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| Poétique de l'espace 1940 |
L'ÂGE DE LA NÉMÉSIS
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Bibliographie et Table des Matières
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et provincial supplantaient de
plus en plus la Municipalité, complémentaires à l'intrusion des multinationales
qui proliféraient en drainant leurs capitaux vers la région, mais qui
exigeaient aussi des obligations qui liaient les mains des propriétaires et des
gestionnaires de la ville. Voici donc en quoi consiste l'Âge de la Némésis, en
cette perte de l'auto-détermination à peu près dans toutes les sphères de
l'activité sociale où les habitants de Saint-Jean avaient eu, jusque-là, le
quasi-monopole de décider pour eux-mêmes de leur avenir. La Municipalité
partageait avec les commerçants et les petits industriels de la place les mêmes
gestionnaires, ne pouvait que se lier à des subventions venues d'Ottawa et de
Québec. En citant Réal Fortin, Pierre Vincent écrit : «Alors que les milieux
agricoles se maintiennent à un haut niveau de prospérité, because la
qualité des terres, l'économie des villes décline. Poterie et vaisselle sont
surclassées par des concurrents plus agressifs, plus industrialisés; le train
trouve des raccourcis pour se rendre aux États-Unis et le Richelieu perd ses
voyageurs, qui préfèrent les nouvelles routes».[1]
Cette explication n'est vraie qu'en partie. Il est important de spécifier que
la cause du déclin de Saint-Jean ne se trouve ni dans la défaillance de son
site géographique, ni dans l'urbanisation de masse liée à l'industrialisation.
Ce n'est pas tant la grande industrie qui tue Saint-Jean que l'organisation
socio-économique de cette production à grande échelle dont les profits liés à
cette production s'écoulent comme une hémorragie, vers l'extérieur. Pour faire
une image simple mais brutale : Saint-Jean était devenue l'otage de la Singer,
ce que l'on comprend bien si derrière les noms, nous mettons les principes
qui les habitent. Devant cette situation, la léthargie des institutions
équivaut à une paralysie traumatique de l'esprit créatif. Comme l'écrivait
l'historien britannique Arnold Toynbee : «La faiblesse du mimétisme repose
dans le fait d'être une réaction mécanique à une suggestion de l'extérieur.
L'action accomplie est de celles qui n'auraient jamais été tentées par
l'exécutant de sa propre initiative. Cet acte n'est pas auto-déterminé et sa
meilleure sauvegarde est de se cristalliser en habitude ou routine».[2]
Ce qui veut dire, dans le cas qui nous occupe ici, qu'à s'attendre à voir se
reproduire le coup de force de la Singer et toujours espérer la venue
d'investisseurs étrangers au moment où un transfert d'axe de développement se
produit, la population locale s'est figée dans une routine de décroissance et
par le fait même, a perdu confiance dans les possibilités qui résident toujours
dans le milieu et qui ne demandent qu'à être redécouvertes.«Aux premiers jours de juillet 1911, S. E. Mgr Paul Bruchési assistait au Congrès Eucharistique de Madrid. Là, dans le chaud rayonnement de l’Hostie, il mûrit une dernière fois et décida la fondation de notre collège. […] l’arbre, planté en terre fertile, devait pousser ses racines profondes et connaître un prodigieux accroissement…Enfin, suprême bénédiction du Ciel, la création du diocèse de Saint-Jean était connue le 19 décembre 1933. Pour comble de bonheur, la Providence lui donnait, le 16 mai 1934, dans la personne de Son Excellence Mgr Anastase Forget, un évêque éducateur… etc. etc.»[3]
services publics jusqu’à vider le centre-ville de sa substance
traditionnelle? Cette mobilité du centre des opérations urbaines de la Ville de
Saint-Jean coûtera les plus vieux édifices du centre-ville, endommageant la
poétique de l’espace qui s’était fondue avec le milieu naturel depuis le milieu
du XIXe siècle. Le germe se retrouve pourtant déjà dans le commerce aux détails
lorsque de chaînes - telles Woolworth Co., Greenberg's et United dans la mercerie;
A&P, I.G.A., Spot, Dominion et Steinberg's puis, plus tard
Métro et Richelieu dans l'alimentation -, s’établissent dans la ville après
la guerre, jusqu’à ce que ces entreprises, grossissant, deviennent les premiers
locataires des centres d’achat étalés le long du Boulevard du Séminaire. Les
promoteurs immobiliers lorgneront vers cette population qui, venant s'établir
dans les quartiers résidentiels préféreront déjà la banlieue au centre-ville.
Nous assistions-là au grand déplacement géographique du cœur de la ville. Les
nouvelles zones résidentielles appellent la création de paroisses aux églises
plus petites mais construites selon l'influence esthétique des églises de Le
Corbusier (Saint-Gérard-Majella, 1955) et non du néo-gothique pompeux. À côté
de vieilles maisons érigées jadis dans des champs ou à proximité de terrains
vagues attendant un quelconque développement industriel ou commercial, quelque
part le long du Boulevard du Séminaire, les nouveaux quartiers résidentiels
serviront de dortoirs aussi bien aux travailleurs de Saint-Jean qu'à des
travailleurs de la Rive Sud et de Montréal!
les commerces qui avaient survécu aux années de la crise de
1929 étaient toujours bien en selle : LeSieur, Stewart-Denault, Gervais,
Langlois, Régnier, Boulais et autres. Par contre, nombre de petits commerces se
sont succédé au rythme où les propriétaires faisaient faillites les uns après
les autres en revendant leurs commerces avec pertes. En 1940, il y a déjà à
Saint-Jean une Chambre de Commerce qui mesure le pouls économique de la ville.
Elle est l’œuvre de Maurice LeSieur et André Thibodeau qui, à lui seul, recrute
167 nouveaux membres. De nouveaux commerces apparus après guerre sont appelés à
prendre de l’expansion. Tout ne va pas si mal à Saint-Jean.
Saint-Jacques, devant
la Cathédrale, tandis qu’un nouvel établissement funéraire fait son entrée à
Saint-Jean : Oligny & Frères, sur Saint-Georges. Le Salon Langlois a cédé
sa place à la Résidence funéraire Saint-Jean. Georges-Henri Payette tient
durant plusieurs années une importante imprimerie rue Richelieu qu’il
transforme en librairie en 1948 et dont la relève est assurée par Claude
Payette. Elle devient une «multirégionale» car la librairie prend de
l’expansion en ouvrant 8 succursales : à Montréal, Sherbrooke, Longueuil,
Lachine, Granby et Iberville. La succursale-mère reste à Saint-Jean. Claude
Payette est également le président-fondateur du Club Optimiste de Saint-Jean en
1966 et de l’Association des marchands du Centre-Ville. Il devient
vice-président de l’Association des Librairies de la Province de Québec. Le
dynamisme des commerçants de Saint-Jean n’est donc pas mort. Il est même encore
assez dynamique.André Thibodeau fonde une entreprise de commerce à tabac en 1940. Elle compte 17 employés dont 4 vendeurs et 3 livreurs qui desservent un territoire de 50 milles à la ronde contenant 800 clients. L’entreprise
«Aujourd’hui, la clientèle de Laniel Cantines Inc. atteint 22 industries, 6 écoles, le CEGEP, l’Hôpital du Haut-Richelieu, le Poste de Police, 7 cafétérias manuelles et offre en plus le service de traiteur, disposant d’un département de confection de sandwichs et un autre spécialement pour la pâtisserie.
Quotidiennement, Laniel Cantines supplée à la demande de 7 500 étudiants et 7 000 ouvriers d’usines et fournit de produits divers 175 appareils-distributeurs».[5]
cadeaux et quelques modifications sont apportées à la mercerie.
L’établissement conserve quand même son aspect d’antan et le changement de
propriétaires n’affecte en rien le service du personnel qui demeure
majoritairement le même. Lasnier & Galipeau reste le plus grand concessionnaire
d’automobiles du centre-ville jusqu’à la séparation des deux beaux-frères.
Depuis, Rodrigue Lasnier est devenu concessionnaire exclusif des voitures de
marque Pontiac, tandis que Galipeau conserve la marque Chevrolet. Les autobus
Boulais acquièrent le monopole du transport en commun de la ville et de la
région de Saint-Jean avant que la compagnie Métropolitain transport
(anciennement Chambly transport), un temps affilié à la Commission des
Transports de la Rive-Sud de Montréal prenne le relais, et ce jusque dans
les années 1990 où une compagnie régionale, le Richelain, offre un service qui
dessert la vallée du Haut-Richelieu. Les taxis Nautique (devenu Coop), Pépin,
Boivin, Laurier et Saint-Jacques offriront, dans les années 1950-1970 un
service à la clientèle de Saint-Jean. Ils sont nécessaires en cette période
d’étalement urbain où le transport en commun n’est pas développé.
angle nord-est de la rue Richelieu
et Saint-Jacques; United Stores (plus tard People’s) ayant des
portes d’entrée sur Richelieu et Champlain; Trans-Canada, Chaussures Cité et
Yellow Shoes mènent une concurrence aux magasins locaux tels Cinq-Mars et
Marcel. Steinberg’s angle nord-est Richelieu et Saint-Georges est la première
grande épicerie de style américain des années 50 à s’établir à Saint-Jean.
C’est déjà une grande surface. Les marchés d’alimentation Spot (anciennement
A&P) et I.G.A. sur Mayrand, Dominion érigé sur
l’ancien site de la salle Poutré (Jacques-Cartier nord) et pratiquement toutes
les petites épiceries de Saint-Jean sont entrés sous une bannière provinciale y
compris les québécoises Richelieu, Métro, plus tard Provigo. Les
avantages à se placer sous une bannière? Meilleur approvisionnement, soutien
financier en cas de pépin, publicités à la radio et à la télévision qui donnent
une visibilité inespérée, production de circulaires qui passent de la feuille
de gazette simple à des circulaires colorées et affriolants autant au niveau
des produits que des prix. La maison Roger Croteau s’établit d’abord sur
la rue Champlain (l’édifice Idéal) puis occupe l’ancien Steinberg’s lorsque
celui-ci aménage dans un nouveau centre d’achat sur le boulevard du Séminaire. L'inauguration se fait d'ailleurs en grande pompe, à la radio, avec le monologuiste Gilles Pellerin.
la rue Saint-Jacques, entre le cimetière et le nouveau
viaduc du Canadien National. En 1966, l’enseigne I.G.A. établit sa
première grande surface (Quincaillerie Berger depuis 1972) située à
l’arrière du complexe de la Singer. Puis, des multinationales de
restauration rapide font leur apparition sur le chemin menant à la montée
Saint-Luc ou à l’axe routier qui empreinte le pont Félix-Gabriel-Marchand pour
se rendre à l’autoroute des Cantons de l’Est : MacDonald’s, Colonel Sanders,
Dunkin’s Donuts, Ponderosa (puis Red Lobster’s), etc. Des stations
services, indispensables, se multiplient. Le Boulevard du Séminaire devient non
plus seulement un axe routier, mais un axe de développement économique, surtout
après 1969 et 1970 lorsque sont construits l’Hôpital du Haut-Richelieu et la
Polyvalente Armand-Racicot. Il devenait évident que les nouveaux centres
d’achat ne tarderaient pas à les suivre.
nord-est des rues Saint-Jacques et Boulevard du Séminaire, fait
sensation, imité de ces centres d'achat américains de Plattsburgh, dans l'État
de New York, est apparue presque aussitôt trop modeste - avec son Hypermarché
et son Bonimart -, lorsqu'on érigea d'autres grands centres multiplex,
plus au nord. Ainsi, les Galeries Richelieu (1974) ayant à chaque extrémité du
multiplex, un Woolco et le Steinberg’s. Les Galeries sont
bientôt dépassées par le Carrefour Richelieu, situé sur Pierre-Caisse, à
l'entrée de la ville, sortie de l'autoroute des Cantons-de-L'Est, avec son Super
C (affilié à Provigo), Sears, Target et Winners. La
multiplication de ces grandes surfaces remonte jusqu’aux limites des Tissus
Richelieu et des silos à grains sur la ligne de chemin de fer du Canadien
Pacifique.
construction
de cette mégastructure commerciale qui accentuerait la désertion du
centre-ville. La structure architecturale de ces centres d'achat est partout la
même : une puissante entreprise - Steinberg’s et Woolco au départ, qui
ont cédé leur place par après à Métro et Zeller's, avant que
ledit Métro aille s'établir dans son propre édifice (et ferme ses portes!) et
le Zeller's au Carrefour Richelieu -, comme un soleil double, attirent
par gravitation, des petits commerces locaux qui logeaient jadis au
centre-ville. Ces petits commerçants paient un prix fou pour un espace en
location afin d'essayer de survivre à l'ombre des géants. La faillite du
premier établi entraîne sa fermeture, puis la location pour un autre projet
commercial, qui finira quelques mois, quelques années plus tard, à son tour, en
faillite, and so on. De plus en plus, ces petits commerces deviennent
des chaînes de produits à rabais. Parmi la centaine de commerces qui
gravitent autour du Zeller's au Carrefour Richelieu, on retrouve bien un
Future Shop, un Home Depot, un Pharmaprix - le Jean-Coutu est
resté dans son propre bâtiment sur le Boulevard du Séminaire nord après
avoir
fermé sa succursale du Centre-Ville -, une SAQ Sélection, mais aussi un
Dollorama et autre Village des valeurs. Autant de franchises
d'entreprises nationales ou multinationales qui, pour être entre les mains
d'administrateurs johannais, n'en dépendent quand même pas moins de capitaux
étrangers à la région. À l'extérieur, ne survivent plus que de petits
commerces, des dépanneurs, des pharmacies locales, des garages automobiles,
tous indépendants. Saint-Jean entrait définitivement dans l’ère du
prêt-à-porter …et à consommer. Ce déplacement signifiait la mort de la grand'rue.
Comme toutes les rues principales des petites villes d'Amérique du Nord, la rue
Richelieu déclina bien vite après 1980. Avec les centres commerciaux
périphériques, le centre-ville devint le «Vieux Saint-Jean» comme on le dénomme
depuis, prenant l'aspect d'un quasi ghost town, au point que des
réalisateurs d'Hollywood vinrent y tourner la série Lassie. De même, le
pont Gouin devient un pont desservant des centre-villes étiolés, alors que le
nouveau pont Marchand, érigé en 1958 et ouvert à la circulation en 1966, permet
de contourner les deux villes sans les traverser.
Saint-Jean. Ces nouveaux centres commerciaux
inquiétaient les commerçants du centre-ville, mais l’abcès n’éclata qu’au
printemps 1979, lorsque la compagnie Westcliff parla d’acheter le terrain où
s’élève aujourd’hui le Carrefour Richelieu. Westcliff - une firme
affiliée aux Bronfman -, se spécialise dans un premier temps à dénicher des
terrains à proximité de grandes villes où ériger une grande surface commerciale.
Dans un deuxième temps, Westcliff offre de louer des parcelles de son centre
d’achat à des super-marchés ou des chaînes de vêtements griffés. Westcliff
lorgne donc un terrain situé dans le quartier nord de la ville. Or, un
règlement voté en Conseil municipal, le règlement n° 508, établit un plan de
zonage du quartier nord afin de limiter le développement industriel et
commercial anarchique qui commence à se dessiner. Si Westcliff veut établir son
centre d’achat, il lui faut passer par le Conseil et obtenir le dézonage du
quartier réservé au développement résidentiel.«"En plus de la perte de valeur commerciale et immobilière de $ 12 à $ 16 millions dans les autres commerces de Saint-Jean, il semble évident que l'on assistera à un transfert des leviers économiques et du pôle commercial dans l'environnement immédiat du nouveau centre commercial, ce qui engendrera une incapacité probable de financer des réaménagements majeurs ailleurs dans Saint-Jean et particulièrement dans son centre-ville", d'expliquer le directeur (Philippe Sauvé, de Cogem)».[8]
«Ce qui me chagrine cependant, c’est que ces mêmes marchands suivent la ligne de conduite qu’on leur donne de Saint-Jérôme… "Battez-vous contre Westcliff plutôt que d’investir à revitaliser votre centre-ville…"
C’est le monde à l’envers, la mort de l’esprit d’entreprise, le recours à un conservatisme tranquille, précurseur de faiblesse économique. Les P.M.E. du Québec ne sortiront jamais de leur enlisement avec une telle mentalité».[14]
«Pour ce qui est des services municipaux, il faut être juste. Westcliff paiera selon toute vraisemblance, pour les services dits de répartition locale au même titre que les autres propriétaires. Quant aux autres, je pose la question : est-il plus aisé pour la police de surveiller 90 magasins dans une même bâtisse ou 90 magasins répartis le long de quelques pâtés?Est-il plus aisé d’administrer un compte de taxes de $ 300 000 ou $ 500 000 que 30, 40 ou 50 de $ 5 000 ou $ 6 000 chacun? Il est de notoriété publique que contrairement au développement unifamilial, le développement commercial ou industriel est rentable pour l’ensemble des citoyens d’une ville. Peut-être ne réduit-il pas les comptes de taxes des petits propriétaires mais il aide sûrement à en adoucir les augmentations».[15]
municipal. Puis l’auteur effleure
seulement l’antagonisme capital régional/capital étranger :«Dans cette même veine, on soulève le problème de la prise en main de l’économie locale par des étrangers. Ce danger est sans contredit réel. Cependant, de condamner le centre d’achat sans procès, c’est présumer de la composition des marchands qui s’y établiront sans savoir combien de marchands locaux y loueront des espaces?… Je ne le sais pas et je doute que même Westcliff le sache. Il y en aura certainement plus qu’on pense. À tout égard, on doit reconnaître que les deux mass marchandiser qui seront sur place attireront une clientèle importante dont des marchands locaux tireront profits».[16]
«L'usine occupe l'espace le plus important du complexe Singer. Elle est constituée de nombreux départements qui servent à la fabrication des différentes composantes de la machine à coudre : les aiguilles, les meubles de la machine à coudre, les têtes de machines en fonte, etc. Une section de l'usine sert même d'entrepôt pour les pièces et lescabinets. Au fil des années, plusieurs départements subissent des modifications. Toutefois, c'est après la Deuxième Guerre mondiale qu'un réel effort de modernisation et d'amélioration est entrepris. En effet, durant ce conflit mondial, Singer avait été adaptée pour fabriquer du matériel de guerre. Après 1945, l'usine doit redevenir fonctionnelle pour la fabrication de machines à coudre. Les dirigeants en profitent pour moderniser les installations. Parmi les transformations et/ou ajouts les plus importants, soulignons ceux-ci : 1947 : on ajoute une nouvelle section de réception de 90 pieds par 40 pieds. Elle permet de relier la machinerie au département d'emballage. Cette nouvelle partie est équipée de plates-formes pouvant recevoir à la fois quatre camions et un wagon de chemin de fer. On y aménage également un nouvel entrepôt d'emballage sur la rue Saint-Louis. 1948 : construction d'un entrepôt pour l'acier. Sa plate-forme intérieure permet le chargement des wagons et des camions. On y retrouve également un pont roulant pouvant supporter jusqu'à 3 000 livres. 1949 : une nouvelle fonderie est construite à proximité de l'ancienne. Elle est bien aérée et équipée de convoyeurs à rouleaux qui réduisent de moitié la manutention et les efforts physiques. 1949 et 1950 : deux garages sont construits. Un est utilisé pour les camions et les voitures des membres de l'exécutif de la compagnie et sert à leur entretien. L'autre abrite les locomotives et la grue mécanique. 1952 : construction d'un entrepôt pour le bois d'œuvre à proximité de la cabinetterie. Il est équipé de voies intérieures de chargement et d'un système de contrôle de l'humidité du bois qui arrive du chantier de coupe de Thurso. Ce système élimine l'empilage du bois dans la cour, le séchage et parfois même le machinage.
