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mercredi 27 octobre 2010

Les Thermopyles, le Long-Sault et l'Alamo: Essai d'une typologie historiographique















LES THERMOPYLES, LE LONG SAULT ET L’ALAMO:
ESSAI D'UNE TYPOLOGIE HISTORIOGRAPHIQUE

Les ennemis furent effrayés de cette résistance et s'enfuirent:
sans cela tout estoit perdu.
M. DE BELMONT
HISTOIRE DU CANADA
(1700)

Il est d’usage courant, afin d’informer qui ignore un fait ou un personnage historique d’une historiographie étrangère, d’associer ce fait, ce personnage avec d’autres semblables pris dans sa propre historiographie. On effectue ainsi des rapprochements qui, même s’ils sont parfois inexacts, sont pourtant utiles pour permettre à qui les ignore de se faire une idée. Ainsi procède, par exemple, Albert Memmi quand, dans son Portrait du colonisé, il rapproche Colbert et Cromwell du Khaznadar et Jeanne d’Arc de la Kahena.1 Or Jean Ganiage nous apprend que le titre de Khaznadar était porté par un mamelouk d’origine grecque, Mustapha, et «correspondait à ses fonctions de trésorier», bien que Mustapha, «tout-puissant», assumait le poste de premier ministre des beys de Tunis.2 Le rapprochement entre Jeanne et la Kahena est plus heureux. L’historien de l’Afrique bien connu, Cornevin, l’emploie également,3 et E.-F. Gauthier développe toute une série de correspondances dans l’espace (la défaite de la Kahena devient pour le Maghreb la perte de «sa bataille de Tolbiac»4) et dans le temps (la trahison des fils de la Kahena sera renouvelée lors de la défaite de Moha-ou-Hammou au Maroc en ce début de XXe siècle5). Là où le rapprochement de la Kahena avec Jeanne devient encore plus serré, c’est quand Gauthier rappelle que «le mot de Kahena signifie…, la sorcière, la prêtresse», et qu’il cite Ibn Khaldoun selon qui la Kahena possédait «des connaissances surnaturelles que ses démons familiers lui avaient enseignées 6». Il est difficile de ne pas penser ici aux anges et aux saintes qui «conversaient» avec Jeanne.

Mais pour importants que furent Colbert et Cromwell, ils n’eurent jamais autant de rayonnement et de puissance autonome dans leur civilisation qu’en eut Mustapha Khaznadar auprès de ses beys déclinants, tandis que la Kahena, par sa personnalité, étant reine berbère et non seulement fille de province promue chef d’armées, par sa mort marque le triomphe des conquérants arabes sur les autochtones. Celle de Jeanne consacrait plutôt la défaite prochaine de ses vainqueurs anglais. Donc, aussi pratiques soient ces comparaisons, elles n’en demeurent pas moins fausses et trompeuses quant au fond. Une typologie historiographique, c’est-à-dire un classement des faits ou personnages ou situations historiques selon des ressemblances ou des équivalences, ne peut donc se construire sur de simples associations ou vagues rapprochements.

Une telle typologie n’est cependant pas inutile. Elle peut permettre de comprendre l’historiographie comme phénomène social et psychologique. Pour parvenir à fonder une telle typologie, il faut que les ensembles comparés aient une base solide qui s’enracine dans chacun des trois niveaux de la conscience historique:

1° Les ensembles doivent posséder des similitudes au niveau de l’historicité, c’est-à-dire de la logique qui les articule. Dans les cas utilisés plus haut, pour avoir quelque chose de correspondant à la Kahena, il aurait fallu une fusion des personnages de Charles VII et de Jeanne d’Arc. Le Khaznadar, pour sa part, est un titre et Colbert, comme Cromwell, a rarement eu une marge d’action comparable à celle de Mustapha. Au niveau historique même, les ressemblances demeurent donc superficielles.

2° Au niveau de la signification, c’est-à-dire du sens de l’histoire, les ensembles doivent évoquer des symboles tels qu’ils parviennent à former une sorte d’archétype universel. C’est à ce niveau surtout que Memmi a voulu établir une correspondance entre Jeanne et la Kahena: sorcières et résistantes martyres. Colbert et Cromwell, comme le Khaznadar, ont été de puissants ministres. Pour qu’il y ait un véritable archétype entre les différents ensembles comparés, il faut trouver un réseau de liens affectifs ou répulsifs unissant les ensembles à une sensibilité commune que nous pouvons partager.

3° Les ensembles doivent servir à des objectifs analogues dans la moralisation de l’histoire, c’est-à-dire de la morale de l’histoire à tirer en vue d’une mobilisation quelconque (politique ou autre). Ainsi, la Kahena devient inspiratrice de la décolonisation nord-africaine comme Jeanne fut l’inspiratrice de la libération nationale de 1940; tandis que Khaznadar évoque les aptitudes potentielles des peuples de l’Afrique du Nord à gérer leur propre société comme le firent, en leurs temps, Colbert et Cromwell. Si l’un ou l’autre de ces trois niveaux ne présente pas de similitudes, la comparaison, si utile soit-elle, reste boiteuse et ne peut servir de fondement à une véritable typologie historiographique. Symboliquement et idéologiquement, les comparaisons de Memmi ne sont pas sans ressemblances pratiques et vraies; épistémologiquement, elles demeurent douteuses et insatisfaisantes.

Faire la genèse d’une problématique aide souvent à mieux la saisir. Il nous a été donné de lire fréquemment des rapprochements historiographiques du genre de ceux qu’emploie Memmi, et il y en a qui répondent aux trois critères de la conscience historique énoncés ci-dessus. La chaîne que nous allons essayer d’assembler ici commence dans un pamphlet du chanoine Lionel Groulx concernant celui qui est, à ses yeux, le héros type des Canadiens français, Adam Dollard des Ormeaux. Il rapporte, non sans complaisance, un «hommage» de l’historien anglophone Costain pour qui l’exploit de Dollard fut de tenir «the gap long enough, even as Leonidas did at Thermopylæ».7 Pour un historien français, le Long-Sault, où s’illustra Dollard, devient un «Alamo en Nouvelle-France»; par contre, lorsque Georges Sadoul veut décrire le canevas du film de John Wayne The Alamo, il compare ce fait avec un épisode survenu lors de la conquête française de l’Algérie: «Ce combat a joué le même rôle que, dans l’histoire colonialiste française, le Sidi-Brahim ou la mort héroïque du sergent Blandan.»8 Si on s’en tient à cette chaîne de faits: les Thermopyles, le Long-Sault, l’Alamo et Beni-Mered, nous obtenons une série comparative où Léonidas et ses 300 Spartiates, Dollard et ses 16 Montréalistes, Travis et ses 182 défenseurs de l’Alamo et Blandan et ses 22 compagnons représenteraient une même typologie historiographique : un même profil poétique, un même archétype significatif, un même exemplum moralisateur. Bref, ces récits raconteraient une même histoire pour la conscience grecque, québécoise, américaine et française. Nous pourrions enfin disposer d’une typologie solide pour établir ses caractères fondamentaux.

Mais en historiographie, l’histoire n’est rien sans les historiens qui la racontent – sinon qui la fantasment! Ceux-ci, apologistes ou contradicteurs, participent tous de la même représentation. Lionel Groulx a plus fait à lui seul que tout autre historien pour perpétuer le souvenir du Long-Sault; Hérodote nous a transmis le récit détaillé de l’exploit de Léonidas tandis que l’Alamo a inspiré non seulement beaucoup d’historiens, mais des romanciers et des cinéastes comme D. W. Griffith et John Wayne. Retenons ici l’ouvrage du journaliste Walter Lord, historien sérieux et fort populaire. Ces historiens entretiennent la représentation, qui a peu varié au cours des siècles, entre la contemporanéité des événements et les images que nous en conservons.

L’historicité
L’historicité, c’est d’abord la logique de l’histoire, ce qui fait qu’une série d’informations devient histoire, récit, analyse, narration. Celle-ci ne part pas de l’événement lui-même – bien des événements, à défaut de sources, sont aujourd’hui oubliés pour toujours –, mais de son enregistrement, de sa première mention, de ses sources et témoignages.

