L'ÂGE DU PRESTIGE § 2.
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Bibliographie et Table des Matières
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La relève de la ville. Lorsque les citoyens de Saint-Jean se réveillent, le matin du 19 juin 1877, après avoir célébré le premier anniversaire du Grand Feu, ils se retrouvent devant une nouvelle ville, prospère, où les cicatrices de la catastrophe sont effacées :
«Aujourd'hui la ville de Saint-Jean est pleine de vie et d'activité. Elle s'est revêtue d'ornements nouveaux. Les quartiers incendiés ne portent plus aucune trace du feu…Non seulement l’initiative personnelle a concouru à faire de notre ville ce qu’elle est aujourd’hui, mais aussi notre Conseil de Ville n’a reculé devant aucun sacrifice. Il a fait un emprunt de $ 60 000 pour subvenir aux améliorations voulues par le progrès du siècle, l’honneur de la ville et l’intérêt public. Il a élargi et prolonger la rue Richelieu pour en faire un vrai boulevard comparable à n’importe quelle rue d’aucune autre ville égale en population; il a assaini les rues, pour le bien-être de tous, en les sillonnant de canaux; il a fait d’immenses travaux pour relever la ville et donner du pain aux plus pauvres victimes de la conflagration…»[1]
«Le 30 juin 1876, le Conseil de Ville de Saint-Jean vote le règlement n° 44 concernant un emprunt de $ 60 000 pour fin de travaux publics et d’élargissement des rues.C’est ainsi qu’à cette même séance du Conseil de Ville, il sera "résolu unanimement que la rue Richelieu dans la Ville de Saint-Jean, soit élargie de 12 pieds à partir de sa ligne actuelle du côté ouest depuis son intersection au sud avec la rue Glass Factory (Boulevard Gouin) dans tout son parcours vers le nord.
Toujours cette même journée, le Conseil municipal adoptera le règlement n° 43 concernant la construction et la couverture des bâtisses, des manufactures et des clos à bois…Ce règlement n° 43 aura donc une portée directe sur les caractéristiques du nouveau type d’architecture que l’on érigera sur la rue Richelieu, après le feu de 1876. Ainsi, les nouveaux édifices devront dorénavant être recouverts dans des matériaux à l’épreuve du feu. Le bois ne trouvera donc plus sa place sur la rue Richelieu».[2]
D’après une vue aérienne de la ville datant de 1881, nous pouvons voir que les édifices de la rue Richelieu, particulièrement entre les rues Saint-Georges et Saint-Charles, sont tous construits sur le modèle de blocs de 3 ou 4 étages, en briques. Trois raisons peuvent être invoquées par les constructeurs de l’époque pour l’adoption d’un seul modèle de bâtiment : toutes ces bâtisses sont destinées au même usage, c’est-à-dire l’établissement de commerces; par les restrictions imposées par le règlement n° 43; l’efficacité et la rentabilité des édifices prévalent sur l’originalité des architectures. C’est donc à partir des constructions de 1876-1877 que le centre-ville, le Vieux Saint-Jean aujourd’hui, a pris sa configuration définitive. Les architectes montréalais Resther et Roy participent à la conception des plans des nouveaux édifices commerciaux de la rue Richelieu. Les rez-de-chaussée logeront des magasins arborant de grandes vitrines
surmontées d'auvents amovibles en toile rayée. Les
corniches à modillons et à consoles y seront proéminentes. Ces édifices,
premiers vestiges de l’architecture urbaine fonctionnelle, ont été déformés depuis
au niveau du rez-de-chaussée, mais ils conservent leurs particularités aux
étages. Les passants regardent les vitrines et non les corniches ou les toits à
mansardes. Les devantures de magasins se rénovent, se transforment au gré des
époques qui passent, mais la partie supérieure du bâtiment se modifie rarement.
Central
Vermont Railway, la ville a décidé d’ériger un parc public, le Parc du
Grand-Tronc, le 9 juillet 1906, il prendra le nom de parc Wilfrid-Laurier. Tout
près est édifié le Yacht Club, centre de récréativité pour toute une nouvelle
classe de parvenus de la cité. Une photo de l’époque nous montre le parc du
Grand-Tronc, des remises à bateau le long de la rive, de jeunes arbres
fraîchement plantés, des allées de terres convergeant vers un kiosque central.
Saint-Jean amorce sa Belle Époque.
Larocque est, pour sa part, composée de 2 immeubles : du 179 au 199 et du 184
au 190. Les suites McDohough et Molleur ont été démolies depuis. Ce plan
d’urbanisation est conforme à ce que l’on retrouve dans toutes les petites
villes nord-américaines. Aussi, à la fin du XIXe siècle, la rue Richelieu aura
retrouvé son dynamisme, se présentant comme l’artère commerciale non seulement
la plus importante mais aussi la plus diversifiée. C'est la rue
Sainte-Catherine de Saint-Jean. On y trouve entre autres les grands magasins,
les banques, la douane, le studio du photographe Israël Labelle, les bijouteries,
les cordonneries, des hôtels et des tavernes…
publics,
tel l'Hôtel Saint-Charles près du Canadien Pacifique. Ce dernier était surtout
fréquenté par les voyageurs qui devaient se rendre au Palais de Justice.
Construit à la fin du 19e siècle, l’Hôtel du Canada, au coin des rues Richelieu
et Foch, jouissait d'un certain prestige. Il appartenait à un certain E. Chénier. Cet
édifice apparaît dans les clichés photographiques au temps où il
était le plus fréquenté. On y voit des galeries bondées de monde sur la façade
avant donnant un coup d’œil sur le canal de Chambly, la rivière Richelieu et la
paroisse Saint-Athanase. L’un des plus fréquentés, il avait un service de
voitures tirées par des chevaux pour le transport des voyageurs vers l’une ou
l’autre des gares. En 1905, c’est le principal hôtel de la ville, contenant 32
chambres éclairées à l’électricité et offrant une cuisine excellente. Des
omnibus remplacent les voitures à chevaux. Devenu l'Hôtel Fontainebleu, le bâtiment fut
longtemps abandonné avant de tomber sous le pic des démolisseurs. L’Hôtel Saint-John’s (Hôtel Saint-Jean), édifié en 1877, rue Richelieu, servira également de terminus d'autobus à partir de l'Entre-deux-Guerres jusqu'à sa disparition lors d'une conflagration dont les causes sont restées suspectes. véritable palace qui recevait
les personnalités les plus importantes, et dont le terrain unissait la rue
Richelieu à la rue Champlain. Une photographie datant de 1910 nous le montre,
dans son ère de prospérité, quand «chevaux et automobiles se partageaient la
"grand-rue" encore ombragée de grands arbres…». Une explosion
suivie d’un terrible incendie, dont les causes sont demeurées suspectes, l’a
détruit dans le cours des années 1960.De même, bordée de résidences modestes, la Place du Marché se transforme totalement entre 1875 et 1885. Des spéculateurs remplacent les petites demeures par des hôtels et commerces plus grands et modernes. L’Hôtel National ainsi que la Taverne Poutré y verront le jour. Non loin de là, la gare du Canadien National, qui avait été construite en bois, est remplacée par le bâtiment actuel en 1891, selon un plan des ingénieurs du chemin de fer. Son état de conservation, son style néo-roman, le travail de ses briques et les ouvertures cintrées en font un édifice public de grand intérêt qui a souvent été à un doigt d’être démoli par les promoteurs immobiliers!
«Peu après l’aisance revint sous une autre forme : l’agriculture. Les terres fertiles du voisinage étaient déjà renommées pour leur fertilité. La culture et l’exportation du foin devint la richesse de Saint-Jean : les voisins en consommaient, dans les grandes villes, une énorme quantité. Il fallait nourrir des milliers de chevaux pour le trafic urbain et de belles récoltes de fourrage se vendaient au prix de 20 à 24 dollars la tonne de foin pressé. La richesse comme toujours avait encouragé la spéculation, et quand tous, même nos sages habitants, rêvaient de millions, en une année mémorable, Boston et New York adoptèrent la traction électrique et sacrifièrent des milliers de chevaux et le foin de la Vallée tomba à des prix dérisoires. Ce fut la plus cruelle épreuve que connurent les campagnes. La Banque de Saint-Jean, la Société de Construction, les meilleures courtiers en subirent des pertes tellement considérables que la ruine devint inévitable».[4]
«L’examen des chiffres montre comment la faible profondeur du canal Chambly, seulement 6,5 pieds, a fixé au tonnage maximal très bas comparativement aux canaux américains dont la profondeur atteignait 12 pieds.N’ayant pas été modernisé depuis son achèvement en 1842, le canal Chambly a vu son rôle progressivement réduit à une faible exportation de pâte à papier et de papier à journal».[5]
Chambly, d’immenses barges de bois venaient
rejoindre, à la hauteur de Saint-Jean, de puissants petits bateaux à vapeur
comme le Defender qui se chargeaient de les traîner jusqu’aux États-Unis».[6]
Trois de ces remorqueurs, dont le Robert H. Cook, muni de puissantes
machines, se chargent d’entraîner, par la rivière Richelieu et jusqu’au lac
Champlain, d’immenses barges souvent surchargées de bois venus des terres de
colonisation :«Le dernier de ces bateaux de touage dont le port d’attache
était situé à Saint-Jean, disparût en 1923 emporté par le progrès, le charbon
et la vapeur, le développement du transport routier…»[7]
Vers 1900, des bateaux rapides sillonnent le Richelieu : «Le bateau…
était mû par la vapeur. Il fallait 2 hommes pour le piloter; un au gouvernail,
situé en arrière, et un autre à la bouilloire, en l’occurence, le père de M.
(Eugène) Gervais. Il semble que cette embarcation ait été assez compliquée à
manœuvrer puisque M. Jos Gervais était ingénieur».[8] Dancing at the island.
«En fondant une manufacture de grès à Saint-Jean-sur-Richelieu en 1840, Moses Farrar et Isaac Newton Soule sont à l’origine d’une industrie céramique qui sera florissante et qui entraînera la fermeture des boutiques d’artisans de Saint-Denis-sur-Richelieu. Dix poteries seront implantées à Saint-Jean-sur-Richelieu et trois à Iberville. Après l’ouverture en 1852 d’un autre atelier par Moses Farrar et la fondation d’une seconde poterie de grès la même année, survient en 1873 l’implantation d’un quatrième établissement à Saint-Jean, soit St. Johns Stone Chinaware, dirigé à l’origine par George Whitfield Farrar et Edward C. MacDonald avec l’aide du potier William Livesley. L’usine, construite au coin nord-ouest des rues Saint-Georges et Laurier, amorce sa production en 1874. Les artisans du Staffordshire qu’engage alors St. Johns Stone Chinaware produisent de la vaisselle en terre cuite fine blanche, une première auCanada; il semble que des briques réfractaires, du grès et du Rockingham soient aussi fabriqués. Pope, un Américain, fabriquera des moules et coulera des pièces pour les Dion vers 1870. L’entreprise s’avère profitable, mais une crise économique puis le départ de Farrar et Livesley causent sa fermeture en 1877. Grâce à MacDonald, elle reprend toutefois ses activités dès l’année suivante, sous la raison sociale Dominion Pottery; la nouvelle firme emploie des artisans québécois et d’autres du Staffordshire. Quatre fours sont ajoutés aux deux d’origine. En 1884, en plus de pièces de vaisselle, la compagnie fabrique des articles de toilette. Quatre ans plus tard, neuf fours se distinguent à la manufacture : “trois fours à glaçure (pour le vernissage), trois fours à biscuiter (pour la première cuisson), un four à calciner et un four à fritter (pour les glaçures spéciales de frittage), ainsi qu’un four à émailler”. Edward MacDonald meurt en 1889; son frère Duncan, maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, prend alors la direction de l’usine. La production se diversifie alors par la construction d’un grand four : à la vaisselle et les articles de toilette s’ajoute la céramique sanitaire. L'usine brûle en 1893 et la production est transférée à la manufacture Dakin (l’ancienne
poterie de Farrar et Soule), achetée par MacDonald. La fabrique incendiée est reconstruite puis reprend la production en 1894; les pièces portent désormais la marque “IMPERIAL”. En 1887, MacDonald et son fils vendent leur compagnie à une société française. Les affaires périclitent et l’usine ferme en 1899. Parmi les autres manufactures de Saint-Jean-sur-Richelieu figurent celles de Joseph T. Hazen, fondée en 1869, et Deslauriers et Maillet (des potiers de Saint-Denis) établie en 1876, incendiée deux ans plus tard, reconstruite sous le nom St. Johns Rockingham and Yellow Ware Manufactory et à nouveau incendiée en 1884. Ont également existé une fabrique de terre cuite fine blanche, de Rockingham et de terre cuite fine jaune sur la rue Reine, la Caledonia Pottery (une manufacture de terre cuite fine blanche et de Rockingham) sur le boulevard Gouin, la Dominion Pottery à l’angle des rues St. James et Allen puis, à l’ouest du village, une briqueterie ultérieurement transformée en fabrique de tuyaux».[9]
L’industrie de la poterie parvenait donc à maturité, et l’établissement
MacDonald devint l’usine la plus connue de Saint-Jean : «Le corps principal
de la Fabrique de Vaisselle où doit commencer cette industrie toute nouvelle à
Saint-Jean se trouve au coin nord des rues Grant et Saint-Georges. Les murs
s’élèvent déjà à 7 ou 8 pieds et sur un espace de 120 pieds par 40. C’est là
seulement la façade de l’édifice; il comprendra 3 autres ailes de même
dimensions à peu près, le tout en brique, à 3 étages avec toit à mansardes.