Les rénovations effectuées entre 1946 et 1952 ont coûté six millions de dollars. Ce montant inclut également l'installation d'équipement pour la production des moteurs électriques des machines à coudre. À la suite de cette modernisation, l'usine Singer deSaint-Jean passe d'une superficie de 580 000 pieds carrés à 900 000 pieds carrés et atteint des records pour l'emploi et la production : les machines à coudre de Saint-Jean sont expédiées dans 48 pays. Cependant, les rénovations et la modernisation ne touchent pas tous les départements. En effet, les dirigeants ne rénovent pas les sections dont l'élimination est prévue à plus ou moins long terme. Par exemple, en 1954, le département des aiguilles est fermé et l'outillage est transféré en grande partie au Brésil et la balance du stock en Allemagne. La même année, le département des navettes (shuttles) et celui des pattes d'acier sont transférés respectivement au Brésil et en Écosse. En 1960, la cabinetterie et le département des mallettes, rénovés depuis peu, sont déménagés à Thurso. Le démantèlement progressif de Singer Saint-Jean suivra quelques années plus tard et marquera le début de la fin pour l'usine johannaise».[18]
Dans le catalogue des grandes grèves de l’époque, celle de la Singer
tient une place toute relative. Certes, les revendications économiques ont été
l’enjeu de l’affrontement, mais il est possible de saisir la grève comme une
réaction longtemps refoulée des travailleurs de Saint-Jean à l’endroit de
l’usine. Nous l’avons maintes fois soulignées : son gigantisme monumental, la
vaste étendue de ses planchers, le personnel considérable qui y travaille
créent une atmosphère suffocante à la Métropolis. Certes, les
photographies nous montrent le côté sympathique de la vie ouvrière à la Singer
: le petit tramway, le hangar sur le quai aux écluses du canal, les rails
sur la rue Saint-Paul, les parades de la Saint-Jean-Baptiste… Mais la Singer
étouffe Saint-Jean et les ouvriers en ont été les premiers à sentir les
effets nocifs contrairement à la bourgeoisie locale qui ne percevait rien de
son drame intérieur. Même dans une ville où le pourcentage d’accroissement sera
de 14.2% entre 1961 et 1971, la Singer restait cette ombre pesante qui
s'étendait sur la ville. Avec les années 70, le son de
son sifflet commence à
ressembler de plus en plus à un glas. À cette époque, 500 personnes s’occupent
de la fabrication des machines à coudre. Il ne reste plus rien du tramway, des
rails et du quai au canal de Chambly. Sur la façade de l’aile droite, face à la
rue Saint-Louis, le nom de Croydon remplace celui de Singer. L'immense
plancher de l’usine, en effet, est partagé depuis 1952. Croydon, multinationale
pennsylvanienne occupe la moitié du complexe industriel. L’usine Singer de
Saint-Jean fermera ses portes le 31 mars 1986, même si la compagnie exploite
encore une centaine de filiales partout dans le monde, mais elle approche de la
faillite. Dans la tourmente, le fonds de pension des travailleurs sera emporté,
ce qui causera un véritable scandale social pour le Québec tout entier.
Les faits en litige se sont produits entre 1947 et 1986, lit-on dans le
document de la cour. Les retraités reprochent au régime de Pensions du
gouvernement du Canada de verser les surplus de la caisse de retraite de Singer
à la compagnie plutôt qu'aux employés, malgré la police collective signée qui a
été découverte beaucoup plus tard. On estime le nombre de retraités encore
vivants à 50 et leur âge moyen se situerait autour de 87 ans. Vingt ans plus
tard, soit le 9 mars 2006, après un long et très coûteux processus judiciaire,
près de 600 retraités ou leurs héritiers, après avoir intenté un recours
collectif évalué à 8,2 millions de dollars, obtiennent du gouvernement du
Canada un règlement à l'amiable dont les termes de l’entente sont demeurés
confidentiels. À lui tout seul, l’effondrement de la Singer illustre
assez bien la bascule de l’auto-détermination régionale à la «succursalisation»
opérée à partir du début du siècle à Saint-Jean-sur-Richelieu, comme de
nombreuses petites villes du Québec. La morale de cette histoire montre la
fragilisation d'une localité de se retrouver en état de satellisation
par des entreprises venues de l’étranger.«La production de pierres concassées est la principale source des carrières. On extrait du terrain d’une centaine d’arpents carrés et jusqu’à une profondeur de 100 pieds une quantité considérable qui atteint 1 million de tonnes par année, et l’on nous dit que la masse de roc est suffisante pour un approvisionnement semblable pendant de nombreuses années.
En plus de la pierre, les Carrières Bernier se chargent de la pose d’asphalte et de la construction de routes et de production de béton destiné principalement aux chantiers de construction».[19]
Deux familles d'industriels locaux ont particulièrement bien passé la période de la crise et de la Seconde Guerre mondiale : les Longtin et les Savoy. Georges Arthur Savoy (1873-1951) nous est déjà connu comme le fondateur de la Dominion Blank Book en 1921, son fils Harolde J. (1900-1977) prendra la succession en 1946. Les Savoy sont surtout connus pour leur participation à la fondation du Centre Lucie Bruneau pour les gens souffrant d'épilepsie et autres maladies cérébrales. Comme le clergé tenait à ce que le centre demeure spécifiquement catholique, Savoy s'opposa au sectarisme de l'institut. Il mena campagne pour que les portes du centre soient ouvertes à tous ceux qui en avaient besoin. L'industriel
se transformait en philanthrope. Malgré sa forte personnalité, Lucie Bruneau ne put faire chanter le clergé d'avis. Sur le fait, George Savoy fut frappé par un drame personnel. Son fils, le major Paul Savoy, membre des Fusillers Mont-Royal fut tué dans le désastreux raid sur Dieppe (1942). C'est alors qu'il décida de fonder le Foyer Dieppe, le 12 novembre. Le soir de l'inauguration, Savoy fit un discours dans lequel il affirma que le Foyer devait être aussi un mémorial pour son fils et tous les jeunes hommes morts à la guerre. L'institut devait traiter les maladies épileptiques, prodiguant des traitements adaptés à la condition de chacun. Ici, aucune ségrégation ne serait toléré. Lorsque George A. Savoy mourut, en 1951, son fils Harolde lui succéda à la tête du Foyer Dieppe comme il l'avait fait pour la Dominion Blank Book.Vernon Longtin est toujours à la tête de Kraft Paper Products et d’Iberville Fittings. Rodolphe Longtin hérite des titres de son père tandis que celui-ci surveille d’un œil attentif son entreprise de la Kraft…, alors que l’Iberville Fittings, divisée en 2 groupes bien distincts en 1941, voit sa succursale d’Iberville déménager par manque d’espace à Saint-Jean, en 1955. L’usine s’établit sur la rue Saint-Georges, entre Collin et Bouthillier, tout près de la voie du Canadien National. Ce bâtiment est le seul, à Saint-Jean, à posséder un château d’eau noir, plus petit et moins haut que celui de la ville, élevé à même le toit de l’usine. Une nouvelle usine de l’Iberville Fittings s’établit à la limite de la rue Longtin, devant le Collège Militaire, sur la route de Saint-Paul (aujourd’hui Jacques-Cartier sud), séparée de la route par la voie du Canadien National. En 1970, la compagnie est acquise par G.T.E. Sylvania Canada qui double le personnel et l’espace occupé par l’usine, augmentant favorablement la production. Durant toutes ces années, Longtin ne cesse de développer son capital. Il fait venir au Canada les Industries Thomas & Betts qui s’installent à Iberville et, tout en dirigeant sa propre entreprise, en devient actionnaire. Il entre en relations d’affaires au Mexique en vue de produire les câbles DSTA, industrie qu’il cède en 1955 à des intérêts américains. Un an plus tard, il apporte son concours aux frères Silverman pour lancer l’entreprise Flexicon et 20 ans plus tard, conclut une transaction pour que les Silverman en deviennent les uniques propriétaires. En 1963, T. Harrison Smith, industriel d’expérience dans le câble et qui a occupé un poste de gérant-général à la compagnie Industrial Wire & Cable, consolide en tant que gérant des ventes l’organisation de la distribution des produits de la compagnie. Dans les années 1970, Vernon Longtin entre en relations d’affaires avec Robroy Industries afin de créer de nouveaux et de nombreux liens dans le monde des affaires et de l’industrie. L’aventure multinationale n’est pas fermée aux entrepreneurs johannais. Ces industriels appartiennent à une nouvelle race de capitalistes locaux. Intimement liés à des milieux anglophones, ils tiennent à ce que l’on prononce leur nom avec l’accent tonique anglais. À une époque où le nationalisme québécois est très pointilleux sur la langue, cette attitude est considérée d’un très mauvais œil.
«Des efforts du Conseil de ville pour amener de nouvelles industries à Saint-Jean ne furent pas vains. Déjà la ville avait acquis du gouvernement fédéral les terrains dont il n’avait plus besoin depuis le départ des Dragons, ce qui permit l’établissement de la Saint-Régis, devenue depuis la Cyanamid, de la Doric Textile, de la Brown-Boveri, sans parler des autres manufactures qui se sont considérablement agrandies et de Longtin qui a déménagé sa manufacture (Iberville Fittings) d’Iberville à Saint-Jean. "Je me souviens même d’avoir arpenté la terre des Papineau avec le Dr Boveri. Il aimait bien les petits vallons qui rompaient la monotonie du paysage. Jusqu’à un certain point ils lui rappelaient sa Suisse natale. Malgré les efforts déployés par la ville de Granby et son maire de l’époque, Ulysse Boivin, qui avait beaucoup d’influence, nous avons réussi à attirer la Brown-Boveri à Saint-Jean"».[20]
Le Village suisse, qui sera longtemps séparé par un terrain de balle drainé et éclairé, assure l'isolement et la tranquillité pour les 16 maisonnettes et 9 logements. On prévoira même ajouter 200 logements à ce
complexe résidentiel. Il y aura même un tunnel en béton qui reliera une maison
du village à l'usine. Ce souterrain est muni d'une voûte à l'épreuve d'une attaque nucléaire! La proximité recherchée par Brown-Boveri avec la frontière américaine n'était pas étrangère au climat de Guerre Froide de l'époque. En 1963, Brown-Boveri quittera Saint-Jean pour s'établir à Pointe-Claire. Toutefois, l'usine gardera la même vocation : la division des produits industriels de Westinghouse profitant de son infrastructure pour fabriquer des transformateurs haute-tension à sec, des calorifères, des DSDT et, plus tard, des disjoncteurs à l'épreuve des arcs électriques, un produit inventé à l'usine de Saint-Jean engagée dans la recherche. L'objectif de l'usine était d'un million de dollars par mois.
d’elle
vient s’établir dans une partie de l’édifice de la Singer : la Croydon,
spécialisée en fabrication de meubles de bureaux de haute distinction.
Établie en 1952, la Croydon est suivie, en 1953, de l’achat de Cables,
Conducts and Fittings de la rue Richelieu par la multinationale italienne Pirelli.
L’installation de la Pirelli à Saint-Jean sert de base à l’expansion de
la multinationale sur tout le territoire canadien : «On procéda dès lors à
une réorganisation complète de l’ancienne usine et un nouveau plan de
fabrication des câbles à électricité fut inauguré à Saint-Jean en 1956, sur un
terrain de 34 acres. En 1958, un département de production de fil de cuivre fut
mis en marche, suivi d’un département du caoutchouc en 1959».[21]
La même année, la multinationale américaine National Electric Coil de
Virginie vient construire une usine à Saint-Jean. Fabricante des produits
électriques, l’usine occupe un espace de 30 000 pieds² sur un terrain de 11
acres. La National Electric Coil est le plus important fabriquant
d’électro-aimants de levage et de bobines de rechange pour les moteurs et les
générateurs. Toujours dans le domaine des produits électriques, on ne
peut passer sous silence l'usine de la Westinghouse :«L’édifice et les bâtiments qu’occupe aujourd’hui la Division des Produits industriels s’étendent sur une superficie de 178 000 pieds² et sont avantageusement situés sur un terrain de 56 acres faisant face au Boulevard Vanier. L’usine fut érigée par la firme suisse Brown-Boveri en 1951 et suite au déménagement de cette entreprise à Montréal en 1963, Westinghouse en fit l’acquisition en 1964. Ce fut un début modeste, mais en mai 1965 on comptait déjà 60 employés : l’usine en avait 31 dont 4 femmes et le bureau était desservi par 29 employés. Au début de l’année 1975 Westinghouse fournissait de l’emploi à 425 résidents de Saint-Jean et des environs (dont 73 femmes), chiffres assez éloquents par eux-mêmes et qui témoignent de la vitalité de l’entreprise dans la région : en moins de 10 ans, le personnel se multiplie par 7 - un essor remarquable et qui augure bien pour les prochaines années».[22]
Dominion
Textile s’établit à Saint-Jean sous le nom de Textiles Richelieu. La
Dominion est une compagnie canadienne à 90%. Son château d’eau en damier
rouge est encore visible dès qu’on approche de Saint-Jean par la bretelle
d’accès à l’autoroute. L’Ozite Corporation of Canada Limited, établie à
Saint-Jean il y a plus de 50 ans, connue alors sous le nom de Dominion Hairflet,
devient l’entreprise nationale de la fabrication du tapis des plus
importante du pays. Dans les années 1970, au faîte de son expansion,
l’entreprise de Saint-Jean emploie environ 240 ouvriers.«On a les gros ensembles de type régional à Varennes, Verchères et Contrecœur. Ces ensembles s’alignent dans l’axe de la future route 30.Quant aux autres espaces industriels, ils se réduisent à quelques centaines d’acres, à Saint-Hilaire, à Chambly, à Marieville, à Saint-Jean-St-Luc-Iberville et à Sorel-Tracy. Ces petits espaces industriels n’ont pas d’effet sur l’occupation générale du territoire; tout au plus influencent-ils les zonages propres à chacune des municipalités».[23]
Il est impossible de considérer ces entreprises comme de gros employeurs. Dans la région Saint-Jean-Saint-Luc-Iberville, seulement 11 entreprises emploient plus de 200 employés - ouvriers, cadres, personnel de soutiens, etc., 13 entreprises emploient entre 100 et 200 employés, et 20 entreprises emploient de 50 à 100 employés. Ceci jette une douche froide sur le mythe de Saint-Jean centre industriel. Depuis la fin du XXe siècle, il est évident que la prolifération d'entreprises industrielles locales n'a pas suivi la croissance de la population. Celle-ci travaille à l'extérieure des limites de la ville, consacrant ainsi la réputation de Saint-Jean ville-dortoir. À ce titre, elle devient, comme tant d'autres villes des couronnes nord et sud de Montréal, un satellite de la Métropole. Ce qui illustre d'ailleurs cette morale c'est, une fois l'industrie qui avait abrité la Singer durant un siècle mis à terre, on construisit des condos et des appartements appelés la Cité des Tours qui furent occupés assez rapidement par des immigrants maghrébins pour la plupart.Histoire syndicale et luttes ouvrières. Le prolétariat ouvrier de Saint-Jean offre une image et une réalité. L’image est surtout véhiculée par les propriétaires des moyens de production : un prolétariat docile, qui accepte de trimer dur pour un salaire parfois maintenu assez bas. Saint-Jean n’est pas un nom qui résonne comme Louiseville ou Murdochville. Les grèves sanglantes, la répression policière excessive, les appels au communisme n’appartiennent pas au climat ouvrier de Saint-Jean :
«Depuis l’implantation du syndicalisme dans la région en 1940 (syndicat de la construction), les ouvriers ont acquis une certaine sécurité. Dans les dix dernières années, on dénombre environ une quinzaine de grèves dans la région dans le secteur ouvrier. La plus longue dure plus de 4 mois. Environ 500 jours de travail se sont perdus en raison des grèves dans les dix dernières années. Cela revient à dire qu’il se perd environ 50 jours par année à cause des grèves; ce qui est vraiment peu pour l’ampleur du secteur industriel de Saint-Jean.On peut donc dire que Saint-Jean et son agglomération jouissent d’une bonne stabilité concernant le travail de l’ouvrier et sa rémunération».[24]
«M. Henry C. Morris, gérant de l'usine, nous a parlé de la bonne entente qui existe entre les membres de la direction et les quelques 90 employés de l'usine, dont une vingtaine de femmes, qui sont affiliés au syndicat des Métallurgistes Unis d'Amérique. Chacun des employés est libre de devenir syndiqué, la décision lui étant entièrement laissée.Le fonds de pension des employés est basé sur les profits annuels de l'entreprise et les travailleurs sont protégés par une assurance-groupe, une assurance-vie et des indemnités hebdomadaires.Une entreprise dynamique comme celle de National Electric Coil, avec un personnel qui travaille dans la coopération et le respect de la personne humaine envisage l'avenir avec optimisme. Les travailleurs se sentent chez eux et ont le souci constant de faire progresser leur usine».[25]
«Il y aurait beaucoup à dire de l'usine, mais pour une vue d'ensemble, en voici quelques détails; elle est munie d'équipements des plus modernes, réduisant, d'une part, l'effort physique du travailleur et, d'autre part, minimisant les risques d'accidents. Elle compte présentement 240 employés très bien rémunérés, en plus de jouir de bénéfices marginaux très avantageux à savoir : fonds de pension - assurance-maladie et ce, entièrement payé par la compagnie… Pour autant de raisons, le travailleur se sent chez lui, donnant le meilleur de lui pour le progrès de l’entreprise dont il fait partie».[26]
«Les ouvriers de Singer ont su développer l’unité et le support pour leur lutte, par exemple : les Conseils du Travail du district (plus de 12 000 membres) forment des comités de coordination pour mobiliser les ouvriers hebdomadaires dans les usines. Le bureau national des Métallos a organisé un comité pour faire connaître la grève dans tout le Canada. De plus, plusieurs autres locaux du CIO donnent de l’argent et organisent des collectes. Le Conseil Régional de l’Acier du Québec organise aussi des collectes. Les ouvriers du Singer aux États-Unis ont envoyé un télégramme informant de leur support et de leur aide financière.
Le syndicat organise le 5 juillet un grand rassemblement des représentants de divers locaux et Syndicats de la province et des représentants des syndicats des usines Singer aux États-Unis avec un chèque de $ 5 000. La Confédération des travailleurs catholiques participait aussi. En plus, les marchands de Saint-Jean collaborent avec le syndicat pour le système de bons de nourriture.
À la fin de juillet une poignée d’éléments anti-syndicaux forment une organisation fantoche qu’il appellent Union Mutuelle et ils offrent aux ouvriers de négocier le retour au travail tentant sans succès de diviser les ouvriers face à l’ennemi. La large majorité des ouvriers restent unis dans leur syndicat et persévèrent dans la lutte.
Le 30 août, après 3 mois de lutte, ils obtiennent un contrat d’un an contenant l’essentiel de leurs demandes, incluant une clause de révision des salaires pour le coût de la vie».[27]
«Fin 1973, début 1974, les ouvriers du monopole Westinghouse mènent une grève pour le renouvellement de leur contrat. Ils doivent faire face à une attaque de leur droit de grève par une injonction, à une poursuite de $ 10 000 contre le syndicat, à des accusations portées par la police contre plusieurs grévistes sous toutes sortes de prétextes. En février, un renouveau de l’unité des travailleurs de la région pour appuyer leur lutte prend la forme du Front Commun régional qui organisera plusieurs activités d’appui. Finalement, après avoir persévéré dans la lutte et résisté aux diverses tentatives de les écraser pendant 19 semaines, les 276 ouvriers de la Westinghouse signent un contrat favorable».[28]
«En juillet [1974], les 100 ouvriers de la compagnie américaine Commodore Mobile Homes débrayent pour forcer la compagnie à réouvrir leur contrat en vue d’indexer les salaires à l’augmentation du coût de la vie. Ils doivent faire face très bientôt à une injonction leur ordonnant le retour au travail. Les ouvriers décident de poursuivre la lutte. Leur syndicat (OUTA) leur retire tout appui. La compagnie entreprend une poursuite de $ 815 000 contre le syndicat. Des plaintes sont portées au tribunal du travail. La police multiplie les harcèlements. Les attques massives de la police et des scabs pour faire sortir des roulottes se heurtent à la résistance des ouvriers. La compagnie fait toutes sortes d’intimidations, des appels téléphoniques individuels, des congédiements, etc. Le syndicat local est mis en tutelle par l’OUTA. Malgré ces attaques combinées, les ouvriers persévèrent dans la lutte et font preuve d’un grand esprit de résistance.Après 3 mois et demi d’une grève où les ouvriers ont résisté et riposté aux attaques contre leurs droits fondamentaux de faire la grève et de maintenir des lignes de piquetage, ils signent un contrat qui leur est favorable. Cette lutte montre très clairement le rôle de l’État dans la société capitaliste dans ce cas, défendre le droit d’un monopole américain de venir exploiter le cheap labor de Saint-Jean, enlever aux ouvriers tous leurs droits de résister à l’exploitation; ceci en utilisant les cours, les lois, la violence de la police, etc. Malgré les déclarations récentes du maire de Saint-Jean, la ville n’a pas encore retiré ses poursuites contre les ouvriers de la Commodore…»[29]
«Sur le front de la formation des organisations de défense, les travailleurs de Dominion Blank Book ont réussi récemment à former leur syndicat. L’histoire de leur lutte montre aussi le rôle des lois du travail pour saboter et entraver la formation de syndicats et le genre d’attaques que les capitalistes sont prêts à lancer pour empêcher les ouvriers de s’organiser. Il est très important d’apprendre de cette lutte car au Canada, il n’y a que 30% des ouvriers qui sont organisés».[30]
«La situation s’est légèrement améliorée dans l’industrie de la construction sans toutefois que cette industrie reprenne la vigueur des années 1976 et 1977 où la réalisation de l’école des langues de la Base militaire avait occupé une grande partie de la main-d’œuvre régionale.La construction domiciliaire demeure stable à un bas niveau, de même que l’activité dans le secteur commercial qui devrait déboucher en août avec le début des travaux d’érection du centre Westcliff.Par ailleurs, le nombre de travailleurs cléricaux à la recherche d’un emploi a considérablement augmenté, les statistiques révélant que 205 hommes et 962 femmes recherchent activement un emploi dans ce secteur.…Ce sont les jeunes de moins de 20 ans qui constituent le principal groupe de chômeurs dans la région…»[31]
suivie des carrières de pierre et la pêche. L’élevage du
bétail et de la volaille (+ œufs) caractérisent l’agglomération avec un très
net accroissement de la production et des ventes durant la seconde partie de la
décennie 1960.[32] Durant toute
l’époque de Duplessis (1940-1960), le discours agriculturiste impressionnait
toujours la mentalité québécoise, mais la réalité voulait que l’agriculture
elle-même réponde aux exigences industrielles : «L’augmentation de la
production de foin, par exemple, pour nourrir les vaches laitières, tandis que
l’infime proportion de blé produit en 1941 nous indique la fin de l’autarcie.