Les Thermopyles sont un épisode de la deuxième guerre médique (481-478 av. J.-C.) quand les «Barbares», les Mèdes et les Perses, commandés par Xerxès Ier, envahissent la Grèce et affrontent une coalition d’Athéniens, de Béotiens et de la confédération tenue par les Lacédémoniens (ou Spartiates). Le commandant athénien est Thémistocle tandis que le roi Léonidas Ier commande les Spartiates. Ces derniers se sacrifieront en essayant de tenir le défilé des Thermopyles, de six kilomètres de longueur, le long de la mer, entre le golfe de Malia et une haute barrière montagneuse permettant d’accéder de la Grèce du Nord (la Thessalie) occupée par les Perses à la Grèce centrale (la Béotie). Si le sacrifice de Léonidas n’empêcha pas les Barbares de prendre et de ravager Athènes, il permit un repli stratégique des Athéniens sur Salamine où la flotte perse ira s’échouer. Le récit classique et qui nous a servi de sources est celui qu’en fait Hérodote dans ses Histoires (Livre VII, § 208 à 228)9. Par différents monuments et fêtes, les Grecs conservèrent longtemps le souvenir des Thermopyles tandis que la diffusion et l’immense succès au cours des siècles des Histoires d’Hérodote leur assurèrent une connaissance perpétuelle de la part des Occidentaux.
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Le Long-Sault est un épisode des guerres indiennes au début de la colonisation française de l’Amérique du Nord. Les Français, établis à Ville-Marie (Montréal) depuis 1642, et leurs alliés Indiens (Hurons et Algonquins) sont harcelés par les Iroquois encouragés et approvsionnés en munitions par les Hollandais du New-York actuel. Au début de 1660, on apprend que les tribus des Six-Nations iroquoises se rassemblent. Près de 1 200 hommes pourraient se ruer bientôt contre la colonie et la bourgade des 450 Français. Le jeune Dollard des Ormeaux offre de passer à l’offensive et de «devancer les bandes iroquoises à leur point de jonction, sur la rivière des Outaouais, les surprendre et les frapper l’une après l’autre, au fur et à mesure de leur arrivée.» Dollard organise une petite troupe de seize jeunes gens, qui sont arrêtés une première fois dans une escarmouche sur le fleuve Saint-Laurent où trois Français trouvent la mort. Dollard revient à Montréal, reconstitue son groupe et part vers sa destination, à une cinquantaine de milles de Montréal où il s’abrite dans «un fortin entouré de mauvais pieux et mal situé, car il est commandé par un coteau voisin10.» Bientôt 300 Onnontagoués (des Iroquois) approchent et, le 21 mai 1660, lancent plusieurs assauts. Le fortin résiste, 500 Agniers viennent les rejoindre et, au cours de l’assaut final, après que des Hurons venus prêter main forte à Dollard aient trahi le groupe, Dollard essaie de lancer un baril de poudre sur les assaillants quand une branche renvoie le baril au milieu du fortin et explose parmi les défenseurs. Ceux qui n’avaient pas été tués sont massacrés par les Iroquois, mais ces derniers renoncent à attaquer Ville-Marie. Lorsque la nouvelle est connue, on s’empresse de la consigner par écrit. Une lettre du Père Chaumonot recueillie par Marie de l’Incarnation (25 juin 1660), les Relations des Jésuites de 1659-1660, le Journal des Jésuites (8 juin 1660), l’Histoire du Canada du sulpicien Belmont, l’Histoire du Montréal de Dollier de Casson (1672-1673) sont les sources les plus immédiates concernant cet événement où puiseront les historiens de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

L’Alamo est une ancienne mission mexicaine érigée au Texas. Lorsque le président du Mexique Santa Ana veut réprimer les velléïtés de soulèvement des colons texans d’origine américaine et menés par Sam Houston, 183 colons se barricadent à l’intérieur de la mission. Ils comprennent, entre autres, les «Volontaires à cheval du Tennessee» commandés par Davy Crockett. En février 1836, Santa Ana met le siège devant la mission qui résiste tant bien que mal aux 4 600 soldats mexicains. L’assaut est donné le matin du 6 mars et la garnison est massacrée jusqu’au dernier homme (sauf un esclave noir et les femmes restées au fort). La nouvelle du massacre circule aussitôt dans tous les États-Unis grâce aux bons soins du télégraphe et les journaux se chargent de répandre la nouvelle parmi la population. Les Texans, enragés par l’horreur du massacre, mèneront le combat jusqu’à défaire et arrêter Santa Ana à la bataille de San Jacinto Lienle 21 avril suivant.

Beni-Mered, dans la vallée de la Mitidja en Algérie, a été, à cause de ses exploitations agricoles, l’enjeu de luttes entre les colons français établis depuis 1830 et la résistance arabo-berbère menée par Abd-elQadar. En 1840, le commandement français est confié au général Bugeaud qui «fait prévaloir de nouvelles méthodes de conquête : organisation de colonnes mobiles se déplaçant vite et armées de petits canons portés à dos de mulets; tactique de la terre brûlée… qui n’épargne ni les biens ni les personnes.»11 L’affaire Blandan se situe dans cette avancée de troupes coloniales. Sa colonne de 22 hommes est surprise et encerclée dans le bourg de Beni-Mered et est dé-truite aux trois-quarts par les 300 cavaliers arabes (11 avril 1842).

Si on possède des sources immédiates concernant ces événements, certaines divergences se glissent parfois d’un témoignage à l’autre, étant donnée l’absence de survivants dont les comptes-rendus auraient pu s’avérer plus fiables que ceux qui nous sont parvenus par des voies détournées. Cette déficience des sources directes peut encourager la multiplication des points de ressemblance, les commentateurs s’inspirant mutuellement dans la rédaction des récits. Pour Lionel Groulx, ces divergences «ont l’avantage d’écarter le caractère suspect de ces relations qui, à se répéter trop exactement, donnent l’air de se copier les unes les autres.»12 Les faits présentent donc tous des points communs: un petit groupe, inférieur en hommes, généralement jeunes, décident d’arrêter l’avance d’ennemis étrangers beaucoup plus nombreux; des Perses, des Iroquois, des Mexicains, des Arabes, bref, tous des «barbares». Après une vaillante résistance, le groupe est submergé, exterminé. Cependant, l’exemple de leur courage réanime la flamme de la résistance et le honteux massacre est effacé par une victoire ultérieure de la «civilisation» : Salamine rachète les Thermopyles; les Iroquois se replient devant Ville-Marie; San Jacinto venge l’Alamo et Bugeaud parviendra à réduire la résistance d’Abd elQadar, rachetant ainsi le massacre de Beni-Mered.

