrible!" Il n'y a là absolument rien de scientifique dans ces propos. Ce sont même des propos HYSTÉRIQUES.

À cela les gouvernements ajoutent des publicités pleines d'effets de PROPAGANDE digne de l'époque des nazis ou des bolcheviques. Alors que les narratifs de téléromans visent à nuancer les jugements que le spectateur peut développer envers les personnages, montrant qu'un "méchant" peut avoir de bons côtés et qu'un "bon" être hanté par de méchantes impulsions. la propagande présente des caractères unidimensionnels. Pour cela, elle suit quelques règles résumées par Jean-Marie Domenach (La propagande politique, P.U.F., Col. Que sais-je? # 448, 1965, p. 49 sq.)



- la règle de simplification et de l'ennemi unique. Ce qui est facile, apparemment avec la Covid-19. On ne voit plus aucun autre antagonisme social sinon que la lutte au virus. Pour ce faire, on lui a donné une personnalité. En partant de photographies obtenues par microscope électronique et le traitement numérique, le coronavirus s'offre comme les anciennes photos que l'on mettait sur les avis de recherche. Il a la personnalité criminelle; c'est un ennemi sournois (autre terme favori du Dr Arruda). On lui prête une forme sphérique parfaite alors que les photographies originales montrent que sa forme est plutôt ovoïde, comme le montre la photo ci-dessus. Une série de propagandes publicitaires du gouvernement provincial du Québec nous montre des quidams qui prétendent combattre le virus (le terme est militaire) en se levant les mains ou en respectant la distanciation. Combats "héroïques" où l'effort confine à des gestes banals et qui seraient sans autres portées que la victoire définitive sur l'ennemi. Tout est simple, on est tous unis contre un, le coronavirus.

- la règle de grossissement et de défiguration. On a pas besoin de défigurer le coronavirus, sa photo signalétique suffit. Ici, on n'aura qu'à extraire le milieu dans lequel il opère pour lui permettre d'occuper tout
l'horizon. Ainsi, on ne comptabilise que les morts de la COVID-19, quotidiennement, comme si on ne mourait pas d'autres maladies pendant ce temps. Les cancers, les accidentés de la route, les victimes du sida ou d'autres influenza sont oubliées. Il a pris un certain temps avant qu'on affiche le nombre de guérison, comme si elles n'existaient pas, alors qu'au Québec, tous les covidés vivaient leur quarantaine chez eux. Seuls les cas de complication aboutissaient à l'hôpital. En l'extrayant du champ du réel, le coronavirus prenait toute la place et, vingt-quatre heure par jour, on pouvait suivre tous les chiffres qu'on sortait d'on ne sait où, à son sujet..

- la règle d'orchestration. C'est la fameuse répétition ad nauseam du message. Il semble ne pas y avoir un seul virologue du Québec à avoir eu son 3 minutes de gloire à la télé, à un poste ou à l'autre, pour répéter ce que le précédent avait dit et annoncer ce que le suivant dirait. Trois fois par demi-heure ou cinq fois par
heure, la même publicité avec le médecin de service sur le payroll de Radio-Canada ou de TVA revenait pour répéter la même formule à travers un dialogue d'ânes avec l'animateur. Certains, inconnus la veille, sont devenus de véritable vedette de la télé, à commencer par le Dr Arruda, dont la tête s'est vite enflée par le succès de ses tartelettes portugaises. Plus le message était répété, plus il finissait par obséder les esprits. Comment dans 1984 d'Orwell ou le Meilleur des Mondes de Huxley, le message annonçait, d'un ton paternaliste, ou maternant en ce qui a trait au gentil Legault - car il n'est pas toujours gentil et il lui arrive souvent de bouder comme un enfant gâté -. que la guerre serait gagnée à condition d'obéir aux décisions unilatérales des gouvernements. Comme chacun ne voulait pas se voir pointé du doigt comme la cause de la diffusion de l'épidémie, l'auto-contrainte morale se voyait reposer sur l'alternative transgression/culpabilité. Cette forme morbide, moralisatrice ou débilitante, le gouvernement fédéral l'a repris en allant chercher des vedettes comme l'astronaute David Saint-Jacques et le footballeur Laurent Duvernay-Tardif, également médecin, pour chapitrer la population "Sauvez des vies. Restez chez vous", dont la formule, intimidante au possible, présuppose que chacun pourrait être l'assassin potentiel de son voisin. On a beau être astronome et bully, ça ne veut pas dire qu'on est fin psychologue! Ou alors on est sadique comme tout!

- la règle de transfusion. On a maintes fois ramené le coronavirus à des mythistoires (la grippe espagnole) ou des événements passés (la seconde guerre mondiale) afin d'associer le spectateur à des combattants héroïques du passé ou sortis tout droit de légendes romanesques ou cinématographiques. Les infirmières et les préposés sont devenus des anges gardiens, en référence à l'ancienne angélologie catholique, alors que ce ne sont que des employés de l'État, dévoués sans doute, mais encadrés toujours par des conventions collectives dont les cadres arrivaient à jour au moment où la pandémie s'est installée. En pleine négociations de renouvellement de ces conventions, les anges gardiens ont manifesté bruyamment, ce qui n'est pas inscrit dans l'ADN de l'angélologie. Ces infirmières revendiquaient des vacances (ce qui s'imposait vu le rythme du travail exigé), ce que le gouvernement se refusait à concéder. Lorsqu'il proposa un salaire de $ 27. de l'heure à des préposés recrutés sur le vol, ceux qui gagnaient à peine $ 20 de l'heure et avaient eu la formation complète se rebiffèrent. François Legault avait appris de Lucien Bouchard qu'une fois qu'on avait remercié ses anges gardiens, on pouvait les mutiler dans leurs revendications légitimes autant de fois qu'on le voulait.Les préposés morts au champ d'honneur comme les victimes dans les CHLSD ont eu leur moment de memorium mais qui se souviendra jamais d'eux comme des Florence Nightingale ou des Dr. Béthune? En étendant un mérite identique aux employés des épiceries et autres services dits de «première ligne», la multiplication a fait disparaître l'authentique dévouement des anges gardiens dans les hôpitaux et les foyers.

- la règle d'unanimité et de contagion. La propagande souligne l'unanimité de la réception. Les vox-pop sont comptabilisés de manière à ne retenir que ceux qui vont dans le sens du message gouvernemental et
ne laissent filtrer parfois qu'une doux désaccord afin de satisfaire la déontologie journalistique. Par le fait même, plus de gens demandent de mesures parce qu'elles apparaissent efficaces et plus les mesures contraignantes sont multipliées pour apaiser les angoisses du petit peuple. Ainsi, pour ne pas paraître dépassé par la mairesse affolée de Mercier, le Premier-ministre Legault a-t-il imposé le port du masque obligatoire, sans regarder que la montée des cas de COVID dans la Montérégie dépendait de l'ouverture des bars. C'est ainsi que, pour des raisons futiles liées à de mauvaises décisions qu'on finit par étrangler la liberté et la sociabilité. Alors, comme le fait si bien le Premier-ministre, on sort les sophismes les plus paralogiques. On imposera le port du masque en justifiant que la liberté consiste maintenant à porter le masque pour protéger soi les autres. On vante la distanciation en disant que se distancier, c'est se rapprocher, etc.. De telles sottises qui insultent à l'intelligence, Huxley et Orwell n'auraient pu en inventer mieux! La paranoïa se diffuse mieux que le baiser au lépreux.