On se dirige vers une agriculture plus industrielle basée, dans le cas de
Saint-Jean, sur l’industrie laitière».[33] Ce
qui est loin de l’image folklorique de la petite ferme autosuffisante du XIXe
siècle. Une autre industrie agricole est la conserverie. David Lord est le fondateur des 3 conserveries Lord : celle du rang Richelieu
(aujourd'hui rue Jacques-Cartier sud) créée en 1924; celle de la rue Mercier (autrefois Windsor
Canning, fondée en 1895) et celle de l'Assomption, est maire de 1949
à 1953. Lord est un homme important. À l'époque, les conserveries de la
région (Lacadie, Lacolle, etc.) engagent plus de 500 travailleurs saisonniers. «Le problème de l’extension de la zone grise est très grave pour l’avenir de l’agriculture dans la région. Nous avons déjà parlé des possibilités de développement des zones résidentielles ou des secteurs industriels. Cette menace se fait sentir dans le comté de Verchères où d’immenses territoires agricoles sont zonés "industriels". Il est certain que l’expansion industrielle et urbaine attaquera une partie des terres actuellement en culture. Mais tant que la localisation exacte et la limitation de cette expansion ne sera pas évidente, la plupart des terres agricoles subiront un phénomène d’attente et de ralentissement de la production. C’est un peu le même cas pour la région de Napierville».[35]
nous
l'avons vu, les périodes d'intenses activités militaires dans la région n'étaient
provoquées que par des menaces extérieures et de plus en plus lointaines. De
1940 à 1978 - de Martial Rhéaume à Walter Smith -, les députés libéraux du
comté fédéral ont fait porter leurs interventions sur le maintien des casernes
militaires, la création de la base aérienne, puis, en 1952, du Collège Militaire Royal de Saint-Jean, enfin la fameuse Mégastructure, école de
langues pour les différents fonctionnaires et militaires du gouvernement du
Canada. Il faut reconnaître que les bénéfices apportés par ce nouveau fantôme
ont été plus généreux. Mais les institutions militaires fédérales ne
peuvent, à elles seules, faire toute la richesse d'une économiee. Le fantôme
à l'épée ne peut rescutier l'Âge de Prestige, il peut seulement être un
atout face à la Némésis de la créativité locale.
comme la Singer, une ville à
l'intérieur de la ville, avec des cloisons encore plus étanches. La base
d'aviation que Maurice LeSieur avait été chercher à Ottawa en 1941 est restée
telle quelle jusqu'en 1970 lorsque le gouvernement de Pierre Eliott Trudeau
décida de la fermer. Elle sert jusqu'à ce jour de centre de réparation et
d'école pour les observateurs aériens de l'Aviation canadienne. Avec la fin des
hostilités, en 1945, arrive la fin de l'entraînement militaire et les bâtiments
sont alors cédés au Collège Dawson, une annexe de l'Université McGill, pour en
faire un centre de recyclage des anciens combattants. En 1951, la Base est
rouverte pour répondre aux besoins de la Guerre de Corée. On y installe le
dépôt de l'Effectif n° 2, le Centre de Sélection du Personnel pour les
aviateurs et l'École d'Anglais. Entre temps, les anciennes casernes, en 1946,
reçoivent un détachement du Royal 22e Régiment et, à l'occasion toujours de la
Guerre de Corée, deux autres compagnies. De 1948 à 1952, l'École de Formation
de l'Armée canadienne (CATS) réside à Saint-Jean, puis, en cette année 1952 est
fondé le Collège Militaire Royal de Saint-Jean. Le besoin de nouveaux officiers
et le faible nombre de Canadiens-français à rejoindre l'armée suggèrent à
Ottawa l'ouverture d'un troisième Collège - après Kingston et Victoria - afin
de recevoir plus de recrues francophones pour la première étape de la
formation.
Aussitôt rendue publique la décision d'Ottawa d'ouvrir un troisième
collège militaire, députés libéraux et conservateurs font pression auprès du
gouvernement afin d'obtenir que l'École Militaire soit ouverte au Québec. Le
Premier ministre Louis Saint-Laurent et son lieutenant québécois, Hugues
Lapointe, sont favorables au projet. De plus, l'idée d'un Collège militaire
arrive à point : 1952 est une année d'élections partielles, et le 12 juin, 4
jours avant le scrutin - le Ministre de la Défense, Brooke Claxton, qui
résistait farouchement à ce projet, annonce finalement aux Communes la mise sur
pied d'un Collège Militaire au Québec. Le lieutenant-colonel Marcellin L.Lahaie est rappelé avec précipitation de son poste à la tête du 79e Régiment
d'artillerie de campagne qu'il avait fondé l'année précédente, et qui était
cantonné en Allemagne afin d'appuyer l'OTAN. La fondation du nouveau Collège
lui est confiée.«L’organisation matérielle marcha de pair avec le recrutement du personnel et des élèves. Les bâtiments construits en 1839, immédiatement après les "troubles", d’autres érigés en 1937 et quelques constructions temporaires devaient loger les services essentiels. Les vieux bâtiments situés au nord et au sud de l’ancienne place d’armes, aujourd’huiles pavillons Montcalm et La Galissonnière, furent d’abord transformés en dortoirs, tandis que dans celui qui se trouvait à l'est on établit le mess des officiers, quelques bureaux et quelques chambres également réservés aux officiers ainsi que la résidence du vice-commandant. Dans la bâtisse qui abrite aujourd’hui l’administration (Pavillon Massey), on aménagea des laboratoires, des salles de classe, les bureaux des professeurs et de l’escadre militaire et une chapelle. Quelques constructions temporaires servirent aussi de classes et d’infirmerie, tandis que l’ancien manège militaire fut appelé à loger la section de l’approvisionnement et celle des sports. Mais tout ceci ne se fit pas sans beaucoup de rénovations et de remue-ménage».[36]
«Grâce aussi au travail du vice-commandant, du directeur des études et de leurs adjoints, les programmes d’études et d’instruction militaire étaient également au point le 15 septembre. La section de l’éducation physique et des sports qui relevait du lieutenant de marine J. Arnott était également prête à recevoir les futurs athlètes et sportifs qui allaient bientôt se faire valoir dans les compétitions intercollégiales».[37]
Comme jadis l’abbé Papineau
en charge d’aménager une vieille poterie en Collège classique, le lieutenant
Lahaie restaura les casernes pour en faire un Collège militaire. Le 14
septembre, les bâtiments sont prêts à recevoir leurs premiers élèves-officiers
au nombre de 125. Les recrues ont en moyenne 18 ans et s’engagent à servir un
minimum de 3 ans après l’obtention de leur brevet d’officier. Ils n’ont aucun
frais de scolarité à payer et reçoivent une solde de $ 30 00 par mois; les
autres doivent débourser $ 580 pour la première année et $ 330 pour les années
subséquentes.
construction
de nouveaux édifices. Entre 1953 et 1955, on érige les 3 dortoirs : les
pavillons Champlain, Maisonneuve et Cartier. Le Collège construit une nouvelle
place d’armées et procède à l’expropriation de 80 acres de terrain, au sud du
Collège. On construit une première chapelle en 1956, à l’usage des officiers
catholiques, puis le Pavillon de Léry, destiné à l’escadre des études est
ouvert en 1957, enfin, au début des années 1970, le pavillon Georges-Vanier,
destiné aux exercices physiques. De nouveaux laboratoires et une nouvelle
bibliothèque -- dont l’architecture contraste avec le long édifice sobre du
Pavillon de Léry - sont ajoutés entre 1968 et 1972. Le programme évolue également
au cours des années et peut atteindre maintenant une vocation universitaire
liée à l’Université de Sherbrooke. Durant les 27 premières années d’existence
du Collège Militaire Royal, 10 commandants se succèdent. Le Colonel M.-L.Lahaie, mission accomplie, quitte son poste en 1957.
encore à l’invocation du Conseil
municipal. Des compétitions olympiques se dérouleront sur le terrain de la Base
militaire. Par ailleurs, comme en 1970, lors de la crise d’octobre, le Collège
et la Base logeront les troupes. Au courant du même été, la décision est prise
d’ériger une mégastructure dans la partie sud-ouest de la ville. Cette
construction de béton s’étale derrière la colline du CEGEP et mesure 1 500
pieds de longueur et 110 de hauteur. Cet édifice, que l’on nomme la Mégastructure,
possède 12 étages. C’est la plus haute construction en hauteur d’un édifice
dans la zone urbaine de Saint-Jean. Elle a pour tâche d’accueillir les écoles
de langues, de cartographie, d’orientation en forêt et de soins médicaux outre
les exercices et la discipline militaire. Une fois de plus, le gouvernement
libéral de Trudeau sauvait la région de Saint-Jean par des installations
militaires. La Mégastructure, sous le commandement de Derek McLaws, se dresse
au centre de l’activité militaire de la région et menace de reléguer le Collège
au second rang. L’ouverture officielle a lieu en automne 1979 et reçoit 489
recrues dont 120 jeunes filles :«Amorcée en 1976, les travaux de reconstruction de la Base militaire, dont l’œuvre centrale demeurait la Mégastructure, devraient être achevés presqu’en totalité d’ici la findu mois d’octobre. Certains travaux de terrassement seront cependant complétés au printemps prochain.
Présentement plus de 2 300 personnes, militaires et civils, travaillent ou vivent à la Base militaire.On compte 410 étudiants à l’École des Langues, 242 à l’École technique des Forces canadiennes, dont l’édifice est indépendant de la mégastructure, et 482 étudiants à l’École des recrues.Quant au personnel civil, on en dénombre 609 contre 570 militaires en service.Notons qu’au Collège militaire royal sont inscrits 361 élèves officiers, 266 employés civils et 100 militaires y travaillent.La masse salariale brute touchée par l’ensemble des personnes travaillant au Collège militaire et à la Base est de $ 35 millions, ce qui représente $ 22,9 millions de salaires nets. En ce qui regarde le budget d’opérations de ces 2 cantonnements, il s’élève à $ 5 105 300 pour l’année financière 1979-80…Des 84 bâtiments érigés sur le terrain de la Base, 17 seront conservés dont notamment, le hangar D-4, l’hôpital, l’aréna et l’École technique».[39]
toujours en
uniforme approprié à la saison; la langue alterne à chaque jour : français,
anglais. Le pavillon de Léry, structure en béton et en terrazzo, est silencieux
comme un monastère. La discipline est la première règle, aussi bien à la Base
qu’au Collège. Cette ambiance d’abbaye militaire n’a rien à voir avec le chahut
urbain du CEGEP. Lorsque les week-ends les recrues rencontrent la
jeunesse locale dans une brasserie, souvent des échauffourées éclatent. Les
résidences des enseignants sont superbes, les parades et cérémonies de
graduation sont suivies par les parents des recrues et des officiers et même
certains notables de la ville. À chaque année, le corps des cadets se dirige,
les jeunes soldats revêtus de leurs plus beaux atours, à la Cathédrale de
Saint-Jean demander au maire le droit de cité pour l’année et assister à
la messe.
a fallu l’arrivée au pouvoir des Conservateurs avec Stephen
Harper et les tragiques et spectaculaires événements du 11 septembre 2001 pour
annonncer la réouverture du Collège Militaire en 2007, décision chaudement
accueillie par le milieu johannais. La décision inopinée du gouvernement
Chrétien prouvait, une fois de plus, que la présence militaire dans Saint-Jean
n’était, en aucune façon, une assurance du développement de la ville. Il ne
fallait surtout pas prendre l’action du ministre Bissonnette, député de
Saint-Jean aux Communes sous le gouvernement Mulroney, qui avait réussi à
attirer, sur le Boulevard Industriel, la compagnie suisse Oerlikon Contraves,
fabriquant de matériel militaire, de tanks et autres engins, comme illustration
des rapports étroits entre le militaire et l’industriel dans notre région, car
les espérances mises dans ce type d’entreprises n’ont jamais duré très
longtemps. L’ambiguïté du lieu a été révélée lors de certains événements
critiques où l’armée protectrice pouvait se transformer en armée menaçante;
ainsi lors de la crise d’octobre de 1970 ou lors des Jeux Olympiques de 1976.
Lors de la crise du verglas en 1998 - le collège était officiellement
fermé depuis trois ans -, il servit de refuge aux citoyens tenus incapables de
résider chez eux.
milieu naturel se prête bien à un marché touristique, il est rare de ne pas
voir l’aménagement humain du territoire venir compléter l’attrait naturel. Par
contre, si l’attrait naturel n’existe pas, l’aménagement humain d’un
territoire, un aménagement planifié et intelligent, bien organisé, bien
structuré, peut donner d’excellents résultats et faire d’un décor banal un
centre d’attraction touristique. À ce titre, la Vallée du Richelieu est un site
naturel favorable au développement des activités touristiques de différentes
natures. C’est ce que conclut le Schéma intégré d’aménagement et de
développement des Loisirs. Vallée de la Richelieu, dit rapport PLURAM,
commandé en 1973. Ce rapport, qui couvre toute la vallée du Richelieu conclut
que l’avenir économique de la vallée réside dans son aménagement touristique.
Le cahier se temrine par une série de recommandations qui s’adressent à chaque
localité en particulier.
de
pollution soit sévèrement traité afin de conserver une bonne qualité à la
rivière pour les usages domestiques et les activités nautiques (baignade, pêche
sous-marine, etc.). Conséquence, les rives doivent être aménagées. Les rives du
Richelieu s’offrent-elles à l’exploitation touristique? À ce sujet, le rapport
PLURAM se montre catégorique : oui, en ce qui a trait aux rives en amont de
Saint-Jean et Iberville. À proximité de ces 2 centres, on note une croissance
de l’occupation sous forme de résidences et de chalets, ce qui donne une double
vocation au territoire : villégiature et usage récréatif sous forme de parcs et
de plages :«Ces fonctions, en général mutuellement exclusives, peuvent cohabiter si l’on s’assure d’un contrôle efficace du territoire. Il faut, d’une part, limiter l’extension vers le sud des zones urbaines de St-Jean et Iberville en fixant un périmètre d’agglomération à ne pas dépasser. D’autre part, des mesures telles la réglementation, le zonage et diverses lois dont celle sur la protection de l’environnement peuvent assurer un meilleur développement. Ces mesures sont cependant d’une efficacité bien relative surtout si l’on souhaite y développer la fonction récréative».[40]
«Le milieu urbain de St-Jean n’offre aucun attrait particulier mais attire quand même les visiteurs en raison surtout des services commerciaux qu’on y trouve. Il faudrait entreprendre des travaux pour prolonger le boulevard de contournement permettant de traverser facilement l’agglomération. Deux éléments mériteraient, croyons-nous de faire l’objet de rénovation : la place du marché et les bâtiments en bordure de la rive à l’entrée du canal. Ce dernier site constitue un fort mauvais premier contact du visiteur nautique avec le centre Richelieu».
Dans les années 1970 on commence à vouloir organiser les grands rassemblements de foules. Le 1er mai 1974 débute le premier Festival Johannais soulignant le 125e anniversaire de l'incorporation du Village de Saint-Jean qui se clôtura le 14 septembre suivant. Au cours de ce festival est organisé le fameux Spectair, spectacle d'acrobaties aériennes. Spectair doit être renouvelée l'été suivant, mais le tout est cancellé après s'être avéré déficitaire. Le Festival Johannais se répétera pendant 4 années, à partir de la semaine précédant la fête de la Saint-Jean-Baptiste qui doit clôturer les festivités. La rue Richelieu est le premier tronçon de la rue Saint-Jacques sont fermés à la circulation. Une estrade est élevée au carrefour des deux rues pour y accueillir des spectacles et le musée régional ouvre ses portes le temps de la fête. Le manque de financement l'oblige à les refermer vers la fin de l'été. Le Festival Johannais n'est en fait qu'un immense party populaire et n'offre en rien des activités qui surpassent celles de toutes les autres villes du Québec durant la même période. Comme le centre-ville n'est pas encore le Vieux-Saint-Jean, le Festival Johannais peut être difficilement considéré comme une attraction touristique.
Saint-Jean est une ville apte à posséder un Musée qu’il s’est
finalement donné à l’intérieur de l’édifice de la Place du Marché. Il ne
pouvait trouver mieux. En 1978, en 5 jours d’ouverture, il attire 10 059
visiteurs. Un projet plus ambitieux encore est celui de faire du Richelieu une Vallée
de la Loire, c’est-à-dire un circuit touristique qui irait d’un fort à
l’autre. Comme le projet ne s’est jamais concrétisé, il est difficile de dire
si l’idée aurait été bonne et combien de temps elle aurait bénéficié de
l’attrait de la nouveauté.
Le succès de l’industrie touristique s’est concrétisé avec la création
du Festival de Montgolfières en 1984, produit par la Chambre de Commerce de
Saint-Jean, l’Office du tourisme et le Conseil économique du Haut-Richelieu
avec des intentions nettement économiques. On y retrouve, en plus des montgolfières, des scènes à grands
spectacles, la Nuit magique, qui allie musique et arts du cirque avec
l’illumination des montgolfières. Les activités se déroulent principalement sur
le site du Parc Pierre-Trahan, adjacent à l’aéroport de la municipalité (la
Base militaire). L’événement compte sur une programmation diversifiée afin de
rejoindre le public le plus large possible. Plus d’une centaine de
montgolfières aux formes souvent fantaisistes mais aux couleurs toujours
chatoyantes s’élèvent
dans les airs, généralement après le levé ou avant le
couché du soleil, si la température le permet (les vents ne doivent pas être
trop violents, pas de pluie). Avec les années, il est vrai, les spectateurs
viennent surtout pour les spectacles en soirées, oubliant souvent le magnifique
ballet des ballons voltigeant dans le ciel de Saint-Jean. Valsant au-dessus du
Richelieu, les ballons soufflés à l’air chaud viennent finalement choir dans un
champ ou transportés jusqu’au mont Saint-Grégoire. C’est une véritable carresse
pour les yeux, et en cela réside la seule vraie beauté de l'accord d'une
invention issue du génie créateur de l'homme sur fond de nature originelle.
ces attraits contribuent à
l’enrichissement de la Ville, ils ne relancent pas l’économie johannaise pour
autant. L’industrie touristique vit de l’établissement d’infrastructures
souvent passagères. Elle pourvoit pour un temps limité les commerces qui, pour
le reste de l’année, vivoteront plus qu’ils ne prospèreront. Encore ici, le
flux d’argent vient de l’extérieur et peut très bien ne plus être au rendez-vous
l’année suivante, comme il arriva avec le Spectair. Solution
transitoire, sans doute, mais qui laisse sur notre faim quand nous nous
demandons qui prendra la relève le jour où les touristes ne seront plus au
rendez-vous?
De février 1943 à 1949, Alcide Côté est maire de Saint-Jean, suivi du
Dr Georges Phaneuf à partir de février 1949. C'est sous son mandat que sera
érigé le Collège Militaire Royal. J. Armand Ménard est maire de février 1953 à
février 1957. Sous son mandat, le 30 avril 1955, la Ville accorde aux
architectes Gérard et René Charbonneau le contrat «pour préparer les
esquisses, plans, spécifications et addendas se rapportant à la construction
d'un nouvel hôtel de ville». La construction est confiée à l'entreprise
locale Désourdy Frères et coûte $ 283 500. Pendant qu'on démolit le vieil
édifice qui abritait depuis des décennies les services administratifs, les
bureaux municipaux sont logés dans l'ancien poste de police de la Place du
Marché. Le Département des incendies loge sur la rue Mercier (jusqu'à la
construction de nouveaux postes de police et pompiers sur la rue
Saint-Jacques). À cette époque, pompiers et policiers sont cumulés par les
mêmes officiers municipaux. C'est à Jean Cartier (1924-1996), natif de Saint-Jean et
céramiste de renom, que l'on
confie l’ornementation de l’entrée principale : «St-Jean
aura un palais municipal d’une esthétique vraiment remarquable», titrait le
journal La Presse en ce 16 novembre 1956. Le quotidien montréalais ne
tarissait pas d’éloges sur les caractéristiques du futur Hôtel de Ville.