D’autres détails semblent accentuer la ressemblance. Le lieu naturel d’abord. Il se situe toujours à un endroit écarté, isolé et peu clément. «Près d’Alpènes, après les Thermopyles, le passage est juste assez large pour un chariot; avant les Thermopyles, près d’un cours d’eau, le Phénix, voisin de la ville d’Anthéla, il y a un passage de la même largeur. À l’ouest des Thermopyles, la montagne s’élève abrupte, inaccessible, très haute; c’est un contrefort de l’Œta. À l’est de la route, il y a la mer et des marécages. On trouve dans le défilé des bassins d’eau chaude qu’on appelle “les Marmites”… Un mur avait été bâti pour fermer le passage, et il avait autrefois des portes.»13 Le Long-Sault est établi sur une rive «commandée par un coteau voisin»; l’Alamo est, pour sa part, un hameau isolé dans le désert texan tandis que Beni-Mered est situé dans une Mitidja dévastée. Quand il y a lieu humain, c’est toujours un endroit décrépit: fortin de mauvais pieux du Long-Sault érigé un an avant le drame par les Algonquins, tandis que l’Alamo «n’a jamais été édifiée pour servir de forteresse», selon le mot de l’«ingénieur» Jameson à Sam Houston;14 la vieille mission datait d’ailleurs de 1750 et l’église «était tombée en ruine».15 Bref, le Long-Sault est bien moins solide que les palissades de Ville-Marie et l’Alamo bien moins fortifié que le poste de Goliad, situé plus bas sur le fleuve San Antonio.
Si nous considérons le nombre des forces en présence, l’infériorité numérique des défenseurs est outrageusement disproportionnée par rapport aux forces assaillantes : 300 Spartiates pour les 300 000 Perses de Xerxès; 800 Iroquois pour les 16 Montréalistes; 4 600 Mexicains pour les 183 Texans et 300 Arabes pour les 22 soldats de Blandan! Qu’importe si certains chiffres surestiment la présence des assaillants (ce qui est probablement le cas chez Hérodote), ce qui frappe le plus la représentation de la conscience historique c’est le nombre ridiculement petit des forces vaincues, ce qui, au niveau symbolique, accentue l’héroïsme des défenseurs et la témérité de leurs chefs.
La logique qui tient les différentes étapes de la progression de chaque événement est-elle la même dans chaque cas? Les faits, on l’a vu, s’insèrent d’abord dans des mouvements plus vastes : les Thermopyles sont un épisode de la seconde guerre médique; le Long-Sault, un épisode des guerres iroquoises; l’Alamo, un soulèvement texan et Beni-Méred un épisode de la conquête coloniale française en Algérie. Chaque événement débute d’abord par une stratégie en vue d’arrêter, sinon d’enrayer, de ralentir l’avance ennemie : Léonidas, suivant un oracle annonçant la destruction de Sparte advenant le passage des Perses en Grèce centrale, décide de résister jusqu'au bout, quoiqu'il en coûte;16 Dollard veut éliminer chaque contingent Iroquois avant la jonction des Nations; Travis, le commandant de l’Alamo, tente d’enrayer la marche des troupes mexicaines à travers le Texas et de permettre à la résistance conduite par Sam Houston de mieux s’organiser; enfin Blandan fait partie des troupes organisées par Bugeaud. Dans toutes ces manœuvres, si téméraires puissent-elles paraître, la mort finale et totale des défenseurs n’apparaît jamais comme l’aboutissement nécessaire de l’action entreprise. Aussi spontanées soient-elles, ces tactiques s’insèrent dans une stratégie plus grande, plus globale, mais un imprévu vient littéralement changer l’ordre logique des projets esquissés : les Perses parviennent à contourner le défilé des Thermopyles en empruntant un sentier de l’Œta; une première embuscade et la mort de trois de ses compagnons retardent Dollard en l’obligeant à revenir à Ville-Marie et à arriver plus tard au Long-Sault; les renforts partis de Goliad afin de prêter main forte à l’Alamo rebroussent chemin; enfin Beni-Méred s’avère être un guet-apens. Ici encore, comme dans le cas de la Saint-Barthélemy que nous avons étudié ailleurs,17 la marche des événements en vient à échapper aux hommes, non par une pure fatalité qui tiendrait, du commencement à la fin, à la nécessité de l’issue du projet enclenché, mais parce que des contingences à individualités multiples sont venues interférer dans le déroulement des plans. Qu’auraient été les Thermopyles si les Perses n’avaient pas eu un espion pour leur indiquer le sentier qui les contourne et que Léonidas eut gardé sa force initiale sans renvoyer les autres Alliés grecs, tenant ainsi tête à Xerxès?18 Qu’aurait été le Long-Sault si Dollard, selon l’hypothèse émise par son contemporain Radisson, profitant du retour de chasse des Iroquois, avait eu, lui et ses compagnons, «un fort flanqué et une provision d’eau pour “résister miraculeusement et forcer les Iroquois à abandonner la partie par manque de poudre, de balles et autres provisions”»?19 Qu’aurait été l’Alamo si le renfort de Fannin avait rejoint la mission ou encore harcelé l’arrière des troupes de Santa Ana? Enfin Beni-Méred n’a peut-être rien changé à l’issue de la conquête algérienne, mais qu’aurait-il représenté si, en tombant au beau milieu d’une lutte inégale, le sergent Blandan ne s’était pas écrié: «Courage mes amis, défendez-vous jusqu’à la mort»20? La résistance à tout prix est devenue une décision ultime, sacrificielle, prise en cours de déroulement des faits et non un projet entrevu comme une «nécessité» absolue. C’est la rhétorique moralisatrice qui parfois impose le déterminisme du geste ultime du héros. L’organisation poétique, à la fois par la logique causale et par la narration formelle, nous informe plutôt que ce n’est pas l’attente auto-sacrificatoire qui impose la «nécessité» des événements, mais bien l’inverse. Comme toujours, «nécessité fait loi», et c’est le déroulement des événements qui conduit au geste ultime, sacrificatoire. Une fois qu’il leur est apparu que les plans initiaux ne seraient pas, ne pouvaient être menés à bien comme prévu, et que les «hasards» étaient venus changer les perspectives de la stratégie, les héros historiques se virent donc contraints à jouer le tout pour le tout jusqu’à se rendre au bout d’une logique qui n’était pas exactement celle qu’ils avaient projetée. Nous retrouvons cette trame dans les cas relevés ici.

La signification
La signification, c’est le sens de l’histoire ou le symbolisme qui s’attache à la narration de ces événements. Les Léonidas, Dollard, Travis et Blandan sont devenus des archétypes, c’est-à-dire des modèles universels qui signifient une même chose pour tout le monde : héroïsme, témérité, courage, abnégation de soi. Une charge affective vient investir la logique froide de l’histoire. Derrière l’amour des défenseurs et la haine des envahisseurs agissent les pulsions de vie et de mort qui animent les groupes et les collectivités par les individus qui les composent. Porteurs de vie, les héros assurent le salut de la collectivité (Léonidas ne permet-il pas, par son sacrifice, la victoire de Salamine? Dollard ne sauve-t-il pas Ville-Marie et toute la colonie française? Les défenseurs de l’Alamo n’assurent-ils pas l’indépendance, puis le ralliement du Texas à l’Union? Blandan ne renforce-t-il pas le triomphe de Bugeaud?) mais ce salut passe par leur mort (devenue) certaine. Le tragique de leur destinée les auréole, a posteriori, d’une gloire à laquelle ils étaient loin de s’attendre en s’embarquant dans leur aventure. Du moins, s’ils l’anticipaient, ils n’en étaient pas vraiment certains. Ce qu’ils faisaient était, au fond, banal: sacrifice de temps de guerre! C’est là que repose l’ambiguïté de leur symbolisme : pourquoi ces gens sont-ils devenus des héros en faisant ce que chacun faisait normalement en leur temps? D’une part, leur archétype les unit au mythe du héros solaire, comme jadis Héraklès, Osiris, Samson et Jésus, héros qui, selon Mircea Éliade, sont «familiers surtout aux pasteurs nomades, c’est-à-dire à des races parmi lesquelles se recrutent, au long de l’histoire, les nations appelées à “faire l’histoire” (dont les Indo-Européens)21.» D’ailleurs il est remarquable que les épisodes formant notre typologie appartiennent à des peuples en pleine migration : Léonidas et ses Spartiates tombent bien loin de leur patrie en ces temps d’invasions où la Grèce est mise sans dessus dessous! Dollard est un jeune Français en terre d’Amérique au moment de la dernière grande Völlkerwanderung européenne. Travis fait également partie de cet ample mouvement historique qui, dans les termes de l’histoire proprement américaine, a pris le nom de Manifest Destiny, tandis que leurs contemporains Blandan et ses hommes se déversent, sous ce même courant migratoire, sur la côte algérienne.