Cette construction, la plus vaste après les Casernes, va coûter $ 16 000».[10]
Érigé en 1879, c’est bien à la suite de la faillite de la St. John’s
Chinaware qu’Edward MacDonald décide de continuer d’exploiter l’usine.
Cette entreprise fabrique des articles qui sont alors connus sous le nom de vaisselle
en terre de fer. En 1879, l’usine est agrandie et en 1881, 250 employés
travaillent pour les MacDonald. Cette famille est l’une des plus anciennes de
Saint-Jean. En 1884, le neveu d’Edward C, Alexander (Sandy) détient le tiers
des parts de l’usine. Les industries, comme les commerces de Saint-Jean,
relèvent tous d’une affaire familiale.
En 1888, l’usine possède 9 fours et près de 400 employés y travaillent.
L’année suivante, Edward C. MacDonald père meurt et l’usine est prise en charge
par le père de Sandy. En 1893, elle est la proie des flammes. Nous avons conservé des photos étonnantes de cet incendie. Les employés
reprennent le travail 4 jours plus tard, dans une autre bâtisse que les
MacDonald viennent d’acheter. Entre 1896 et 1897, des difficultés financières
obligent les MacDonald à
se départir de leur usine. Les nouveaux propriétaires
sont des Français et l’usine porte le nom de Compagnie de Faienceries du
Canada. Deux ans plus tard, la production cesse. En 1902, Sandy vend sa
petite poterie (l’ancienne poterie Farrar) à un New-Yorkais et 3 ans plus
tard, en 1905, Sandy meurt à son tour.
couleurs, petites rosettes dorées,
fleurs, papillons ou insectes. La compagnie offre aux propriétaires
d’hôtels, de bateaux à vapeur ou de train de la vaisselle particulièrement
solide. Sur commande, les MacDonald peuvent très bien exécuter des motifs
bien particuliers. Les potiers se servent de 2 sortes de pierre : l’une grise,
importée de France, et l’autre blanche et molle en provenance d’Angleterre.[12]
Relevons que les MacDonald se sont quand même risqués à des expériences de
fabrication de porcelaine sans être totalement parvenus aux produits qu’ils
recherchaient.
9- Le complexe Standard Drain Pipe (1884-1912) et
Standard Clay Preducts (1912-…) situé sur un terrain vague entre la rue
Saint-Jacques et la voie du Central Vermont Railway, à l’ouest du Boulevard du
Séminaire actuel.«C’est aux environs de 1893, que la première pièce de céramique sanitaire jamais utilisée au Canada fut importée par Thomas Robertson & Co Limited, de Montréal, de leurs associés à Glasgow. Cette pièce de faïence était appelée bol à couronne et elle était simplement un bol rond, avec un rebord de submersion ouvert, qui pouvait être raccordé à une trappe sinueuse visible, soit en grès, soit en métal. Feu monsieur J. M. Wilson, gérant de la Maison Thomas Robertson & Cie se mit en rapports avec feu M. Henderon Black qui s’était toujours intéressé aux diverses poteries de St-Jean, en ce qui concernait les possibilités d’y manufacturer ces bols à couronne. Le résultat de leurs pourparlers fut que la fabrication de la céramique sanitaire commença à St-Jean et la vaste entreprise moderne actuelle se développa de ce modeste début».[13]
Prolétarisation et début du mouvement ouvrier. Alors que la vie de la bonne bourgeoisie johannaise peut s’identifier à l’idée que l’on se fait du bonheur, une bonne partie de la population vit des moments difficiles. Nous ignorons tout de la vie des ouvriers de Saint-Jean à la fin du XIXe siècle, et si ce n’était de l’article de Denise Vallée, paru dans Le Canada-Français le mercredi 9 juillet 1980, nous en saurions encore moins. Ce que nous révèle cette analyse faite à partir du recensement de 1871 nous apprend que sur une population de 1 025 individus, les journaliers sont au nombre de 156, soit 15,2% de la population active; 94% sont des hommes et 89% des Canadiens-français. La moyenne d’âge du journalier est de 39 ans, 76% sont mariés et 95% de religion catholique. «Le foyer du journalier était composé en moyenne de 6 personnes, dont 4 enfants, 75% de ces enfants étaient des nouveaux-nés ou des enfants de bas âge». De plus, «la condition intellectuelle était déplorable. Plus de la moitié des journaliers étaient analphabètes et, de ce nombre, la moitié encore avaient une épouse également analphabète. Presque tous ces analphabètes étaient des Canadiens-français».[14] D’autres informations nous apparaissent judicieuses. D’abord, la misère relative de l’ouvrier francophone, pratiquant un type d’emplois imposé par son analphabétisme, emplois strictement manuels et non-spécialisés. Sa femme ne travaille pas et ses enfants sont trop jeunes pour rapporter un salaire. S’ils fréquentent l’école, ce n’est que pour apprendre les rudiments de la lecture, de l’écriture et du calcul. Les mariages s’opèrent dans le groupe homogène de sorte qu’époux et épouse sont tous deux pauvres, analphabètes, canadiens-français, etc.
d’un
cultivateur de L’Acadie et membre d’une famille de 10 enfants, il a fait ses
études dans son village natal où il a fini par devenir instituteur. Enseignant
à Saint-Valentin, le village de François Bourassa, il convoila en justes noces
et eut son unique fille qui épousera, à Saint-Jean, le 11 juillet 1878,
l’avocat Philippe-Honoré Roy, futur député du comté entre 1900 et 1908. Molleur
s’initia aux affaires en spéculant sur les terres agricoles de la région
d’Henryville (1863). Jusqu’en 1865, date où il vient s’établir à Saint-Jean, il
s’occupait surtout d’acheter plusieurs terres, par contrats à réméré, qu’il
revendait ensuite avec profits. Il commença sa carrière politique en étant
marguillier, puis conseiller municipal, enfin en 1867 il se fait élire à
l’Assemblée législative pour le comté d’Iberville. Ce libéral siègera 13 ans
dans l’opposition sur les 14 qu’il passera au Parlement. Dès la première
session, il propose un projet de loi relatif aux voitures pour les chemins
d’hiver qui ne sera adoptée qu’en 1869. Molleur se retire de la politique en
1881 afin de mieux se consacrer à sa carrière de financier. C’est l’une des
forces de la Banque de Saint-Jean d’avoir toujours été intimement liée avec les
milieux politiques, ce qui devait d’ailleurs causer sa chute dramatique. Moins
extraverti que son collègue de Saint-Jean, la carrière politique de Molleur
apparaît modeste, mais sa réputation locale demeure. Inquiet par la forte
poussée d’émigration des Canadiens-français vers les villes industrielles du
Nord-Est des États-Unis, le député Molleur, partisan d’un tarif
protectionniste, proposait d’ajouter à cela des primes pour les industries
québécoises, s’opposant ainsi à la politique «agriculturiste» et de
colonisation des gouvernements conservateurs successifs. Pendant plusieurs
années, il est l’un des administrateurs de la Canada Agricultural Insurance
Company. En 1868, lui-même et neuf autres notables de Saint-Jean, dont
Marchand, forment la Société permanente de construction du district d’Iberville
: «Fondée à Saint-Jean le 26 décembre 1868, la Société permanente de construction du District d’Iberville eut pour principaux fondateurs Louis Molleur, alors député d’Iberville, Félix-Gabriel Marchand, notaire et député du comté de Saint-Jean, Thomas-Robert Jobson, notaire; Eugène Archambault, notaire; Joseph L’Écuyer, notaire; Charles-Joseph Laberge, avocat; Alfred-Napoléon Charland, avocat; Joseph-Pierre Carreau, avocat; Joseph Selyme Messier, avocat; Émilien-Zéphirin Paradis, avocat et quelques autres.Le but de cette société selon les termes même de la charte octroyée par Québec le 24 décembre 1872, était "d’aider ses membres et autres personnes ayant besoin de logements, à acquérir des propriétés, et de leur faciliter le moyen de les acquérir».[18]
«La viabilité de la Banque de Saint-Jean est incertaine à ses débuts à cause également de problèmes reliés à ses actionnaires. Pour qu’une banque puisse commencer ses opérations, son capital souscrit doit être de $ 500 000 dont $ 100 000 doivent avoir été versés; de plus, il est normal que le Conseil du trésor fédéral étudie la liste des actionnaires proposés avant d’autoriser une banque à ouvrir ses portes. La Banque de Saint-Jean tente pour la première fois, en juillet 1873, d’obtenir cette autorisation en soumettant une liste d’actionnaires. Cette liste ne comporte que neuf actionnaires qui, ensemble, souscrivent $ 540 000 en actions bancaires, dont une valeur de $ 479 000 est acquise par la Société Permanente de Construction du District d’Iberville. On peut se demander comment une société de construction dont le propre capital versé ne s’élevait qu’à 127 000 et dont l’actif total se chiffrait à moins de $ 250 000 a pu faire un tel investissement, mais la capacité financière de cette société importe probablement moins que le fait que sept des neuf fondateurs de la Banque de Saint-Jean, y compris Molleur, étaient aussi des administrateurs de la société de construction. De toute façon, le Conseil du trésor fédéral voit d’un mauvais œil qu’un actionnaire corporatif détienne 90% des actions bancaires, et la liste est rejetée».[19]
souscrites
par des gens de bonne réputation financière tandis que les autres $ 185 400,
soit 36% du total, devaient devenir la propriété de particuliers dont les
affaires étaient "douteuses ou mauvaises"».[20]
Quoi qu’il en soit, la Banque finit par recevoir son certificat l’entraînant à
commencer ses opérations, ce qui veut dire, également, le droit d’émettre du papier-monnaie, ce qui est courant à l’époque, et ce, sans que le gouvernement n’ait pris la peine de
s’assurer que les $ 100 000 du capital de la Banque ait été versés en espèces
avant l’ouverture de la Banque. Le jugement de Rudin est impitoyable :«La Banque de Saint-Jean est issue en grande partie de la volonté de quelques opportunistes de la région d’obtenir une charte bancaire pour servir leurs propres intérêts…, les marchands locaux manifestaient peu d’intérêt pour sa fondation, et elle converge ses opérations avec un capital versé inférieur à ce qu’exigeait la loi».[21]
«La malchance qui semble poursuivre la Banque de Saint-Jean depuis ses débuts persiste lorsque cette dernière commence ses opérations en octobre 1873. À l’occasion du premier anniversaire de la banque, le Monetary Times publie une lettre anonyme qui dit : "Je désire attirer votre attention sur les rapports que la Banque de Saint-Jean a fournis au vérificateur général pour le mois de juin (1874). Étant donné qu’elle (la banque) n’existe que depuis un peu plus de neuf mois, qu’elle a répondu aux attentes de ses actionnaires en leur versant deux dividendes de 8% par année, et qu’elle n’a pas encore présenté au public son rapport annuel, vous conviendrez avec moi qu’il faut jeter un peu de lumièresur ses affaires". Le correspondant fait aussi remarquer que les prêts de la banque s’élèvent à $ 232 000 dont la plus grande partie "a été consentie aux administrateurs pour les aider à payer leurs actions et faire de la spéculation dans le domaine immobilier à Montréal" Quelques années plus tard, la banque fait l’objet de plaintes à propos du mystère qui entoure ses opérations. Elle n’a jamais publié régulièrement son rapport annuel, et il semble même qu’aucun compte rendu des réunions des administrateurs n’ait été rédigé afin qu’on ne puisse trouver aucune trace des décisions prises».[22]
«Après l’incendie, elle acheta un autre lot adjacent de monsieur William Coote par acte passé le 24 août 1876, et elle se construisit son nouvel immeuble. C’était pour le temps un bureau de banque très imposant : deux bureaux privés, deux voûtes, fixtures en merisiers et chauffage central. Les deux étages du haut étaient réservés à la résidence du gérant et sur la couverture il y avait un cadran extérieur. Dans la cour il y avait aussi une écurie et remise pour les chevaux et la voiture du gérant. Pendant la construction du nouvel immeuble de la banque on se logea dans une maison située angle sud-est des rues Jacques-Cartier et Saint-Charles.Dix ans plus tard, nous constatons qu’il se passe un événement pour le moins assez curieux, puisque la banque vendit alors son immeuble à la Banque du Peuple par acte passé le 11 avril 1886, prix $ 14 000».[23]
«La Banque de Saint-Jean n’aurait peut-être jamais dû voir le jour. À ses débuts, en 1873, son capital se trouve probablement inférieur aux exigences de la loi et elle est située dans une ville à l’économie stagnante, qui ne progressera guère au cours des trente-cinq années qui suivront. En effet, la ville ne réussit à attirer aucune industrie digne de mention avant l’arrivée, juste après le tournant du siècle, de l’usine de machines à coudre Singer. Elle ne se distinguera jamais non plus comme centre agricole. Par conséquent, en 1901, la population dépasse à peine 4 000 habitants à Saint-Jean, soit 15% de moins qu’en 1891. Dans de telles conditions, il aurait été souhaitable que la banque mette lentement fin à ses opérations, en incommodant le moins de gens possible, ce qui ne fut malheureusement pas le cas.