Inauguré le 13 février 1958, tout le monde peut admirer l’œuvre murale de
céramique surmontant l’entrée principale de l’édifice. Cette formidable
mosaïque, de 17 pieds sur 42 pieds (5,18 m x 12,80 m), est composée de 55
tuiles intercalées entre les blocs de verre qui éclairent la salle du conseil
municipal. Chaque pièce de céramique a été fabriquée à Courtrai en Belgique,
haut lieu de l’industrie de la céramique, sous l’œil vigilant de l’artiste. Les
couleurs, un crescendo harmonieux de blanc, d’orangé, de brun et de noir,
confèrent à l’ensemble caractère et distinction. Nous trouvons dans
ces détails
un paradoxe qui veut que la ville qui fut, pendant un siècle, la capitale de la
céramique, ait dut se rendre en Belgique fabriquer les pièces qui ornent la
façade de son Hôtel de Ville! Comme dans ces types d’œuvre, on trouve une série
d’allégories liées aux activités locales : l’industrie, les ressources
naturelles, le sport, l’histoire, la défense nationale et l’éducation sont
autant de thèmes célébrés. Du fort Saint-Jean au premier chemin de fer, des
joies de l’hiver aux plaisirs nautiques, de l’homme au travail aux scènes de la
rue, c’est toute l’existence des habitants de la ville qui s’étale devant nos
yeux. Le concepteur, Jean Cartier (1924-1996), né à Saint-Jean y a fait ses
études primaires puis a complété son cours classique à Montréal. Dans une
entrevue accordée en 1988, il déclare : «Je détestais les études et je désirais
créer quelque chose avec mes mains». Dès 1945, il s’initie à la céramique
puis perfectionne son art à l’école du Meuble de Montréal.
Boursier à plusieurs
reprises, il ira étudier le dessin, la sculpture et la céramique, d’abord à
Paris, puis à Stockholm où il apprendra les procédés de fabrication en série.
Cet artiste prolifique a, notamment, signé des pièces murales de céramique sur
de nombreux bâtiments, dont le pavillon du Canada à l’Exposition universelle de
Bruxelles en 1958, et le Théâtre Port-Royal de la Place des Arts à Montréal
(rebaptisé depuis Théâtre Jean-Duceppe); il a produit des émaux sur acier pour
les stations de métro montréalaises Papineau et Cadillac ; il a aussi érigé une
fontaine lumineuse en verre, béton et acier, sur le site de l’Expo 67. Bref, la
façade de l’Hôtel de Ville devenait une véritable pièce de musée «à ciel
ouvert».
février 1959, la Ville adopte le
règlement qui crée la Bibliothèque municipale. La bibliothèque pour enfants est
logée dans l’édifice de l’ancien bureau de postes. La Bibliothèque municipale
ouvre ses portes le 16 avril 1963. Dès lors, toute la population a accès à un
service gratuit de livres et de documentation. Jean Desmarais est maire à
partir d’avril 1961. Lawrence-N. McMillan lui succède en avril 1963 et se
maintient jusqu’en novembre 1968. C’est sous son mandat que le boom de
la banlieue explose. Une première (bien modeste par rapport à celle qui viendra
à la fin du siècle) nappe roulante d’édifices, de bungalows, de demeures
préfabriquées se répand au-delà des frontières de la ville. Le Boulevard du
Séminaire, encore en friches à cette époque, est vite développé. Déjà on parle
de l’annexion des villes voisines de Saint-Luc et d’Iberville. Le 15 février
1966, le Conseil municipal modifie le blason de la ville en enlevant l'Union
Jack afin de donner une forme d'écu français. C’est en 1966 qu’est inauguré le
nouveau pont Félix-Gabriel-Marchand. Le 3 janvier 1968, un incendie ravage
l’édifice de la Bibliothèque municipale - l’ancien bureau de postes - qui
comprend également le Service des Loisirs de Saint-Jean, les Chevaliers de
Colomb, les Alcooliques Anonymes, etc. L’incendie paralyse le centre-ville
pendant des heures et nécessite la présence des sapeurs-pompiers jusqu’au
lendemain. Le Conseil municipal préfère rénover le vieil édifice plutôt que
d’en construire un nouveau en s’appuyant - toujours - sur l’aide financière
provinciale et fédérale. L’édifice est restauré à la hâte. Un étage est
sacrifié tandis que le befroi est décapité de ses horloges. Le service de la
Bibliothèque se voit abandonné à lui-même et ne reprendra un peu d’organisation
et de structuration qu’à partir du milieu des années 1970, quand le
gouvernement municipal pensera à le réorganiser comme service public. Bruno
Choquette, ancien directeur de l’école primaire Forget dans Saint-Edmond, est
élu maire en novembre 1968 jusqu’en juin 1972.
espèrent bien
mettre sur pied. Malheureusement, le Conseil municipal, lors d’une séance à
laquelle assistent plus de 300 personnes, se prononce contre le projet, le
considérant comme peu rentable. Le conseiller Charest, qui rêve de faire de la
ville un centre culturel, est le seul à voter pour le projet, le maire
Choquette n’ayant pas droit de vote. Toujours dans ce même esprit, Fernand
Charest veut transformer une partie de la Villa Saint-Jean en conservatoire de
musique et l’autre partie en centre de réhabillitation pour jeunes drogués. Mais
MM. Choquette et Charest apprendront à leurs dépens que la ville n’a pas le
goût de ce genre d’aventures et préfère des activités plus fonctionnelles.et
surtout plus rentables. Après tant de déveines, le conseiller Charest recevra
une consolation lorsque le Conseil entérinera son projet de Festival
Johannais, dont le premier est inauguré le 1er mai 1974. Il en est le
président durant 5 ans (1974-1978) et doit affronter les réticences de certains
marchands du centre-ville qui n’apprécient pas la fermeture des rues
principales à la circulation automobile.
construction valable sous le mandat du
maire Beauregard, le reste se soldant par les démolitions répétées d’édifices
et de bâtiments historiques : la Villa Saint-Jean, le vieil hospice de la rue
Longueuil et le réservoir qui efface le nom de la ville aux yeux du si précieux
touriste. Il y a de l’identité de la ville qui disparaît à travers ce
pillage légalisé du patrimoine. Au début de l’année 1979, la Ville de
Saint-Jean devient officiellement Saint-Jean-sur-Richelieu. Le rapetissement
se révèle à travers cette précision. En juillet 1980, le gouvernement du Québec
vote, en troisième lecture, la loi 105 obligeant dorénavant les municipalités
comptant plus de 20 000 habitants à découper la municipalité en districts
électoraux et favoriser l’organisation de partis politiques municipaux. Cette
loi 105 a pour but de susciter une plus grande participation des citoyens à la
chose publique et au scrutin municipal. Le maire Beauregard se déclare contre cette
loi qu’il trouve rétrograde tandis que le député péquiste Proulx déclare dans
le journal local que «le maire de Saint-Jean ne tient pas compte des besoins
réels d’une démocratie en 1980». Depuis les origines, l’organisation
municipale rendait possible un patronage et une connivence des différents
conseillers et élus municipaux, aussi doit-on voir dans le projet de loi 105 la
possibilité d’assainir les mœurs et pratiques du gouvernement municipal. Un
certain relent de dictature se dégageait des propos de Ronald
Beauregard.
Delbert Deschambault succède à l’ère Beauregard en 1986 et ce jusqu’en
1994, mais c’est son successeur, un enseignant de chimie au CEGEP, Myroslaw Smereka, qui devra composer avec deux tragédies qui frappent successivement la
ville : d’abord la décision du gouvernement Chrétien de fermer le Collège
Militaire de Saint-Jean, mais surtout la crise du verglas de janvier
1998 sur laquelle nous aurons à revenir plus longuement. En 2001, suite à la
fusion avec Iberville et Saint-Luc, Gilbert Dolbec lui succède jusqu’en 2013.
Lui, c’est la tragédie du gonflement des eaux du
Richelieu au dégel de 2011 qui
marquera à jamais son mandat. La ville et la province sont vite débordés par
l’ampleur soudaine de la crue et il faut faire venir des soldats pour aider la
Sécurité civile. Dans tous ces cas, le Conseil municipal tente de gérer les
crises au mieux de ses capacités, mais il faut reconnaître que ces désastres
naturels dépassent les moyens qu’une seule municipalité peut disposer pour en
venir à bout. Des cellules de crise sont érigées afin d’aider la population
sinistrée. On ouvre des refuges, on s’engage à débourser de l’argent, mais il
est certain que le Trésor municipal n’aurait pu, à lui seul, même dans un état
d’auto-détermination parfaite, résoudre ces crises. Michel Fecteau est
élu maire en 2013 et Alain Laplante en 2017.
et le résultat en est l’apparition de
juridictions géographiquement étendues sous une même tête administrative.
Plutôt que de ramener les centres urbains entre les mains de leurs dirigeants
respectifs, la centralisation administrative dissous le tout comme à l’origine
du Bas-Canada, en 1791. Lorsque Saint-Jean devient Saint-Jean-sur-Richelieu, en
1978, sa population était alors de 32 863 habitants. Son taux de croissance
ralentit. En 1981, la population passe à 34 000 habitants. Vingt ans plus tard,
avec la fusion volontaire (et c’est bien ce qui est triste et témoigne
du désarroi des villes à contenir leurs dépenses pour les faibles revenus),
l’anticipation du Rapport PLURAM est concrétisée. Avec Saint-Jean fusionnent
les municipalités de Saint-Luc et d’Iberville, la municipalité de L’Acadie, la
municipalité de paroisse de Saint-Athanase. Saint-Jean-sur-Richelieu s’étend
maintenant sur les deux rives de la rivière du Richelieu jusqu’à proximité de
la frontière américaine et sa démographie (pour 2014, est de 94 630 habitants!
Ainsi, les identités locales sont-elles sacrifiées à la centralisation
administrative qui n’en fait pas pour autant une «municipalité» plus
autonome.
abandonne son poste la même année que sa réélection aux Communes, en 1949. Son
taux d’appui dans le comté est impressionnant. Élu en 1945, réélu en 1949 et
1953, le Premier ministre en fait son Ministre des Postes le 13 février 1952.
Il faut sse souvenir surtout que le service postal au Canada est considéré
alors comme l'un des meilleurs au monde. En pleine Guerre Froide, Côté réussit
à conclure une entente avec l'U.R.S.S. sur la distribution du courrier. Pour
Saint-Jean, il débloque les fonds pour la construction d'un nouveau bureau de
postes qui porte aujourd'hui son nom. Bourreau de travail, frappé d'une crise
cardiaque le 1er février 1955, il meurt, à son domicile de Saint-Jean, rue
Laurier, le 7 août. Le gouvernement fédéral lui paie des funérailles d'État.
Homme sympathique, disponible et dévoué, il se serait rendu un jour à la Base
des forces armées canadiennes de Saint-Jean en se présentant sous son titre de
député du comté. Le commandant, un Anglais, refusa catégoriquement de le
recevoir. Insistant toujours, Alcide Côté lui demanda s’il le connaissait.
Devant la réponse négative, le député se présenta autrement : Je suis Alcide
Côté, Ministre des Postes… Un mois plus tard, le commandant était révoqué
de ses fonctions. À sa mort, la ville entière porta le deuil. On lui fit une
fastueuse céérmonie avec la fanfare. Le cortège traversa les rues de Saint-Jean
pour se rendre au cimetière. Trois ans plus tard avait lieu l’inauguration
officielle de l’édifice Côté, sis à l’angle nord-ouest des rues Champlain et
Saint-Charles, siège du nouveau Bureau de postes.«Le 17 mai (1956), Edgar Charbonneau, candidat de l’Union Nationale dans Montréal-Sainte-Marie, accusa Dupuis d’avoir essayé de corrompre l’énumérateur avec des caisses de vin afin de le persuader de changer la liste des électeurs. Dupuis se défendit en disant qu’un agent de l’Union Nationale lui avait jeté dans les mains un paquet de listes d’électeurs, alors qu’il se trouvait dans sa salle de comité, en disant : "Je vous apporte ce que vous m’avez demandé". Dupuis dit qu’après l’avoir expulsé, il remarqua que la police provinciale se tenait prête à l’arrêter et à l’accuser de possession de faux certificat […] L’affaire Yvon Dupuis provoqua les commentaires sarcastiques des principaux personnages de l’Union Nationale et quand Dupuis défia Paul Sauvé de tenir avec lui une assemblée contradictoire, Sauvé répliqua, le 27 mai : "Je ne suis pas intéresé à courir la guignolée"».[42]
compromise pour longtemps. C’est alors
qu’il s’oriente vers les Communes et déménage ses pénates à Saint-Jean, comté
fidèle au Parti Libéral depuis toujours. Il y sera élu en 1958. Ce membre de la
R.A.P.C. (Royal air Force Canadian) est nommé au mess des Officiers du Collège
Militaire Royal. Dupuis est réélu en 1962, mais en 1963 éclate le fameux
scandale de l’hippodrome de Saint-Hubert, affaire de pot-de-vin et de
corruption en vue d’élever une piste de courses de chevaux. Un procès est
ouvert et Dupuis figure parmi les accusés. En 1965, il n’est plus de mise pour
Dupuis de se représenter, mais son épouse décide de briguer les suffrages à sa
place. Au même moment, la convention libérale choisit le notaire Jean
Desmarais, lui aussi ancien maire de la ville de Saint-Jean. Les Conservateurs,
profitant du schisme, vont chercher Paul Beaulieu, l’ancien député du
gouvernement Duplessis dans le comté et ancien Ministre du Commerce et de
l’Industrie entre 1945 et 1960. La réputation de Beaulieu le fait passer entre
les deux candidats libéraux et il est élu aux Communes. Une tradition vieille
de 98 ans est brisée : Saint-Jean aura un député bleu à Ottawa. Il y
restera jusqu’en 1968 lorsque les forces libérales, ressaisies, porteront
Walter Bernard Smith à la Chambre des Communes.
marchand-général de sa ville natale,
Hemingford, il en est également le maire. Il sera un habitué du siège de
Saint-Jean tout au long de l’ère Trudeau, le temps de transformer la Base
aérienne en Mégastruction. Aux élections du 22 mai 1979, il annonce qu’il ne se
représentera pas. Une crise déchire la convention libérale entre le maire Léo
Fortin d’Iberville et le candidat Paul-André Massé, secrétaire du Parti Libéral
fédéral sous Walter Smith. Avec lui apparaît un nouveau type de politicien; non
plus la façade du Parti dans le comté, comme avec Smith, mais le technocrate au
pouvoir. Manquant de charisme, Massé reste un honnête fonctionaire. Il est élu
par 26 871 voix contre son adversaire, le créditiste Jean-Paul Lasnier, maire
de Saint-Blaise et piloté par le Parti Québécois qui ne récolte que 7 762 voix.
Massé promet qu’il passera plus de temps à son bureau de Saint-Jean que ne l’a
fait Smith durant tout son mandat. Après la défaite des Libéraux devant les
Conservateurs de Joe Clark, Massé doit siéger dans l’opposition jusqu’au début
de 1980 où, à la suite d’un vote de non-confiance, le gouvernement Clark est à
son tour renversé et permet à Trudeau - et à Massé - de revenir du bon côté de
la Chambre. Massé est député de Saint-Jean au moment où se tient le référendum
sur la souveraineté en mai 1980.
Il disparaîtra 4 ans plus tard, lorsqu’un balayage de
conservateurs-nationalistes sous la direction de Brian Mulroney ramène, avec
force cette fois, le Parti Conservateur au pouvoir. Un homme d’affaires
d’Iberville, André Bissonnette, élu, est nommé Ministre d’État aux petites
entreprises, pius aux Transports. Il doit démissionner après une sombre
histoire de spéculations et de délit d’initiés en rapport avec la vente de
terrains à Oerlikon-Contraves qu’il avait fait venir s’installer à Saint-Jean.
Il fut acquitté par un jury mais dut démissionner de son poste en 1987. Clément Couture acheva son mandat et fut
élu en 1988. Après les échecs successifs de
l’entente du lac Meech et des négociations de Charlottetown, le comté passa au
Bloc Québécois, une aile indépendantiste chargée de défendre les intérêts du
Québec aux Communes en élisant Claude Bachand, député de 1993 à 2011 où il est
remplacé par le député du Nouveau Parti Démocratique, entraîné par la vague
orange derrière Jack Layton, Tarik Brahmi.
En 2015, suivant la vague rouge qui déferle sur le Québec, Saint-Jean redevient comté libéral avec Jean Rioux. L’étendue du comté fédéral de Saint-Jean amène plusieurs candidats à
briguer la députation sans être nécessairement des habitants de
Saint-Jean-sur-Richelieu. Des gens comme Yvon Dupuis, Walter Smith, Paul-André
Massé, André Bissonnette et Clément Couture n’habitent pas Saint-Jean, mais la
région et cela a sans doute diminuer l’importance que les Johannais
attribuaient au comté fédéral, privilégiant davantage le comté provincial car l’avenir
du Québec, désormais, doit se jouer dans la capitale provinciale :«Le gouvernement provincial… se plongeait dans les campagnes de Huntingdon, pour le remplacement de James Ross, mort dans un incendie, et de Saint-Jean-Napierville, pour le remplacement du Dr Alexis Bouthillier, mort dans un accident d’automobile. Les femmes exerceraient leur droit de vote pour la première fois dans les élections provinciales. D’après le référendum de la Beauce, les augures les supposèrent sous l’influence du Clergé.Dans le comté de Huntingdon, les libéraux présentèrent Dennis O’Connor, ancien député fédéral. L’Union Nationale choisit John E. Stewart. Dans le comté de Saint-Jean, les libéraux choisirent Omer Perrier, directeur du Canada-Français et cousin germain du secrétaire provincial. L’Union Nationale représente l’expert comptable Paul Beaulieu, son candidat des élections générales».[43]
Ce n’était pas la première fois, en effet, que Paul Beaulieu se
présentait candidat dans le comté de Saint-Jean pour le représenter à
l’Assemblée législative. Par 3 fois, au cours des élections générales
précédentes, il s’était porté sous la bannière de l’Union Nationale. En
septembre 1939, Maurice Duplessis est venu tenir une assemblée pour souligner
l’occasion et de nombreuses personnes enthousiastes se présentèrent. Duplessis
était alors Premier ministre depuis 1936. Il tenait le Parti bien en main et
lui imprimait sa marque profondément conservatrice. Défait par les Libéraux de
Godbout en 1940, Duplessis avait plongé dans un enfer aussi bien politique que
personnel, aussi, l’élection partielle de 1941 de son jeune candidat a tout
pour lui remonter le moral. Il est vrai que le Canada s’achemine vers la conscription
et les Libéraux provinciaux paient pour le manque à la parole donnée par leurs
cousins fédéraux. Mais le comté n’est pas gagné d’avance et Beaulieu devera se
battre pour l’obtenir :«Saint-Jean, vieille citadelle libérale, est… un comté canadien-français. Duplessis accomplit un effort sérieux en faveur de son candidat, homme de valeur. La présentation donne lieu à une assemblée contradictoire. Paul Beaulieu accepte une joute contre les gros canons du parti Libéral, trop sûrs d’eux-mêmes. T.-D. Bouchard, conspué par une partie de la foule, fait front, force la voix et, les microphones changent la face des assemblées publiques en rendant l’avantage à l’orateur sur ses interrupteurs, même nombreux. Mais Paul Beaulieu, quand il parle, est intarissable. Il se moque de son adversaire, quasiment oublié au troisième rang derrière le déploiement "étranger", et met les discours que T.-D. Bouchard vient de prononcer en contradiction avec une déclaration de Godbout, rapportée par Le Canada du matin même. Il produit un tel effet que Bouchard s’évanouit. On emporte le ministre à l’hôpital. Et la population acclame ce succès d’un "p’tit gars de la place" contre les gros bonnets de Montréal, de Québec et de Saint-Hyacinthe».[44]
L’offensive est menée par Maurice Duplessis, le chef de l’Opposition.