Éliade rappelle qu’«un héros solaire présente toujours, en outre, une “zone obscure”, celle de ses rapports avec le monde des morts, l’initiation, la fécondité, etc. Le mythe des héros solaires est également pénétré d’éléments qui relèvent de la mystique du souverain ou du demiurge. Le héros “sauve” le monde, le renouvelle, inaugure une nouvelle étape qui équi-vaut parfois à une nouvelle organisation de l’Univers; autrement dit, il garde encore l’héritage demiurgique de l’Être Suprême.»22 Cette dimension du héros solaire n’est pas absente de l’interprétation historique des événements retenus ici pour notre typologie. Sans trop anticiper sur la dimension idéologique, notons que les Grecs, selon Hérodote, érigèrent un lion en mémoire de Léonidas,23 et que la grande période de la Grèce classique se situe entre la seconde guerre médique et la guerre du Péloponnèse. Léonidas n’a pas seulement permis Salamine, il a assuré le plein épanouissement de la civilisation hellénique dans ce qu’elle a eu de plus lumineux. Ailleurs, combien de fois les contemporains de Dollard soulignent-ils que son sacrifice «sauva» la colonie : pour le Père Lalemant, les héros du Long-Sault ont «conjuré l’orage qui venait y fondre»24, tandis que Marie de l’Incarnation complète: «Cet orage a passé lorsque l’on croyait tout perdu; de sorte qu’on a fait en paix les moissons que l’on croyait devoir être ravagées par cet ennemi. [Elle a déjà noté que les semences ont pu se faire en paix] De plus Dieu a envoyé aux marchands pour plus de cent quarante mille livres de castor, par l’arrivée des Ouatouak, qui en avaient soixante canots chargés. Cette bénédiction du Ciel est arrivée, lorsque ces messieurs voulaient quitter ce pays, ne croyant pas qu’il y eût plus rien à faire pour le commerce. S’ils eussent quitté, il nous eût fallu quitter avec eux; car sans les correspondances qui s’entretiennent à la faveur du commerce, il ne serait pas possible de subsister ici.»25 Et le chanoine Groulx de surenchérir sur ce que dit la Mère: «L’Iroquois refoulé chez lui, les semences, les moissons des colons faites sans la maraude ennemie, l’Outaouais débloqué, un riche convoi de fourrures débouchant à Montréal, à Québec; les magasins réapprovisionnés, les navires d’outre-mer repartant la cale pleine, bref, une colonie en pleine panique de désertion, rendue à bout, sans plus d’espoir d’un secours de la France, reprenant tout de bon courage et vie…»26 De Marie de l’Incarnation à Lionel Groulx, l’héroïsme de Dollard s’investit du caractère du héros solaire où Dollard est directement associé à Dieu dans la vertu solaire d’ensemencer la terre. C’est son sacrifice qui permet ces belles moissons et ce commerce fructueux. Pour leur part, le Texas et l’Algérie deviendront de florissantes colonies dans les mains des Texans américains et des Français beaucoup mieux qu’ils pouvaient l’être dans les mains des Mexicains ou des Arabes. Une association naturelle est entretenue par l’archétype du héros solaire entre le sang répandu et la bonté du sol ainsi abreuvé.

Léonidas, Dollard, Travis et Blandan sont donc des héros qui ont «sauvé» le monde. Ils l’ont renouvelé et ont inauguré une nouvelle ère historique : à Léonidas on doit finalement la Grèce classique; à Dollard, la prospérité économique de «la civilisation de la Nouvelle-France»; à Travis 27 on doit l’indépendance puis le ralliement du Texas aux États-Unis, et la France peut être reconnaissante à Blandan et à tous ces jeunes officiers qui, comme ce chasseur s’emparant d’un drapeau et, frappé de sept coups, s’écrie en mourant: «Il est à moi»28 ont donné héroïquement leur vie pour sa «mission civilisatrice»!

À côté du héros solaire, on trouve des soutiens épiques dignes de mention, tel ce Ciénécès dont Hérodote rappelle les mots ronflants ou encore des Davy Crockett et Jim Bowie qui étaient déjà, à côté de Daniel Boone, des figures légendaires de la Frontière. Des gestes épiques sont demeurés aussi, frappant des générations d’imagination nourries par des illustrateurs qui se transmirent une tradition de représentations : le baril de poudre tenu à bout de bras au-dessus de sa tête par Dollard résonne étrangement dans la Old Betsy [son fusil] que Davy Crockett brandit contre les Mexicains qui viennent juste d’investir l’Alamo (tel que l’a immortalisé la peinture de l’artiste texan Robert Onderdonk).

Un autre caractère qui semble encore plus important et plus général, c’est la jeunesse des héros. Si on ignore pour toujours l’âge de Léonidas aux Thermopyles, on sait que Dollard était âgé de 25 ans au Long-Sault; Travis de 26 ans et Blandan de 23 ans au moment des événements. Si Léonidas est roi de Sparte, Dollard est officier commandant, Travis lieutenant-colonel et Blandan sergent. Au-dessus de leur jeune âge et de leurs grades de commandant, il y a l’ombre de figures paternelles : s’il n’y a pas de hiérarchie entre Léonidas et Thémistocle, le sacrifice du premier permet la fructueuse stratégie du second; Dollard doit demander la permission de Maisonneuve avant de se rendre sur l’Outaouais; Travis obtient le commandement de la garnison de l’Alamo par le colonel Neill, mais l’âme dirigeante de la rébellion demeure Sam Houston qui vengera lui-même le massacre à la victoire de San Jacinto; enfin, Bugeaud est l’idéal de la figure paternelle au-dessus de Blandan, celui qui obtiendra, avec le duc d’Aumale, la reddition de l’émir Abd elQadar. Cette jeunesse téméraire et impétueuse, marquée de grandes capacités symbolisées par des titres, contraste avec le jugement pondéré et prudent des «pères», mais cela contribue encore à accentuer les caractères propres du héros solaire: «Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années» (Corneille). La semence dépendant de la virilité, expression des pulsions de vie se répand avec le sang versé au combat par une jeunesse débordante de vitalité.

Les relations établies entre les héros solaires et leurs historiens contiennent encore des marques de cette attirance érotique des seconds envers les premiers. Il est évident qu’un historien qui se fait le chantre d’une sorte de «héros solaire» éprouve envers lui une attirance, l’idéalise à en faire son Idéal du Moi vers lequel tend toujours davantage son Moi idéal. Le «héros solaire» devient abcès de fixation de toutes les sublimations, de tous les refoulements déviés. Qui ne voit déjà pas en Léonidas un modèle spartiate incarné? Modèle qui sera célébré par des fêtes spécialement instituées à son souvenir, les Léonidées. N’oublions pas de plus qu’Hérodote voulait consigner «les grands exploits accomplis» lors de l’affrontement entre Grecs et Barbares. Dans l’avant-propos de son «Alamo», Walter Lord rappelle que les défenseurs de l’Alamo relevaient du «common man», tout en spécifiant toutefois que «dans l’ensemble, ils avaient peu de choses en commun, sinon un idéal : ils étaient tous des Américains, ressentaient tous un amour orgueilleux de la liberté et la profonde conviction que le moment était arrivé de prendre position pour la sauvegarder.»29 C’est par ce passage du symbolique (l’amour, «prendre position») à l’idéologique (de la liberté, pour la patrie) que se constitue l’ambiguïté des personnages. Héros solaires, ils le sont, mais pas uniquement des mythes (comme les mythes antiques), mais des légendes plutôt, des hommes du commun obligés d’agir à travers des options humaines et de prendre des décisions qui relèvent de leur propre caractère et non de la fantaisie et du caprice des dieux.
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Ni Hérodote ni Walter Lord n’ont fait autant que Lionel Groulx pour son «héros solaire», qu’à toute fin pratique, il l’a créé. C’est un véritable «culte»30 qu’il a érigé en son honneur, faisant de lui le modèle pour la jeunesse d’un héros national, organisant même des «pèlerinages patriotiques sur les lieux de la bataille mémorable.»31 En fait, pour Groulx – et cela vaut autant pour Hérodote et W. Lord, quoiqu’à un degré moindre –, par le sacrifice du héros solaire, «des liens de sang et de feu l’attachaient (…) presque personnellement au terroir québécois.»32 Le sang versé aux Thermopyles, au Long-Sault, à l’Alamo, à Beni-Méred attachent les descendants de ces sacrifiés au territoire sur lequel ils sont morts, liant les Grecs à l’Hellade, les Québécois au Québec, les Texans (et les Américains) aux États-Unis et les Français à leurs colonies. En ce qui concerne Groulx, encore Jean-Pierre Gaboury rappelle que l’ancêtre de sa famille au Canada a lui-même été capturé et brûlé vif par les Iroquois en juillet 1690, et que la proximité de ce fait, hautement émotionnel, se fond «symboliquement» avec le sacrifice héroïque et plus connu de Dollard. Cette association symbolique chez Groulx devient tellement intime qu’il prend le surnom d’«Alonié de Lestres» – l’un des compagnons de Dollard – pour signer son roman, L’appel de la race.33 Groulx est plus qu’un «prêtre» du culte de Dollard «héros solaire», c’est un mystique, un mystique qui peut rappeler certes Maurice Barrès comme le pense Gaboury, 34 mais un mystique dont l’amour dépasse le nationalisme, par trop laïc et profane, et transcende par une sublimation de l’érotique à l’héroïque, se servant de l’historiographique comme d’un shifter, vers un être qui n’est pas Dieu mais qui est plus que le fantôme d’un ancêtre (d’une figure de Père) brûlé.