En émettant des billets dont l’illégalité est incontestable en raison de la nature douteusede son capital versé, la banque fait suffisamment d’affaires pour survivre à la dépression des années 1870 et va même jusqu’à afficher des profits respectables au début des années 1880. En 1884, elle est même parvenue à se constituer un fonds de réserve de $ 10 000. La récession de 1885 la frappe toutefois durement, et durant la décennie qui suit, il semble qu’elle se dirige lentement vers la faillite. Au cours de cette même période, on réussit seulement deux fois à verser
un dividende supérieur à 2%. En outre, les billets en circulation diminuent de 80%, les dépôts de 70% et l’actif total de 40%. En 1883, Le Moniteur du Commerce décrit comment "cette banque continue graduellement à descendre de la scène (…) Il n’y a pas à Saint-Jean les éléments d’une banque; celle-ci n’était pas née viable; et à vrai dire, elle n’a jamais été qu’une ombre de banque. Grâce à l’exiguïté de ses opérations elle ne fait que peu de risques, et nous croyons qu’elle se tirera d’affaires sans faire perdre personne". Le ministère des Finances ne fait pas non plus grand cas de la disparition de la banque. Le sous-ministre écrit, en 1893, que pour effectuer ses opérations, "celle-ci dispose d’environ $ 62 000 provenant des dépôts du public qui, manifestement, manque de confiance dans cette institution»[24]
«La faillite de la Banque du Peuple, en 1895, retarde la fermeture prématurée de la Banque de Saint-Jean. En effet, la première a, selon toute vraisemblance, contribué à la diminution des activités de la Banque de Saint-Jean, entre 1885 eet 1895, en faisant circuler des billets de banque et en recueillant des dépôts dans toute la région. Au moment de sa disparition, la Banque du Peuple compte $ 375 000 en dépôts provenant de sa succursale de Saint-Jean et du village voisin de Saint-Rémi, mais en fermant ses portes, elle offre soudainement à la Banque de Saint-Jean un marché potentiel. En juillet 1895, mois de la fermeture de la Banque du Peuple, la Banque de Saint-Jean augmente de 50% la valeur de ses billets en circulation et, au cours de l’année, ses dépôts s’accroissent du même pourcentage. Elle fait même l’acquisition de l’immeuble de son ex-concurrente à Saint-Jean, afin d’agrandir son siège social».[25]
«Les fonds recueillis par la banque auprès du public semblent servir surtout les divers intérêts de P.-H. Roy, son deuxième président. Au cours du dernier quart du 19e siècle, la banque est gérée par un petit groupe de commerçants et de membres des professions libérales de la région, francophones pour la plupart, avec à leur tête Louis Molleur, depuis longtemps député libéral à l’Assemblée législative. Molleur est l’unique président de la banque jusqu’à ce que Roy, son gendre, lui succède en 1904, ce qui fait dire au Monetary Times que la banque est une "affaire de famille". Mais l’association de Roy, avocat montréalais et député libéral à Québec, avec la banque date d’avant la période où il exerce ses fonctions de président ou même sa première élection comme administrateur en 1902. Dans les années 1880, il détient 200 des 5 000 actions de la banque, puis 850 en 1893 et 1 063 en 1895. En comptant les 250 autres actions achetées par sa femme, on peut dire qu’en janvier 1896, Roy est le principal investisseur de la bnque de Saint-Jean au moment du regain d’activité provoqué par la disparition de la Banque du Peuple. À l’image de William Weir qui compose à son gré le conseil d’administration de la Banque Ville-Marie, Roy invite ses amis, en général des Montréalais, à venir partager les profits de l’institution. Ainsi, en 1908, les Montréalais détiennent la majorité des sièges au conseil d’administration, et la même année, Roy se met encore plus à l’abri des ingérences, en se nommant directeur général».[27]
«Roy repousse les intérêts locaux et administre la banque en ayant comme seul objectif son propre profit. Vers la fin des années 1890, il se sert du fait qu’il détient la majorité du capital de la banque pour obtenir du financement en vue de la construction du chemin de fer de la Vallée Est du Richelieu dont il est le président fondateur. Le chemin de fer atteindra presque la frontière américaine à partir d’Iberville située de l’autre côté du Richelieu, en face de Saint-Jean. On obtient la charte en 1891 et il est achevé en 1898. La banque accorde finalement un prêt de $ 350 000 pour le chemin de fer, mais rien ne prouve que cet argent ait jamais été remboursé. La banque n’a jamais non plus rendu compte de cette dette en souffrance dans ses rapports mensuels au gouvernement. À d’autres moments, Roy et ses amis s’approprient des fonds sans même simuler l’octroi d’un prêt. Peu après l’interruption des activités de la banque, un représentant du ministère fédéral de la Justice fait remarquer : "Durant douze ou quatorze ans, peut-être plus, Roy a retiré les fonds de la banque pour les utiliser dans son propre intérêt en escomptant des effets sans valeur autorisés par ses administrateurs. Les autres administrateurs et dirigeants semblent avoir été ses marionnettes mais certains, les premiers du moins, trouvaient leur propre intérêt dans les machinations de Roy. Il s’ensuit que $ 650 000 sont effacés du prétendu actif de la banque (de près d’un million de dollars). (…) Dix jours à peine avant l’interruption des activités de la banque, soit le 18 avril 1908, Roy a retiré $ 10 000 en espèces.
Roy, et Molleur avant lui, met la banque à l’abri des soupçons et maintient les dépôts dans la chambre forte en versant des dividendes respectables de 6%, de 1900 à 1906. Le public croit que ceux-ci sont payés à même les profits, mais personne ne peut en être sûr puisque la banque ne publie plus depuis longtemps ses rapports annuels. Toutefois, à la lumière de révélations subséquentes au sujet de la véritable valeur de l’actif de la banque, il est peu probable que les bénéfices aient servi à payer les dividendes. Ils ont plutôt été versés à même les dépôts, à la grande satisfaction de Roy et de ses amis».[28]
«Les dirigeants réussissent si bien à dissimuler leur jeu que la cessation des activités, en avril 1908, semble être causée tout simplement par la concurrence des banques plus importantes. Les déposants ne viennent donc pas assiéger les guichets. Par ailleurs, Le Moniteur du Commerce souligne que "cette liquidation (était) purement volontaire". En apparence, cela est vrai. Ni le gouvernement fédéral ni l'Association des banquiers canadiens ne semble [sic!] avoir poussé la banque à fermer ses portes, ce qui en dit long sur leur rôle de gardiens des fonds publics. Roy a sans doute jugé qu'il avait soutiré tout ce qu'il pouvait et qu'en mettant fin de plein gré aux activités de l'institution, il gagnerait la faveur des représentants fédéraux. Mais ses suppositions se révèlent complètement fausses. En effet, la banque ferme ses portes le 28 avril; le 12 mai, les administrateurs entament les procédures de liquidation et, au mois de juillet, Roy accusé d'avoir falsifié des rapports destinés au gouvernement, doit subir une enquête préliminaire. Toujours aussi rusé, il fait retarder le procès jusqu'en mai grâce à une série de requêtes pour changement de juridiction. Après l'ouverture du procès Toutefois, il peut difficilement empêcher la présentation de preuves accablantes contre lui, comme l'encaissement de billets sans valeur représentant au total près de $ 575 000. Roy veut mettre fin au procès et tente de se suicider mais il ne réussit qu'à s'infliger une blessure au pied et le procès se poursuit. Il est condamné à cinq ans de réclusion, et il mourut en prison en 1910».[29]
Cette fin pathétique de la première dynastie de banquiers de Saint-Jean
révèle surtout le fait que les activités économiques de Saint-Jean restaient
précaires. Prestige n’est pas synonyme de richesse. Molleur n'avait qu'une
expérience de petit spéculateur de terrains. La plupart de ses entreprises
commerciales, comme la Société manufacturière ou la Compagnie de l'Aqueduc,
étaient mal gérées et poussées à la faillite. C'était insuffisant pour en faire
un président de banque. Ses associés étaient pour la plupart des notaires comme
Marchand ou Jobson qui pouvaient placer des petites sommes pour en rapporter
des intérêts, mais, là encore, cela ne faisaient pas d'eux des experts en
finances. Bref, la grandeur de l'entreprise n'était pas à la portée de leurs
compétences. Avec Roy, la tentation de profiter de positions privilégiées aux
niveaux politique et social fit le reste :«Tandis que Roy manœuvre pour éviter sa peine, et que les quelques actionnaires solvables font tout en leur pouvoir pour échapper à leur double responsabilité envers les créanciers, il devient de plus en plus évident que les déposants de la Banque de Saint-Jean n’obtiendront que très peu des $ 360 000 qui leur sont dus, si jamais ils obtiennent quelque chose. [Certains actionnaires [tentent] d’échapper à leur double responsabilité en prétendant que la banque n’avait jamais eu d’existence juridique en raison de la nature douteuse de son capital versé.] La Banque a recueilli ses fonds auprès de Québécois francophones qui ont également contribué au financement des opérations de banques canadiennes-françaises de Montréal et de Québec, mais une fois les créanciers privilégiés remboursés, il reste bien peu d’actif à partager entre les déposants. De nombreux habitants de Saint-Jean et de Saint-Rémi, qui ont déjà perdu une partie de leurs économies par suite de la fermeture de la Banque du Peuple, voient alors s’envoler la plupart de celles-là avec la liquidation de la Banque de Saint-Jean».[30]
«Sans doute faut-il commencer par remettre sur pied les compagnies défaillantes. L’activité du chantier de Sorel, stimulé par Tarte et maintenue par Préfontaine, ne procure pas à la ville et à la région tout le bénfice espéré, faute d’un bon service ferroviaire. Au vieux chemin de fer des comtés unis, d’Iberville à Sorel, s’est ajouté le chemin de fer de la rive sud, parti de Saint-Lambert et qui devait atteindre Lévis - mais n’a jamais dépassé Sorel. De son côté, Philippe-Honoré Roy, député de Saint-Jean à la Législative, a construit le chemin de fer de la vallée est du Richelieu, d’Iberville à la frontière américaine. Ensemble, ces 3 lignes formeraient un réseau reliant Sorel, son port, son chantier, aux réseaux américains. Séparément, elles végètent. La Banque de Saint-Hyacinthe, dans une certaine mesure banque des Dessaules, beaux-parents de F.-L. Béique, est créancière du chemin de fer des comtés unis. La Banque de Saint-Jean, dans une certaine mesure banque de Philippe-Honoré Roy, est créancière du chemin de fer de la vallée est du Richelieu. Les 3 lignes se sont placées sous la juridiction de la Commission des chemins de fer. F.-L. Béique, avocat de la banque de Saint-Hyacinthe, la plus lourdement engagée, cherche à les faire acheter par le Pacifique-Canadie ou par le Grand-Tronc».[33]
Les maires de la Ville pour la période concernée
sont des gens que nous avons déjà rencontrés dans le milieu des affaires.