Il attaque la question de l’autonomie provinciale, son cheval de bataille,
critique le projet de canalisation du Saint-Laurent et surtout la vassalité du
Premier ministre Godbout devant le pouvoir fédéral. Godbout vient se défendre,
à Saint-Jean même, d’être «mené par le gouvernement fédéral» :«Godbout se défendait en disant que s’il n’avait pas coopéré avec Ottawa, la province serait maintenant sous occupation et ne possèderait plus aucun droit. Il affirmait que son prédécesseur était un irresponsable qui aurait détruit le Canada et amené la vengeance du Canada anglais sur un Québec déshonoré et sans défense».[45]
«"Si j’avais fait comme mon prédécesseur, qui insultait les ministres fédéraux, des révolutions auraient éclaté dans la province de Québec, et les citoyens auraient dû obéir devant la bouche du canon" Les Canadiens français qui se plaignaient de ne pas recevoir leur part, de ne pas être traités avec justice "mériteraient d’être sous le talon d’Hitler"».[46]
«Édouard Asselin, procureur de Paul Beaulieu, demande un recomptage judiciaire. Le juge Alfred Duranleau préside à cette opération, palpitante comme toujours. Les avocats habituels des deux partis - John Ahern et Élie Beauregard pour les Libéraux, Édouard Asselin et Édouard Masson pour l’Union Nationale[47]- surveillent toutes les phases. Le juge rejete des bulletins. La majorité de Perrier tombe à 14 voix, puis à 4. Les avocats libéraux contestent des décisions du juge. John Ahern, se privant de déjeuner, part en hâte pour demander à la Cour d’Appel la suspension du recomptage. Émery Beaulieu, prévenu par téléphone, le devance au Palais. La Cour d’Appel, qui siégeait, conseille aux avocats de s’adresser à Sir Mathias Tellier, juge en chef. Tellier consulte rapidement ses collègues et refuse d’émettre l’ordre sollicité. Le juge Duranleau proclame Paul Beaulieu élu par 9 voix de majorité (6 612 contre 6 603)».[48]
«Pour l’administration ordinaire de la province, sans travaux importants, sans initiative spéciale, sans secours aux chômeurs, le gouvernement actuel a dépensé chaque année, depuis qu’il est au pouvoir, 35 millions de plus que celui de l’Union Nationale. Malgré cela il a augmenté la dette de la province, suivant ses propres cheiffres, de 35 millions en 3 ans, tout en soutirant du peuple, sous forme de taxes, $ 47 232 000. Le bilan total de son administration se chiffre donc par un déficit de $ 82 680 000…»[51]
«L’un des plus habiles membres de l’administration, Beaulieu préside lui-même à l’organisation technique de son ministère. Il institua des services capables de répondre aux demandes de renseignements venues de l’extérieur et capable aussi de pourvoir aux nouveaux intérêts industriels du Québec à l’étranger. En fait, il effectuait lui-même des voyages ici et là à travers l’hémisphère occidental, mais surtout aux États-Unis. Ces initiatives donnaient des résultats très satisfaisants. Beaulieu mettait en valeur la proximité des ressources naturelles, les marchés nord-américains, les voies maritimes internationales ainsi que les relations ouvrières paisibles et un gouvernement responsable».[53]
milieux d’affaires : «Paul Beaulieu, ministre du Commerce, plaît aux industriels par ses professions de foi antisocialistes. Il
veut entretenir et stimuler le mouvement. Il voit loin».[54]
Ainsi, développe-t-il les relations avec des pays d’Amérique latine en servant
d’ambassadeur des milieux d’affaires. Onézime Gagnon et Paul Beaulieu font une
tournée au Mexique et à Haïti afin d’établir des relations culturelles et
commerciales au début de 1945. Maintenant que les rôles sont renversés,
Beaulieu ne peut qu’appuyer le budget de Gagnon. L’ex-Trésorier Matthewson, qui
a pris la place de Beaulieu dans l’opposition, n’hésite pas à mordre sur les
commentaires laudatifs de Beaulieu : «Les ministres de l’Union Nationale
condamnent le bilan du gouvernement Godbout devant les électeurs, mais
s’appuient sur ce bilan devant les prêteurs».
La députation provinciale depuis 1960. À la défaite de Beaulieu, le
comté de Saint-Jean revient au Parti Libéral et Philodor Ouimet est élu député
à la Législative le 22 juin. Fils d’Eugène Ouimet, fondateur en 1938 de la
Compagnie des Carrières Bernier Limitée, Philodor est né le 24 mars 1909. À la
retraite de son père, il reprend l’entreprise en main tout en s’associant avec
Philippe Baillargeon. Il a été maire de la paroisse pendant 18 ans et préfet de
comté. Il se porte acquéreur du commerce de C.-O. Gervais, quincaillerie de la
rue Richelieu en 1963. Pendant que se font les grandes rénovations de l’État
québécois avec le gouvernement Lesage, Ouimet est campé dans son rôle de back
bencher.«C’est par je ne sais quelle fatalité que je suis entré dans ce monde hallucinant de la politique, en mai 1966; 4 années plus tard, je quittais brutalement ce panier de crabes, expulsé par la viperine propagande des vieux partis.Ce que je veux raconter, c’est mon passage dans les sinueux corridors du pouvoir, du patronage et de la corruption; ce sont ces longues heures perdues dans les couloirs d’un Parlement anachronique; c’est la fulgurante visite du général de Gaulle et ses implications historiques; ce sont les dernières batailles livrées par le Québec sur le front d’Ottawa par ce grand général sans armée qu’était Daniel Johnson; c’est la burlesque convention UN; ce sont les origines du bill 85, c’est l’odieux bill 63, et enfin mon adhésion toute naturelle au parti de René Lévesque, cheminement logique à tous ces événements».[55]
réinvestit son
optimisme dans le projet de souveraineté du mouvement dirigé par l’ex-ministre
libéral René Lévesque, artisan de la nationalisation de l’électricité. La mort
prématurée de Daniel Johnson a laissé l’Union Nationale et le gouvernement du
Québec entre les mains d’un homme faible, Jean-Jacques Bertrand, qui ne sait
comment résoudre les conflits suscités par les confrontations linguistiques.
Son projet de loi 63 qui, tout en faisant la promotion de la langue française,
garantit aux parents la liberté de choisir la langue dans laquelle leurs
enfants recevront l’enseignement, soulève une sérieuse ontroverse. Contesté,
villipendé, le projet de loi force Proulx a traverser la Chambre pour siéger à
côté de Lévesque. Durant son premier mandat, Jérôme Proulx voit s’ériger le
CEGEP de Saint-Jean en 1968 et l’Hôpital du Haut-Richelieu en 1969. Le bill 63
a brisé les jambes de l’Union Nationale comme la conscription de 1942 avait
brisé celles du Parti Libéral. En avril 1970, un balayage libéral traverse le Québec.
Proulx perd son siège et, en tant qu’indépendantiste, se voit interdit
d’enseigner au Collège Militaire Royal. Il ira donc en exil à Saint-Jérôme, où
il en profitera pour rédiger son livre. Il explique ainsi le balayage libéral
de 1970 :«En avril 70, la caste capitaliste s’est jointe à la caste libérale : ils se sont vus, ils se sont reconnus, ils se sont aimés. Ils se sont déclarés fédéralistes, comme ils se seraient déclarés n’importe quoi (pourvu que ce soit payant). Ils ont vu que le sol leur glissait sous les pieds, le contrôle allait leur échapper des mains. Alors la caste anglaise, unie à la caste marchande, a signé alliance avec la caste libérale et d’une voix unanime ils ont dit : "Sauvons la Confédération", ça voulait dire : "Sauvons nos meubles". Et depuis lors, ce nouveau Family Compact gouverne le Québec».[56]
«Il fit ses études classiques au Collège Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse où il obtint son baccalauréat ès arts en mai 1959. Il poursuivit ses études en droit et en pédagogie aux Universités d’Ottawa, de Sherbrooke et de Montréal.De 1961 à 1962, il fut assistant-rédacteur au journal L’Éclaireur-Progrès et il enseigna par la suite durant 9 ans, dont 6 à la Commission scolaire régionale Honoré-Mercier à Saint-Jean. Entretemps, il fut président de l’Association des Enseignants d’Honoré-Mercier de 1967 à 1970».[57]
Veilleux est député du comté lors des tristes événements d’octobre
1970. Le calme revenu, il inaugure la Polyvalente Chanoine-Armand-Racicot en
1971, puis la fusion des Corporations du vieil et du nouvel hôpital. C’est lui
qui, à l’instar de son parti, favorise le regroupement des Commissions
scolaires du comté, ce qui amène, en 1972, la création de la Commission
scolaire Saint-Jean-sur-Richelieu. De plus, Veilleux renfloue les affaires
municipales en obtenant un octroi de $ 265 000 pour combler le déficit de la
fusion de la Cité et de la paroisse de Saint-Jean. Il est réélu le 29 octobre
1973 par une majorité confortable de 4 678 voix contre son adversaire péquiste
Jérôme Proulx, Yvon Dupuis devenu chef du Crédit Social et Roger Garceau de
l’Union Nationale. Le balayage de la province par le Parti Libéral est l’un des
plus forts jamais vu. 102 des 110 comtés tombent entre leurs mains. Veilleux
est nommé adjoint parlementaire du Ministre des Communications en 1973, puis,
en octobre 1975, adjoint parlementaire du Ministre du Travail et de la Main-d’œuvre
ainsi que responsable du Service de Placement Étudiant du Québec.
À la formation du cabinet du Parti Québécois, Jérôme Proulx est nommé whip
du parti alors que la population locale s’attendait à ce qu’il soit nommé
ministre. C’est une déception pour les Johannais. Après tout, Proulx n’avait-il
pas abandonné son siège au gouvernement pour traverser le Chambre et devenir le
second député à siéger sous l’étiquette du Parti Québécois? Le premier mandat
du Parti Québécois restera sans doute dans les annales du Québec comme le
meilleur gouvernement, le plus efficace et le mieux intentionné. Comme une
seconde phase nécessaire à l’achèvement de la Révolution tranquille. Il aurait
été normal que le tout éclot avec le référendum du 10 mai 1980. Jérôme Proulx y
prononça un discours vif et ressenti (Voir en annexe). Malheureusement pour les forces
indépendantistes, ce fut le NON qui l’emporta. Puis, c’est le déclin. En 1981,
le gouvernement du Parti Québécois est reporté au pouvoir et Proulx se fait
réélire dans Saint-Jean. Mais la grâce de 1976 déserte le parti pour toujours.
Après le
vote des décrets régissant les conventions collectives des employés du
secteur publique, décrets votés en rafale la veille de Noël, il en aurait été
fait pour un second mandat si le chef du Parti Libéral, Claude Ryan, n’avait
suscité un tel rejet de la population québécoise. Nous savons comment ce second
mandat du Parti Québécois s’acheva dans la discorde, la paranoïa du chef, René
Lévesque, forcé de démissionner et le nouveau discours pantouflard de
Pierre-Marc Johnson. À l’élection de 1985, les Libéraux reviennent au pouvoir
avec un ancien chef, Robert Bourassa, et un nouveau député pour le comté de
Saint-Jean, Pierre Lorrain. Ce dernier est nommé Président de la Chambre (comme
jadis Félix-Gabriel Marchand et Philippe-Honoré Roy). Il ne sera député du
comté que pour un seul mandat. En 1989, le Libéral Michel Charbonneau lui succède.
1994 avec l’élection de Roger Paquin. Il sera
député sous le gouvernement Parizeau dans
un premier temps, jusqu’aux lendemains du référendum de 1995 alors que le chef
se retire dans l’amertume et cède la place à la vedette de l’heure, Lucien
Bouchard qui fait le saut dans
l’arène
provinciale après avoir été chef du Bloc
Québécois à Ottawa et, après sa démission, l’éphémère gouvernement de Bernard
Landry. L’élection d’un premier gouvernement minoritaire dirigé par le Libéral
Jean Charest (2003) amène, pour le comté de Saint-Jean, l’élection de
Jean-Pierre Paquin. Le député libéral restera en poste jusqu’à l’élection de
2007 lorsque la candidate de l’Action Démocratique du Québec (A.D.Q.), Lucille Méthé, première femme députée du comté de Saint-Jean participe d’un mini
raz-de-marée du tiers parti. Comme le gouvernement est toujours minoritaire,
Méthé restera seulement un an députée du comté. L’élection du péquiste Dave Turcotte, une première fois en 2008, une seconde fois en 2012 et une troisième
en 2014 laisse le comté aux mains du Parti Québécois :«Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples; cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté – et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalité sans l’accord de la population lors d’un autre référendum; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada?»
«Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente signée le 12 juin 1995?»
de jouer par
le passé dans la vie politique du comté. La publication du Canada Français
s’est maintenue jusqu’à nos jours. Perrier meurt en 1958 et son petit-fils,
Yves Gagnon devient propriétaire du journal, qu’il dirige seul jusqu’en 1964.
Dès lors, le journal se mérite plusieurs prix d’excellence dans le monde de la
Presse francophone du Canada. En pleine Révolution tranquille, Le
Canada-Français couvre alors toute la région de Saint-Jean, Saint-Luc,
Iberville, L’Acadie. Il pénètre dans 67% des foyers et il est lu par 35 000 personnes.
Le journal devient donc un canal publicitaire très important pour les
commerçants. Le journal, en se faisant presse de masse, augmente son tirage et
le nombre de pages au cours des années. Le 30 juillet 1964, Le
Canada-Français se proclame pour la première fois L’hebdomadaire du
Haut-Richelieu et le 3 septembre suivant, le nom de Franco-Canadien
disparaît après un siècle d’existence du bandeau de première page. En octobre
1966, Le Canada-Français devient membre de l’Association des
hebdomadaires de langue française du Canada et de l’Audit Bureau of
Circulation (ABC). Il participe à la fondation du groupe des Hebdos A-1. Le
4 décembre 1968, il paraît, pour la première fois, le mercredi.
chanceux que le diocèse, il échoue mais subit peu de pertes.
Le 16 décembre, les administrateurs du journal signent une première convention
collective avec leurs employés : les Travailleurs de l’Information du
Canada-Français, affiliés à la C.S.N. et accrédités quelques mois plus tôt.
Depuis ce temps et pour la décennie jusqu’en 1980, le journal ne cesse de se
mériter des prix d’excellence. Beaucoup doit être attribué à l’associé de
Gagnon, Robert Paradis, président du Groupe Le Canada-Français qui remplacera
Gagnon à partir des années 70. Des adaptations à la modernité sont
progressivement opérées. On commence par ajouter toujours plus de photographies
et certaines en couleur. Les pages publicitaires ne cessent d’amplifier le volume
du journal. Fini le temps des grandes pages aux colonnes serrées, la forme
tabloïde s’impose d’elle-même, comme pour les quotidiens de Montréal. L’équipe
dirigée par Renel Bouchard, directeur général, poursuit son développement
depuis les années 1980.
En dépit de nombreux obstacles, Le Richelieu maintient un haut
standard de qualité tout au long des années 1940. De 1955 à 1969, le journal
arbore régulièrement les chroniques et sections suivantes :
Le 21 septembre 1939, pour
fêter son cinquième anniversaire, Paul L’Écuyer écrit un virulent éditorial qui
se veut un plaidoyer pour Le Richelieu tout en critiquant les autres
journaux locaux qui ne seraient pas à la hauteur. Cette politique le sert
durant les 20 années qui suivent : au cours des années 1950, il raffle tous les
prix d’excellence bien avant que Le Canada-Français ne remporte ses
premières mentions. L’Association des Hebdomadaires de langue française lui
décerne quelques prix d’excellence tandis que les religieux font publiquement
campagne en chaire en sa faveur. De longs articles sont consacrés à des sujets
d’envergure nationale et provinciale, tels la coopérative confrontée au capitalisme,
l’avenir de la nation canadienne-française, etc.
et diffuse sa programmation entièrement en réseau à
partir de Saint-Jean ou Saint-Hyacinthe.
que le premier exode
est le plus important. Par exemple, en 1948, 400 familles trouvent la distance
à parcourir trop grande pour se rendre à la Cathédrale, ils entreprennent donc
des démarches qui aboutissent à la fondation de la paroisse
Notre-Dame-de-Lourdes. Avant cette date, la paroisse est une desserte : le
prêtre va y célébrer les messes sans toutefois y résider. Tout comme au début,
avant la création de la paroisse Saint-Jean. L'abbé Isidore Provençale est le
curé fondateur. De même, le 1er août 1956 la paroisse Saint-Gérard-Majella est
fondée à son tour. De 1956 à 1962, les messes sont célébrées à la salle de
l'école Sainte-Jeanne-d'Arc. Pendant ce temps, on construit l'église dont
l'architecture est sans doute la plus avant-gardiste de la paroisse. La
première messe y est célébrée à l’occasion de la messe de Minuit, le soir du 25
décembre 1963, par le curé fondateur Rolland Rémillard, qui
teintes
pastelles : «Les derniers changements datent de 1966, pour le renouveau
liturgique. En raison de la nouvelle liturgie, on changea la disposition de
l’autel. On déplaça le trône de l’évêque pour le placer tout au fond du chœur,
et on enleva les 2 rangées de banc qui se trouvaient dans le chœur. Le toit de
la cathédrale fut repeint en 1970».[59]
La cathédrale
avait vu son second presbytère, érigé en 1881, loger les bureaux de l'évêché de
1934 à 1968, année de leur relocalisation à Longueuil. Un nouveau presbytère
jouxtant la cathédrale est construit en 1957. Wilfrid
Charbonneau est curé de 1934 à 1952, suivi de Eugène Martineau, de 1952 à 1968.
Ces deux prêtres sont issus de la génération qui étudia au Collège de
Saint-Jean et qui, par après, y exercèrent les fonctions de professeurs, puis
de supérieurs. Ainsi, l’abbé Martineau est professeur en 1932, puis directeur
du nouveau Séminaire en 1945. Les élèves le sunomment (affectueusement?) la
noune! En 1941, sur une population d’environ 13 645 âmes, 12,997 sont
catholiques, ne restent que 649 âmes à appartenir à d’autres confessions. De
1968 à 1970, Roger Cyr succède à Martineau. Il avait été vicaire de la paroisse
avant d’accéder à la cure. De 1970 à 1978, Pierre Lanctot, le curé-fondateur de
Saint-Eugène, lui succède. Diplômé de la Faculté des Sciences Sociales de
l’Université Laval, M. Lanctot connaît une brillante carrière comme aumônier de
syndicat et dans les mouvements d’action catholique. En 1978, Jean-Louis Auger
est curé de la Cathédrale. Il a fait une carrière comme professeur de
mathématiques au Séminaire de Saint-Jean,
puis au CEGEP
Saint-Jean-sur-Richelieu. Après avoir quitté cette institution, il devient
vicaire à Saint-Bruno de 1971 à 1973, puis à Saint-Rémi de 1973 à 1978 pour finir à Saint-Jean, en
avril 1978, après un stage de recyclage de quelques mois à Lyon. En 1977, la
population de la paroisse Cathédrale s’élève à 5 200 âmes partagées en 1 200
familles. En 1980, l’abbé Paul Deland lui succède comme curé de la Cathédrale.
En décembre 2012, 11 anciennes paroisses de Saint-Jean-sur-Richelieu et de
Saint-Blaise (Jean XXIII, Notre-Dame-Auxiliatrice, Saint-Blaise, Saint-Edmond,
Saint-Eugène, Saint-Gérard-Majella, Saint-Luc,
Sainte-Marguerite-de-Blairfindie, Sainte-Marie-de-la-Visitation et
Sainte-Thérèse-sur-Richelieu et Saint-Jean-l’Évangéliste (la Cathédrale)
fusionnent pour devenir la Paroisse Saint-Jean-l’Évangéliste, une immense
paroisse de 64 500 âmes! En 2010, Pierre Archambault, curé à
Saint-Basile-le-Grand, devient curé de cette immense et impossible paroisse.La région de Saint-Jean produits de nouvelles œuvres et voit s’inaugurer de nouvelles congrégations. En 1952, c’est la fondation du Service social diocésain. En 1953, de l’Union des œuvres appelée à coordonner les mouvements et organismes diocésains. On en profite également pour lancer la première souscription de la
Fédération des œuvres de charité de
Saint-Jean. En 1954 s’établit à Saint-Jean un couvent de Contemplatives, la
Maison des Servantes du Saint-Sacrement, sur le boulevard des Trinitaires. D’autres prélats ont fait leurs marques dans la région. Ainsi l’abbé
Jean-Paul Davignon, né dans notre ville en 1914 et aumônier dans le Corps
d’aviation Royale Canadien stationné à Saint-Jean en 1942. Le 24 novembre 1947,
Mgr Armand Chaussé, qui avait occupé la fonction de Supérieur au Collège de
Saint-Jean de 1928 à 1941 et au Séminaire à partir de 1943, meurt dans un
accident de voiture survenu à Laprairie le 24 novembre 1947. Il est également
chanoine titulaire au chapitre de la Cathédrale. En avril 1969, dans des
circonstances similaires, le chanoine Armand Racicot meurt à son tour. Il avait
été animateur d’œuvres telles l’O.T.J., l’A.C.C. ainsi que professeur de
sociologie à l’École d’Arts et Métiers et aumônier des syndicats de 1945 à
1950. Les vingt dernières années du chanoine Racicot s’étaient déroulées dans
sa nouvelle ville de Longueuil, alors frappée par l’exode des Montréalais sur
la Rive-Sud.
estimation de 607 410
catholiques (derniers chiffres de Statistiques Canada). En 1962, suite aux
décrets du concile de Vatican II, les diocèses catholiques du monde doivent se
soumettre à l’aggiornemento décidée par les Pères conciliaires. À
Saint-Jean, c’est la mise en place de l'office diocésain de l'éducation pour la
pastorale et la catéchèse dans les écoles. Pastorale est le nouveau mot chargé
d’effacer la mauvaise réputation laissée par l’enseignement du catéchisme
tridentin. Aussi, voit-on, en 1965, la fondation du Conseil diocésain de
pastorale; puis, en 1966, le diocèse est divisé en zones pastorales. À ce
programme de pastorale, il faut tout de même un soutien stratégique et en 1967,
le Conseil diocésain d'administration financière entre en fonction Comme le
Diocèse couvre toute la Rive Sud du fleuve Saint-Laurent à la rivière
Richelieu, son pôle démographique passe de Saint-Jean à Longueuil. Le 3 février
1955, Mgr Forget, premier évêque de Saint-Jean meurt. Son coadjuteur, Mgr
Gérard-Marie Coderre avait été désigné depuis 4 ans :«Tout comme à Joliette (ville d’origine de Mgr Coderre), j’ai fondé le Service Social diocésain, avec le Dr Marcoux et l’avocat Jacques Cartier. Il était urgent de répondre aux besoins des pauvres.Dans le même ordre d’idée, durant la même période sont nés le Pavillon de l’Enfance, le Centre Mgr Forget pour les délinquants et la Semaine de la Charité. Le fonctionnement de ces organismes devait être par la suite confié à des corporations privées ou encore à des clubs sociaux, avant de passer par la suite sous la tutelle du gouvernement. "Mais peu importe, le mouvement était lancé"».[60]
«Même après plusieurs années, Mgr Coderre parle avec une certaine nostalgie du déménagement des bureaux de l’évêqué sur la Rive-Sud, changement qui était devenu une nécessité pour la bonne administration du diocèse."J’ai posé ce geste par acquis de conscience. La situation était devenue intenable. Il y avait des fois où j’allais 3 fois sur la Rive-Sud dans la même journée. J’ai même accepté le don d’une maison à Brossard. J’allais m’y reposer le midi, plutôt que de revenir à Saint-Jean. La première année qui a suivi ce déménagement, j’ai fait 10 000 milles de moins que l’année précédente"».[61]
À Mgr Coderre succède, en 1978, Bernard Hubert, ancien curé de
Saint-Jérôme. À la fin de cette même année, Mgr Hubert annonce une véritable révolution
au sein de la vie communautaire que même le journal La Presse en
fait sa une quotidienne : les bingos seront abolis comme sources de recettes
dans toutes les paroisses du diocèse! C’est un geste d’une grave conséquence si
on considère l’importance de ces rassemblements pour le financement des
fabriques de paroisses toujours sans le sous. Il faut considérer également
qu’au même moment, la pratique religieuse baisse, parmi les catholiques, de 65%
à 27% entre 1961 et 1971.[62]
La décléricalisation, amorcée avec la Révolution tranquille, mais aussi avec l’aggiornemento
de Vatican II en 1962-1963, entraîne l’effondrement du principal support
culturel des Québecois - avec la langue française. La première perdue, la
seconde n’en prit que plus d’importance. C'est ce qui fait dire à Louis O.