- neutraliser la contre-propagande. Elle se manifeste en associant les contestataires à des slogans violents ou à des argumentaires ridicules. Ceux-ci ne manquent pas : hypothèse d'un complot ourdi dans les arcanes de sociétés secrètes; le coronavirus comme arme bactériologique lancée par le gouvernement chinois; les tours de 5G comme diffuseur du virus. Et, pourquoi pas, la comète Néowise, comme du temps où l'on associait les comètes à de grands malheurs! On désigne alors tous les contestataires des mesures gouvernementales comme des partisans de l'extrême-droite, imbus des délires de Donald Trump et de ses injections au Lysol. Ces associations sont évidemment malhonnêtes puisqu'il s'agit de discréditer l'opposition et non d'évaluer ses propres décisions, ni dans leur légitimité, ni dans leur légalité.

Ce déploiement, rarement vu depuis des générations même durant les campagnes électorales, on irait jusqu'à dire même les campagnes référendaires au Québec, perdent de vue la réalité de la COVID pour se vautrer dans les délires paranoïaques. Il faut dire que l'une des premières victimes en a été la science elle-même.

L'IDOLE SACRIFIÉE

Dès les débuts de la pandémie, les reportages télévisuels ont voulu combattre l'indifférence ou la suspicion en en appelant à LA Science. Charles Tisseyre était de ceux qui insistait sur l'article et l'on devinait au ton de sa voix que le "S" était majuscule. Or, la virologie n'est pas LA Science. Ce n'est qu'une science parmi d'autres et sûrement pas la plus exacte parmi les spécialités médicales. La preuve s'est démontrée au cours du développement de la pandémie, lorsque les divergences d'interprétation sont apparues sur toutes sortes de point. Bien qu'on se soit empressé de tomber à bras raccourci sur l'hypothèse de l'immunité naturelle (qui est un fait aléatoire, mais un fait malgré tout tant les pandémies sont déjà épuisées lorsque le vaccin miracle apparaît), on s'est repris sur plusieurs points. On a insisté sur le degré de dangerosité de la transmission par les porteurs asymptomatiques. On les a même associés à l'ensemble de la population au point de suggérer cette aberration du confinement total. On a dit que le masque ne protégeait pas de la contamination, puis on en a fait un gri-gri qui empêcherait le virus des asymptomatiques de se propager sur les innocents. Les personnes dites asymptomatiques, qu'on ne peut clairement identifier puisqu'ils n'ont pas besoin de se faire dépister des symptômes d'une maladie qu'ils ne ressentent pas correspond à la fameuse cinquième colonne des espions et des traitres que l'on retrouve dans toute fièvre obsidionale. Ils sont ceux qui, pendant la guerre, écoutaient les conversations dans les cafés et allaient les rapporter à la puissance ennemie. Le délire pétainiste de la vice-première ministre Guilbaut qui encourage les instincts les plus bas de la vile humanité, ceux de la dénonciation, ramène les délateurs au niveau de ceux et celles qui dénonçaient les Juifs à la Gestapo. La paranoïa collective atteint ici le niveau malin de la psychose, puisqu'il s'agit d'une rupture avec le réel. La COVID-19 n'est plus un virus, c'est une incarnation du Mal métaphysique, vision diabolique et intentionnellement mauvaise d'un Être transcendant.

En concentrant toute la science dans la seule virologie; en laissant (en faisant) parler LA Science, on en a omis bien d'autres. On a omis les sciences psychologiques (y compris la psychiatrie). Lorsqu'à la fin du confinement, des psychologues ont appelé aux dommages subis par les enfants des mesures du gouvernement, le Premier-ministre Legault s'est réveillé de sa léthargie pour assouplir certaines mesures. De même, on a muselé dès le départ la gériatrie. On savait bien que les personnes âgées étaient les plus fragiles devant l'intrusion d'un virus. Or, pendant qu'on procédait à des mesures de confinement à l'échelle universelle, des employés de la santé allait d'un foyer l'autre, transportant et diffusant le virus avec eux. Ce qui a donné l'hécatombe que l'on connaît. On aurait voulu faire entrer le virus afin d'accomplir un boomer remover qu'on aurait pas fait mieux. Des psychologues, encore, on expliquer les effets nocifs du masque qui cache les expressions faciales qui sont des moyens de communication aussi importants que la parole et les gestes. Or Legault n'a retenu aucun de leurs arguments, s'en remettant à son Savonarole des virus.

Autres sciences qu'on a pas écoutées, les sciences sociales : la sociologie, les sciences politiques, les sciences économiques. Pour aucune raison, on ne ferme la société. On ne la met sur pause, car cela signifie l'effondrement des structures de la société mêmes. Et ces structures sont difficiles à reconstituer après la pause. Les milieux économiques sont dissous. Les institutions peines à redresser les cadres de leurs opérations. La crise économique a commencé par cette stagflation où ne produisant ni ne consommant, les sources de production se sont vues paralysées, et qui ne produit pas décline. Le virus est darwinien, mais l'économie et la société relèvent de l'anthropologie, quand ce n'est pas de l'humanisme maintenant bafoué par les décisions politiques erratiques.

Bref, LA Science s'est effondrée devant le déni et la spécialisation d'une seule science à qui les États ont prêté totalement leurs oreilles. Dans leur délire absolutiste, les virologues sont devenus eux-mêmes antiscientifiques, dogmatiques, ouvrant à la religion, voire à la superstition. Les virologues sont devenus des pontifes avec leurs nouveaux rites - lavage fréquent des mains, distanciation exagérée, fétiches protecteurs, inquisition et sanction pour tous ceux qui revendiquent le droit de penser et d'agir autrement. Contrairement à Ponce Pilate, lorsqu'ils se lavent les mains, c'est pour jouir de la responsabilité politique que la situation leur offre. Le pouvoir médical n'est plus une lubie de philosophes.

LE COUP D'ÉTAT ÉCONOMIQUE

Le coup fumeux qui s'est opéré en mars 2020, lorsque les différents pays occidentaux ont proclamé la fermeture des frontières et la pause des activités socio-économiques est sans précédent.

On a certes vu des sociétés qui se sont fermées suite à un cataclysme naturel, mais même devant les défaites militaires, jamais les sociétés ne se sont fermées comme on l'a fait en mars 2020. L'imposition de blocus au cours des guerres impériales ou contre l'Allemagne durant la Grande Guerre n'ont jamais été totalement efficaces. C'est la conduite de la guerre et encore durant les négociations de paix que les États ont été entraînés à ne pas parler de la grippe espagnole en 1918-1919, car en état de guerre, la nation a besoin de toutes ses forces productives, ce qui infirme l'idée que la lutte au virus confine à un état de guerre. La mise du Québec sur pause a précipité la province dans une stagflation des plus dommageables. La province cessait de produire comme il cessait de consommer sur une large échelle. Dans l'ensemble du Canada, on produisit à une mise sur pause semblable.