Qu'ils soient industriels comme Duncan MacDonald ou commerçants prospères comme
Wilfrid Brosseau, ils ont tous à cœur le développement des affaires de la ville
qui servent aussi leurs intérêts. John Rossiter avait
dû gérer les lendemains du Grand Feu et son dynamisme à reconstruire
Saint-Jean est remarquable. Il réorganisa également le service d'incendie que
Démaray avait installé en érigeant la place de la pompe, cet édifice qui
prolonge la Place du Marché sur la rue Longueuil. On remarque toujours les
vestiges de ce premier poste de pompier : un endroit sur la toiture servait de
séchoir pour les boyaux d'arrosage, quelques cellules au sous-sol, car le poste
d'incendie servait aussi de poste de police. L'édifice réaménagé est inauguré
le 28 janvier 1877. La ville aura désormais son département de feu et une
compagnie de sapeurs pompiers.«La destinée de cet édifice ne fut cependant pas longue. Une trentaine d'années après son érection, les plaintes répétées du maître de poste et des citoyens de Saint-Jean motivent la construction d'un nouveau bureau de poste. En effet, 18 060 lettres étaient alors acheminées quotidiennement grâce au service de la poste auquel était réservé une superficie de 12 pieds par 36 pieds. Vue l'insuffisance des locaux, un nouveau terrain fut acheté le 5 septembre 1904… En 1905 on démolissait donc le premier bureau de poste pour le remplacer, en 1906, par un nouvel édifice».[34]
1889. On l’a vu, tous ces maires
sont étroitement liés au développement commercial et industriel. Sous le mandat
de MacDonald, la ville accueille sa seconde voie ferrée et le réseau
téléphonique. Wilfrid Brosseau, le patriarche d’une longue lignée qui se
perpétue encore de nos jours, est élu maire en février 1889 jusqu’en 1891. Un
article de Gabriel Marchand nous dit qui fut Wilfrid Brosseau : «Sur la même
rue Richelieu, l’on trouve un autre de nos concitoyens, M. W. Brosseau qui,
depuis 25 ans, dirige avec une prospérité toujours croissante l’un des plus
jolis magasins de marchandises sèches de Saint-Jean. Pendant les six dernières
années, M. Brosseau a fait annuellement pour $ 60 000 d’affaires. Il est l’un
des pères de la cité depuis 8 ans».[35]
Joseph-Émery Molleur devient maire de février à avril 1891. C’est un cousin
éloigné de Louis Molleur, fondateur du journal Le Courrier de Saint-Jean qui
se veut la voix conservatrice dans le comté. Il ne reste maire que seulement 2
mois. Joseph-Abraham Lomme complète son mandat jusqu’en février 1893. James
O’Cain revient pour la seconde fois maire en février 1893, puis Joseph-Émilien
Hébert en février 1897 et Joseph-Émery Molleur, un self made man pour
employer l’expression de Gabriel Marchand, revient en février 1899. Amable
Bisaillon lui succède en février 1901 jusqu’en février 1903 lorsque Charles
Robert Cousins prend la relève.
Bourassa, Béchard, Tarte. Si Bourassa se maintient à
la Chambre des Communes, c’est moins parce que le Parti Libéral l’aime que
parce qu’avec lui, il est certain de remporter le comté à toutes les élections.
Afin de soustraire un comté libéral à la Chambre des Communes, les
conservateurs fusionnent les comtés de Saint-Jean et d’Iberville pour n’en
faire qu’un en 1896. Bourassa céde alors sa place à son collègue Béchard, se
retire sur sa terre de Saint-Valentin et y meurt un an plus tard. Durant 42
ans, il avait été pour les Johannais ce député intègre qui allait défendre
leurs intérêts à Ottawa. François Béchard (né en 1830) passa plusieurs
années aux États-Unis, dans l’Illinois, où il épousa Mary Elisa, fille de
William Townshend de Chicago. Revenu à Saint-Grégoire, son village natal, il se
fit instituteur, puis fut élu maire du village. Major de la Réserve militaire
d’Iberville, à la création de la Confédération il se porte candidat au
poste de
député fédéral. Poste qu’il devait occuper pendant 29 ans! Élu par acclamation
en 1867, 1872, 1874, 1878, au retrait de Bourassa, il brigue la députation pour
les deux comtés rouges. En mars 1896, Béchard s’oppose à la «Loi réparatrice»
du gouvernement conservateur en vue de compenser le problème des Écoles du
Manitoba qui coûta le siège à Wilfrid Laurier. Mais les Libéraux, formant
désormais la majorité après l’élection de 1896, hissent Béchard au Sénat afin
de libérer un comté pour Israël Tarte candidat malheureux dans Beauharnois. Ce
transfuge du Parti Conservateur fit grogner quelques vieux rouges du
comté. Laurier réservait le Ministère des Travaux publics à Tarte, il lui
fallait donc un comté sûr pour le faire élire. Tarte fit campagne dans le comté
de Saint-Jean-Iberville en avertissant les électeurs qu’il ne suffisait pas
d’avoir envoyé un gouvernement libéral à Ottawa qu’il faudra, dans 6 mois,
porter Marchand au pouvoir à Québec. C’était mener deux campagnes en une! Tarte
promit la réfection du quai de Saint-Jean, la construction d’un quai à
Iberville, d’un quai à Saint-Blaise, d’un quai à Sabrevois, un autre à
Saint-Paul de l’ïle-aux-Noix afin de faciliter l’expédition du foin aux
États-Unis. Tarte est élu par acclamation le 5 août 1896. Il réalisera au moins
ses promesses. Tarte se désistera pour l’élection de 1900 où le libéral
Louis-Philippe Demers, avocat, est élu. Peu après, Tarte retournera à ses
anciennes amours, c’est-à-dire le Parti Conservateur
encouragent
Charles Arpin à se présenter. Mais la popularité de Marchand est indéfectible
et Arpin se retire. En 1885, l’affaire Riel permet à une coalition de libéraux
et d’ultramontains - les castors - de former le Parti National. À
l’élection de 1886, Marchand recueille des appuis auprès de M. Clayes de
Bedford, de François Bourassa, d’Alexis-Louis Demers député provincial
d’Iberville et son fils, Louis-Philippe, futur juge et député fédéral de
Saint-Jean-Iberville ainsi que du jeune Raoul Dandurand, son gendre. Les
Conservateurs parachutent un candidat, avocat à Montréal, Louis-Philippe
Pelletier. Pelletier est un pur inconnu pour les gens du comté. Il reçoit bien
l’appui des conservateurs du coin : les frères John et Henderson Black, Charles
Arpin et E.-R. Smith, propriétaire du News. Peines perdues. Le 5 octobre
1886, Honoré Mercier, candidat Libéral-National au poste de Premier ministre,
est reçu avec enthousiasme à la gare de Saint-Jean. Deux jours plus tard, sur
la Place du Marché, devant un attroupement de 1 200 à 1 500 personnes, Marchand
prononce un discours appuyé par Philippe-Honoré Roy, François Béchard, député
fédéral d’Iberville, Louis Molleur, ex-député provincial du même comté et
Thomas Roy père, maire de la paroisse de Saint-Jean-l’Évangéliste. Le jours des
élections, Marchand l’emporte sur son adversaire 888 contre 600, mais le
gouvernement échappe de peu à Mercier. Les Conservateurs remportent une
victoire à la Pyrrhus. Les déchirements sont trop grands. Un premier duel
montre sa fragilité. Dès les lendemains de l’élection de 1886, un duel oppose
Mercier à Taillon, nouveau Premier ministre, autour du choix de l’Orateur de la
Chambre. Taillon propose Faucher de Saint-Maurice tandis que Mercier pousse
Marchand de l’avant :«C’était un bon choix puisque Marchand, ancien ministre du cabinet Joly, et député depuis 1867, était très au courant de la procédure parlementaire. Faucher de Saint-Maurice fut battu par 36 voix contre 26; et Marchand élu par 35 voix (lui-même s’abstenant) contre 27. Quand le greffier remit à Marchand la sonnette traditionnelle, les députés de l’opposition (les libéraux) se livrèrent à une expresion de joie qui gagna les galeries».[36]
«C’est ainsi que, grâce à son député, la Ville de Saint-Jean reçut la concession d’un superbe terrain d’une valeur de $ 2 000.00 qui fut converti en parc public et baptisé Parc Marchand. L’Hôpital de Saint-Jean pour sa part reçut une subvention spéciale de $ 500.00. Marchand s’occupa également de faire réparer le Palais de Justice de Saint-Jean, négligé par les gouvernements conservateurs, au coût de $ 13 000.00.
Marchand s’employa de plus à faire octroyer une indemnité de $ 3 500.00 aux victimes du grand incendie qui avait dévasté le centre-ville de Saint-Jean en 1876, et à subventionner la Société d’agriculture du comté par le versement de $ 2 200.00. D’autres montants furent aussi distribués pour des travaux de voirie ou d’égouttement des terres, soit $1 500.00 pour un pont de fer à Saint-Luc et $ 4 500.00 pour le creusement de la rivière Lacolle, afin de récupérer de 6 000 à 8 000 arpents de terre jusque là inutilisés».[37]
Lajeunesse) à venir s’asseoir près
de lui pour assister à une partie de la séance de la Chambre (à une époque où
les femmes n’ont ni le droit de vote ni la possibilité d’être candidates).