Régnier qu'il n'appréciait guère le pape Jean XXIII :«Je ne l'aimais pas beaucoup, glisse-t-il en parlant de Jean XXIII. Je trouvais qu'il avait fait trop de changements brusques dans l'Église; les prêtres ne portent plus la soutane, la messe du dimanche n'est plus obligatoire.Nous n'avions pas été élevés dans cette mentalité. Nous étions habitués à saluer un prêtre sur la rue, même si nous ne le connaissons pas. Avec les réformes apportées par ce Pape, comment vouliez-vous reconnaître un prêtre sur la rue».[63]
Beaucoup de Johannais pensaient comme lui. Quoi qu’il en soit, 20 ans
plus tard, en 1980, la population diocésaine atteint le chiffre du demi-million
et deux ans plus tard, le diocèse se donne le nouveau nom de
Saint-Jean-Longueuil et l’église Saint-Antoine de Longueuil devient
cocathédrale, ce qui annonce une diminution des offices cérémoniaux célébrés à
Saint-Jean. Jusqu’en 1982, en effet, Saint-Jean-l’Évangélise demeurait la
paroisse Cathédrale du Diocèse Saint-Jean-de-Québec, mais en 1982, le Diocèse,
devenant Diocèse Saint-Jean-Longueuil, se donna une seconde co-cathédrale. En
1996, Mgr Hubert meurt en fonction et est remplacé par un Clerc de
Saint-Viateur, Jacques Berthelet puis, en 2010, par un Sulpicien, Lionel Gendron, cinquième évêque de Saint-Jean-Longueuil.
Après le règne de Duplessis, qui s’en était pris entre autres aux
Témoins de Jéhovah avec presque la même obsession qu’envers les communistes
inexistants, certaines sectes religieuses viennent s’épanouir dans la région.
Les Témoins de Jéhovah, bien entendu. Trois familles de pionniers arrivent
en 1940 et traversent la période des persécutions. À la fin des années 1970,
plus de 200 âmes sont regroupées en une soixantaine de familles se rassemblant
dans la petite salle du groupe située sur la rue Bernier. À la fin du XXe
siècle, des familles d’immigrants venus surtout du Maghreb viennent s’établir
dans le quartier nord où se construisent des résidences sur les terrains où la Singer
a été progressivement démantelés.
Vivant en familles, pratiquant l’Islam, il est difficile de bien saisir la
relation qui existe entre la ville et ces nouveaux arrivants.
par
paroisses catholiques, le tout administré par la Commission scolaire de
Saint-Jean-sur-Richelieu qui, avec les fusions de commissions à la fin du siècle,
prendra le nom de Commission scolaire des Hautes Rivières pour s'étendre sur
une grande portion de la Montérégie. À Saint-Jean, elles étaient, encore là
comme partout ailleurs, divisées en deux bâtiments nettement séparés,
construits généralement proches l'un de l'autre, une école pour garçons,
l'autre pour les filles, toujours érigées proche de l'église paroissiale. Étant
de la paroisse Saint-Edmond, j'allais à l'école Forget (construite au cours des
années 1950), à l'époque où Bruno Choquette, le futur maire et dont l'école
porte désormais le nom, était directeur, alors qu'à côté, c'était l'école Félix-Gabriel-Marchand, fondée en 1932 (ancien annexe du Collège Notre-Dame). Une clôture
grillagée séparait les deux
cours de récréation. Les manuels scolaires provenaient encore des Congrégations
religieuses et étaient rédigés par des membres du clergé. Un manuel provincial
était publié à Saint-Jean par les Éditions du Richelieu : le Recueil biblique (1960) - j'avais été l'acheter à l'endroit même où on l'imprimait
-, inspiré d'un texte français adapté (avec illustrations) pour les écoles du
Québec: l'imprimatur était de Gérard-Marie Coderre, l'évêque de
Saint-Jean. Les autres manuels ignoraient tout de Saint-Jean, sauf le manuel de
Géographie des Frères Maristes de 4e-5e années, où le
nom de Saint-Jean
apparaissait dans la leçon sur la Plaine du Saint-Laurent. On y énumérait les
principaux centres de la rive-sud en commençant par Jacques-Cartier, ville
fusionnée depuis avec Longueuil et qui dominait la plaine par le nombre de sa
population (45 000) alors que Saint-Jean venait en second: «(29 000 h.) 40,000
avec Iberville, évêché, collège militaire, industries variées: machines et
appareils électriques, tissus, produits chimiques…» (1960) Le tout accompagné
d'une vue aérienne de la ville centrée sur …la Singer. L'école Beaulieu,
avec laquelle l'école Forget partageait la même cour, était une école
secondaire laïque à une époque où la scolarité n'était pas obligatoire passé le
primaire. Petites écoles de deux étages où le terraseau et le stuc donnaient un
aspect terne alors que Beaulieu, avec ses panneaux de verre colorés bleus,
portait le nom de l'ancien principal de l'Académie commerciale de Saint-Jean à
laquelle l'école succédait, mais aussi en l'honneur de son fils, le député Paul
Beaulieu, qui avait déposé à l'Assemblée Législative du Québec le projet de loi
érigeant le fleurdelysé drapeau national des Québécois. Lorsque nous
déménageâmes, je
dus poursuivre ma scolarité à l'école Notre-Dame-Auxiliatrice (siège aujourd’hui de la Commission scolaire des Hautes-Rivières).
Il suffisait de changer de paroisse pour changer de type d’écoles, mais partout
la ségrégation des sexes restait la même. Alors que les écoles Forget et
Marchand présentaient, comme l'école Beaulieu, une architecture
«contemporaine», l'école Notre-Dame-Auxiliatrice, construite en 1953 et ouverte
en 1954, respectait l'architecture des vieilles écoles
prêtes à accueillir la masse des élèves pauvres de la paroisse. Cette
différence dans la conception d'écoles à quelques années de distance, montre à
quel point quelque chose était en train de changer dans les mentalités de
l’institution autant que dans celles de la population. Alors que la direction
de l'école relevait des Frères Maristes d'Iberville, l'administration de Forget
et Beaulieu était entièrement laïque. La ville se laïcisait, ouvrait la voie à
une nouvelle image d'elle-même qui se voulait, selon les mots de Rimbaud, absolument
moderne. À l'idée d'une Révolution tranquille inaugurée par l'«équipe du
tonnerre» des Libéraux élus en 1960, il faudrait commencer à mesurer les forces
sous-terraines qui travaillaient à accélérer une modernisation trop lente tant
sur laquelle pesait un gouvernement et des édiles vieillis. Nous nous
détournions lentement, peut-être avant le reste du Québec, de nos lointaines
racines françaises en regardant ce qui se passait d'un peu plus près en-deçà du
45e parallèle.
alors qu’on avait entrepris la construction
du Séminaire, à la limite sud-ouest de la ville. En septembre 1941, 235 élèves
inauguraient le nouveau collège. Le 28 juin 1942 avait lieu la cérémonie de la
bénédiction du nouvel établissement, présidée par nul autre que le Cardinal
Villeneuve de Québec. Dirigé par des clercs séculiers, le Séminaire ne cessa de
voir sa population étudiante grimper au cours des années pour atteindre le
chiffre de 471 au début de 1958. Cette hausse de la clientèle et des services
ne cessera d’entraîner la construction de rallonges qui déformeront l’aspect
général du bâtiment. Comme les cours secondaires
devaient ouvrir soit sur le
monde des métiers, soit sur l'enseignement post-secondaire, le séminaire de
Saint-Jean, tenu depuis 1942 par les clercs séculiers préparaient au niveau
universitaire. Le 12 avril 1961, un DC-3 du Department of Transport of
Canada, immatriculé CF-GXE s'écrasa à environ 500 pieds du Séminaire.
L'avion blanc, jaune et gris s'était écrasé sur le ventre, tombant à
l'intersection des rues Montcalm et du Séminaire. L'avion frôla une maison au
coin des rues Chaussé et Séminaire et glissa jusque devant l'entrée principale
du bâtiment. L'hélice gauche fut complètement arrachée, l'aile gauche pliée. Au
Séminaire, les travailleurs s'employaient à la construction de l'auditorium.
Jusqu’à la réforme Parent et la cession des lieux d’enseignement religieux au
gouvernement, y furent formés des membres de la future élite professionnelle de
la région. Le 12 juin 1968, l’ancien Séminaire devient officiellement le
Collège d’enseignement général et professionnel (CEGEP)
Saint-Jean-sur-Richelieu.
L’école Beaulieu servait de cours supérieurs laïcs depuis le début des années 1960 jusqu’à ce que, dans le pur style des édifices d'enseignement américains, soit ouverte la polyvalente Chanoine-Armand-Racicot, construite en 1971, logeant des concentrations d’étudiants jamais vues provenant aussi bien des secteurs professionnels que généraux, l'enseignement secondaire se modernisait au rythme des intérêts
économiques du Québec. Dans ces lieux devait s'appliquer la réforme
éducative du Rapport Parent issu de la Révolution tranquille et mise en
application par le nouveau Ministère de l'Éducation, le vieux rêve de
Félix-Gabriel Marchand enfin réalisé après soixante-dix ans d'attente, par le
Ministre Paul Gérin-Lajoie. Pour sa part, l’ancienne École des Arts et Métiers
- devenue le Pavillon Rheault - conserve sa vocation stricte d’enseignement
professionnel et de métiers.
pour la
clientèle desservie. En 1943, le personnel de l’Hôpital de Saint-Jean est
constitué d’un aumônier, de 31 religieuses - dirigées par Sœur Alice Laverdure
-, 14 médecins, 30 gardes-malades et 60 employés des deux sexes. En 1967, la
Communauté des Sœurs Grises se voit plus ou moins contrainte de vendre les lots
sur lesquels sont construits l’hôpital, l’ancienne maison du Dr Bouthillier -
alors pavillon des infirmières - et le terrain connexe pour la somme symbolique
de $ 1.00 (15 décembre). Avec les années 1960, il faut penser
en termes
d'hôpital régional. L'hôpital va donc subir deux transformations majeures.
Gérée jusque-là par la Congrégation des Sœurs Grises, la Révolution tranquille
fait passer la gestion de l'ancien hôpital sous la gouverne de l'État. La porte de l'urgence se situait au fond de la cour et donnait sur un corridor étroit,
où il aurait été hasardeux d'y installer des civières. Surchargé de matériels,
avec des cubicules d'examens incommodes, le tout baignant dans une odeur
d'éther à donner mal à la tête ou au cœur, cet hôpital, où l'on payait encore
pour se faire soigner, logeait des dizaines de patients dans des salles proches
de la promiscuité. Construit,
précisément sur le Boulevard du Séminaire nord, le Centre hospitalier du Haut-Richelieu répond aux exigences standardisées de l'époque (sa
ressemblance avec l'hôpital Charles-Lemoyne de Longueuil), de la même manière
que les polyvalentes de la Province se ressemblaient l'une l'autre. Ouvert en
1969, le nouvel hôpital condamnait l'ancien à devenir maison de retraite pour
personnes âgées. En 1975, la maison Bouthillier sert de Département de Santé
Communautaire de l’Hôpital du Haut-Richelieu et est occupé par le Service des
Soins Préventifs. Le 22 juin 1964, entre Saint-Luc et Saint-Jean, est bénie le
terrain sur lequel s’érigera le futur Centre Familial Thérèse-Martin qui prend
la relève de l’Orphelinat de Saint-Jean. Le 16 août 1964, religieuses et
enfants quittent le 170 rue Longueuil pour aménager dans le nouveau Centre. Le
30 juin 1977, les Petites Franciscaines de Marie quittent la région et
l’Orphelinat qui est transformée en centre d’accueil pour personnes âgées.Le samedi 1er septembre 1945, la population de Saint-Jean est en émoi, sous le choc de la nouvelle de l'assassinat de deux concitoyennes dignes et respectables.Les deux demoiselles Tougas, Léone et Marie-Anne, sont trouvées mortes dans leur domicile de la rue Collin entre la rue Saint-Jacques et Saint-Charles.Le meurtre a été commis durant la nuit du vendredi 31 août 1945 au samedi 1er septembre 1945 à l'aide d'une barre de fer soit l'axe d'une machine à laver qui a enfoncé le crâne de chacune des victimes à 7 ou 8 reprises.Monsieur J. Ovila Samson est soupçonné être l'auteur de ce crime.Il est utile de relater les faits comme ils sont rapportés au factum de Me Stanislas Poulin, procureur de la couronne pour la Cour du Banc du Roi en appel :«Des personnes avaient entendu un cri dans la nuit (témoins Dame Balthazard, Mademoiselle Domingue et Dame Garneau). Ces deux personnes ont été assassinées au moyen d'un instrument contondant. Elles portaient sur la tête 7 ou 8 blessures chacune, soit un enfoncement du crâne, chaque blessure étant suffisante pour causer la mort (témoin le Docteur Fontaine).
L'accusé fréquentait les victimes avant le drame.
Ovila Lapointe a reçu une lettre, lettre signée A. Samson, et que le docteur Fontaine dit être de l'écriture de ce dernier.Cette lettre établit des rapports évidents entre l'accusé et les victimes.L'accusé demeurait alors chez G. H. Gouin. Il a veillé le soir du 31 août à l'entrepôt de ce dernieer. Il y avait là une barre de fer, étant un axe de machine à laver, sur le secrétaire. Cette barre de fer est disparue ces jours-là.Vers la fin de la veillée l'accusé est sorti de l'entrepôt avec Gouin pour entrer à la maison, mais il est retourné à l'entrepôt, et lorsque le fils de Gouin y est retourné lui-même, l'accusé qui en sortait s'est alors arrêté près d'une auto sous le prétexte d'attacher son soulier.La barre de fer placée sur le secrétaire par Bernard Gouin lui-même est disparue ces jours-là. Elle est semblable à celle qui est produite comme exhibit dans la cause.Le lendemain matin, Samson prend le train pour Sherbrooke, conduit par Gouin. Il y porte son habit chez un nettoyeur à Sherbrooke, l'habit est étiqueté et placé dans les tablettes pour être nettoyé après le congé du samedi après-midi, du dimanche et du lundi, Fête du travail. Cet habit est identifié. Cet habit de même que le mouchoir de l'accusé porte des taches de sang humain. La barre de fer produite dans la cause porte aussi des taches de sang.On est allé chercher l'habit chez le nettoyeur avec l'accusé qui l'a reconnu, et a déclaré que c'était son habit, et ceci après avoir été mis en garde par le détective Labbé ainsi que le témoignage du constable Pelland.La barre de fer n'ayant pas été retrouvée, l'accusé s'offre d'aider à la chercher. Cette barre de fer est retrouvée alors que l'accusé était présent et le Lieutenant Haney demande à l'accusé si c'est la barre de fer qui a servi au crime, l'accusé répond que c'est bien cela».J. Ovila Samson, un menuisier de Saint-Jean, vivait séparé de sa femme et de ses enfants.La preuve a révélé au procès :«Q. Monsieur Gouin l'accusé demeurait chez vous?R. Oui.Q. Est-ce que sa femme demeurait avec lui chez vous?R. Non.Q. Savez-vous où demeure sa femme?R. Non.…R. Il m'avait dit ceci: "…je suis aller à Sherbrooke pour rencontrer mon avocat pour en finir, ou quelque chose comme cela, ma femme m'a laissé 7 fois, je l'ai reprise 6 fois, c'est suffisant".…C'est ainsi que les policiers se sont rendus à Sherbrooke dès le samedi 1er septembre 1945 à la chambre d'hôtel de Samson pour son arrestation comme témoin important.Une première mise en garde lui fut faite à l’effet qu'il n'avait pas l'obligation de parler, qu'il avait droit à un avocat mais que s'il parlait tout serait pris par écrit et pourrait servir contre lui au procès.Samson n'a pas parlé, les policiers l'ont amené au quartier général de la police à Montréal et vers 23 heures, il fut de nouveau mis en garde.Vers 2 heures le dimanche matin, Samson était fatigué et on le laissa se reposer mais il fit part à un policier qu'au matin il parlerait.À 11 heures le dimanche 2 septembre 1945, une troisième mise en garde lui est faite et la conversation s'engage.À 15 heures la confession commence à être rédigée après une quatrième mise en garde.Samson est formellement accusé du meurtre de Léone et de Marie-Anne Tougas.Lors de sa comparution, le magistrat lui demande s'il a retenu les services d'un avocat.Il répond : «Je n'ai pas besoin d'avocat, je suis coupable».Le magistrat n'enregistre pas cette déclaration et fixe une date pour l'enquête préliminaire.Cette enquête est pour vérifier s'il y a matière suffisante pour justifier la tenue d'un procès par jury, ce qu'on appelle un procès aux assises.Samson est envoyé à son procès devant jury qui eut lieu sous la présidence de l'Honorable Jean-Louis Cousineau.Le verdict de culpabilité fut rendu le 26 octobre 1945 avec sentence de mort à être exécutée le 11 janvier 1946.Lors de ce procès, outre la preuve des faits relatés plus avant, la confession de Samson fut produite et la preuve par témoin fut faite de la réponse qu'avait faite Samson devant le magistrat.Le juge Cousineau dans sa directive aux jurés n'avait pas non plus été tendre en disant:"Je n'ai aucune pitié pour cet accusé, aucune sympathie pour lui, il ne vivait pas avec sa femme, la Providence a voulu dans ses vues insondables protéger la mère de ses enfants. C'est heureux pour sa femme qu'il ne vivait pas avec, c'est peut-être elle qui serait la victime aujourd'hui, je n'ai aucune pitié, aucune sympathie pour l'accusé".Samson a décidé d'en appeler du verdict le 9 novembre 1945 et a retenu les services de Me Stan Déry alors avocat à Saint-Jean et de Me Jean Drapeau, avocat de Montréal qui fut célèbre quelques années plus tard pour d'autres motifs que ce procès.Comme la Cour d'appel ne siégeait pas avant le 15 janvier 1946, une première requête fut accordée le 22 novembre 1945 reportant l'exécution de la peine de mort au 12 avril 1946 et une deuxième fois l'exécution de la peine de mort fut reportée au 12 juillet 1946.La Cour du Banc du Roi en appel a entendu l'affaire le 26 mars 1946 et jugement fut rendu le 11 mai 1946 rejetant l'appel.Samson avait soulevé trois motifs de ce droit:1- La confession qu'il avait signée devait être rejetée du dossier;2- La preuve par témoins de la réponse qu'il avait faite au magistrat n'aurait pas dû être admissible;3- Les directives du juge aux jurés donnaient ouverture à un nouveau procès.Devant la Cour d'appel, Samson a retiré son dernier moyen et la Cour d'appel a rejeté les deux premiers.Pour la Cour d'appel, la confession avait été faite d'une façon tout à fait libre et volontaire sans promesse ni menace après quatre mises en garde.Quand à la preuve testimoniale de la réponse de Samson au magistrat, il s'agissait d'un fait dont avaient été témoins le greffier de la cour Me Roland Sabourin et un journaliste présent dans la salle d'audience ce jour-là.Samson a été pendu à la prison de Bordeau où il était détenu.
ans), lorsque son mari, Marcel Samson (44 ans) força la porte de Coup d’elle, centre d'hébergement pour femmes où elle
s'était réfugiée, le 10 juin 1999 et l'abattit de 7 coups de pistolet. Le 30
mai 2002, Aline Robidoux, 26 ans, est battue à mort et poignardée par son
conjoint, Luc Daigle, 28 ans, qui la battait depuis longtemps et qu'elle venait
d'informer de sa décision de le quitter définitivement. Déjà la DPJ avait
enlevé ses 5 enfants à Aline Robidoux après qu'elle ait laissé Daigle revenir
chez elle malgré une ordonnance de non-communication. L'assassin a même demandé
à un ami de l'aider à disposer du corps tronçonné à coups de couperet de
boucher de sa femme. Accusé de meurtre prémédité et de profanation de cadavre,
Luc Daigle a prétendu avoir été inconscient de ses actes après avoir étranglé
sa femme en «légitime défense», se décrivant même comme victime d'une femme
«agressive» qui lui avait «fait vivre un enfer psychologique» durant 8 ans,
notamment en le «privant» de la garde de leurs 3 enfants. Il a été
condamné à
un minimum de 12 ans de prison. Ce type de procès, spectaculaire, dramatique,
sensationnel, s'est multiplié depuis le début du XXIe siècle. Terminons cette
chronique sinistre du meurtre du petit Jean-François Parenteau, âgé de 2 ans,
tué d'un coup de poing à l'estomac le 23 juin 2002 par Marc Bourdages, 19 ans,
partenaire depuis quelques semaines de la mère de la victime, rencontrée par
une agence de rencontres et chez qui il venait de s'installer. L'autopsie a
montré que Bourdages avait battu et mordu l'enfant à plusieurs reprises dans
les journées précédant le décès. Il a prétendu que l'enfant s'était étranglé
avec sa gomme à mâcher. En plaidant coupable à une offre d'accusation réduite
d'homicide involontaire, Bourdages a évité une narration des sévices infligés
et obtenu une sentence de 5 ans et 2 mois.
fourgonnette avec un collègue dans le
stationnement d'un centre d'achat situé sur le Boulevard du Séminaire le 20
octobre 2014. L'auteur de l'attentat, Martin Couture-Rouleau (25 ans) qui se
faisait appeler Ahmad, était un converti fanatique à l'islam. Ce jeune homme,
mal dans sa peau, se pensait appellé à participer au djihad qui se tient en
Syrie où il n'avait pu se rendre combattre parce que les autorités
gouvernementales lui avaient retiré son passeport. Rouleau fonça sur les deux
soldats avant de s'enfuir par le boulevard du Séminaire. Les policiers
de la
ville et de la Sûreté du Québec ne tardèrent pas à le rattraper, sa
fourgonnette faisant un tonneau dans un fossé, il sortit en brandissant un
poignard, ce qui incita les officiers à l'abattre sur-le-champ. L'adjudant
Vincent, qui faisait partie du 438e Escadron tactique d'hélicoptères basé à
Saint-Hubert.