Première d'une longue chaîne de mauvaises décisions, on ajoutait la crise économique à la crise sanitaire. Les décisions prises par le gouvernement libéral de Justin Trudeau sortaient tout droit du surréalisme. En commandant la fermeture des entreprises, les employeurs mirent leurs salariés en chômage. Le gouvernement octroya une P.C.U., une prestation canadienne d'urgence, de $ 2 000 par mois pour les chômeurs en attente du rappel de leurs employeurs. À ceux-ci, le gouvernement octroya différents plans d'aide avec engagement personnel de réengager leurs employés, engagement qu'aucun entrepreneur ne voulut se lier pour l'avenir. Le gouvernement libéral passa sur cette exigence. Beaucoup de ces montants servirent à payer le loyer de locations des commerces ou d'aides au redémarrage d'entreprises, etc. Il n'en restait pas moins que ces compensation n'épongeaient pas la totalité des pertes entraînées par les mesures gouvernementales.


Trudeau ajouta toute une série de montants pour les différents organismes ou citoyens plongés dans le marasme par ses propres décisions (et non du fait de la COVID).  Le renouvellement répété de certains de ces programmes contribua à vider le P.I.B. tout en entraînant des emprunts effectués auprès de ces banques auxquelles il avait même envoyé de l'argent pour les aider à passer les mauvais jours...

Chaque matin, depuis des mois, comme un coucou qui sort de sa cachette, les caméras placés devant la porte de sa petite maison, à 11 heures pile, le voyaient sortir, descendre les cinq marches de son perron, s'approcher des micros, terroriser, intimider, assurer que son gouvernement était sur le mode action, répéter des phrases creuses formatées aux questions des journalistes, retourner vers sa petite entrée, remonter les cinq marches, passer le perron et disparaître derrière la porte jusqu'au lendemain, 11 heures. Ce coucou quotidien digne de l'oiseau Loplop, n'était rien de plus que l'éternel adolescent, l'incompétent-né, Premier-ministre du Canada depuis malheureusement six ans. Tout cet argent lancé pour suspendre l'économie nationale et corrompre chacun afin que la population obéisse à sa volonté de fermer la société, entraînant la catastrophe économique, la plus grande depuis la crise de 1929, sous prétexte de sauver des vies humaines.

Évidemment, toutes ces mesures se transformèrent en obstacles dès le déconfinement et la relance économique. Il était plus payant de continuer à recevoir la P.C.U. plutôt que de retourner dans les entreprises, considérant qu'à $ 2 000 par mois, il y avait peu de jobs qui payaient aussi bien! Le manque de psychologie dont firent preuve les gouvernements souleva l'ire des entrepreneurs qui peinaient à retrouver leurs employés au moment de la reprise. De plus, l'application de ces mesures anti-économiques nuisaient ramenant la reprise à un semi-confinement propre à faire avorter le retour des affaires. Le gouvernement du Québec, prompt à mettre la province sur pause, ne donna rien aux individus, prêtant de préférence aux entrepreneurs pour absorber le choc de la fermeture. L'affrontement entre Legault et Trudeau se fit particulièrement sentir lors de la querelle de la P.C.U. pour les étudiants.

Le résultat de cette crise - le savoir se réinventer tant annoncé - reste l'apparition d'un mode de production palliatif pour les grandes entreprises qui fonctionnaient déjà, appuyées sur les outils informatiques. Comme il existait déjà un commerce en ligne, apparut le travail en ligne. Chacun travaillait de chez soi, sur son ordi, dans une sorte de bureau virtuel ramassé par Skype ou Zoom. Personne ne voyait qu'il s'agissait là d'une forme régressive de travail qui ramenait à la première phase de la Révolution industrielle, celle du putting out system, lorsque les marchands fournissaient en matière première des ouvrières dans l'industrie de la guenille. Que ce type de travail ait l'avantage de lier encore plus les travailleurs aux exigences du patronat; qu'il empêche l'organisation de syndicats; qu'il abandonne le travailleur à l'arbitrarité de l'employeur n'a jamais été pris en considération. Bref, le nouveau mode de production assurait à l'avenir les employeurs qu'ils pourraient se passer des loyers faramineux pour leurs locaux et tireraient tout avantage des dépenses personnelles des employés dans l'accomplissement de leurs tâches. Nous ne sommes qu'au début de cette réorganisation du travail.

Cette révolution du travail en ligne entraîne également des dégâts colatéraux. Vidant les centre-ville, bien des petits commerces de service se trouvent maintenant obligés de mettre la clef dans la porte. Parfois, cette échéance inéluctable s'est présentée au moment de la reprise, lorsque suite aux mesures de la santé publique, les coûts d'opération se sont avérés plus cher que les opérations ne rapportaient de bénéfices. D'autres projets sur le point de se concrétiser furent tout simplement avortés et de jeunes entrepreneurs perdirent leurs capitaux si difficiles à amasser pour se lancer en affaires. D'une économie prospère, qui après des années de contraintes et d'austérité, permettait de voir des surplus aménagés un peu mieux les services publiques ou dominer le chômage, s'effondra pour laisser place à l'inflation (l'augmentation des prix à la consommation à un bel avenir devant elle), une inflation galopante montant plus vite que la capacité à rattraper les revenus perdus. Aux faillites et aux hypothèques non remboursées, les temps de grâce ne feront qu'alourdir les dettes et multiplier les faillites.

Au niveau macroéconomique, la crise économique procède comme la crise sanitaire. Son but est d'effacer de la compétition les petits joueurs, les joueurs difficilement prêts à se lancer dans de plus grandes entreprises. Cette purge des petits commerces de quartier ou des petites entreprises industrielles accompagne une nouvelle concentration capitaliste. Ce ne sont pas les multinationales qui vont payer les frais de ce coup d'État économique. Ce sont les petits restaurateurs et non McDonald ou Tim' Hortons; les sous-traitants et non les grandes compagnies qui vont congédier définitivement leurs travailleurs qui iront rejoindre les vaincus de la COVID-19. Les ruines vont se multiplier, le chômage ne se résorbera pas, non dans deux ou trois ans, mais dans beaucoup plus selon les secteurs. Il est paradoxal qu'on ait eu à gâcher tant de vies sous le prétexte d'en sauver quelques-unes. S'il est vrai que chaque vie compte, encore faut-il penser, dans quelles conditions?

UN CRIME DE NATURE ÉCONOMIQUE

Il faut bien accepter le fait que ces mesures de lutte au virus ont été aussi - ont été surtout - la mise en place d'un démantèlement de l'économie mondiale, et partant, de l'économie nationale. Et toujours sous le couvert de la lutte à la pandémie, le démantèlement se poursuit sous les différentes mesures prises par les gouvernements au nom de la lutte à la pandémie. Les décisions ont des objectifs socio-économiques bien plus que de santé. Ce n'est pas l'argument de "sauver des vies" qui a été à l'origine des décisions du gouvernement Legault, mais la peur de voir les hôpitaux surchargés par une affluence soudaine de cas de COVID, comme en Espagne. Or, ce ne fut pas le cas. Ce n'était là que la première fausse prévision de la Santé publique du Québec. Bien d'autres ont suivi et aux effets plus tragiques encore.