Marchand est réélu alors que le Parti National a implosé et est redevenu le
Parti Libéral. Marchand avait comme adversaire le Conservateur local,
Antonin-David Girard. Marchand est réélu au Siège d’Orateur jusqu’à la fin de
la session en décembre 1891. C’est alors qu’éclatait le Scandale du chemin de
fer de la Baie des Chaleurs qui éclabousse tout le gouvernement Mercier et en
particulier son chef. C’est alors que Marchand prend ses distances vis-à-vis de
Mercier : «Marchand lui-même, à Saint-Jean d’Iberville, sans aller jusqu’à
renier son chef et ami Mercier, promet d’insister "pour qu’il n’y ait pas,
à l’avenir, des boodlers à l’intérieur ni à l’entour du cabinet
provincial"».[38]
Mercier se défend comme un diable dans l’eau bénite, parcourt la province
criant son innocence, vient à Saint-Jean, mais le lieutenant-gouverneur l’a
destitué et demandé au conservateur de Boucherville de lui succéder. L’élection
qui suit ratifie la décision du lieutenant-gouverneur, mais le candidat
conservateur Jacques-Émery Molleur est quand même défait par Marchand qui
devient dès lors chef du Parti Libéral du Québec et chef de l’Opposition.«Marchand serait le chef sans éclat, mais rassurant, un peu nécessaire après la turbulence des dernières années. Il n’était pas très éloquent, mais courtois, lettré, spirituel. Les assauts d’esprit de Taillon et de Marchand mirent les calembours à la mode au point que ce devint, à Québec, une scie. Les principaux lieutenants du chef libéral seraient Charles Fitzpatrick, Jules Tessier, Adélard Turgeon, et le député d’Yamaska, Victor Gladu».[39]
«La Chambre avait rejeté, par 41 voix contre 21, la motion classique, présentée par Cooke, pour l’abolition du Conseil législatif. Marchand soutenant Cooke, reprocha au premier ministre [Flynn] de repousser cette mesure, après l’avoir réclamée lorsqu’il siégeait dans l’opposition. Flynn de répliquer :- Si M. Marchand arrive au pouvoir, et s’il veut exécuter son désir d’abolir le Conseil, il ne se maintiendra pas une session.- Peu importe! déclara fièrement Marchand. Si, arrivé au pouvoir, je ne suis pas capable de faire triompher les principes que je préconise dans l’opposition, je me retirerai.Marchand arrivera au pouvoir, et ne supprimera pas plus le Conseil législatif que ne l’ont fait Mercier et Flynn, après d’aussi formelles promesses».[40]
«Après son arrivée au pouvoir, Marchand fit installer l’électricité dans sa maison de Saint-Jean (sur la rue Saint-Charles). Un entrepreneur, fournisseur habituel de l’administration provinciale, lui envoya, en cadeau, une caisse de lampes et d’appareils électriques. Marchand les refusa, sans cacher son indignation.
De même, pour les destitutions traditionnelles. L’une des premières victimes fut un ami de Mgr Laflèche, Alfred Désilets, qui perdit son poste de protonotaire aux Trois-Rivières. Mais le premier ministre n’exerça point de représailles personnelles. Un de ses cousins, adversaire de sa politique à Saint-Jean et titulaire d’un petit poste de l’administration provinciale, vint aux nouvelles, après les élections. Il s’attendait à la révocation. Le soir, Marchand dit, en rentrant chez lui : "Je me suis vengé d’Henri".
- Oh, dit madame Marchand, cela ne te ressemble pas.
- Je l’ai laissé craindre un moment pour son poste, avant de le rassurer».[43]
«Il est presque certain que nos chefs, si attentifs à tout ce qui se rapporte à cette question, s’attachent à établir d’abord les quatre bases suivantes :1 - Création d’un ministère de l’Instruction publique;2 - Uniformité des livres scolaires;3- Amélioration du sort des instituteurs;4- Répartition plus équitable des subsides alloués aux diverses institutions de la province…»[44]
l'enseignement. Un enseignement essentiellement
religieux et moral, instrumentaliste et professionnel, qui ne cadrait pas avec
les exigences des besoins de l'économie nouvelle. Marchand en était très
conscient. Lui-même avait élevé sa fille, Joséphine - qui épousera le jeune
Raoul Dandurand, futur ambassadeur à la Société des Nations et sénateur - dans
la règle libérale d'une jeune fille indépendante, n'ayant pas peur d'exprimer
sa façon de penser. Le seul droit de regard que s'étaient autorisés les
différents gouvernements conservateurs de la Province passait par l'œil du
Surintendant de l'Instruction publique. Or, voici que Marchand s'apprête à
déposer le Bill créant un Ministère de l'Instruction publique. Aussitôt, Mgr
Bruchési évêque de Montréal s'emporte. Marchand «se fait fort de montrer le
fondement fort honnête et rationnel de cette présumée "ingérence"
qui, en outre de l'indispensable autorité d'un ministère responsable, prônait
l'uniformisation des livres scolaires, l'amélioration des conditions de travail
des instituteurs, davantage d'équité dans l'allocation aux institutions
d'enseignement, etc.»[45]
Cela ne ralentit pas la cabale catholique. Marchand est obligé d'écrire au
cardinal Rampolla, secrétaire d'État du Vatican, afin d'apaiser les inquiétudes
romaines. Mgr Bruchési, alors à Rome, travaille si bien que le lieutenant-gouverneur
Chapleau reçoit la missive d'un laconisme absolu : «Pape vous demande
surseoir pour bill instruction publique lettre partie aujourd'hui. Archevêque
Paul de Montréal». Mais Marchand ne peut reculer sans se désavouer, le
discours du Trône étant déjà écrit. Chapleau a beau soutenir le projet Marchand
en écrivant une longue lettre rassurante à Bruchési, mais celui-ci n'en démord
pas : «Le Saint-Père a voulu que je vous écrive personnellement. Le Pape
vous demande, avec insistance, de ne pas présenter cette mesure. Une
modification du système de l'instruction publique provoquerait, actuellement,
une grave désunion parmi les catholiques».[46]
millions! La venue de nouveaux impôts serait nécessaire,
mais Marchand, trésorier provincial, s’empresse d’écarter l’éventualité même
d’une telle mesure. Il faudra tirer parti des ressources naturelles et
compléter le tout au moyen d’un emprunt raisonnable de $ 1 000 000. À l’Hôtel
Windsor de Montréal, le 8 janvier 1898, devant de nombreux ministres fédéraux
et provinciaux, Marchand prononce un discours terne sur l’état des finances de
la province. Il ne souffle mot du Ministère de l’Instruction publique. Le seul
succès du mandat résida dans la diminution apportée au prestige du
lieutenant-gouverneur, l’honorable Louis-Amable Jetté qui «a pris la place
de Chapleau à Spencer-Wood (la résidence du lieutenant-gouverneur). Mme Jetté
prie l’administration provinciale de remplacer les meubles, tapis et tentures,
selon l’usage. Marchand refuse, et tient bon, au risque de refroidir les
relations entre les deux familles. C’est ainsi que les libéraux, au pouvoir,
remplirent un article (sur trois) de leur programme».[47]«La réforme ne porte guère que sur les points suivants : a) Création d’un bureau central d’examinateurs catholiques et d’un bureau central d’examinateurs protestants; b) distribution gratuite de livres scolaires; c) Nomination d’inspecteurs d’écoles par le gouvernement provincial parmi les candidats reçus à l’examen du Conseil de l’Instruction publique, mais sans recommandation de ce Conseil; d) Enseignement obligatoire de l’agriculture et du dessin».[48]
«Dans l’ensemble, après l’alerte causée par le bill de l’Instruction publique, le gouvernement Marchand fut modéré, s’inspirant beaucoup plus du système Taillon quedu système Mercier. Premier ministre et trésorier, Marchand voulait équilibrer le budget sans recourir aux augmentations d’impôts ou d’emprunts. Il refusa d’abord tout nouveau subside aux compagnies de chemins de fer. Un premier ministre doit savoir dire non - surtout s’il est doublé d’un Trésorier. Après Taillon et Flynn, Marchand l’éprouvait. Parent, l’homme pratique du ministère, le secondait dans cette tâche. Mais plusieurs de leurs collègues - tel l’ineffable Robidoux, entouré de nombreux amis - ne savaient pas dire non. Les crédits de chaque ministère comportaient un poste de "contingents" dès le premier mois de chaque exercice, et recouraient ensuite au trésorier. Parent, qui refusait toute majoration aux entrepreneurs, conseilla au premier ministre d’appliquer la même règle à ses collègues. Marchand limita les dépenses imprévues des ministères, pour chaque mois, au douzième des "contingents’ annuels. Les jeunes et brillants ministres, légèrement impatientés par l’intervention de Parent, se soumirent sur ce point. Il fallut tout de même, sous la pression d’intérêts puissants, accorder quelques subsides et quelques prolongations de délais à des compagnies de chemins de fer. Marchand, l’homme d’esprit qui avait fait jouer des saynètes, vérifiait que la politique est l’art des compromis».[49]
«En présentant son budget, Marchand évalua les recettes pour l’année financière, à $ 4 300 000 en chiffres ronds, qui pourraient dépasser les dépenses de quelques $ 400 000. Pour l’année en cours, 1899-1900, l’excédent atteignait non pas $ 23 000 comme on l’avait espéré et annoncé, mais $ 15 000. De toute façon l’équilibre était rétabli, et l’ère des déficits enfin clos».[50]
En avril 1900, Marchand se rend à New York pour y rencontrer des
capitalistes et des investisseurs intéressés au bois de pulpe. Ce rôle
accompli, Marchand peut aller accueillir le délégué permanent du Pape et saluer
le départ des troupes recrutées par Laurier pour servir au Transvaal contre les
Boers. D’ailleurs, si la population est heureuse des libéraux, pour les progrès
financiers accomplis par Marchand, elle s’interroge sur les véritables
relations qui existent entre lui et Laurier. Une lettre de Marchand à ce
dernier est significative à ce sujet : «Je puis difficilement aller vous
voir à Ottawa sans soulever tous les cancans de la presse et lui fournir
l’occasion de vous accuser d’intervention dans nos affaires provinciales. Vous
m’indiquerez, peut-être, un jour prochain où nous pourrions nous rencontrer à
Montréal, chez un ami commun et discret, pour conférer de tout cela».[51]
Le corps fut exposé en chapelle ardente dans la salle des séances de
l’Assemblée législative. On lui fit des funérailles d’État somptueuses
auxquelles assistèrent plus de 50 000 personnes. Laurier, Joly, Parent, Flynn,
G. W. Stephens ainsi que 2 citoyens de Saint-Jean, Louis Molleur et James
O’Cain, président du Parti Libéral local, portèrent la bière de la salle de la
Législative au corbillard. Le lieutenant-gouverneur Jetté prit la tête du
cortège et Mgr Bruchési, évêque de Montréal, prononça l’oraison funèbre.
Marchand était le premier Premier ministre
québécois à mourir en fonction. Deux
incidents vinrent assombrir la cérémonie. D’abord, elle était célébrée par nul
autre que Mgr Bruchési, l’adversaire irréconciliable du débat sur le projet de
Ministère de l’Instruction publique : «Il glissa dans l’éloge de Marchand
des réserves sur certains projets, sur certaines mesures… - “Cela n’empêche
pas”, reconnut l’archevêque, “que ses intentions étaient droites et qu’il n’ait
eu recours qu’à des moyens honorables.” Madame Marchand empêcha son gendre,
Dandurand, de faire un éclat. Le jeune sénateur repartit, furieux, pour
Montréal, n’admettant pas qu’on garnisse “d’épines la couronne mortuaire de
Marchand”».[53] L’autre incident concernait
le lieu de l’inhumation. Tout le monde s’attendait à ce que sa dépouille soit
rapatriée à Saint-Jean, or elle fut inhumée à Sainte-Foy, près de Québec.