Pour le gouvernement conservateur, qui venait d'envoyer une première division
aérienne en direction de la Syrie, ce geste isolé s’inscrivait dans la
définition d’un acte terroriste. Deux jours plus tard, un autre partisan du
djihad islamique tua un soldat à Ottawa avant d'aller se faire abattre à
l'intérieur du parlement fédéral.
lettres, qui exigent un travail intellectuel
austère et qui isolent les individus, le sport cultive l’esprit grégaire des
participants comme des amateurs. La symbiose industrielle rassemble ainsi
patrons et ouvriers qui se retrouvent dans une même équipe contre un adversaire
aussi tenace et acharné. Le sport, c’est la métaphore de l’économie
capitaliste, de ses dimensions et de son credo. L’Ozite Corporation a
bien compris la leçon : «la compagnie stimule chez ses employés
l’enthousiasme pour les sports en y apportant son aide financière, offrant
ainsi à chacun le sens de participation et de détente, tout en nouant avec ses
employés une liaison amicale. Pour autant de raisons, le travailleur se sent
chez lui, donnant le meilleur de lui pour le progrès de l’entreprise dont il
fait partie».[64]
voiture
noire de marque Chevrolet 1958 des garages Lasnier & Galipeau parcourt les
rues de la ville en annonçant les différentes manifestations. De son
porte-voix, pour ceux qui s’en souviennent, résonne encore dans nos oreilles le
fameux : Baseball, ce soirrr au stade municipal… Le stade municipal en
question, c’est d’abord le centre sportif de la Cathédrale, au coin des rues
Mercier, Saint-Georges et Laurier (site de l'ancienne poterie MacDonald et du
Collège), centre où l’on se rend pour s’amuser au Club Ado, jouer au badminton
ou danser au Café-campus. Cette bâtisse vétuste disparaît au début des années
1970 pour laisser place au groupe de logements à loyers modiques. C’est là
qu’est le centre d’organisation des loisirs dans la municipalité pour les
bénévoles du Diocèse : terrains de jeu, scoutisme, baseball mineur, etc. Le
Centre sportif est l’œuvre d’anciens sportifs comme Philippe Trahan, Alcide
Côté, F. Raymond Lefebvre, Gaston Poutré…
La formation de baseball de Saint-Jean est de fort bon calibre et fait
partie de la ligue Starr. Son nom est prédestiné : Les Canadiens de
Saint-Jean. Dès 1944, elle remporte le championat de la ligue en plus de se
mériter le titre de champion de l’Est du Canada. Peu après, Saint-Jean quitte
la ligue Starr pour rejoindre les rangs de la puissante ligue provinciale.
Eddie Saint-Clair, ex-receveur des Braves de Boston de la ligue
nationale compte parmi les vedettes. À partir de 1949, le baseball prend de
l’ampleur commerciale, surtout lorsque le joueur vedette de la place, ClaudeRaymond, entre dans la ligue mondiale (c’est-à-dire américaine) de baseball.[65]
au Québec par sa population et qu’elle a
peine à émerger hors de l’anonymat, les équipes sportives ne sont plus les
seules qu’à porter fièrement le nom de leur ville. Des circuits régionaux sont
organisés et le Stade municipal (dont l'édifice devait être détruit par un
incendie le 26 novembre 1964 et non reconstruit) recevait des activités de tous
ordres. Aujourd'hui, les Lynx de Saint-Jean sont jugés parmi les
meilleures équipes de ligues junior majeures de hockey du Québec, tandis que
les Celtix, une équipe de soccer, s’illustre dans la foulée du succès
que remporte ce sport importé d’Europe, d’Amérique du Sud et du monde arabe. Le
centre sportif, devenu depuis, non sans prétention, le Colisée
Isabelle-Brasseur (1980) en l’honneur d’une patineuse de vitesse née à
Kingsbury mais ayant grandi à Saint-Jean et vit maintenant avec sa famille au
New Jersey, montre que la modestie et le sport ne sont pas synonymes.
disquaires à Saint-Jean, même si on trouvait des
disques populaires dans les grands magasins du genre Woolworth (coin
Saint-Jacques et Richelieu) et United (entre Richelieu et Champlain). Le
Carrousel, établi tour à tour dans deux édifices de la rue Saint-Jacques, a la réputation d’être le «disquaire» en ville dans les années 1950-1970. Saint-Jean Possède 3 cinémas qui opèrent également 2 salles ou ont 2 programmes pour le prix d’un. L’Impérial sur la rue Richelieu, juste à côté de la Corticelli, le cinéma Cartier (qui devait devenir un temps
la Boîte à Films, spécialisée dans le cinéma de répertoire dans les années 1970) et le Capitol qui appartenait à une chaîne américaine. Le Séminaire, puis le CÉGEP de Saint-Jean ont eu, suite à l’influence du célèbre frère Bonneville, leur ciné-club chargé de présenter des films d’anthologie différents de ce qu’offre le cinéma commercial. Si la vie culturelle de Saint-Jean, depuis 1940, ne présente plus l’aspect grand-bourgeois qu’elle avait à la fin du siècle dernier, lorsque les divertissements semblaient réservés à l’élite, elle présente aujourd’hui une vie culturelle beaucoup mieux démocratisée.
La Pointe aux Cafés, qui
marquera par sa longévité (elle fermera ses portes qu'en 1997) une ère
stimulante pour les jeunes générations en quête de lieux pour faire valoir
leurs talents. Tout cela, bien entendu, c'était avant l'ère du cocooning
devant le téléviseur où les Blockbusters des centres d'achat fournissant
des vidéos blue rays ou autres you tube de consommation de masse.
D'autre part, jamais la ville n'a cessé d'avoir des chorales, des troupes de
théâtre amateur ou d'étudiants, des ligues de Génies en herbe ou d'improvision,
ni de recevoir des tournées de spectacles de grandes vedettes ou organisées par
les membres mêmes de la communauté, à la Centrale Catholique (j'y ai vu le
passage du Capitaine Bonhomme en 1965!) ou à l'auditorium du CÉGEP.
Saint-Jean ainsi
que Jacques Boulerice; Marcel Colin, auteur d’une monographie de paroisse, Saint-Edmond
la généreuse, a enseigné la philosophie au même endroit. Il est l’un des
co-fondateurs, dans les années soixante-dix, avec Jean-Yves Théberge et Marie
Gruslin de la maison d’éditions locale, Mille-Roches, en l’honneur de la source
des rapides du Richelieu. Mille-Roches se spécialise dans le livre historique
et des romans, à l’instar de Boréal Express. En poésie, les Johannais lettrés
découvrent Jean-François Crépeau, Gilles Gemme en critique littéraire; Roger
Alexandre et Charles-Yvon Roy en arts plastiques, Gerry Boulet est
incontestablement une voix, de même que Gilles Rivard, trop tôt disparu,
emporté par un cancer. Mais la culture ne s'arrête pas d’apporter de nouveaux
talents à chaque génération qui font la réputation de la place.
met sur le marché où la ville de Saint-Jean-sur-Richelieu se retrouve sur la
case du groupe bleu foncé (anciennement Place du Parc), l’une des plus
coûteuse? Ce choix aurait été décidé après une consultation tenue durant 6
semaines sur le WEB pour une édition canadienne du jeu de société. Près d’un
million de vote auraient été enregistrés. Des cartes Chance et Caisse
commune modernisées, inspirées des événements culturels canadiens, nous
disent que «les joueurs peuvent s’envoler lors du Festival des Montgolfières
de Saint-Jean-sur-Richelieu». Ce jeu, apparu en 1935, a un prestige
mondial, mais c’est Montréal et Toronto que l’on retrouve sur les planchettes
des villes internationales. Dans la détresse, il arrive, en effet, que les
choses les plus insignifiantes se révèlent d’une grande consolation.«Pour moi, insiste-t-il, il est ne chose par-dessus tout qui était importante : l'honneur du nom. J'y ai toujours tenu dans toutes les choses que j'ai faites, dans tous les mouvements dans lesquels j'ai milité. Le nom, c'est ce que nous avons de plus important, peu importe ce qu'il nous arrive. On doit toujours garder son honneur sauf».[68]
Or, tout est-il perdu fors l'honneur? Évidemment non. L'honneur
appartient à une mentalité qui n'est plus la nôtre, comme on le voit
quotidiennement avec les selfies téléchargés sur les réseaux sociaux.
Québec, le réseau d’électricité d’Hydro-Québec flanche. Les pylônes
s'effondrent les uns après les autres sous le poids de la glace. Les branches
des arbres tombent sur les maisons et dans les rues. Or, Saint-Jean est situé à
l’aboutissement d’un long réseau de transport électrique qu’il faut redresser
et rebrancher de relais en relais. Le Premier ministre Lucien Bouchard et le
Président d’Hydro-Québec, André Caillé, sont obligés de décréter l’état
d’urgence. Les citoyens de la zone dite le «triangle infernal» ou le «triangle
noir» sont évacués de leurs domiciles et conduits dans des refuges, soit à la
Polyvalente Armand-Racicot, soit au Collège militaire. Là, de jour en jour, de
semaine en semaine, durant tout le mois de janvier, ils recevront un chèque de
$70.00 par semaine pour couvrir les frais supplémentaires qui ne sont pas
fournis par la sécurité civile. Seules les gens qui ont pu se sauver à
l’étranger ou loger chez des amis ou parents à l’extérieur de la zone noire ont
pu éviter ce long «enfermement» pendant que les monteurs de lignes s’activaient
à raccorder le réseau. Saint-Jean avait subi peu de catastrophes naturelles, et
si on omet le grand incendie de 1876, son existence n’avait été ponctuée que de
petits incidents certes dramatiques pour ceux qui en étaient victimes, mais
jamais sur une échelle aussi grande de la population.
gonfle les eaux du Richelieu au point d’envahir les deux rives. La municipalité de
Saint-Jean, s’étendant très loin vers le sud, englobe des villages comme
Saint-Blaise ou Saint-Paul de l’Île-aux-Noix, ce qui augmente la quantité de
citoyens victimes de la crue des eaux. Une crue jamais vue de mémoire d’hommes.
Les riverains ont dû quitter avec précipitation leurs demeures et durant plusieurs
semaines, voire plusieurs mois, ont dû attendre avant de réintégrer leurs
domiciles dont certains étaient, à toutes fins pratiques, à démolir. Des
poissons du Richelieu se retrouvent loin dans les terres agricoles, transportés
par la crue. Les citoyens, travaillant jour et nuit, érigent des barrages de
sac de sables aidés par les soldats canadiens, mais l’eau ne cesse d’envahir la
ville, voire en passant par les égouts, et refluer jusque dans les foyers. Même
le pont Gouin - du jamais vu -, doit être fermé de peur de voir l’eau le
submerger. La bande du canal surnage et la Place du Quai est innondée. Il est
difficile, tout comme en 1998, de chiffrer le montant des dégâts. Le bilan fait
mention de 1 000 personnes évacuées et 3 000 sinistrés.
Prestige, est borné
par la rivière et le croisement des deux lignes de chemins de fer : celle du
Canadien Pacifique au nord, et celle du Canadien National au sud.. Vue du ciel,
l’aire spatiale offre l’image d’un triangle, voire d'un cerf-volant. L’axe en
longueur est la rue Saint-Jacques, qui va du Boulevard du Séminaire jusqu’au
pont Gouin; l’axe en largeur, assez court s’identifie à la rue Richelieu. L’axe
de la rue Saint-Jacques est celui où l’on trouve les services; celui de la rue
Richelieu, les commerces et les industries.
termine vers le Yacht Club par-delà le viaduc du Canadien
National. Au-delà de ces 2 limites, ce sont les quartiers de riches, au Sud, et
les quartiers de pauvres, au Nord. L’église Saint-Edmond avec sa nef rococo et
l’église Notre-Dame-Auxiliatrice avec sa nef sombre et basse. Autour des trois
paroisses, le sol n’a pas encore été déboisé. Des savanes séparent Saint-Jean de Saint-Luc. Certains grands bourgeois de la ville font construire
de magnifiques demeures face à la rivière jusqu’à Sainte-Thérèse, près du
Centre des Sœurs de l’Immaculée-Conception et la Villa des Pères Jésuites.
Ainsi, Vernon Longtin demeure au coin des présentes rues Saint-Denis et
Champlain, tandis que la famille Savoy demeure sur la rue Notre-Dame, près de
la rue Champlain. Bien des familles de la petite bourgeoisie lorgnent avec
envie ces belles demeures, possessions des vendus aux «Anglais».
rue commerciale, dans le prolongement l’une de
l’autre. Les voies ferrées se dressent alors comme des invitations faites à la
population de les franchir, d’aller au-delà, de poursuivre ce qu’on appelle
aujourd’hui, l’étalement urbain. Mais avant tout - temps de guerre
oblige - l’évasion vers le lointain. L’appel du train ne s’adresse pourtant pas
à la population pauvre, enfermée par obligation dans ses usines, mais à de
jeunes bourgeois qui rêvent de voir ce qui se fait ailleurs, mais sans pour
autant émigrer comme les Québécois du XIXe siècle.C’est la raison pour laquelle les deux cinémas de Saint-Jean sont forts achalandés. Ils offrent un moyen d’évasion par procuration en attendant de pouvoir disposer suffisamment d’argent pour quitter la
ville. Tous ne peuvent pas
bénéficier d’un père riche, comme Rina Lasnier. Le Ouimetoscope, «propriété
de M. Oscar Thuot, cinéma qui logeait dans l’édifice actuel du Canada-Français,
avant de déménager à côté de chez C.-O. Gervais et ensuite tout près de la
salle des Chevaliers de Colomb. "Il en coûtait 2 sous pour aller aux
petites vues"».[69]
Ce Ouimetoscope, qui est devenu le cinéma Capitol, présentait des films
français avant que le cinéma américain envahissent les écrans après la victoire
de 1945. Plutôt que ces films français bavards et intellectuels, le public se
pâme davantage devant les danses et les chansons de Nelson Eddy et Jeannette
MacDonald, dont le plus célèbre des 8 films qu’ils ont tournés ensemble reste Sweethearts.
Comme partout en Amérique, le cinéma est devenu le lieu d’évasion, non
seulement des ouvriers et des ouvrières, mais aussi de la bourgeoisie. Entre le
cinéma et l’hôtel - ou la taverne, plutôt -, bien des rêves n’ont jamais réussi
à s’éloigner des 2 tracs et de la rivière.
les quinze-cents :
Woolworth, United (depuis, People’s avant d’être complètement
rasé). Et les banques, la Commission des liqueurs - toujours très fréquentée
lors du temps des fêtes -, la laiterie Lebeau, le garage Lasnier &
Galipeau, appartenant au père et à l’oncle de la poétesse Rina Lasnier : «En
même temps, [Roméo Gaudette] "faisait du taxi" pour Lasnier et
Galipeau. Ici, il faut s’entendre. Il n’y avait pas de service de taxi comme
c’est le cas aujourd’hui. Lasnier et Galipeau vendait des automobiles, des
Ford, des A.M.F. (un produit Studebaker), des Metz, voitures sans transmission,
des Maxwell. En plus ils offraient un service de voitures avec chauffeur. Et le
jeune Gaudette était un de ces chauffeurs».[70]
Il n’est donc pas étonnant que le divertissement préféré du samedi après-midi
soit de faire la grand’rue.
partir de 1953). Tous les jours, à
7 heures du matin, même les matins où il fait déjà une chaleur suffocante ou
les matins poudrés par une tempête de neige en rafales avec une température de
-20°, les ouvriers s’engouffrent dans ces deux molochs. On ne bénéficie pas
encore des vacances payées à Saint-Jean, en 1940. Comme il faut bien vendre ce que l'on produit, Singer a établi un bureau de vente sur la rue Richelieu.
parfait esprit américain que savoir nager et c’est l’une des
premières choses à apprendre lorsqu’on entre dans la haute sphère de la société
johannaise. Nager, plonger, canoter, au cours des années 30, faisait plutôt
pauvre; par contre, la chaloupe symbolise le riche monde snob comme
aujourd’hui les yachts en fibre de verre. Mais la nature conserve sa beauté. Il
y a de magnifiques saules pleureurs qui servent de lieux de rendez-vous lors
des promenades galantes pour les jeunes amoureux. Malheureusement, ils sont
souvent trop pauvres pour penser fréquenter le Yacht Club : $ 5.00 pour
l’abonnement d’été alors que la serveuse, qui travaille 6 à 7 soirs par semaine
de 7 heures du matin à 7 heures du soir, ne gagne que $ 6 à $ 10 dollars pour
la semaine. De plus, le clergé dénonce la frivolité de l’endroit. C’est donc,
encore, un autre monde à part. Saint-Jean est parsemmé de mondes à
part tout au long de son histoire : les casernes, la Singer, le
Yacht Club, puis le Collège Militaire…
où il se francise en devenant le Club nautique, apparaît comme le marche-pied de ce monde d’évasion tant il se
situe à l’écart du centre-ville et qu’il est prêt des voies ferrées menant aux
États-Unis. Les enfants aux mains blanches de la grande bourgeoisie s’y
essaient de briller et ils réussissent. Mais les ouvriers aux mains noires de
la Cable, Conducts & Fittings (Pirelli) ne doivent pas y penser, eux
qui travaillent juste à côté. Les bourgeois de la classe moyenne, tels les
LeSieur, se font construire des chalets de villégiature, il s'inscrivent au
club de golf, très chic mais tout aussi anglophone, qui reçoit déjà les Longtin
et les Savoy. Tout ce territoire a été arraché à la nature selon Roméo Gaudette
qui «se rappelle aussi que la rivière Richelieu débordait tous les printemps
et inondait le terrain où passe aujourd’hui la rue Jacques-Cartier. "En
face du club
de golf, il a fallu y ajouter de la roche avant de faire la
rue". M. Gaudette se souvient également de la première rue pavée à
Saint-Jean. Elle appartenait à un M. Brunet».[71]
Mais il y a, fort heureusment, les Gaietés Françaises, qu’il ne faut pas
confondre avec ce petit magasin de confiseries situées un temps sur le coin
nord-ouest des rues Saint-Charles et Richelieu et que l’on voit sur une
photographie datant de 1935. Elles sont très populo les Gaietés
Françaises, situées non loin de l’école protestante Saint-Patrick. On y
trouve des tables à pique-nique et la plage y est encore très boueuse, sans
aucun luxe d’aménagement. C’est le «yacht club» des pauvres.
dangereuses, comme les idées communistes ou syndicales, on construit pour eux
la Centrale Catholique, à l’architecture religieuse, mais qui contient le
théâtre où s’arrêtent les troupes itinérantes. On y retrouve également la
bibliothèque publique. Le tout pour stimuler sainement les jeunesses
catholiques. Plus loin, il y a encore d'autres commerces et les Autobus Boulais, l’hôtel Saint-James
(un tripot reconnu dit-on), l’électricien Lebeau, etc. jusqu’à la traverse de
chemins de fer du Canadien National. Le Boulevard du Séminaire n’est pas encore
vraiment défriché et au-delà, il y a le Nouveau cimetière vers lequel nul n’est
pressé d’y arriver.
séculiers. C’est un édifice à l’architecture à la fois moderne
et religieuse. Le site est encore loin du centre-ville - près de 3 milles de
marches sur des terrains non déblayés. Les joueurs de baseball du Collège sont
appelés les Puckés, probablement à cause de leurs casquettes et de leurs
visières. Le Clergé paie volontiers des ouvriers pour qu’ils envoient leurs
enfants doués au Séminaire. Encore plus loin, derrière le Séminaire, près du
Grand-Bernier est érigée la fameuse Base d’aviation.