Groulx n’est pas animé par le bellicisme de Barrès, son obsession ne lui fait pas demander «une chaire et un cimetière», mais son patriotisme n’en est pas moins morbide. L’exaltation de Groulx pour son héros n’est pas celle non plus d’un Jean de la Croix puisqu’il ne conduit à aucune démarche du renoncement, son «héros solaire» ayant peu de chose à avoir avec les «nuits mystiques». La situation historique de Groulx l’inscrit plutôt à l’intérieur d’un double mouvement entre la permanence du catholicisme et la toujours plus grande laïcisation du nationalisme québécois dans les mains des institutions civiles. À la croisée de ces tendances, le chanoine entend maintenir l’élévation mystique, la transcendance que le «culte» de Dollard apporte aux Canadiens français qui ne se sont pas encore définis comme des «Québécois». Il est symptomatique que le jour où ils se définieront comme tels, dans la province de Québec, la part symbolique de l’histoire de Dollard se verra repoussée pour celle des Patriotes de 37-38, mais ces Patriotes hériteront quand même de cette part de symbolique que Groulx a créée autour du personnage de Dollard et que Kastner mentionnait comme l’un de ces «vaincus plus grands que les vainqueurs, et que la défaite a couronnés plus que pour d’autres n’a fait la victoire» (phrase que Groulx cite intégralement dans son cours d’histoire du Canada en 1905-1906 35).

De Groulx à Laliberté, le sculpteur du monument de Dollard, on a vu un érotique passer du stade littéraire au stade esthétique. Il n’est pas sans intérêt là encore, de rapprocher la figure sculptée de Dollard des peintures baroques du Gréco, par exemple, où dans un «appétit d’ascension», véritable «montée irrésistible», personnage et contempteurs sont entraînés et soutenus ensemble par un même «élan profond» 36, vers un passage de l’immanence à la transcendance; de la mort à l’éternité. En empruntant le nom d’un des jeunes compagnons de Dollard, en exécutant des pèlerinages aux lieux du massacre et en prêchant le culte de ce «héros solaire», Groulx tend toujours à se rapprocher plus près du modèle, à s’accrocher à l’autre extrémité des «liens de sang», à renouveler «l’appel de la race», à s’élever au-dessus des mêlées politiques pour accéder à la pérennité de l’humanité telle que promise par le lien charnel et à travers même les souffrances et la mort. On aurait tort de sous-estimer tout ce qu’il y a de désir charnel pour soutenir cette immense entreprise de sublimation, cet appétit sexuel dans ce lien mystique unissant le célébrant à son «héros solaire». Ce passage de l’érotique à l’esthétique se retrouve semblablement dans le film de John Wayne où les trois héros de l’Alamo sont interprétés par des vedettes, «sex-symbols» masculins des westerns américains : Richard Widmark en Jim Bowie, John Wayne soi-même en Davy Crockett et Laurence Harvey – un jeune premier de l’époque – en Travis.

Plus qu’un simple héros mais pas encore un Dieu, le «héros solaire» est toujours flanqué de sa «zone obscure», celle de la mort personnifée par des traîtres et des lâches. Les «héros solaires» sont entourés de personnages ténébreux appelés à contribuer à leur perte. Ils sont là pour perturber le cours des plans initiaux et font en sorte que l’inéluctable prenne des airs de fatalité, mais ils servent également à faire rejaillir par contraste la luminosité et l’éclat du rayonnement solaire des héros, d’où cette tendance des historiens à exagérer leur rôle dans les récits. Dès le début, les héros sont mis en garde du danger potentiel que représentent ces personnages troubles, ainsi le devin Mégistias annonçant aux combattants grecs le trépas qui les menace, se voit confirmé, dans sa fonction littéraire, par le traître Ephialtès. Mégistias restera aux côtés de Léonidas.

De même au Long-Sault, la présence d’alliés hurons venus soutenir le petit contingent français s’avère un fardeau pour les défenseurs: «Au Long-Sault, la petite troupe aurait pu peut-être s’en tirer seule, sans l’encombrement de l’allié indien, allié de valeur discutable, rappellerons-nous, et qui n’a pas fini de faire le désespoir des officiers canadiens et français, par son incurable indiscipline, sa manie de tirer du fusil à tout propos et hors de propos, et par son prodigieux gaspillage de munitions et de vivres. Maisonneuve n’avait pas eu tort de mettre en garde les jeunes aventuriers contre cet allié souvent plus dangereux qu’utile…»37 En effet, puisque parmi les 37 Hurons et les 4 Algonquins venus grossir les rangs des défenseurs, les Hurons trahissent, sauf leur chef Anontaha, tandis que les Algonquins restent fidèles: «apprenant par les déserteurs la faiblesse de l’effectif français, les Iroquois se ruent contre le fort…»38 Si l’Alamo ne fut pas trahie, elle compte au moins un déserteur, Louis Rose;39 quelque temps plus tard courut le bruit que Crockett était «l’un des six Américains qui renoncèrent à la lutte et furent exécutés.»40

En définitive, il apparaît donc que le Long-Sault, l’Alamo ou les Thermopyles ne sont pas des marches stoïques vers une mort assurée, mais des entreprises de la dernière chance qui auraient pu réussir si des contingences accidentelles n’étaient pas venues réduire les probabilités de succès du plan initial, et transformer des vaillants combattants en héros métaphysiques. D’où l’archétype du «héros solaire» qui vient se greffer aux récits et lui insérer une portée hautement symbolique, affective et même mystique dans le sens où le renoncement à la vie est récompensé par l’abondance et la générosité:

En accomplissant tout cela de ta main
tu as bien mérité d’Israël,
et Dieu a ratifié ce que tu as fait
(Jdt 11, 9)
Tout cela est parfaitement bien exprimé dans la dernière harangue de Travis à ses troupes épuisées par plusieurs jours d’affrontements avec les Mexicains: «Il fut bref, mais net, leur déclara qu’il ne possédait plus réellement l’espoir de voir arriver du secours. Libre donc à eux soit de tenter de s’enfuir, soit de combattre jusqu’au bout. Parce que cela pouvait retarder l’avance de l’ennemi, il était, quant à lui, résolu à lutter jusqu’à la dernière extrémité. Il demanda à ses soldats de le suivre dans cette voie, mais laissa à chacun le choix d’abandonner le combat.»41 Ce discours fut peut-être aussi celui de Dollard ou de Blandan et Léonidas, quant à lui, renvoya bien les 700 hommes de Thespies, mais conserva les 400 de Thèbes; bien que cette dernière cité fut «peu encline à défendre la cause hellénique»42, ils servirent d’otages aux mains des Spartiates et se montrèrent de ces partenaires plus encombrants qu’utiles au moment de la mêlée générale. Que cette détermination à accepter la mort au combat soit de dernière heure, ne diminue en rien la grandeur symbolique (parce que tragique) du geste.

La moralisation
Il n’est pas inintéressant de rappeler qu’on estime que les quelques 300 Spartiates sacrifiés aux Thermopyles firent, parmi les rangs perses, 20 000 victimes, dont deux frères du roi Xerxès.43 Pour sa part, Lionel Groulx estime à plus de 400 le nombre d’Iroquois tués au siège du Long-Sault.44 Enfin, Walter Lord suggère le chiffre de 600 tués et blessés parmi les rangs mexicains comme le plus proche de la vérité à l’issue de la résistance de l’Alamo.45 Face aux Léonidas, Dollard et Travis, les Xerxès, les chefs Iroquois et les Santa Ana font plutôt piètre figure comme vainqueurs! Vainqueurs à court terme, dans l’événement, ils sont les perdants à long terme. Comme nous l’avons vu, Salamine rachète les Termopyles et San Jacinto l’Alamo. Les Français viendront à bout des Iroquois comme des Algériens. L’utilisation idéologique complétant la portée symbolique du sacrifice des «héros solaires» rend concrète la portée de la conscience historique sur l’action commise par ceux qui la revendiqueront.