Simon-Napoléon Parent lui succéda comme Premier ministre, alors que le gendre
de Molleur lui succéda au siège de député du comté de Saint-Jean :
Né à Montréal en 1830, il avait fait ses études
classiques et théologiques à Sainte-Thérèse et fut ordonné prêtre à Montréal le
30 septembre 1855. Après un bref passage à l’Île-du-Prince-Édouard, il fut
procureur de l’évéché de Saint-Hyacinthe (1862-1863), curé de la Cathédrale
(1863-1864), encore curé à différentes localités pour arriver finalement à
Saint-Jean. Il entreprit ainsi de compléter l’œuvre de son prédécesseur en
faisant terminer les travaux de rénovation intérieure de l’église en 1874. Il
profita de ces travaux pour faire rebâtir le presbytère. Cette dernière
construction compléta l’œuvre de réaménagement du quartier.«Modèle de pasteur vigilant, il possédait un indomptable courage pour redresser les torts et maintenir ses droits, étant d’ailleurs perspicace, zélé et orateur puissant. Il voyait vite le danger et ne tardait pas à le prévenir. S’il fallait lutter pour le conjurer, nulle fatigue ne comptait. Comme il savait convaincre et toucher jusqu’aux larmes, sa marque partout est restée profonde et ses œuvres durables. Il aimait la pompe du culte divin, les sermons courts et les offices à la minute. Sa nature vive et impressionnable donnait à son zèle la violence d’un Chrysostome; son cœur était d’un Saint-Vincent de Paul».[54]
1904. Saint-Jean attend toujours son
Collège classique. En 1883, le gouvernement fédéral organise les casernes
militaires en école d’infanterie (Infantery Corps School), qui est à
l’origine du Royal Canadian Regiment en 1901. Durant l’été, de 1894 à 1899,
plusieurs unités de la Milice viennent y parfaire leur entraînement : ce sont
les 52e (Brome Light Infantry), 54e (Richmond Battalion), 55e (Megantic
Light Infantry), 58e (Compton Battalion), 65e (Mount Royal Rifles),
79e (Shefford Hihglanders) et 80e (Régiment de Nicolet). Du côté
civil, seul le couvent de la Congrégation Notre-Dame progresse d’une manière
que nous pouvons suivre.
premier chemin de croix, puis on ajoute une aile
nouvelle, qui sert de jardin d’enfance, tandis que l’hospice devient hôpital,
avec dans ses salles, une vingtaine de lits. En 1922, passant sous la direction
des Sœurs Grises de Montréal et d'un corps médical formé de dix médecins,
l'hôpital contient cinquante lits. Ce n’est guère spacieux, souligne
Jean-Dominique Brosseau, aussi, devant les besoins chaque jour grandissants, on
doit songer à abandonner l’œuvre du jardin d’enfance, pour faire des deux
constructions un seul hôpital. En 1922, sœur Marie-Rose Lacroix y fondera
l'École d'infirmières en recrutant trois étudiantes. On y enseigne la
pathologie, la morale, l'hygiène et des méthodes de soins par des cours donnés
par des médecins et des religieuses. Ces soins s'adressent aux accidentés, aux
enfants faisant des complications de maladies contagieuses, aux cas
d'appendicite, de calcul (pierre) au foie ou aux reins, de maladies
vénériennes, aux complications d'accouchement ou aux césariennes, enfin les
soins aux mourants jusqu'à l'assistance physique aux morts (toilette et
habillement) réservés surtout aux élèves. En 1924, un département de chirurgie,
sous la responsabilité du Dr Georges Phaneuf, aidé par deux autres chirurgiens
consultants, augmente les services hospitaliers. Neuf années plus tard, un
autre édifice est ajouté au vieil hôpital. En 1933, un bâtiment de 5 étages est
érigé et le premier hôpital devient un hospice pour vieillards. Les
étudiantes iront, en 1937, habiter la résidence du Dr. Bouthillier, façade rue
Jacques-Cartier.«À Saint-Jean, un charnier se trouvait dans le vieux cimetière utilisé…, depuis les années 1830 jusqu’en 1885. À partir de l’été de 1885, les inhumations sont effectuées dans le nouveau cimetière de la rue Saint-Jacques, mais le charnier, lui, demeure dans l’ancien cimetière jusqu’en 1898. C’est dire que tous les printemps, de 1886 à 1898, les cercueils empilés pendant l’hiver dans le charnier du vieux cimetière devaient être transportés parles rues de la ville jusqu’au nouveau lieu d’inhumation. Par exemple, en avril 1890, on chargea le directeur de funérailles Oliva Langlois du transport des quarante-cinq cercueils contenus dans le charnier. Notons que, du total des cercueils déposés au charnier chaque année, les petits cercueils d’enfants en représentaient généralement plus de la moitié. Le 5 juillet 1897, le conseil municipal adopte une résolution dans laquelle il "prie respectueusement" le curé et les marguilliers de bien vouloir prendre les mesures nécessaires pour faire disparaître le charnier du vieux cimetière. Le Conseil explique "que ce charnier n’est pas protégé contre les rayons du soleil et que, bien avant le mois de mai de chaque année, la décomposition des cadavres peut facilement être constatée, d’où il résulte que à l’ouverture d’icelui, des exhalaisons putrides et malsaines en émanent au grand détriment de la salubrité publique et que, de plus, le transport des cadavres dans cet état par les rues les plus habitées de la ville constitue un danger grave pour la santé des paroissiens". Les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, qui font la classe aux petites et jeunes filles de Saint-Jean, et dont le couvent est situé juste à côté du vieux cimetière, se plaignent elles aussi des mauvaises odeurs émanant du charnier au printemps. Dès l’hiver de 1897-1898, la fabrique demande qu’on lui présente des soumissions pour les travaux de démolition du charnier du vieux cimetière et sa reconstruction dans le nouveau. Le contrat est accordé au maçon Jacques Cartier, qui effectuera l’ouvrage au mois de juin suivant» (J. Gaudette pp. 247-248).
Napoléon Charland (1841-1901) est d’abord avocat,
associé à Émilien-Zéphirin Paradis, puis juge à la Cour Supérieure. Il
collabore également au journal montréalais Le Temps.Jean-Ephrem-Zéphirin
Bouchard (1859-1892), avocat, est élève de Charland. Il participe au Franco-Canadien
et fonde en 1890 le journal La Tombola pour venir en aide aux Sœurs
Grises de Saint-Jean. Ce journal ne paraît que 2 fois, le 30 septembre et le 7
octobre 1890. Traducteur à l’Assemblée législative sous le gouvernement
Mercier, il meurt à son bureau du Parlement. Léon Lorrain (1855-1892),
originaire de Paris, il vient s’installer à Iberville très jeune où il est
recueilli par Alexandre Dufresne, député. Il épouse la fille de Valfroy
Vincelette, co-fondateur du Franco-Canadien. Auteur de plusieurs codes
judiciaires, il est reconnu comme expert juriste pour le gouvernement
provincial. Il se suicide dans les eaux glacées du Richelieu, le 29 janvier
1892, alors qu’il était toujours rédacteur en chef du Franco-Canadien. Son
corps ne put être repêché qu’au printemps suivant, le 4 avril. Poète à ses
heures, il n’a publié qu’un seul recueil, Les Fleurs poétiques (1890).
dont les intérêts passent de plus en plus au
Parti Conservateur. Dès lors une correspondance s'échange entre Marchand du Canada-Français
et Isaac Bourguignon du Franco-Canadien. L'essentiel des reproches
de Marchand repose sur les intérêts de la maison Rolland, dont le chef est un
conservateur influent, qui se sont imposés dans les affaires du journal. Bourguignon
répond de façon évasive, prétextant les problèmes financiers tout en réfutant
ses accords avec la maison Rolland (fournisseur de papier). Il renouvelle sa
profession de foi libérale. De 1893 à 1895, le Canada-Français est la
propriété de l'avocat Alphonse Morin, ami et collaborateur de Marchand. Aussi,
le bureau de Morin sert-il de bureau du journal. En janvier 1894, le Canada-Français
s'installe dans l'édifice Maguire sur la rue Richelieu et en juin 1895
déménage encore dans un autre édifice de la même rue, situé à l'endroit où
s'élève aujourd’hui le centre Imagym. Profitant de la clause faisant partie du
contrat enregistré jadis, Marchand récupère le Franco-Canadien lorsque
Bourguignon s'avère insolvable. Le 4 octobre 1895 paraît le premier numéro combiné
du Canada-Français/Le Franco-Canadien. Durant près de 70 ans, le journal
conservera son double titre : «En juin 1898, M. Alphonse Morin vendit le
journal au fils de Félix Gabriel Marchand, lui aussi avocat. Sous la direction
de Gabriel Marchand, Le Canada-Français connaîtra un regain de vie qui
se traduit par l'augmentation de pages».[57]
pages passe à 8. Le coût de l'abonnement reste pourtant le même. En 1900 paraît
pour la première fois de son histoire la liste complète des travailleurs qui
composent le personnel du journal. Le 1er avril 1902, Le Canada-Français -
puisque ce nom finit par dominer -, déménage son bureau et son imprimerie dans
l'édifice jadis occupé par le Franco-Canadien, au 169 rue Richelieu. En
1905, le nombre de page atteint 10. Ironie du sort, les 2 anciens adversaires,
Isaac Bourguignon et Félix-Gabriel Marchand meurent la même année, 1900. Notons
pour conclure, qu'à la fin du XIXe siècle paraissent 2 petits journaux
éphémères dans la région de Saint-Jean : L'Alliance, journal
hebdomadaire qui paraît du 20 mars 1894 au 23 février 1896, et Le Courrier
de Saint-Jean, hebdomadaire lui aussi, mais organe officiel du Parti
Conservateur, propriété de Jacques-Émery Molleur et qui paraît du 1er mai 1896
au 5 mars 1909 : «Ce journal cessa de paraître suite à un incendie qui eut
lieu le 7 mars 1909 et qui détruit l'édifice où il se trouvait au troisième
étage en même temps que la manufacture de chapeaux que Molleur administrait
depuis 1901 sous le nom de St. Johns Straw Works Company Limited».[58]Saint-Jean 1900 : les Gaietés johannaises. Malgré les signes inquiétants de ralentissement dans l'économie, la ville de Saint-Jean et ses habitants ont confiance dans leurs édiles. Ses habitants croient dans le Parti Libéral comme ils croient en Dieu, sans que cela ne crée aucune contradiction. Ils lisent le Canada-Français et écoutent les sermons du curé Collin. En période électorale, ils se précipitent aux joutes oratoires sitôt la messe terminée. Ils respectent leurs patriarches et les traditions. De nouveaux professionnels s'installent à Saint-Jean : «Dans les professions libérales, tous se rappellent le vénérable Docteur Bazile LaRocque, venu de Lacadie avec son frère le Curé Charles, plus tard Évêque de Saint-Hyacinthe, ses confrères les docteurs Bissonnette et Godin. Les avocats et notaires nous offrent les noms de Delagrave, Ducondu, Messier, Marchand, Loupret,[59]Laberge, Archambault, Charbonneau, tous honorables praticiens».[60] L’un de ces professionnels, N.-A. Sabourin, tient un hôpital sur l’ancien site de l’hôtel Richelieu jusqu’en 1925. Cet hôpital se veut laïque et se dresse devant l’austère hôpital des Sœurs Grises, farouchement catholique.
Victoria, née à Chambly; de l’autre les
exploits de l’homme fort Louis Cyr. Au passage, les Johannais se précipitent
accueillir Sarah Bernhardt, de passage au Canada. Au coin des rues
Saint-Charles et de Salaberry, il y a le Théâtre Royal. Il s’agit là d’un
édifice sans aucune grâce, plutôt mal construit, mais qui attire une foule
nombreuse lors des passages de ses célèbres vedettes. Mais l’opéra est un
divertissement de luxe et pas nécessairement à la portée de tous. Dans un tout autre domaine, afin de plaire aux dévots, le prestige
religieux est rehaussé par les spectacles donnés lors des cérémonies annuelles
: Noël, Pâques, la procession de la Fête-Dieu, la Saint-Jean-Baptiste, les
cérémonies d’investitures cléricales, ainsi la fondation d’une nouvelle
congrégation religieuse par la mère Marie-Léonie (Alonie-Viriginie Paradis)
(1840-1912), sœur d’Émilien Zéphirin Paradis. Elle a été béatifiée
en 1984.