L'incapacité à trouver des infirmières et des préposés; le pitoyable pathétisme avec lequel le Premier-ministre appelait des aides qui ne venaient pas, ne lui a pas fait rappeler qu'il avait voté, jadis, avec le reste du cabinet de Lucien Bouchard, partageant sa folie du déficit zéro pour l'an 2000, de bloquer le recrutement des infirmières dans les cégep. Ce sont les spectres de ces infirmières avortées qui sont venues le hanter de leur absence tout au long du mois d'avril, au pire des morts qui s'accumulaient dans les CHLSD. Il a dû se résigner désespérément à demander l'intervention de l'armée canadienne pour les remplacer. Comme les malades attendus ne se présentaient pas à la grande porte des hôpitaux, il fallut faire entrer les aînés par la porte arrière pour les remplir. Plus de vingt années de négligence, de gaspillage, de bureaucratie malsaine ont torpillé le service de santé du Québec. Dans cette province où on limite encore les citoyens à un accès à un médecin de famille, on constate que si les "sauvages" de jadis ne bénéficiaient pas d'une haute technologie médicale, du moins, pouvaient-ils disposer d'un sorcier pour les accompagner dans leur misère. Ce que bien des Québécois, aujourd'hui, ne peuvent pas encore se prévaloir.

Aussi, chaque fois que le Premier-ministre Legault invoque-t-il ses préoccupations pour la santé, ment-il.

La menace réelle de la COVID-19 méritait-elle ce coup d'État économique afin de rassurer tout un chacun qu'il ne finirait pas comme ces malheureux des CHLSD, abandonnés à eux-mêmes au moment de leur agonie?

Rappelons-le, on a pas «inventé» la COVID pour cacher une filouterie financière ou économique. Mais la COVID s'imposant, l'occasion était trop belle pour ne pas transformer la situation en vaste laboratoire social pour mesurer le degré d'intégration des populations à l'autorité de leurs États. Cette opération atteint un succès au-delà même de ce qu'il était attendu. Un vieux monde a été balayé pour permettre à un autre de se générer. On ne tient pas compte des individus dans ce processus. Les décisions gouvernementales briment toujours les droits individuels, étouffent la liberté, minent les relations interpersonnelles qui sont à la base de tous les rapports sociaux. On utilise les média pour terroriser et pour conforter alternativement les spectateurs afin d'obtenir leur infantilisation et plus de soumission. La légèreté d'esprit avec laquelle un fonctionnaire comme le Dr Arruda, qui penaite distraire des populations entières enfermées chez elle avec des recettes de tartelettes portugaises, montre l'inconscience de la situation objective qui se mettait en place et dans laquelle il joue ce rôle de bouffon dans une sinistre tragédie. Mais qui est ce «on» dont je parle?

Évidemment, pour le savoir, il faudra attendre les prochains mois et voir qui, finalement, aura su tirer les marrons du feu dans le contexte de la pandémie. Il suffira tout simplement, comme dans n'importe quel crime financier, de suivre où ira l'argent et nous aurons la réponse. Par ignorance ou par complicité, les chefs d'État sont d'ores et déjà complices puisqu'ils ont accompli cet étouffement de la société et précipiter dans l'improductivité employeurs et employés. Ils ont parié sur les réserves et l'abondance des produits de première nécessité pour éviter ce qu'on appelait autrefois, une crise de subsistance. Encore que la coupure aux accès aux biens de première nécessité ne se trouve pas garantie pour autant. Dans le contexte où la crise économique se perpétue sous une poussée inflationniste et une relance de la spéculation, bien des ménages risquent de se retrouver en surnuméraire dans les marchés communautaires.

Ce matin, un homme - un Ontarien - de 73 ans a été abattu par la police parce qu'il avait été dénoncé pour ne pas avoir voulu porter de masque là où il allait faire son épicerie. S'en retournant chez lui, les policiers l'ont poursuivi et de là se serait engagé un échange de coup de feu. Le malheureux a été tué. Cette victime colatérale de ces mesures ignobles et absurdes prônées par un office de santé publique aveugle et borné décrit assez bien le désordre social entretenu par les différents gouvernements occidentaux. Il n'y a pas de comptabilité de toutes ces victimes mortes de la COVID sans avoir été affecté par le virus. Non, ça ne va pas du tout et rien ne va bien aller tant que les politiques économiques et sociales poursuivront sur cette lancée. "Il faut protéger la société", titrait un cours de Michel Foucault. Qui protège maintenant la société? Sûrement pas MM Trudeau, Legault, Arruda et autres. Ils en sont, bien plus que la COVID-19 elle-même, les plus grands dangers qui se présentent devant elle, et le malheur veut que l'unanimisme des partis politiques confirment la mort de la démocratie et le mépris de la liberté

Sherbrooke,
16 juillet 2020.

dimanche 28 avril 2019

Pourquoi le petit Bock-Côté s'est-il laissé entarter dans une librairie?

Drame humanisto-universitaire. Entarté dans une librairie.
POURQUOI LE PETIT BOCK-CÔTÉ S'EST-IL LAISSÉ ENTARTER DANS UNE LIBRAIRIE?


L'universitaire et chroniqueur journalistique Mathieu Bock-Côté a dû se rendre à la décision d'un libraire du Plateau Mont-Royal d'annuler la présentation publique de son dernier livre suite à des menaces lancés sur les réseaux sociaux. On a dit, à tort ou à raison,
Xavier Camus, la némésis de Mathieu Bock-Côté.
qu'il s'agissait du blogueur Xavier Camus, professeur de Cégep et habitué de la tweetosphère. À l'occasion, le journal Le Soleil de Québec a rappelé qu'en 2017, Bock-Côté s'était fait entarter dans une librairie de Québec dans une situation analogue. Preuve qu'on accorde beaucoup (trop) d'importance à ce que dit ou écrit ce personnage qui maintenant répand son opinion dans le journal de droite, Le Figaro. Je pense qu'il est temps, en effet, qu'on rase le client de près.

J'avais pensé, au départ, intitulé ce texte : POURQUOI JE DÉTESTE BOCK-CÔTÉ? En fait, que j'aime ou je déteste le personnage est sans intérêt aucun. Ce qui est pertinent, par contre, c'est exposer comment il pense ce qu'il écrit; comment ce qu'il écrit est une subversion de la critique historique en idéologie toxique pour la conscience, même nationale, des Québécois, et comment, finalement, il contribue à ce que son utopie conservatrice du Québec indépendant devient un obstacle à réaliser même cette indépendance. Pervers et subversif, Mathieu Bock-Côté? Derrière sa verbomotricité vide mais drôlatique qui rappelle l'ancien maire Jean Doré; malgré sa bouille caricaturale des studios radiophoniques et des plateaux de télé? Eh oui! Celui qui paraît le plus batailleur des Québécois est celui qui encourage la velléité de ceux-ci à procrastiner sur la glose de la gnose et la gnose de la glose pour finir par cultiver le quant à soi des Québécois qui est la source d'un grand nombre de leurs malheurs.