Montréal, dans ces grosses autobus aux
sièges recouverts de cuirettes sur lesquelles on transpire. Le soleil qui
plombe la tôle chauffe les voyageurs. Des enfants sont malades. Il faut, une
fois quitter la zone de Saint-Jean, traverser la savane de Saint-Luc, longer
les fermes qui jalonnent le vieux Chemin Saint-Jean, passant par le rang de la
Bataille et atteindre finalement Laprairie, puis longer le fleuve jusqu’à
Longueuil pour traverser le pont Jacques-Cartier et de là se rendre au terminus
de l’est, au coin des rues Berri et de Montigny. La rue Sainte-Catheriene
paliera au désir de se promener sur la 45e Avenue ou Broadway. À Plattsburg, à
partir des années 1950, la ville offrira un attrait pour les Johannais : les
premiers centres d’achat et les drive-way.
empêcher les
Soviétiques de déborder vers l’Europe de l’Ouest servent d’inspiration. L’un
d’eux, Jean Raymond, jeune homme originaire de Saint-Jean dont la photographie
paraît dans la revue Les ailes canadiennes-françaises, a été sergent de
section et mitrailleur. Il a été tué au cours d’un raid sur Duisberg. Tout ce
qu'a été cette tuerie de masse à fait naître chez les survivants, comme en
1920, une fureur de vivre. Commencent alors les grands exodes saisonnier
vers les États-Unis. Le rêve de la Floride est apparu bien avant la migration
des Graybirds. Ceux-ci ne font que perpétuer une tradition qui remonte à
l’après-guerre. Comme l’américanisation pénètre les imaginaires à travers le
cinéma, les gazettes, les posters, la musique et bientôt le rock’n roll,
l’Amérique, c’est la jeunesse; le Québec, la vieillesse. Saint-Jean doit
s’américaniser pour éviter un nouvel exode de ses enfants. Le dilemme est
cornélien.
Entre
les curés, les avocats, les notaires, les médecins, la pègre et les ouvriers
d’usine, il y a deux marginaux notoires. D’abord, Marcel Raymond, écrivain et
botaniste prestigieux, spécialiste des Carex. Mis à la porte de son collège,
Marcel Raymond est affilié au Jardin Botanique de Montréal ainsi qu’aux Cercles
dramatiques. C’est lui qui fait venir à Saint-Jean Ludmilla Pitoëff et
Fernandel. Critique littéraire, Marcel Raymond sera l’auteur de plusieurs
appréciations sur le théâtre québécois avant de dépérir et de sombrer dans
l’alcoolisme. D’autre part, il y a Rina Lasnier, jeune fille qui va au Collège
des Dames de la Congrégation, rue Laurier, récite des poèmes de sa composition
à ses jeunes sœurs, assisent sur le quai du Yacht Club, qui suscitent des
commentaires les plus désagréables et lui conseillent d’écrire des romans, puisque
c’est à la mode.
Certes,
la radio est déjà fort bien implantée dans les demeures johannaises. On y
entend aussi bien le Chapelet en famille que les joutes de hockey du Canadien
de Montréal et les radio-romans précédés des mesures de l’Automne,
de Glazounov (Un homme et son péché) et Greensleves (Le
Survenant). Commanditées par des compagnies de savon, comme aux États-Unis,
ces séries, d’une grande beauté lyriques puisque les textes sont écrits par les
auteurs originaux, Claude-Henri Grignon et Germaine Guèvremont, sont des vins
anciens versés dans une outre nouvelle. Les séries à vocations nationales et
culturelles feront éclater la radio qui s’américanisera presque entièrement
dans la suite du siècle, refoulant les radio-romans le matin, à l’heure où les
ménagères font leurs travaux domestiques.«Au mois de juillet 1957, le Premier ministre de la province, l'Hon. Maurice Duplessis, annonçait la construction d'un nouveau pont reliant Saint-Jean et Iberville. Le coût de ces travaux furent entièrement à la charge de la province. Le choix du site a retardé la réalisation de ce projet… il est assez élevé pour laisser passer les navires, lorsque la canalisation du Richelieu se réalisera; il a environ 2 000 pieds de longueur et une voie carossable de 48 pieds de largeur et un trottoir de 5 pieds de largeur de chaque côté. Il possède une capacité de chargement de 40 tonnes par voie.L’hon. René Lorrain a signé, au mois de juillet 1958 un contrat concernant cette construction dont le coût a été estimé à environ 7 millions. Les travaux commencèrent en juillet 1958.Le pont terminé, tous et chacun voulurent lui imposer un nom. Parmi ceux qui furent suggérés, les uns voulaient le nommer Beaulieu, selon le nom du père du ministre de l’Union Nationale de ce nom, résidant à Saint-Jean, d’autres désiraient celui de Marchand, ministre du parti libéral à Québec de 1879 à 1900, citoyen aussi de notre ville sœur. Celui de Beaulieu fut affiché sur le pont mais, un beau soir, l’affiche disparut… Pendant plusieurs années, le nouveau pont ne possède aucun nom…»[72]
«Sept années après sa construction le nouveau pont fut enfin nommé Félix-Gabriel-Marchand. Le ministre provincial des Travaux publics l’inaugura officiellement le dernier jour de février 1966 et il a été bénit par M. le curé Roger Bouvier, de Saint-Athanase.Étaient présents Paul Larocque, petit-fils de F.-G. Marchand, et Félix-Gabriel Marchand, arrière petit-fils de l’ex-premier ministre du Québec. L.-N. McMillan, maire de Saint-Jean, Philodor Ouimet, député du comté de Saint-Jean et autres descendants de F.-G. Marchand, ainsi que le député Laurent Hamel, Armand Goyette, maire d’Iberville, plusieurs conseillers des villes sœurs et les maires de la région».[73]
Le
pont Marchand est plus que le nouveau pont qui relie deux villes sœurs; c’est
le pont de la Vallée du Haut-Richelieu.«Ce large mouvement d'émigration vers les résidences de banlieue provoqua la formation d'un type de collectivité nouveau, caricature de la cité historique aussi bien que de l'asile suburbain : des multitudes d'habitations uniformes, inexorablement alignées, un peu en retrait des voies de communications toutes semblables, dans de grands espaces dépeuplés d'arbres; leurs habitants appartiennent à une même classe sociale, ont des revenus identiques, avec peu de différences d'âge; ils regardent aux mêmes heures les mêmes programmes de télévision, se nourrissent des mêmes aliments pré-cuisinés et sans goût, tirés de frigidaires identiques; tous se ressemblent comme s'il avaient été construits sur le même prototype dans les usines de la métropole. Le résultat paradoxal de ce grand exode suburbain est la formation d'un milieu uniformément dégradé, d'où toute évasion est devenue impossible. La même évolution inexorable qu'ont connue les banlieues des États-Unis, menace toutes les banlieues du monde, et la recherche de divers moyens susceptibles de la contrarier est des plus urgente».[74]
«Dans la banlieue, les pires malheurs pouvaient arriver sans que personne au monde en soit informé et n'en prenne souci, sauf parfois en lisant une rubrique de faits divers. La banlieue ressemblait à une sorte de musée des illusions. La domesticité y oubliait sa condition. L’individualisme y prospérait, sans souci d’un embrigadement généralisé. Ce milieu favorable aux jeux des enfants en adoptait les vues enfantines, sacrifiant la réalité à la recherche du plaisir».[76]
«La banlieue, avec ses agglomérations dispersées parmi les champs et la verdure, constituait, surtout à l’origine, un milieu particulièrement favorable au développement des enfants, où ils pouvaient jouer, gambader sans surveillance. Des terrains de jeux entouraient les écoles, avec cours de tennis, terrains de football, de baseball, de boules, de cricket. En 1865, dans son journal, Emerson prenait note de cet avantage : "Au lieu d’une bonne police, il nous faut des collines et de grandes prairies à proximité d’un village, où nos garçons pourront librement dépenser un excès de vitalité et d’humeur vagabonde". L’exemple de la banlieue contribua à faire reconnaître qu’il était indispensable de réserver dans chaque cité cet espace consacré aux jeux.Mais ceux qui s’éloignaient de la cité pour bénéficier d’un unique avantage oubliaient trop vite que cleui-ci ne représentait qu’une partie de tout un ensemble : tous les âges de la vie prenaient ainsi l’enfance pour modèle. Ils bénéficiaient d’assez de loisirs pour que le jeu leur parût la tâche la plus sérieuse de l’existence. Parcours de golf, soirée à la piscine, club sportif, cocktail party remplaçaient les occupations plus sérieuses. En s’opposant aux inconvénients de la cité, la communauté de banlieue se spécialisait dans le divertissement. Bientôt il n’y eut plus d’autre choix offert au citadin que le travail forcé ou le plaisir obligatoire, au détriment de la liberté et de la vitalité. Ces deux modes d’existence se mêlèrent étroitement, et dans la ville comme dans les banlieues, les sports et les divertissements de masse, la production et la consommation façonnèrent un environnement artificiellement standardisé».[77]
s’administrer et les liens forcés du travail, même
lorsque l’ordinateur domestique permet de le transporter à la maison de
banlieue, vient gâcher le plaisir qu’on y attendait. Des problèmes aussi
incroyables que la proximité d’une école ou l’adduction d’eau - problèmes
typiquement urbains - les rattrapent dans leur fuite. En faisant du Boulevard
du Séminaire et du Carrefour Richelieu le nouveau centre-ville, non
seulement l’ancien centre-ville devenait-il un satellite de ces nouvelles artères,
mais toute la région n’était plus que le satellite de Montréal et de la
Rive-Sud. Tout cela n’a pourtant pas écourté la durée du trajet en autobus qui
était celui de 1940! Le chemin de croix du Boulevard Taschereau ralentit la
circulation entre les deux points.«À cet égard, le comté de Laprairie et le comté de Chambly dépendent de Montréal pour une bonne partie de leur emploi, leur rapport étant respectivement de 0.181 et 0.194. Dans le comté de Richelieu le rapport est très élevé, 0.358, de même qu’à Saint-Jean, 0.411. Le faible taux du comté d’Iberville indique une certaine dépendance non pas de Montréal, mais de St-Jean. Les comtés de Verchères et Rouville ont des taux voisins de 0.25. Ils sont moins dépendants à l’égard de Montréal. Quant à St-Hyacinthe, 0.386 et Missisquoi, 0.411, ils sont tournés vers leurs villes principales qui offrent un fort taux d’emploi».[78]
Le
second indicateur est un indice que l’I.N.R.S. a établi dans son étude sur la
région sud. Il indique le rapport entre le nombre de services offerts dans une
agglomération et la population desservie. Il inclut les équipements éducatifs,
hospitaliers, sociaux et les services gouvernementaux :«Parmi les 4 grosses agglomérations, Sorel et St-Jean sont les mieux équipées et de là moins dépendantes de Montréal pour la plupart des services ou réciproquement moins dépendantes parce que mieux équipées».[79]
Ainsi donc, plus l’indice d’équipement par agglomération en relation avec la population de ces agglomérations est élevé, plus la région est autonome. Saint-Jean, avec une population de 47 862 habitants, comprenant l’ensemble de la région aujourd’hui fusionnée, l’indice d’équipement est de 164.9 pour une distance de 25.2 minutes de Montréal. La distance par rapport à Montréal est un autre indicateur du degré d’autonomie. Plus une ville est éloignée de la métropole, plus elle a avantage à se donner les services qu’il est trop loin d’aller chercher à Montréal. Mais dans ce cas, le nombre de la population joue une influence primordiale. Ainsi, Saint-Jean-Iberville et Belœil-Saint-Hilaire sont à des distances équivalentes et pourtant Saint-Jean possède un indice d’équipement deux fois plus élevés que Belœil-Saint-Hilaire. Il faut dire que la population de notre région est le double de celle de ces deux dernières villes.
«Certaines contraintes devront être opposées au développement urbain tel qu’il se dessine d’ici 1986 et tel qu’il risque de se faire au-delà de cet horizon. Il faudra en premier lieu limiter l’extension des agglomérations et en second lieu organiser le développement urbain dans les limites fixées. Ainsi on corrigera les deux principaux inconvénients du développement actuel, à savoir l’occupation de vastes territoires et le désordre.L’extension urbaine devrait donc être limitée dans le territoire qui comprend la super-agglomération de Longueuil-Laprairie et les trois agglomérations de la Richelieu centrale (c’est-à-dire Belœil-St-Hilaire, Chambly-Richelieu et St-Jean-Iberville). Ce territoire possède des espaces libres suffisants pour accueillir entre 4 et 5 fois le développement urbain escompté en 1986. Il est possible de limiter tout développement en dehors de ce territoire».[80]
le moins que l’on puisse dire, dévastatrices. En une période d’environ 30 ans, de nombreux édifices qui remontaient aux lendemains du Grand Feu de 1876 furent laissés à l’abandon ou tout simplement détruits. Au lieu de considérer son passé comme un capital solide, les édiles de Saint-Jean ont baissé les bras, s’abandonnant à la chute à laquelle menait leur présomption. La phase
majeure de cette déconstruction marque la décennie 1970, au moment où le Boulevard du Séminaire se positionne comme artère essentielle, à la fois axe routier et commercial et que les commerçants et industriels de la rue Richelieu abandonnent les affaires où acceptent le beau risque de se loger dans un quelconque centre d’achat de la périphérie. Le Canada-Français, en 1985, parle déjà de démolir le pont Gouin, trop cher juge-t-on à entretenir. Idée qui persiste et est toujours envisagée par certains. On lève les yeux vers le ciel pour voir passer les Montgolfières afin de ne pas voir de haut les immenses terrains vagues sur lesquels jadis étaient érigées l’Iberville Fittings ou toute autre usine. Tout le pan est de la rue Richelieu, entre Saint-Jacques et Saint-Charles, qui avait été reconstruit en 1876 a été complètement abattu pour créer une aire visuelle avec le parc Alcide-Marcoux. C’est un bien pour un mal, sans doute, mais les exemples inaugurés par des villes comme Boston et Montréal ont inspiré aux urbanistes de Saint-Jean le goût de redonner le droit de regard sur la rivière qui était obstrué jusqu’alors. Les rénovations du
pont Gouin, même elles n’améliorent pas la fonctionnalité du pont lui ont donné une beauté et un style qu’il n’avait pas avant. Déconstruire le pont Gouin, serait pire qu’un crime, ce serait une faute - pour employer l’expression de Talleyrand. De même, c’est in extremis que furent sauvées les deux gares de Saint-Jean lorsque les deux grandes compagnies de chemins de fer ont enlevé les rails (et démoli le viaduc du Canadien National au sud de la rue Richelieu). Devenus des aires inoccupées, ces espaces ont vite été acheté par des promoteurs immobiliers qui y ont fait ériger des résidences de
condos et d’appartements. Ici, c’est la banlieue qui, faisant ressac, retourne vers la ville, avec son esprit et sa médiocrité. Si la plupart des résidences luxueuses sur la rue Champlain, face à la rivière, ont survécu au pic des démolisseurs ou aux rénovations sauvages, les résidences construites sur l’emplacement de l’ancienne Villa des Pères Jésuites est tout à fait conforme aux rêves des édiles de la grande bourgeoisie de Johannais du premier XXe siècle. Il est douteux, toutefois,
que ces rêves se soient démocratisés pour autant.
trouverait à Mont-
ville de Saint-Jean-sur-Richelieu comme une véritable zone sinistrée. Toute la Province s’en aperçoit et il semblerait que les seuls à ne pas le voir, ce sont les Johannais eux-mêmes, et surtout leurs dirigeants économiques et politiques. Le déni est devenu la façon de justifier un non-investissement dans la restauration de la ville et la résurrection de son entrepreneurship par lequel les ancêtres du XIXe siècle avaient érigé leur ville sur le bord de la Rivière des Iroquois.
le maximum de pouvoirs de décision sur nos
richesses demeure entre nos mains et que nous puissions exporter des richesses
produites à Saint-Jean et qui rapporteront à l’ensemble de la population, comme
on l'a fait tout au long du XIXe siècle, ou encore s’endormir sur nos lauriers
en nous comptant chanceux de ne pas être devenu un arrondissement de Montréal.
C’est à travers cette dernière attitude que la présomption conduit à la chute. Le trauma de la Singer, tout au long du XXe siècle, a instillé
une personnalité à la ville de Saint-Jean qui a fini par cultiver sa
propre idolâtrie en prenant pour acquis que cette personnalité s'étalait
par-delà commencement et fin. Or, ce que nous avons appelé cette mémoire
gelée est incontestablement le barrage psychologique qui abreuve cette déliquescence
de la ville. Stérilisation, impuissance, stagnation, la Némésis de la
Créativité reste le meilleur diagnostic du problème posé par le lent déclin de
Saint-Jean-sur-Richelieu, déclin qui n'a cessé de s'accélérer malgré le déni de
générations d'édiles locaux :«Tandis que "s'endormir sur ses lauriers" peut être considéré comme une manière passive de succomber à la Némésis de la Créativité, cette attitude négative n'atteste pas une absence de faute morale. Une sotte passivité envers le présent naît d'une infatuation du passé dont ressort le péché d'idolâtrie. L'idolâtrie peut en effet se définir : une adoration intellectuellement et moralement aveugle, pour une créature à la place du Créateur. Elle peut prendre la forme de l'adoration d'une personnalité, ou encore d'une société à quelque phase éphémère du mouvement incessant du défi et de réponse qui est l'essence même de la vie […] l’idolâtre qui commet l’erreur de traiter une personnalité morte non comme un marchepied mais, comme un piédestal, se détournera lui-même de la vie, aussi nettement que le dévot stylite s’isolant du reste du monde, sur sa colonne».[81]
mondiale et de la Guerre Froide,
Saint-Jean s’était donnée une poétique spatiale qu’elle croyait immuable,
parfait reflet de ce qu’avait toujours été son histoire : une petite ville
triangulaire, disposée entre la rivière et les voies ferrées, avec ses grosses
usines, ses petits commeres et ses professionnels. Tout cela ne pouvait changer,
puisque c'était le Saint-Jean historique. Or, 20 ans plus tard, cette poétique
était complètement chamboulée, mais les dirigeants continuèrent à faire comme
si rien n’avait changé car, comme le disait Lavoisier pour la nature, à
Saint-Jean, rien ne se perd ni rien ne se crée.
diachronique sur une longue durée (ici plus de trois cents ans)
et de partager des intrigues qui se sont inscrites dans autant de mémoires
(vives ou mortes, peu importe) parmi la population, crée une conscience
collective qui, mesurée à cette échelle, donne son sens à l'unité de la
Ville de Saint-Jean comme elle le ferait pour une nation ou une civilisation.
Par la ténacité (rappelons-nous l'apologétique de Gustave Lanctot) et le
courage dont font preuves les citoyens de Saint-Jean, aujourd’hui comme en 1876
et en 1998, et comme tout au long de leur Histoire; par cet héritage, qu’ils
ont trop eu tendance à brader sans retenu en échange de vaines promesses; par
la capacité qu’ils ont encore de voir sortir de leur sein des travailleurs
acharnés, dotés de caractère, doués de talents et d’intelligence et s'investir
dans une confiance commune inébranlable devant les défis nouvaux, dans le vieil
âge aujourd'hui comme dans la jeunesse des habitants qui vinrent s’établir à
proximité d’un fort pourri, entourés de palissades précaires, il y a une
continuité évidente. En ce sens, nul n’est tenu d'entonner un requiem sans espoir⌛Journal





























merci pour ce magnifique ouvrage
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