l’ancien Yacht Club aujourd’hui disparu. Les petits bateaux qui s’élancent sur
la rivière sont occupés par 2 rameurs et un barreur tandis qu’organisateurs et
juges de la compétition se tiennent dans 2 navires à vapeur, loin au large, sur
la rivière. Les badauds sont juchés sur le pont de chemins de fer du
Central-Vermont et sur les quais. La quantité de ces photographies prises
d’année en année agit comme un véritable film montrant, par exemple, l’évolution
de l’édifice du Yacht Club entre 1900 et 1950. D’abord rendez-vous de la jeune bourgeoisie de Saint-Jean
assistant aux régates annuelles, une autre photo,
prise en 1896, nous permet de constater la présence de l’édifice original. Avec
les années, les embarcations à moteur remplaceront les voiliers. Seul l’endroit
reste inchangé. Le Yacht Club devient le Club nautique : «C’était le bon
temps des baignades dans la rivière non polluée, les plongeons du haut du
tremplin, des compétitions de canots et des voiliers, des pique-niques au parc
Laurier tout près, des premiers rendez-vous amoureux de nos chers
grands-parents».[61]
Un centre de baignade bien fréquenté… «un peu trop exclusif sans doute, mais
fort populaire quand même». L’âge de prestige s’étiole. Les dernières
photos nous montreront le Yacht Club presque désert. Il tombera sous le pic des
démolisseurs au début des années 1960.«Avec ses 5 actes en vers, Les Faux Brillants est la pièce la plus élaborée et la plus importante de F.-G. Marchand. Dans une langue alerte et avec un remarquable sens dudialogue, on raconte encore ici l’histoire d’un naïf, infatué de grandeurs, que de louches aventuriers menacent de soulager de ses biens. Les caractères joliment dessinés ont de la consistance; l’intérêt, ménagé avec habileté, se maintient pendant toute la durée de l’action. Sans doute on sent la forte influence des vaudevillistes de l’époque s’ajoutant à celle de Molière, mais l’auteur manifeste un talent réel d’écrivain. Aussi peut-on souscrire au jugement, bienveillant mais fondé, d’un ami, A.-D. DeCelles, selon qui les pièces de Marchand "dénotent une entente remarquable, un sens étendu de l’art théâtral et une optique exacte des exigences de la scène"».[62]
«Marchand était un gastronome et j’ai lu dans le Monde Illustré du 15 novembre 1890 qu’il faisait partie du Club des 21, dont l’histoire a été racontée par le comte de Premio-Réal, consul d’Espagne à Québec, qui en avait assumé la présidence. Ce club avait été fondé à Québec en 1879 et c’est là que de joyeux repas réunissaient ses membres. Parmi les 21, s’y trouvaient : Louis Fréchette, le docteur Hubert Larue, Hector Fabre, l’Honorable J.-Adolphe Chapleau, Faucher de Saint-Maurice, Oscar Dunn, Joseph Marmette, Calixa Lavallée, William Blumhart, Nazaire Levasseur, Émery Lavigne, Charles Baillargé et autres. Comme on le voit, les lettres, la musique et même la politique y étaient bien représentées».[64]
Le journal commence par les 17 années de Joséphine. Jeune adolescente,
la voilà courtisée par 2 hommes, Raoul Dandurand et le docteur Guillaume
Prévost. Dandurand est l’amoureux qui cultive une admiration d’ordre culturel
et intellectuel; le docteur Prévost est un ardent qui hésite à avouer sa
passion… Mal lui en prend et Raoul épouse Joséphine. Entre tout cela, Joséphine
est une jeune fille insouciante. Elle s’attarde aux faits extraordinaires de sa
vie. Joséphine demeure fascinée par les événements qui agitent l’opinion
populaire. Ainsi, le fameux hiver de 1883 :«En janvier 1883, "la tempête" retarde de 4 heures les gens qui ont quitté Montréal par train à 15 heures et se retrouvent à Saint-Jean à 1 heure 30 du matin. Mais ce n’est encore rien, le 19 février 1885, le voyage de Montréal à Québec est retardé de 2 jours. Quant à l’hiver "extraordinaire", il se situe entre les deux. Le 17 mars 1884, en effet, notre Joséphine écrit : "Nous avons un hiver extraordinaire. Il y a ici des bancs de neige (Monsieur Beaudry n’était pas là pour la corriger et convertir ses bancs de neige en dunes de neige?) de 12 pieds, que le soleil de mars n’a pu réduire. Ce matin encore il neigeait à plein ciel et à gros flocons. Je n’ai pu partir ce matin. Le train est parti tout à l’heure… pour la première fois depuis 9 jours…».[65]
«Sur un ton plus gai, je remarque que l’on s’amusait bien à l’époque à Saint-Jean, le cirque d’Adam Forepaugh, vient planter sa grande tente, qui peut contenir 20 000 spectateurs. Il prétend exhiber 1 000 bêtes féroces rares dont 100 éléphants savants; et présentera 200 jeux brillants dans l’arène, 1 200 hommes, chevaux et animaux. À ce moment-là, le cirque russe n’est qu’un petit événement.
Les gens voyagent avec une facilité et apparemment, un engouement auquel la possession de la voiture automobile n’ajoutera presque rien. On va de Saint-Jean à Montréal, à Shawinigan, à Québec, à Ottawa, à la Malbaie, voire en Floride, à Washington, comme de nos jours.
Plus modestement, on se balade en chaloupe sur le Richelieu; mais aussi en yacht; Sandy MacDonald invite des amis sur son embarcation et les amoureux peuvent revenir de l’île-aux-Noix au clair de lune…»[66]
«J’entends la cloche qui tinte dans la nuit; mêlant un lugubre son à celui de la rafale et nous appelant à prier pour les morts. Papa et maman sont assis au coin du feu, l’un parcourant un travail sur l’art de tailler les arbres fruitiers, l’autre lisant L’Histoire de Cicéron de Lamartine… J’ai lu dernièrement les chefs-d’œuvre du théâtre moderne et je suis à lire des scènes de mœurs de l’Espagne contemporaine. Je vais revoir et corriger mes petits essais littéraires, que je publierai peut-être dans la Tribune, journal récemment fondé par M. Laurent-Olivier David…
Dans cette famille, où nous sommes tous intelligents, quelques-uns spirituels, tous amis enthousiastes de l’art (tous plus ou moins ignorants, papa excepté, mais avec de jolies connaissances sur les faits et les personnages saillants du passé), nous passons de délicieux moments. Nos jouissances sont celles de l’intelligence. Maman a une grande intelligence, beaucoup d’esprit, un excellent cœur et des sentiments nobles et relevés. Papa est très instruit, homme de lettres, avec un esprit délicat et original…»[67]
fabuleuses pour
l’époque, mais en millions. Les nouvelles demandes orientées vers la
consommation de luxe exigeait plus que de la poterie sanitaire ou des conduits
en cuivre. L’accroissement des voyageurs permet d’entretenir une seconde ligne de
chemins de fer. Le Grand-Tronc poursuit le service de la première ligne de
chemin de fer de Saint-Jean. Les prix pour Montréal, en 1888 sont ainsi
affichés : pour une série de 10 passages : $ 6.75; de 30 passages $ 12.35. Une
série de passages pour 3 mois, $ 36.90, pour une demi-année, $ 49.40 et pour
tous les jours de l’année $ 80.00. Une série de 6 billets entre Saint-Jean et
Iberville coûte $ 0.25. La concurence entend profiter de cette mane. «Bonus de 10 000 piastres à la Compagnie The Atlantic and North West Railway Company et emprunt de cette somme et imposition d’une taxe spéciale suffisante pour payerl’intérêt et l’amortissement de cet emprunt. À condition que le dit chemin de fer passe à travers la ville de Saint-Jean entre les rues St-Thomas (aujourd’hui rue Foch) et St-Paul. D’y construire et d’y maintenir une gare ou dépôt convenable, la Corporation paiera à cette compagnie aussitôt le chemin de fer construit et en opération, 10 000 piastres en bons et débentures dans 30 ans de leur date et portant intérêt au taux de 5% par année payable semi-annuellement, etc. Duncan MacDonald. Maire».[69]
La gare, érigée en 1887 sur le terrain de l'ancien asile pour aliénés marque une halte sur la ligne de chemin de fer reliant Montréal à Halifax, passant par Farnham, Waterloo, Magog et Sherbrooke. La nouvelle gare se caractérise par un toit en pavillon prolongé par des avant-toits que supportent d'immenses consoles. En 1906, on l'agrandit pour lui donner l'apparence qu'elle a conservée. À proximité du bâtiment, un immense réservoir d'eau alimente les locomotives à vapeur. Napoléon
Hébert, de Saint-Jean, est le premier chef de la
gare. La Compagnie fait également construire un pont de bois
pour enjamber le Richelieu. Le pont sera partiellement endommagé par le feu en
1908. L’année suivante, la Compagnie entreprendra de construire le pont actuel,
dont une partie pivote afin de permettre la libre circulation sur le canal de
Chambly, apparaîtra comme un modèle d’inventivité. Il ouvre à la circulation
ferroviaire le 14 janvier 1911.Durant la grande guerre de 1914-1918, les ouvriers de Saint-Jean utiliseront cette gare pour aller travailler aux fabriques de munitions de Montréal. Malgré le déclin du transport ferroviaire, la présence d'une gare dans la ville incite toujours à l'évasion. Quant à l'autre partie du terrain, la ville de Saint-Jean y aménage un parc inauguré le 27 août 1887 sous le nom de parc du CPR. C'est sur ce site qu'avait été établi l'Asile des aliénés de Saint-Jean. En 1906, le parc sera rebaptisé en l'honneur de Félix-Gabriel Marchand. Sa particularité réside dans son kiosque à musique. C'est là qu'au début du XXe siècle, le Cercle philharmonique local présentera régulièrement des concerts estivaux. En 1901, on y installe une fontaine. La fontaine n'y est plus, mais le kiosque a été reconstruit vers 1940 dans le style de l'époque.
qui veulent voir leurs noms passer à la postérité".
En effet, le citoyen qui s’engage à payer le coût d’un arbre se verra attribuer
un numéro qui sera apposé à cet arbre, puis le nom du généreux donateur sera
inscrit à un "grand tableau d’honneur, à l’hôtel de ville, à côté de son
numéro. Des gens souscrivent : "Déjà une rangée de beaux érables forment
une courbe gracieuse", peut-on lire en octobre. Le ministre fédéral de
l’Agriculture, Sydney A. Fisher, offre cent arbres ornementaux. En juillet
1898, les membres du club nautique, dont le bâtiment est situé près du parc,
organisent une "excursion au clair de lune" à l’île-aux-Noix. La
recette devait être appliquée à la construction d’une "estrade" à
musique au milieu du parc. Mais le kiosque n’aurait pas été bâti à ce moment,
car deux ans plus tard la Ville autorise le président de son comité des parcs à
en faire construire un à cet endroit. En tout cas, c’est le club nautique qui
paie pour l’installation de la lumière électrique dans ce kiosque en 1901».[71]
Ce parc portera d’abord le nom de Parc Laurier jusqu’à ce qu’on le rebaptise,
en 1906, Parc Richelieu. Si le parc Marchand est resté à peu de choses près
inchangé, le Parc Laurier est disparu avec les années. On y a enlevé les
arbres, le kiosque, les tables et l’usine de filtration l’a sévèrement rongé.Environ un mois avant que la police n’intervienne, l’Église avait lancé une première alerte parmi la population par le biais d’un sermon du curé de Saint-Jean, Fortunat Aubry, qui s’élève violemment en chaire contre la «conduite grossièrement immorale» des membres d’un club connu sous le nom de «Manches de ligne». L’expression manche de ligne (pour canne à pêche) avait une connotation très sexuelle, puisque l’argot de l’époque regorge d’expressions qui s’y rattachent : manche (le pénis) comme dans «emmancher» ou «bien emmanché» pour bien membré; «avoir le manche» pour être en érection, etc. L’appel du curé se transforma donc en recours en justice. Pour obtenir des éléments de preuve nécessaires à des accusations, le maire Joseph-Abraham Lomme (sic!) se rendit donc à Montréal pour y retenir les services d’une agence de détectives, le Canadian Secret Service. Un certain nombre d’agents dirigés par le détective Carpenter menèrent enquête. L’un d’eux, Oscar Malo réussit à infiltrer le club pour y piéger quatre de ses membres. Les 8, 11, 13 et 16 avril 1892, il se retrouva tour à tour dans l’intimité de Louis Pierre Genest, marchand tailleur, de Jules Quesnel fils, avocat, de Delphis Brossard (ou Brassard), clerc du marché de la ville et de Joseph Prairie, commis pharmacien alors en chômage. Le lundi 18 avril, Malo porta officiellement plainte contre ces quatre personnes pour «assauts indécents». Comme la description des actes reprochés est reprise mot à mot dans chacun des quatre actes d’accusation et des quatre mandats d’arrestation dressés par le magistrat, il semblerait qu’ils aient été rédigés avant même l’arrestation des suspects. Voici celui déposé au Greffe de la Paix District d’Iberville; Ville de St. Jean, Oscar Malo vs Jules Quesnel, fils Offense : assaut indécent Mandat d’Arrestation: «À tous les Constables ou autres Officiers de Paix, au aucun [sic] d’eux dans le District d’Iberville: Attendu que Jules Quesnel, fils, Avocat, de la ville de St. Jean dans le District d’Iberville a aujourd’hui été accusé sous serment devant le soussigné Magistrat de District, dans et pour le dit District d’Iberville, par Oscar Malo, de la cité et du district de Montréal, détectif [sic] à l’emploi de «The Canadian Secret service» d’avoir, lui, le dit Jules Quesnel fils, le onzième jour d’Avril mil huit cent quatre-vingt-douze dans la dite ville de St. Jean, dans le district d’Iberville, illégalement & malicieusement, contre la volonté du dit Oscar Malo, commis un assaut indécent sur la personne du dit Oscar Malo, en saisissant les parties secrètes du dit Oscar Malo et faisant des attouchements indécents & malhonnêtes & contre nature sur la personne de ce dernier, et en faisant des propositions au dit Oscar Malo à l’effet d’induire ce dernier à commettre avec lui, le dit Jules Quesnel, fils, une grossière indécence; contre la forme du Statut fait et pourvu en pareil cas; et contre la paix de notre Souveraine Dame la Reine, sa Couronne et sa Dignité. À ces causes les présentes sont pour vous enjoindre, au nom de Sa Majesté, d’arrêter immédiatement le dit Jules Quesnel, fils et de le conduire devant moi, Magistrat de district dans et pour le dit District d’Iberville aux fins de répondre à la dite accusation et être ultérieurement traité selon la loi. Donné sous mon seing et sceau, ce dix-huitième jour d’Avril mil huit cent quatre-vingt-douze à St. Athanase, dans le District susdit. [Signé] C. Loupret, Magistrat de district.