En tant que galle de Pierre-Karl Péladeau.
Par une circonstance imprévue de ma part, voilà notre animal qui publie dans sa chronique portée par la léproserie de Péladeau sa philosophie de l'histoire du Québec. Quel beau cadeau d'anniversaire il me fait! Dieu est bon pour moi et je l'en remercie les bras en croix. Pour être honnête envers mes lecteurs, je la transmets à sa connaissance pour ceux qui ne seraient pas abonnés à la feuille de chou du Journal de Montréal.

L’histoire du Québec semble traversée par deux trames contradictoires. Il vaut la peine de méditer sur les grandes aspirations qu’elles canalisent pour voir comment elles travaillent encore notre présent, quoi qu’en pensent ceux qui ont une conception autoréférentielle de l’actualité, comme si cette dernière était à elle-même son propre contexte. L’histoire, rappelons-le, est une formidable école pour s’éduquer politiquement. Bien comprise, elle permet aussi de comprendre ce qu’on pourrait appeler la psychologie politique d’une nation, ou du moins, les grands schèmes qui structurent son imaginaire collectif.
D’un côté, il est parfaitement possible de repérer dans l’histoire de notre peuple une aspiration jamais démentie à la pleine existence nationale, dont le débouché le plus naturel serait l’indépendance, mais que certains ont préféré traduire par une aspiration à la refondation d’un Canada binational, ou encore, par la reconnaissance du Québec comme société distincte dans la fédération. L’aspiration à une refondation nationale permettant aux Québécois d’être enfin reconnus comme une nation à part entière, ne cesse de renaître dans notre histoire, même après les pires défaites. On a pu dire que les Québécois sont plus doués pour la survivance que pour l’indépendance. Il y a du vrai dans cette affirmation, mais à condition de la nuancer considérablement. Les Québécois ont toujours survécu dans l’espoir secret d’une renaissance, d’une prochaine étape, qui leur permettrait de se reprendre en main. Tel est le moteur de la fierté québécoise, qui s’est exprimée par certains slogans politiques dans notre histoire, comme «maîtres chez nous» ou «on est capables». Mais j’y reviens: le jour où nous proclamerons notre indépendance, rien ne nous aura jamais paru aussi évident et nous nous demanderons pourquoi nous avons tant tardé à y accéder.
De l’autre, depuis la Conquête, on peut aussi repérer un sentiment contradictoire, qu’a déjà analysé avec une grande subtilité Jean Bouthillette dans son remarquable essai Le Canadien-français et son double: il s’agit de la tentation d’en finir avec soi, de se délivrer d’une culture jugée trop lourde à porter, qui nous enfermerait dans une vie provinciale et nous empêchant d’embrasser pleinement l’expérience américaine. Bouthillette parlait plus précisément de la tentation de la mort, comme si nous portions en nous le désir de nous effacer et de cesser de poursuivre une histoire qui serait fondamentalement vaine. Dès lors, les plus radicaux rêvent ouvertement à notre assimilation à l’empire nord-américain, alors que d’autres, certainement les plus nombreux de cette tendance, sans renier explicitement leur identité québécoise, en proposent la définition la plus minimaliste possible, et veulent en tirer le moins de conséquences politiques possibles. Ils rêvent alors d’un Québec où le français vivrait encore mais ne viendrait plus entraver notre conversion réaliste aux paramètres généralement admis de l’identité nord-américaine. À gauche, cette aspiration prend la forme d’un cosmopolitisme radical alors qu’à droite, elle prend plutôt le visage d’une fascination quasi-morbide pour l’anglais et les États-Unis. 
Mais néanmoins, la première tendance est la plus forte des deux. Au fond d’eux-mêmes, les Québécois veulent vivre. Leur histoire est celle d’une résistance admirable et d’un long effort pour construire ici une société de langue et de culture françaises, où notre identité fonderait la vie collective, et ne serait pas optionnelle chez elle. Deux siècles et demi après une défaite qui aurait dû nous condamner à la disparition, nous sommes toujours là. Et c’est dans cette perspective qu’on doit comprendre l’appui massif et manifestement inébranlable de la majorité historique francophone au projet de laïcité du gouvernement Legault. Certains soutiennent que la laïcité en elle-même n’est pas nécessairement identitaire, que c’est un principe universel. Certes. Mais il faut comprendre que les Québécois investissement la laïcité d’une charge identitaire dans la mesure où ils en font aujourd’hui le symbole d’une réaffirmation politique de la majorité historique francophone, qui se pose désormais comme culture de convergence, pour reprendre ce concept au cœur de la pensée politique québécoise. C’est à travers la laïcité qu’on entend refaire de la culture du pays et des mœurs qui y sont associées la norme de l’existence commune. De même, à travers la laïcité, les Québécois réaffirment leur droit d’affirmer leur propre modèle d’intégration, en s’arrachant aux paramètres idéologiques et juridiques du multiculturalisme canadien. Après quinze ans de canadianisation forcée de notre vie collective, nous redécouvrons peu à peu la capacité à la penser dans nos propres paramètres.
En un mot, à travers le combat pour la laïcité, les Québécois recommencent à agir comme peuple. Ils recommencent à vouloir collectivement affirmer leur identité. Ils se réinscrivent dans l’histoire. Ils réapprennent à résister aux discours intimidants qui assimilent la moindre velléité d’affirmation collective à une forme de suprémacisme ethnique. Ils renouent avec l’idée d’autonomie. Ils pourraient, à terme, retrouver le goût de l’indépendance. 
Mathieu Bock-Côté,
27 avril 2019,
Journal de Montréal.


Voici l'opinion de Bock-Côté, nous allons maintenant déconstruire tout ça.

Philippulus, le mauvais prophète.
D'abord, Bock-Côté prétend se servir de la connaissance historique comme "laboratoire de sciences humaines", et plus spécifiquement de sciences politiques, comme on disait autrefois. Machiavel a été l'un des premiers à penser créer une science politique positive en l'appuyant sur l'histoire, à travers des ouvrages comme Le Prince et son Discours sur la première décade de Tite-Live. Or, malgré la Realpolitik, les leçons politiques qu'on peut tirer de la connaissance historique sont de peu d'effets. La malédiction de Cassandre persiste. Les prophètes ne sont pas entendus. Tout historien consciencieux dira à ses élèves qu'il n'y a pire subversion de leur métier que prétendre jouer aux prophètes. Aussi, s'il était possible d'utiliser l'historiographie comme un livre de recettes de Ricardo, la paix et l'ordre sur terre seraient choses faites depuis longtemps. Soyons plus modeste et considérons que la connaissance de l'histoire fournit à peine une science morale, un savoir sur les conduites et les comportements collectifs, en matière politique comme en matière économique tout aussi bien que culturelle. Et comme pour tous, il y a de mauvais élèves et de bons. Bock-Côté est visiblement un mauvais, son prophétisme ne reflète donc pas le continuum de tendances de fond de l'histoire des Québécois.