L’historiographie du Long-Sault et de l’Alamo sont particulièrement éloquentes à ce sujet. Les contemporains du Long-Sault ont saisi la véritable portée de l’événement et pensé y trouver le prix de leur salut. Puis, deux siècles de silence ont couvert d’un voile épais le fait d’armes; deux siècles qui sépareront à tout jamais la rédaction de l’Histoire du Montréal du Sulpicien Dollier de Casson, dont le manuscrit appartenait à la Bibliothèque Mazarine, de sa redécouverte par Louis-Joseph Papineau qui en ramena une copie lors de son retour d’exil en 184546. La première édition du livre remonte en 1868, puis une version anglaise paraît en 1871. À partir de ce moment, le Long-Sault devient l’une des pages glorieuses et indispensables des manuels d’histoire du Canada. Son message idéologique allait retrouver une nouvelle actualité quand, en 1910, l’A.C.J.C. (l’Action Catholique de la Jeunesse Canadienne-française) organise, le 29 mai, la première fête de Dollard et la levée d’une campagne de souscription afin d’élever un monument à la mémoire du héros, qui sera finalement érigé au Parc Lafontaine, en 1920. Entre temps, la Première Guerre mondiale a amené la publication d’une affiche de propagande en vue d’augmenter l’enrôlement des Canadiens français dans l’armée: «Canadiens, suivez l’exemple de Dollard des Ormeaux», dit-elle. «N’attendez pas l’ennemi au coin du feu, mais allez au-devant de lui», suivie d’une image classique représentant Dollard brandissant une hache contre les Iroquois qui viennent d’investir le fortin. «Enrôlez-vous dans les Régiments Canadiens-Français» stipule l’affiche. Dollard est bien une référence strictement canadienne-française,47 et nous pouvons douter que Sam Hugues ait eu l’idée d’en faire une semblable pour les Canadiens-Anglais!48

À peine tombée, la mission de l’Alamo devint le porte-étendard de la résistance texane et lorsque Sam Houston harangua ses soldats à la veille de la revanche de San Jacinto, il leur aurait dit: «La victoire est certaine. Ayez foi en Dieu et soyez sans aucune crainte. Et surtout, souvenez-vous de l’Alamo! Souvenez-vous de l’Alamo!»49 Remember the Alamo! devint le cri de ralliement avec lequel les Texans prirent d’assaut San Jacinto, tandis que «les Mexicains, terrorisés, tom-baient à genoux, s’écriant : “Moi, pas été à l’Alamo”.» La «résistance» de Travis, suivie de la réplique de Sam Houston montre comment de la connaissance, on passe à la conscience de toutes les dimensions d’un fait historique : son historicité (sa logique de déroulement), sa signfication (son sens symbolique) puis sa moralisation (sa morale d’action). Bien que fourni par l’idéologique qui raisonne l’événement et l’insère dans une relation de l’actuel, le fait n’est pas nécessairement déformé ou dévié. Au contraire, il s’enrichit de sens et devient une valeur qui s’imprime dans la conscience collective. La «résistance» de Travis et la réplique de Houston se prolongent et inaugurent une nouvelle façon d’être collectivement. Le 15 janvier 1898, un cuirassé en «visite de courtoisie» à la Havane (Cuba) explose en plein port. «Il s’agissait sans doute de l’explosion d’une chaudière, mais beaucoup rejetèrent la responsabilité de ce drame sur les Espagnols, ce qui était absolument invraisemblable du reste, étant donné leur volonté de ne pas heurter les États-Unis.»50 Dans un climat de tension propre aux situations délicates, l’incident entraîna la guerre hispano-américaine lancée au cri de Remember the Maine!, comme on avait crié Remember the Alamo! soixante-deux ans plus tôt. Derrière les 260 victimes du Maine se profilaient les 183 victimes de l’Alamo. Le succès du Remember était assuré, puisque c’est encore au cri de Remember Pearl Harbour! et du souvenir de ses 2 400 morts et de ses 1 200 blessés que les jeunes Améri-cains s’engagèrent dans la Deuxième Guerre mondiale.51

Cette tradition du Remember nous permet de constater que les faits évoqués mettent en présence les Américains contre des peuples étrangers : Mexicains, Espagnols, Japonais, envers lesquels le mépris raciste n’est guère timide. Déjà Léonidas guerroyait contre les «Barbares» mèdes et perses conduits par Xerxès; Dollard affrontait les Iroquois que la Mère Marie de l’Incarnation distinguait bien de «nos bons sauvages, sauvages chrétiens.»52 Même chose dans le cas de Beni-Méred où les Français succombent devant les Arabes. La typologie se renforce ici d’une dimension de la lutte de la civilisation contre la barbarie, êtres inférieurs, païens, infidèles de toutes sortes. Pour que cette dimension paraisse encore plus évidente, demandons-nous pourquoi le Remember ne semble jamais être apparu durant la Guerre de Sécession par exemple? Ou pourquoi la figure de Dollard semble-t-elle évoquée davantage lorsque les Québécois s’interrogent sur leur appartenance au Canada? Encore en 1960, le chanoine Groulx sent de son devoir de réfuter l’accusation de banditisme lancé contre son héros et d’encourager «la jeunesse» à célébrer «sans scrupule» la fête de Dollard et de même «acheter et propager les timbres officiels de Dollard.»53 Enfin, le film de John Wayne sur l’Alamo date également de 1960, peu après la première Guerre Froide. Il est également significatif qu’on produise un remake du film au début des années 1980, au moment où la tension américano-soviétique revient de plus belle avec les discours belliqueux de Ronald Reagan et de son «better dead than Red!» Seuls le sergent Blandan et Beni-Méred ne peuvent plus soulever d’inspirations enflammées, le colonialisme, condamné et défait en 1962, à la fin de la désastreuse guerre d’Algérie, ayant emporté dans sa condamnation définitive l’épisode dans son registre encyclopédique.

Finalement, le caractère commun des héros rapproche plus qu’il n’éloigne la fierté du commun des mortels, rarement amené à participer à des faits historiques grandioses. Les Spartiates, les Montréalistes, les Texans comme les colons français d’Algérie sont des gens du peuple. Alors qu’un héros purement mythologique rend son action extra-ordinaire, la dimension commune du héros solaire permet à Monsieur Tout-le-Monde de dire: «Regardez ces héros, c’étaient des gens comme nous! » Pourquoi, selon W. Lord, le massacre de l’Alamo émut-il l’Amérique tout entière? «Mais les massacres, c’était une vieille habitude sur la frontière: les raids des Indiens y créaient une panique incessante, et ce ne fut pas uniquement le meurtre de ces malheureux qui fit se dresser toute la nation. Ce fut la tuerie de CES hommes-là, non de lointains défricheurs de frontière, mais d’amis, de camarades, de parents, de Natchez, de Charleston, de Boston, de gens “de chez nous”. À quelques rares exceptions près ce n’étaient pas de vulgaires aventuriers mais des cultivateurs, des artisans, des membres de profession libérale, des idéalistes. Ainsi que le faisait remarquer l’“Enquirer” de Memphis, “quelques-uns de nos amis les plus proches sont tombés à l’Alamo. On ne leur a pas fait de quartier. C’étaient des êtres dans la fleur de l’âge, que nous fréquentions, et qui nous sont devenus plus chers encore par la force de leur dévouement, par leur profonde noblesse.»54 Notre typologie historiographique serait-elle particulièrement propice à la conception démocratique du pouvoir? Permettrait-elle de comprendre ce que veut dire véritablement l’entrée démocratique des Peuples dans l’Histoire? L’évhémérisme du Common man en «héros solaire»? L’ambiguïté des sentiments éprouvés à l’annonce du massacre reflète assez bien le trouble dans la conscience collective: «Avec la colère se développait un sentiment différent, mais plus important peut-être encore. C’était celui d’une honte profonde, la honte de ne pas s’être portée au secours de Travis (…) Mais qui ne reconnaissait, au fond de son cœur, que davantage eût pu être fait? Qui ne se sentait secrètement coupable de s’être confiné dans d’interminables réunions de protestations, d’avoir voté d’inutiles résolutions, plutôt que de se mettre tout bonnement en route?»55 La honte et la colère en viennent à se stimuler réciproquement, comme un retour du symbolique sur soi consécutif à une admiration et à une gratitude immenses. L’idéologique propose et le symbolique dispose. Reconnaissance du grand sacrifice, honte d’avoir fuit devant les Barbares : solution, reprise en main de la marche de l’Histoire. Les défenseurs n’étaient pas des martyrs, ils étaient des gens du commun, extra-ordinaires ils le sont devenus par la «force des choses». D’où le processus évhémériste décrit par le chanoine Groulx: «N’imaginons toutefois ni Dollard ni les seize autres fonçant, avec une détermination sombre, dans le risque absolu de la mort. Ils savent qu’ils s’en vont vers une aventure redoutable… L’aventure devait-elle fatalement tourner comme elle a tourné? Les jeunes “Montréalistes” avaient-ils quelque chance de réussir, de s’en tirer? (…) Arrivés plus tôt au lieu de l’embuscade, moins de temps perdu en route, plus libres de leurs mouvements, les jeunes “Montréalistes” auraient-ils donné à l’histoire et à leur pays autre chose qu’une mort héroïque et glorieuse? Qui le peut dire?»56