Le juge Loupret, vénérable citoyen de Saint-Jean, était une éminence en matière de droit. On ne lui aurait pas confié une histoire aussi sordide si elle n’avait pas impliqué des personnalités connues et haut placées de la région. D’autre part, l’emploi d’espions etd’agents provocateurs relevait d’une pratique établie depuis longtemps. À Montréal, des agents en civil piégeaient déjà les homosexuels qui draguaient au Champ-de-Mars dans les années 1880. Il n’est donc pas surprenant que le Canadian Secret Service ait eu recours à ce type de tactique pour prendre aux pièges des suspects. Le journal The Gazette comparait même le scandale de Saint-Jean à celui découvert en 1889 à Londres, qui révélait l’existence d’une maison de passe de la Cleveland Street peuplée de garçons télégraphistes et fréquentée par plusieurs membres de la haute aristocratie et peut-être même par un petit-fils de la reine Victoria. Pour son journaliste : «D’après la description des pratiques [du club de Saint-Jean] par certains des témoins, les scandales de la Cleveland Street de Londres n’étaient rien en comparaison.» C’était, pour le moins, un effet d’amplification rhétorique. Car, peu après le dépôt des plaintes et l’émission des mandats d’arrestation par le magistrat Charles Loupret, on procéda à l’arrestation de trois des quatre suspects. Quant au quatrième, Jules Quesnel fils, il avait déjà pris la poudre d’escampette en prenant le train pour Montréal. Probablement avait-il eu vent de l’affaire par quelque collègue ou ami du Palais de Justice où il avait ses entrées en tant qu’avocat. Malheureusement pour lui, le télégraphe devança le train et la police le cueillit à son arrivée à la gare Bonaventure. On le raccompagna aussitôt à Saint-Jean où «l’émoi considérable» causé par l’affaire prit bientôt des proportions nettement exagérées : une foule de trois cent hommes se réunit au dépôt pour accueillir le fuyard par des cris et des invectives haineuses qui annonçaient des coups si ce n’eût été la présence des policiers qui protégèrent tant bien que mal leur prisonnier.
Le jour même de ces arrestations mouvementées, les accusés comparurent devant le magistrat et furent rapidement cautionnés malgré le montant élevé de trois cent piastres exigé pour chacun. Certains le furent par leurs familles, ce qui ne surprit guère, d’autres par des amis que l’on pourrait croire membres du club des «manches de ligne». Quoi qu’il en fut, l’avocat Quesnel fils fut cautionné par son père, collecteur du Canal de Chambly; le commis pharmacien au chômage Prairie par un dénommé Joseph Herménégilde Racicot; pour le marchand tailleur Genest, ce fut un hôtelier du nom de Raphaël Poutré. Enfin, Delphis Brossard, d’abord cautionné par un parent, le chirurgien-dentiste Octave Brossard, voit sa caution vite remplacée par celle d’Alfred Lauciau, cultivateur, par Lévi Péladeau et Louis Chaput, bourgeois, qui se portent garants.
Le juge Loupret ne lésine pas. La première comparution a lieu dès le lendemain, 19 avril. Les quatre hommes sont représentés par Maîtres Girard et Chassé, alors que la poursuite est assurée par Maître J. -S. Messier. Les parties s’entendent pour fixer l’interrogatoire des témoins une semaine plus tard, soit le 26 avril. Le 21 avril, deux jours après cette première audience, une stratégie défensive semble prendre forme quand l’un des accusés, Louis Pierre Genest, appuyé de son avocat Me Girard, porte plainte contre Oscar Malo en renversant l’accusation. L’accusateur accusé se retrouve donc à son tour devant le magistrat qui remet l’interrogatoire des témoins au 26 avril comme pour les quatre autres causes. Comme ni les prévenus, ni leurs cautions et pas même leurs avocats ne se présentent à l’audience du 26, le juge déclare confisqués les cautionnements et «décharge» Malo de la plainte et de l’accusation portées contre lui. Les journaux montréalais, qui avaient ébruité l’affaire, restent silencieux sur les suites et seul Le Franco-Canadien, l’hebdomadaire de Saint-Jean qui, peut-être par pudeur, n’avait jusque là dit mot, se risque à offrir ces quelques phrases qui se veulent une conclusion sur le scandale étouffé : «Les quatre individus dont l’arrestation a causé tant d’émoi dans notre bonne petite ville ont pris la poudre d’escampette. C’est un bon débarras coupant court à la chronique scandaleuse qui glosait là-dessus» (jeudi, 28 avril 1892). Il est tout à fait étonnant que les quatre accusés aient pris ainsi la fuite sans tenir compte des cautions. Il est plus que possible que cette conclusion abrupte et inattendue découle d’un arrangement entre les familles, amis et alliés des quatre hommes, et la justice et les notables de la ville, dans le but d’étouffer un scandale qui aurait éclaboussé encore plus de monde. Malheur par qui le scandale arrive! Cette maxime de l’Évangile servit à étouffer un scandale qui déjà faisait trépigner pas mal de monde de la haute bourgeoisie johannaise.[72]
l’alarme en cas d’incendie, mais c’est de la caserne des pompiers que devait
sonner l’alarme pour que tous les citoyens soient avertis du feu, et on
répétera de nouveau l’alarme en se servant de la cloche de l’église afin de
porter le plus loin possible. Le 4 mars 1904, le cauchemar d'un incendie majeur
anticipé se réalise sur la rue Richelieu. Cette fois-ci, ce fut au nord, à
partir de la rue Saint-Charles et du côté ouest que l'incendie se déclara et
progressa. Par un vendredi très froid, l'incendie prit naissance au magasin de
fourrures de M. Ulric Normandin pour s'étendre ensuite à tout un pâté de
maisons. L'incendie a été allumé par le bris d'une lampe dans le magasin.
«L'épouse de M. Normandin, ayant eu affaire dans la cave au-dessous du
magasin, avait dû, attendu l'absence de lumière électrique ce jour-là, se
servir d'une lampe à pétrole. Comme elle remontait, elle fit un faux pas et
laissa choir la lampe qui se fracassa […]
la flamme provoquée par l’ignition de l’huile répandue […]. On n’est plus
habitués à porter les lampes à pétrole».[73]
Le journal Le Canada-Français du 11 mars relate ainsi la catastrophe :«Vendredi soir, vers 8 heures, l’alarme appelait notre brigade sur la rue Richelieu, au magasin de fourures de M. U. Normandin. Nos pompiers en arrivant, n’aperçurentqu’une épaisse fumée (…). Même s’il était impossible de déterminer l’endroit précis du foyer de l’incendie, les pompiers, avec une promptitude qui leur fait honneur, et avec le concours de la manufacture Corticelli dont la pompe avait généreusement été mise à leur disposition, se mirent à l’œuvre et pointèrent leur jet du côté du magasin de M. Normandin. Mais ce n’est que vers les 9 heures que l’on constata combien avaient été inutiles les efforts de nos pompiers, en voyant la flamme qui avait enfin trouvé une issue, s’élancer à l’assaut par tous les côtés à la fois.
Alors commença pour notre brigade, une lutte malheureusement inégale contre le feu, qui eut bientôt fait d’envahir tout le pâté d’immeubles occupés par les établissements de commerce de MM. Charles Harbec, marchand de ferronneries, D. Rancourt, marchand de nouveautés, J.-E. McNulty, marchand de nouveautés, F. Payette, marchand-tailleur, W. McNulty, marchand de chaussures, et U. Normandin, marchand de fourrures.
Les pertes causées par l’incendie attteindront d’après les apparences, le chiffre énorme de cent mille dollars…Nos braves pompiers nous demandent de vouloir bien remercier publiquement M. O. Langlois et Fils, marchand de meubles, ainsi que MM. Percy Smith et Chester Wilkinson, qui ont eu l’amabilité de servir du thé de bœuf et du café durant le terrible incendie de vendredi dernier».[74]



























Bonjour M. Coupal,
RépondreSupprimerJe me demandais si vous êtes certain que c'est vraiment la photo du curé Aubry que vous avez publié.
Dans ma famille nous avons 3 photos de ce prêtre et nous le connaissons sous le nom du curé Moreau. Parmi ces 3 photos il y en a une qui est identique à celle que vous publiez.
Le nom d'Aubry est retenu par J.-D. Brosseau dans son Saint-Jean-sur-Richelieu, où l'on peut voir un montage des photos des premiers curés de Saint-Jean. J'ai reproduit cette page dans un message précédent (L'Âge de Croissance) où l'on voit 4 autres curés. Ceci dit, le portrait que vous me faites parvenir ressemble assez à celui désigné comme étant Aubry.
RépondreSupprimerAuriez vous plus de photo sur l'ancien pont de train demolie a st jean sur richelieux
RépondreSupprimerJe m'excuse du retard, j'ai eu de grosses difficultés avec les modifications de Blogger. Il s'agit sans doute du pont du Central Vermont (ou Canadien Pacifique), ce pont de bois qui ressemblait à un pont d'allumettes comme on en retrouve dans les vieilles photos de western. En fait, on en voit une partie dans une photo du Yacht Club, plus haut, en arrière plan.
Supprimerhttps://4.bp.blogspot.com/-JtnyEwMy8ig/VJDdDlOHYAI/AAAAAAAAiYc/EFvIewczgKM/s1600/6413.jpg
Sur cette autre photographie, on le voit d'un peu plus près. Les gens s'y assoyaient pour voir les régates au Yacht Club.
https://4.bp.blogspot.com/-ilq3cUm1fVA/VJISUCGJtjI/AAAAAAAAiiw/TyYb-dQy2Ns/s1600/pont%2Bdu%2BCN.jpg
Bonjour, pouvons-nous acheter une photo pour l'installer dans l'un de nos immeubles?
RépondreSupprimerVous pouvez prendre toutes les photos que vous voulez, je n'ai aucun droit d'auteur sur celles-ci. Elles sont du domaine publique. Gâtez-vous!
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