C. W. Jefferys. Britanniques et Canadiens chargeantle régiment d'Arnold, Sault-au-Matelot.  
Notre prophète nous dit repérer "dans l’histoire de notre peuple une aspiration jamais démentie à la pleine existence nationale, dont le débouché le plus naturel serait l’indépendance, mais que certains ont préféré traduire par une aspiration à la refondation d’un Canada binational, ou encore, par la reconnaissance du Québec comme société distincte dans la fédération". Tout cela est très très récent dans l'histoire du Québec et ne saurait se mériter la qualification idéologique d'aspiration jamais démentie. Cette aspiration à "la pleine existence nationale" est une projection plus qu'une réalité diachronique. Rappelons les faits, puisque l'histoire ce sont avant tout des faits avant les théories, qu'une fois la Conquête achevée (1763), les fils de la Nouvelle-France ont eu à choisir entre se rallier aux rebelles américains ou restés colonie de l'Angleterre. Ils ont choisi la seconde, plutôt qu'une indépendance parallèle avec les colonies. Si tel avait été leur choix, ils auraient appartenu à la Confédération des États-Unis, entre 1783 et 1789, institution étatique très décentralisée, et ils auraient pu très bien faire comme certaines colonies durant un certains temps, refuser de se rallier à la nouvelle entité et restés indépendants dans un Canada alors fort minoritairement anglo-saxon. Certes, ils ne pouvaient prévoir ce que seraient les lendemains de l'indépendance américaine, si pour autant la rébellion sortait triomphale de la guerre. Nous naviguons en pleine uchronie, mais cela nous permet de voir que l'affirmation de Bock-Côté est fausse pour l'époque. Plutôt, une peur s'est installée en 1775, au moment de l'invasion américaine du territoire québécois ou canadien dans les termes de l'époque. Une peur et une omertá se sont imposées. La peur de la puissance britannique sur les colons canadiens et l'omertá de la critique du régime colonial. Peur de subir le sort des Acadiens de 1755 par exemple, s'ils montraient des velléités de support aux rebelles américains ou de trahison du serment de 1760 comme rupture de la parole donnée et proscrite par l'Église. La peur est bien devenue un caractère psychologique structurel de la population à partir de ce moment-là. Le refus de l'association avec les rebelles laissait percevoir un double risque : d'abord la vengeance du conquérant survenant une défaite du projet américain; ensuite de l'agressivité des Américains dont le schéma de la Louisiane est venu, a posteriori, confirmer les inquiétudes d'une association trop étroite avec l'Union américaine. L'option nationale ne faisait donc pas partie des choix de 1773 et pas plus de 1791.

Caldwell's Manor, lieu ou fut lue la Déclaration d'Indépendance du Bas-Canada.
Elle tirait de l'aile encore en 1837-1838, puisque le Bas-Canada a d'abord pensé en termes de fière colonie britannique avec les 92 Résolutions et les Patriotes se sont résolus à attendre de passer seulement à l'extrême limite de la défaite pour proclamer, par deux fois la même année (1838), l'Indépendance avant de prendre la poudre d'escampette vers le New York. Le geste était beau, symbolique mais inopérant. Les anciens patriotes, par après, ont opté pour la fondation du Canada binational de l'Union de 1840, auquel se sont ajoutés huit autres provinces avec le siècle, et cela n'a pas changé depuis. Donc, une seule tendance de fond demeure, l'impuissance à poser un geste d'affirmation nationale. La velléité politique confine à la solution canadienne, l'aspiration nationale submerge sous la structure psychologique de la peur, n'émergeant que dans le courant des années 1960. Il ne faut donc pas projeter le Québec des 50 dernières années sur les 200 autres précédentes. C'est une déformation de perspective historique qui conduit à mal interpréter la situation actuelle.
Congrès eucharistique de Montréal 1910.
Le thème de la survivance est apparue aux lendemains des Troubles de 37-38. Il a été le produit de la Sainte-Église catholique et romaine qui projetait sur l'ensemble de la population québécoise sa propre fièvre obsidionale d'être assiégée par la modernité et l'anticléricalisme. Survivre, c'était d'abord la survivance catholique plus que nationale, à tel point qu'il a fallu l'épiderme sensible de Henri Bourassa pour rappeler à Mgr Bourne, l'Irlandais parvenu, qui dans un discours au parc Sohmer de Montréal, nous disait que nous devions survivre pour notre foi catholique au détriment, s'il le fallait, de notre langue française. Bourassa l'a rabroué publiquement, devant les autres monseigneurs un peu gênés. Donc, l'idée d'une survivance "dans l'espoir secret d'une renaissance, d'une prochaine étape, qui lui permettrait de se reprendre en main", n'est conforme en rien à notre histoire. Le premier espoir des Canadiens consistait à voir revenir les Français, profiter cette fois d'une bonne donne de la guerre, pour reprendre la colonie aux Anglais, comme en 1632. L'exécution de Louis XVI en 1793 et le refus de La Fayette d'étendre la guerre d'indépendance au Canada ont vidé ce moule d'espérances. En s'insérant dans le néo-gothique médiéval de l'Église catholique d'Amérique du Nord, toute idée de renaissance s'évanouissait, au point qu'il a fallu attendre les années 1960 pour voir le slogan Maître chez nous! (https://drive.google.com/drive/u/0/folders/0B195tjojRBFyMzV5bnQ5aWZnYWs) exprimer un peu plus qu'une vulgaire campagne électorale. "Tel est le moteur de la fierté québécoise". Les résultats référendaires de 1980 et de 1995 ont plutôt montré que, malgré le vent printanier soufflé sur la province en 1960, la peur restait bien le véritable moteur de la psychologie collective des Québécois. On le voit encore présentement avec la crise de la laïcité. Il est particulièrement pervers de ventiler une espérance quand les esprits sont toujours prisonniers d'une chape culturelle qui leur rappelle qu'ils sont toujours nés pour un petit pain, et qu'un Québécois ne peut pas aller plus haut que la présidence de Québecor tandis qu'un franco-ontarien peut aller jusqu'à la tête de Gesca et de Power Corp.  "le jour où nous proclamerons notre indépendance, rien ne nous aura jamais paru aussi évident et nous nous demanderons pourquoi nous avons tant tardé à y accéder". Et si cela est une marque de fierté, je me demande comment s'exprime la peur dans l'esprit de Bock-Côté? Ça ne doit pas être très beau à voir!

Passage obligé, Bock-Côté nous rappelle Jean Boutillette et son ouvrage Le Canadien français et son double. Ce qu'il rappelle de cet ouvrage se résume à cette quatrième de couverture que son ami libraire aime tant exhiber dans ses vidéos-youtubistes avant de s'envoler dans sa rhétorique nombriliste partagés par des gens qui s'ennuient de Tout le monde en parle hors saison. Bouthillette a pris dix ans pour écrire ce petit opuscule qui fait à peine 100 pages. Une introspection. Une crise de conscience individuelle autant que collective. L'épreuve de l'ordalie qui prenait chaque enfant, une fois qu'il terminait sa leçon d'histoire à la fin de la septième année de classe. Qu'est-ce qui se transmettait, inconsciemment, dans l'esprit de ces enfants et lui restait enraciné dans la tête pour le restant de ses jours? Quelle épreuve il a fallu à ceux-ci, dans les années 60, pour sortir de cette programmation psychologique et morale déprimante, qui les conduisait jusqu'alors à répéter inlassablement le même complexe d'échec et ce sentiment d'infériorité lorsqu'il se comparait aux autres peuples de la Terre! Peut-être, si Bock-Côté avait été moins nombriliste de sa petite personne; s'il avait eu une empathie sincère pour ces jeunes que nous étions, il aurait mieux compris les conséquences de cette thérapie que Bouthillette, en s'imposant à lui-même, partageait avec le reste de la population. Bouthillette est resté l'homme d'un seul livre alors que la logorrhée de Bock-Côté se transforme en autant de papiers brochés.