C’est parce que la logique de l’histoire ne supporte plus une fatalité qu’il est permis au commun des mortels de reprendre l’ouvrage là où les Dollard et les Travis l’ont laissé. La conscience historique, en devenant démocratique, atteint à une certaine maturité qui lui permet d’évaluer les situations qui se présenteLiennt à elle. Propre à une certaine qualité nationale de la conscience historique, notre typologie pourrait-elle trouver des Thermopyles, des Long-Sault, des Alamo ou des Beni-Méred dans d’autres formes de conscience historique? Dans l’histoire sociale, dans l’histoire des femmes ou dans l’histoire confessionnelle?57 Ne nous risquons pas à une réponse qui serait ici, prématurée.
Conclusion
Si nous revenons une dernière fois sur les comparaisons établies ici, devons-nous reconnaître définitivement une typologie historiographique entre les Thermopyles, le Long-Sault, l’Alamo et Beni-Méred? Au niveau de la logique de l’histoire, il faut reconnaître une certaine similitude; le déroulement des faits ayant échappé au contrôle humain du plan projeté, il aurait pu être tout autre si les actions avaient été menées correctement. Aucun de ces faits ne se présente comme prédéterminé ou relevant du domaine de la nécessité historique. Au niveau du symbolique, le sens de l’histoire se révèle par la dimension «solaire» prêtée au sacrifice des héros. Même un personnage comme Blandan, discrédité par la décolonisation et «les sanglots de l’homme blanc»58, a pu apparaître comme un modèle exemplaire qui montre la barbarie des Arabes aux yeux des anciens coloniaux et, encore aujourd’hui, des Pieds Noirs. Enfin, la réappropriation de ces événements au cours de contextes historiques ultérieurs et tous assez semblables, où la civilisation est sensée affronter la barbarie, en fait de véritables «leçons», une morale de l’histoire à respecter et à reproduire. La convergence de ces divers points aux différents niveaux de la conscience historique nous autorise donc à conclure que nous tenons ici une véritable typologie historiographique.

Historiographique certes mais non pas historique; phénoménologique au niveau littéraire, mais événementielle au niveau empirique. Évitons de tomber dans le piège d’une conception cyclique de l’Histoire réglée par une succession de répétitions, conception qui n’est pas la nôtre. Cette typologie s’établit non dans les faits mêmes, qui ne sont pas des répétitions l’un de l’autre, mais dans la manière dont la conscience historique se structure autour de leur connaissance. Si la connaissance historique s’organise autour de l’unicité de l’événement, et considère le fait comme non reproductible, la conscience historique s’organise autour de la phénoménologie des catégories tirées de l’historiographie. La typologie histo-riographique démontre que les conceptions cycliques de l’histoire ne reposent pas tant sur l’information que sur la manière dont la conscience les organise au niveau de la représentation.

L’utilisation de rapprochements historiques est courante et il est dfficile de conclure présentement que tous ces rapprochements amènent à des typologies historiographiques. Comme nous l’avons vu en introduction, certains de ces rapprochements sont inadéquats. Pourquoi ne pas avoir inséré Little Big Horn ou la bataille des Plaines d’Abraham dans notre chaîne événementielle?59

Rappelons, pour terminer, que nous nous sommes limités à rassembler des faits établis dans la courte durée, des conjonctures plutôt que des structures. Ici aussi se pratiquent des rapprochements dont il serait important d’examiner la validité. Lorsque l’historien de l’économie Jacques Maillet parlait de la «féodalité égyptienne»60, ou lorsque Rafaël Karsten parle encore, quoique avec des guillemets, du «communisme» et du «socialisme» inca61, font-ils des rapprochements judicieux? Pourtant, le succès de ces rapprochements est indéniable, et aucun courant idéologique n’y échappe. La typologie historiographique peut donc s’établir partout. Nous en avons ici à peine exploré les bases…⌛