Centre d'achat, Plattsburg, N.Y.
La tentation de la mort à laquelle fait référence Bock-Côté, c'est la haine de soi. La Selbsthaß des Juifs, dont parlait Theodor Lessing et qui est partagée par nombre de peuples colonisés. Cette Selbsthaß qui nous attachait à des souvenirs pleins de ruminations envers la France, mère indigne, qui avait abandonné sa progéniture le long du Saint-Laurent; volonté d'une bourgeoisie aliénée qui tenait à se rattacher à une culture classique morte depuis deux siècles en France même. Rejet mais envie aussi de l'Amérique anglo-saxonne à laquelle nous appartenions espace et temps. Cette expérience intérieure, visiblement, échappe à Bock-Côté. Qui sont ces radicaux qu'il suppose rêver ouvertement à notre assimilation à l'empire nord-américain? Elvis Gratton? On chercherait la radicalité chez Elvis Gratton qu'on ne la trouverait pas. Et cette majorité silencieuse qui sans renier explicitement leur identité québécoise, en proposent la définition la plus minimaliste possible tout en en tirant le moins de conséquences politiques possibles, qui, sinon que ces libéraux provinciaux qui ont voté "non" par deux fois au référendum sur la souveraineté du Québec, auxquels il faudrait bien ajouter leurs frères-ennemis du Parti Québécois qui ont fait de l'association la pierre ajustée au cou de la souveraineté lancée à l'eau. Enfin, ces Québec Solidaires qui misent sur le cosmopolitisme radical à côté de la jeunesse américanisée par l'anglais et les bébelles informatiques; d'une jeunesse superficielle et opportuniste qui n'est pas la première de notre histoire. De tout cela, Bock-Côté ne voit pas la mouvance dialectique. La gauche libérale de 1960 qui s'est opposée au nationalisme rance de l'Union Nationale en promettant aux Bob Gratton l'enrichissement à crédit si elle appuyait l'État-providence; la gauche péquiste de 1970 qui s'opposait à cette droite libérale qui préparait le Québec inc. avec les grands barrages de la Baie James; la gauche solidaire de 2020 qui s'oppose au nationalisme conservateur de Legault sans réaliser qu'elle se tire dans le pied en condamnant le projet de loi sur la laïcité au profit du Charkaouidistan. Jeune putain vieille dévote, toujours : le Parti Libéral du Québec, le Parti Québécois, Québec Solidaire. Si tout cela n'est pas la contamination de la Selbsthaß, de génération en génération, qu'est-ce que c'est? Et Bock-Côté de délirer : "Au fond d'eux-mêmes, les Québécois veulent vivre..." Si la chose était si évidente, comme il le suppose, pour le jour où le Québec deviendra indépendant, pourquoi sentir le besoin d'insister sur cette affirmation? Se cherche-t-il à se convaincre lui qui vit d'annoncer la disparition prochaine de ces Québécois?

X. Dolan. Mommy, suicide final sur air de chanson anglophone.
Doit-on vraiment regarder l'histoire des Québécois comme "celle d'une résistance admirable et d'un long effort pour construire ici une société de langue et de culture françaises, où notre identité fonderait la vie collective, et ne serait pas optionnelle chez elle"? La question est légitime, en effet, mais elle ne se pose que dans la forme et ne convient pas dans le réel. Cette résistance a été la praxis passive de deux siècles de domination britannique et d'aliénation catholique janséniste. Ce long effort a été celui de l'inertie et non d'une morale activiste de l'histoire qui a été avortée en 1838 et emportée en 1840 afin de se complaire aux solutions de lord Durham. Il n'y a pas de construction d'une identité qui utiliserait la langue et la culture françaises à moins ne pas voir la quasi exclusivité de la chanson anglaise qu'écoutent les jeunes Québécois depuis des générations ou le peu de goût qu'ils ont pour la lecture d'œuvres non seulement québécoises, mais francophones. Tous ces jeunes compositeurs qui ne revendiquent ni Gilles Vignault ni Claude Gauthier comme mentor et préfèrent entrecouper deux mots de français de quatre mots d'anglais dans leur "tunes" afin de faire vendeur. Ou encore ces réalisateurs de cinéma ou de télévision qui illustrent leurs produits de chansons encore-là en anglais. Et cette même jeunesse qui, il y a quelques années encore, s'écriait Fuck l'identité! qui maintenant peine à savoir s'ils sont straight, gay, bi ou trans et ce font de cette quête d'une identité individuelle le problème insoluble du Moi face à sa génitalité.

Plébiscite du 27 avril 1942.
Bock-Côté a raison sur une chose : la laïcité n'appartient pas à la petite politique mais bien à la politique structurelle de l'identité québécoise. Cependant, contrairement à ce qu'il pense, ce n'est pas par "la laïcité qu'on entend refaire de la culture du pays et des mœurs qui y sont associées la norme de l'existence commune". C'est tout simplement ignorer ce qu'est la laïcité. La laïcité n'est que la neutralité de l'État et de ses appareils. Une société laïque n'existe que si ses institutions publiques sont neutres en termes de religion. Rien de plus. On ne peut ériger une société ni même une culture sur la laïcité. C'est du simplisme de kangourou pas de poche! Certes, "les Québécois réaffirment leur droit d'affirmer leur propre modèle d'intégration, en s'arrachant aux paramètres idéologiques et juridiques du multiculturalisme canadien". Outre la mauvaise formulation du phrasée, il faut reconnaître que ce propre modèle d'intégration qui résiste et s'oppose au modèle canadien n'est pas actuel. Il remonte au XIXe siècle, sinon comment expliquer ce trait des deux solitudes du Canada? L'identité québécoise est le principal obstacle à créer une identité canadienne. D'un côté, le Canada voudrait que les Québécois partagent l'unanimité des autres Canadiens. On le ressent aujourd'hui depuis que l'on parle du multiculturalisme, mais ce n'est rien comparé aux deux crises de la conscription de 1917 et de 1942, tant le sang des Québécois y fut l'enjeu de l'opposition. De l'autre, les Québécois voudraient qu'on reconnaisse leur droit historique comme Pierre Elliott Trudeau, pris à faux dans son idéologie libérale, a encouragé le droit historique des peuples autochtones qu'on a gratifié depuis de "premières nations" comme s'il y en avait ensuite une "seconde" (les franco-catholiques de l'Empire britannique d'Amérique du Nord) puis une "troisième", la plus nombreuse, la plus évidente, la dominante depuis plus de 150 ans, les Britanniques de l'Empire. Sur ce point, Justin Trudeau maintient la tradition depuis John A. Macdonald. On peut autoriser les "premières nations" à conserver des droits traditionnels et communautaires historiques, étant voués à une disparition, certes plus lente que prévue, mais tout aussi inexorable au niveau démographique. La troisième, étant généralisée, ne se définit plus que comme "nation canadienne", avec son drapeau, son passeport, ses douanes, le siège pour se mettre un péteux à l'ONU, son pétrole qui a remplacé ses blés, son assistance sociale qui a remplacé sa pêche à la morue et ses multiethniques qui gonflent les seuls quartiers de Toronto. Reste la couche intermédiaire, celle des francophones québécois, passive, maintenue dans sa force d'inertie appelée survivance, se grisant de découvertes de patentes à gosses pour se valoriser l'esprit d'inventivité qui persiste jusque dans des multinationales honteuses comme Bombardier et SNC-Lavalin qui, pour se maintenir à hauteur de Boeing ou de WSP Global, profitent de la "péréquation" provinciale en tétant des subventions qu'ils finissent toujours par obtenir des fonds publics, équivalent de B.S. qui tombera dans la poche des hauts gestionnaires des deux entreprises. À ce compte, l'expression canadianisation forcée de notre vie collective est à mettre sur le même compte que les référendums volés et autres croustillantes expressions qui traduisent moins la réalité que des frustrations et des ressentiments.