3 septembre 1988



1. A. Memmi, Portrait du colonisé précédé du Portrait du colonisateur, s.v., Jean-Jacques Pauvert, 1966, pp. 141-142.
2. J. Ganiage, L’expansion coloniale de la France sous la Troisième République (1871-1914), Paris, Payot, Col. Bibliothèque historique, 1968, p. 64, n. 1.
3. R. et M. Cornevin, Histoire de l’Afrique, vol. 1: des origines à la 2e guerre mondiale, Paris, Payot, Col. PBP # 158, 1964, p. 114. Cornevin parle de la Kahena comme de «la Jeanne d’Arc berbère».
4. E.-F. Gauthier, Le passé de l’Afrique du Nord, Paris, Payot, Col. PBP # 67, 1952, p. 259.
5. E.-F. Gauthier, ibid, p. 262. Ch.-A. Julien, dans son Histoire de l’Afrique du Nord, vol. 2: de la conquête arabe à 1830, Paris, Payot, Col. Bibliothèque historique, 1952, semble souscrire aux interprétations de Gauthier, pp. 20 à 22.
6. E.-F. Gauthier, ibid, p. 256.
7. T. B. Costain, cité in L. Groulx, Dollard est-il un mythe?, Montréal, Fidès, 1960, p. 49.
8. G. Sadoul, Dictionnaire des films, Paris, Seuil, Col. Microcosme, 1976, pp. 9-10. Sadoul semble commettre ici une confusion en liant l’affaire Blandan à Sidi-Brahim qui sont deux épisodes distincts de la conquête française de l’Algérie. Blandan est massacré en 1842 lors de la dévastation de la Mitidja tandis que l’affaire de Sidi-Brahim se déroule en septembre 1845.
9. Hérodote, L’Enquête, vol. 2 : Livres V à IX, Paris, Gallimard, Col. Folio # 2130, 1964, pp. 276 sq.
10. R. Rumilly, Histoire de Montréal, vol. 1: 1534-1760, Montréal, Fidès, 1970, pp. 127 à 131.
11. P. Vigier, La Monarchie de Juillet, Paris, P.U.F., Col. Que sais-je? # 1002, 1962, p. 105.
12. L. Groulx, op. cit., p. 18.
13. Hérodote, op. cit., (Livre VII, § 176), p. 263.
14. Cité in W. Lord, Alamo, Paris, Robert Laffont, Col. Ce jour-là, 1963, p. 71.
15. W. Lord, ibid, p. 72.
16. Sur l’oracle de la Pythie de Delphes, voir Hérodote, op. cit., (Livre VII, § 220, p. 283-284.
17. J.-P. Coupal, Pour la suite de l’histoire… tome 1, Montréal, 1996, p. 35 sq.
18. Si on en croit Hérodote, op. cit., (Livre VII, § 213, p. 280-281), Xerxès se demandait comment sortir de cet embarras lorsqu’un Malien, Ephialte fils d’Eurydèmos, vint le trouver dans l’espoir d’une forte récompense : il lui indiqua le sentier qui par la montagne rejoint les Thermopyles, et causa la mort des Grecs qui demeurèrent à leur poste. Par la suite Ephialte craignait la vengeance des Lacédémoniens et s’enfuit en Thessalie; mais, bien qu’il se fût exilé, lorsque les Amphictyons se réunirent aux Thermopyles, les Pylagores mirent sa tête à prix; plus tard il revint à Anticyre où il trouva la mort de la main d’un Trachinien, Athénadès…
19. L. Groulx, op. cit., p. 31 (texte citant Radisson et repris de Notre maître le passé, vol. 2, p. 45)
20. Cité in C.-A. Julien, Histoire de l’Algérie contemporaine, vol. 1: La conquête et les débuts de la colonisation (1827-1871), Paris, P.U.F., 1964, p. 288.
21. M. Éliade, Traité d’histoire des religions, Paris, Payot, Col. Bibliothèque historique, 1964, § 46, p. 134.
22. M. Éliade, ibid, p. 135.
23. Hérodote, op. cit., (Livre VII, § 225, p. 286 et p. 515 n. 245).
24. Cité in L. Groulx, op. cit., p. 46.
25. Cité in L. Groulx, ibid, p. 48.
26. L. Groulx, ibid, p. 49.
27. William Barrett Travis est bien le héros révélé par l’Alamo. Jim Bowie et Davy Crockett avaient déjà une légende d’aventuriers et de risque-tout derrière eux lorsqu’ils se portèrent à la défense de l’Alamo. «Travis était le prototype de ces individus venus refaire leur vie au Texas», écrit W. Lord (op. cit. p. 37). En cela, il est bien le pendant de Léonidas qui, avec les Thermopyles, «s’épargnait ainsi la honte dont l’eût couvert l’abandon du poste que sa patrie lui avait confié, et il revêtait même d’une gloire fort durable un nom jusqu’alors parfaitement obscur.» (P. Cloché, Le monde grec aux temps classiques (550-336 avant J.-C., Paris, Payot, Col. Bibliothèque historique, 1958, p. 23.) Dollard, pour sa part, «doit avoir quelque faute à racheter en France». (R. Rumilly, op. cit., p. 128). L’historien fait référence ici à un commentaire de Dollier de Casson qui parle de «quelque affaire qu’on disait lui être arrivé en France». Dans son pamphlet, Lionel Groulx essaie de nuancer, pour ne pas dire de neutraliser, le sous-entendu que cette allusion suggère (op. cit. p. 21).
28. C.-A. Julien, op. cit., 1964, p. 288.
29. W. Lord, op. cit., p. 11.
30. J.-P. Gaboury, Le Nationalisme de Lionel Groulx, Ottawa, P.U.O., 1970, p. 86.
31. J.-P. Gaboury, ibid, p. 86.
32. J.-P. Gaboury, ibid, p. 27.
33. L. Rolbert, «Camille Roy et Lionel Groulx : la querelle de “L’appel de la race” in Lionel Groulx 100e anniversaire de sa naissance 1878-1978, Revue d’Histoire de l’Amérique française, vol. 32, # 3. déc. 1978, p. 399.
34. J.-P. Gaboury, op. cit., p. 86.
35. In M. Filion (éd.), Hommage à Lionel Groulx, Montréal, Léméac, 1978, pp. 188-189.
36. R. Huyghe, Les signes du temps et l’art moderne, Paris, Flammarion, 1985, pp. 184-185.
37. L. Groulx, op. cit., p. 40.
38. R. Rumilly, op. cit., p. 129.
39. W. Lord, op. cit., p. 173.
40. W. Lord, ibid, p. 242-244.
41. W. Lord, ibid, p. 173.
42. P. Cloché, op. cit., p. 23.
43. Hérodote, op. cit., Livre VII, § 225, p. 286.
44. Cité in M. Filion, op. cit., p. 192.
45. W. Lord, op. cit., p. 246.
46. L. Groulx, op. cit., p. 14.
47. Sur les levées de fonds pour le monument à Dollard, voir. J. Lacoursière et H.-A. Bizier (éd.) Nos Racines, vol. 10, # 120, 1982, p. 2397. L’affiche, bien primitive en manière de propagande, est reproduite dans la même série, vol. 11, # 122, 1982, p. 2432, et dans l’article de R.-A. Jones, «La guerre, no Sir!,» in Horizon Canada, vol. 8, # 87, 1985, p. 2069. Elle est reproduite également (en noir et blanc) dans la planche hors-texte XXV de J. Hamelin (éd.) Histoire du Québec, Toulouse/Saint-Hyacinthe, Privat/Edisem, mais une erreur s’est glissée en l’attribuant à la Seconde Guerre mondiale (1942). Rappelons ce commentaire amer du chanoine Groulx : «Dollard! pour d’autres gens que vous savez, un héros, un nom prestigieux à brandir pour le recrutement des naïfs en temps de guerre. La guerre finie, une “veste de cuir” d’avant le temps, un “bandit” à renvoyer au bagne de l’Histoire. Phénomène, hélas, d’un peuple décadent que cet acharnement à salir son lit et à détruire sa propre histoire», in op. cit. p. 8. Le chanoine ramène ici une rancœur qui remonte à la Grande Guerre et qu’il joint aux brûlots que lui lançait régulièrement le docteur Ferron dans ses capsules journalistiques. Voir ses Historiettes, Montréal, Léméac, 1969.
48. Sam Hugues, ministre de la Milice dans le cabinet Borden (1911-1916) ne se gênait pas pour manifester son aversion envers les Canadiens français accusés du manque d’enthousiasme à s’enrôler pour la Grande Guerre.
49. Cité in W. Lord, op. cit., p. 227.
50 Y.-H. Nouailhat, Les États-Unis: l’avènement d’une puissance mondiale, 1898-1933, Paris, Editions Richelieu, 1973, p. 24.
51. Walter Lord est également l’auteur d’un livre sur Pearl Harbour, Robert Laffont, Col. Ce jour-là, 1958, 222 p.
52. Cité in L. Groulx, op. cit., p. 45.
53. L. Groulx, ibid, pp. 56-57.
54. W. Lord, op. cit., p. 203.
55. W. Lord, ibid, p. 225.
56. L. Groulx, op. cit., pp. 38-40.
57. La deuxième édition de l’Histoire des femmes au Québec du Collectif Clio, formé de quatre historiennes universitaires, contient une liste des 14 jeunes filles abattues à l’école Polytechnique de Montréal, le 6 décembre 1990. Cette liste évoque étrangement la fonction représentatrice de la liste des seize jeunes gens tués avec Dollard au Long-Sault!
58. Selon le titre d’un livre polémique de Pascal Bruckner, Le sanglot de l’homme blanc, Paris, Seuil, Col. L’histoire immédiate, 1983, 310 p.
59. L’épisode du Little Big Horn pourrait ressembler au Long-Sault, à l’Alamo ou à Beni-Méred, mais contrairement à ce dernier épisode, Custer ne fut pas surpris dans une embuscade. De plus, sa personnalité, vaniteuse et troublione, représente moins l’idéal propre à un héros solaire. Enfin, sa désobéissance aux ordres de son supérieur, le général Terry, son empressement à livrer bataille avant de faire jonction avec les deux autres unités de l’armée, ont précipité l’issue du désastre. Il ne faut pas confondre maladresse, malchance et témérité! On pourrait plutôt comparer Little Big Horn avec la bataille de Cannes, par exemple, quand, en 216 av. J.-C., Hannibal encercle et étouffe les armées romaines des consuls Paul-Emile et Terentius Varron, ou encore aux harcèlements du Lusitanien Viriathe contre les troupes d’occupation romaine. En ce qui concerne les Plaines d’Abraham, même si nous retrouvons le déséquilibre des forces en présence, la trahison d’un Français et la mort du héros, il s’agit plutôt d’un affrontement militaire tenu dans les règles contemporaines de la guerre. Aujourd’hui, un monument honore également Montcalm et Wolfe puisque vaincu et vainqueur sont tombés tous deux au champ d’honneur. Rien de vraiment comparable, tant par la logique que par le sens de l’histoire, au Long-Sault ou à l’Alamo… Une typologie dans laquelle on pourrait insérer les plaines d’Abrahan pourrait comprendre des événements comme la prise de Constantinople en 1453, le siège et la reddition de Pondichéry en Indes en 1761 ou encore la prise du fort américain Lee par les Anglais en 1776 après l’escalade d’une falaise abrutpe qui rappelle l’exploit de Wolfe à l’Anse-aux-Foulons.
60. J. Maillet, Histoire des faits économiques des origines au XXe siècle, Paris, Payot, Col. Bibliothèque historique, 1952, p. 42 sq.
61. R. Karsten, La civilisation de l’empire inca, Paris, Payot, Col. Bibliothèque historique, 1952, p. 106 sq.


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