14 000 Yvettes au Forum, 7 avril 1980.
Résumons-nous. L'exposé de Bock-Côté opère une subversion de la critique historique en idéologie toxique, plus précisément en prophétisme politique. La déontologie du travail historien rejette le prophétisme et ne le considère, chez les philosophes de l'histoire, que comme une variation stylistique sans grande portée autre que le jus des figures de style littéraires. Rien, présentement, n'annonce la disparition des Québécois de la surface de la planète, ni comme êtres physiques, ni par assimilation culturelle. Comme l'en félicite Bock-Côté, les Québécois ont résisté durant 200 ans aux volontés britanniques manifestes ou latentes de les assimiler. Entre l'impossible assimilation et l'inaccessible indépendance, ils se sont placés dans une situation de masse politiquement inerte, cherchant tantôt dans le monde des affaires, tantôt dans les cercles culturels à participer dans un monde où ils ne peuvent apparaître que subsidiaires de forces nationales et internationales qui les dépassent. C'est là où ils sont les plus fragiles, ce que nous rappellent les récits des deux guerres mondiales. Tant que nous prenons la prophétie dépressive de Bock-Côté au sérieux, nous cultivons un mal-être qui paralyse les prises de décisions et les affirmations existentielles des Québécois. Nous ouvrons la porte à la menace fédéraliste affichée durant les deux campagnes référendaires : sans le Canada, les Québécois ne sont rien. Slogan repris par les hystériques du Charkaouidistan lors des manifestations menaçantes contre le respect de la société d'accueil.

Le Canadien Français et son double. Dorian Gray?
À un autre niveau, la motivation qui prête à la fierté des Québécois, selon Bock-Côté, est une perversion du seul diagnostic possible de la condition psychologique et morale de la collectivité québécoise. Ce retour de la haine de soi contre laquelle Bouthillettte avait mobilisé l'esprit analytique des intellectuels et des artistes québécois n'a duré qu'une saison, entre 1976 et 1980. Le lourd héritage des conflits psychologiques des Québécois est revenu plus fort après chaque défaite référendaire, bien plus fort que des thérapies, plutôt superficielles, avec lesquelles on a cru stimuler la confiance des Québécois en eux. Il n'a pas suffi de se chanter Gens du pays, c'est à ton tour de te laisser parler d'amour pour remporter le référendum de 1980, à la soirée duquel l'hymne s'est transformé carrément en chant funèbre. Bock-Côté n'a pas la finesse psychologique pour comprendre le phénomène décrit dans Le Canadien français et son double pour la bonne raison que ce phénomène du doppelgänger place le Québécois aspirant "à la pleine existence nationale" victime de son double Canadien français. Pour ce dernier, la plus vieille forme de définition nationale, c'est le territoire continental nord-américain qui est le lieu d'expression de l'identité. Là où réside, enfoui, son vieux rêve millénariste de convertir l'ensemble du continent à la vraie foi, le catholicisme. La seule poétique de l'espace qui lui permettait de se reconnaître une mission historique. En lui réside la mémoire de la dernière instance au moment où, dans l'isoloir, il doit marquer sa croix sur un oui ou non référendaire. Là réside le geste instinctif, irraisonné, pulsionnel qui l'empêche de voir triompher la plus jeune forme d'appartenance collective, l'identité québécoise. D'autre part, "l'espoir secret" non d'une renaissance, mais bien d'une naissance distincte de la colonie française du XVIIe-XVIIIe siècle, c'est la conscience nationale délimitée par l'appartenance au territoire de la province de Québec en attente d'inscription géo-politique du pays. Nouveau, très nouveau, peut-être encore aujourd'hui trop nouveau, il n'a pas la durée d'application de la première définition. Il n'est pas chargée de symbolique érotique, trop tourné sur lui-même, narcissique consommateur, le nez plongé dans ses complexes qui lui restent entre les mains une fois qu'il s'est usé, en vain, à trucider ses chances. Sa seule réussite, elle est destrudinale. Elle torpille les prétentions d'un Canada unitaire ébauché depuis la commission d'enquête Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme, puis la politique multiculturelle de Pierre Elliott Trudeau. Le refus du Québec, même celui des politiciens libéraux provinciaux pourtant fédéralistes, à entrer dans la Constitution de 1982, traduit l'entêtement à demeurer dans cet état d'indéfinition qui apparaît meilleure qu'une participation assimilée aux politiques canadiennes. Au sein du doppelgänger, la conscience nationale écartelée entre la mémoire canadienne-française et l'aspiration québécoise ne trouve pas suffisamment cette énergie vitale qui lui permettrait de franchir le pont. Dans un sens ou dans un autre.

Les gales de Pierre-Karl Péladeau.
L'ignorance de cette situation problématique empêche finalement Bock-Côté de dégager une véritable utopie québécoise autrement que par son émancipation politique. Sans doute vise-t-il la République puisqu'un Québec conservant ses paramètres monarchiques serait anachronique. Mais au-delà, il ne vise rien de plus qu'à servir une clientèle petite-bourgeoise nationaliste mais d'esprit étroit, dont Pierre-Karl Péladeau, son employeur, est le boss. Pour reprendre la dénomination de Gramsci, Mathieu Bock-Côté est un intellectuel organique, entendons qu'il vit d'entreprises capitalistes dont le but est d'assurer le maintien d'une société inégalitaire et entièrement dévouée aux profits de ses entrepreneurs au détriment de l'ensemble de la population. Or, l'échec de Péladeau à convaincre les classes de gens d'affaire à embarquer dans le processus de l'indépendance du Québec montre l'insurmontable alliance des uns avec les autres. La répulsion soulevée par le court passage de Péladeau à la tête du Parti Québécois a été une réaction saine qui a sauvé le projet indépendantiste pour l'avenir. Un seul Péladeau, à ce titre, est plus dangereux pour le pays du Québec que 50 000 musulmans. Par le fait même, l'institution dont Bock-Côté est lui-même l'organe asservi ne peut que saboter son projet idéaliste. À servir de gale à un lépreux, on a guère de chance de poser un geste vibrant de vie

Sherbrooke,
28 avril 2019.